Chine: le numérique impose ses cadences infernales aux livreurs

Cette photo prise le 19 octobre 2021 montre des chauffeurs-livreurs de nourriture pour la plateforme d'achat en ligne Meituan, en formation avant de commencer leur travail le long d'une rue de Pékin. (Photo, AFP)
Cette photo prise le 19 octobre 2021 montre des chauffeurs-livreurs de nourriture pour la plateforme d'achat en ligne Meituan, en formation avant de commencer leur travail le long d'une rue de Pékin. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 07 novembre 2021

Chine: le numérique impose ses cadences infernales aux livreurs

  • Dans un pays ultra-connecté, le secteur pèse quelque 664 milliards de yuans (environ 90 milliards d'euros), selon une fédération locale
  • Beaucoup de livreurs assurent avoir le sentiment de mettre leur vie en danger à cause des algorithmes, ces outils qui servent de cerveau à bon nombre d'applications et services sur internet

PEKIN : Feux rouges grillés et conduite à contresens: face à des cadences intenables imposées par les applis, les livreurs de repas en Chine jouent leur vie pour assouvir l'appétit de clients toujours plus impatients. 

"Si j'avais le choix, je ne serais certainement pas livreur. C'est un boulot bien trop dangereux", peste entre deux commandes Zhuang Zhenhua, casque sur la tête et prêt à débouler à scooter pour prendre commande dans un restaurant de Pékin.

En Chine, la livraison de repas est particulièrement populaire et la pandémie n'a fait qu'accélérer la tendance. 

Dans un pays ultra-connecté, le secteur pèse quelque 664 milliards de yuans (environ 90 milliards d'euros), selon une fédération locale. 

Chaque jour à l'heure du déjeuner, une armée de livreurs à deux roues sillonnent les rues du pays pour rassasier des millions d'employés. 

Les géants de la tech règnent sur ce secteur florissant, à grand renfort d'applications pour smartphones et d'algorithmes.

En vertu de nouvelles directives annoncées en juillet, les entreprises doivent dorénavant garantir aux livreurs un salaire supérieur au minimum légal et des cadences raisonnables.

Ces mesures ont été prises après plusieurs scandales qui avaient mis en lumière les conditions de travail précaires des employés du secteur. 

En début d'année, l'un d'eux, qui aurait été en conflit avec son employeur à propos de sa rémunération, s'est immolé par le feu dans l'est de la Chine. 

Il travaillait pour Ele.me ("tu as faim?" en mandarin), l'un des leaders du secteur. Et l'affaire avait fait grand bruit.

«Responsables»

Mais les améliorations peinent à se concrétiser sur le terrain, à en croire plus d'une dizaine de livreurs rencontrés par l'AFP. 

"Auparavant, l'application donnait 40 à 50 minutes pour une commande [...] aujourd'hui elle ne donne plus que 30 minutes pour livrer dans un rayon de 2 kilomètres", s'agace M. Zhuang, qui travaille pour Meituan, un poids lourd de la livraison de repas. 

Pour tenir la cadence, le quadra explique n'avoir d'autre choix que "d'aller très vite, brûler les feux rouges et conduire du mauvais côté de la route". 

Car en cas de dépassement du délai, les livreurs doivent payer une pénalité.

Beaucoup assurent avoir le sentiment de mettre leur vie en danger à cause des algorithmes, ces outils qui servent de cerveau à bon nombre d'applications et services sur internet.

Les algorithmes déterminent notamment les commandes à prendre en fonction de la position géographique et surtout fixent le temps de livraison. Ils permettent aussi de faire des recommandations à un client selon ses habitudes ou préférences.

M. Liu, un autre livreur qui n'a pas souhaité donner son nom complet, précise que le délai de livraison comprend le temps de préparation des repas. Un facteur qu'il ne maîtrise pas mais qui peut pénaliser ses revenus.

En cas de retard en cuisine, "les livreurs sont responsables", soupire l'homme de 40 ans. 

«Personne ne veut payer»

Interrogé par l'AFP, Meituan assure que les délais de livraison sont calculés "en prenant la sécurité des livreurs comme priorité, tout en répondant aux besoins des consommateurs".

La firme, qui compte plus de 600 millions d'utilisateurs en Chine, ajoute que les livreurs peuvent contester toute amende jugée injuste.

Le secteur de la livraison repose essentiellement sur les travailleurs migrants, souvent peu qualifiés et originaires de régions rurales. 

Venus en ville dans l'espoir d'améliorer leurs conditions de vie, ils représentent pour les entreprises une main d'oeuvre bon marché - et facilement remplaçable.

"Tout le monde veut que les livreurs soient mieux traités mais personne ne veut payer pour cela", relève la spécialiste du numérique Kendra Schaefer, du cabinet d'études Trivium à Pékin.

Peu de clients se préoccupent par exemple d'une option sur les applis qui permet d'allonger le temps de livraison des repas. 

"Un algorithme est fait pour maximiser l'efficacité. Malheureusement à mesure que la société se modernise, cela se fait au détriment de l'humain", regrette Mme Schaefer.  


Suez remporte à Oman un des plus gros contrats de son histoire, dans la gestion de l'eau

Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman. (AFP)
Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman. (AFP)
  • Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman
  • Ce contrat, qui couvre la gestion et la maintenance des services d'eau potable et d'assainissement de la capitale Mascate et des gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud, figure "dans le top 3 de l'histoire de Suez"

PARIS: Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman, un des plus importants de son histoire, a-t-il annoncé lundi.

Ce contrat, qui couvre la gestion et la maintenance des services d'eau potable et d'assainissement de la capitale Mascate et des gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud, figure "dans le top 3 de l'histoire de Suez", a déclaré le directeur général du groupe, Xavier Girre, lors d'un entretien à l'AFP.

 

 


Air France reprend ses vols directs entre Riyad et Paris

 Air France a annoncé la reprise de ses vols directs entre Riyad et Paris, rétablissant une liaison stratégique entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France après une suspension temporaire liée à la situation régionale. (AFP)
Air France a annoncé la reprise de ses vols directs entre Riyad et Paris, rétablissant une liaison stratégique entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France après une suspension temporaire liée à la situation régionale. (AFP)
  • « L'Arabie saoudite est un marché d'une importance stratégique pour Air France, et nous sommes heureux de reprendre nos vols directs entre Riyad et Paris »
  • « Nous sommes de nouveau en mesure d'offrir à nos clients des solutions de voyage fluides, aussi bien pour les déplacements professionnels que pour les voyages de loisirs, tout en leur garantissant le niveau de service et l'hospitalité française »

RIYAD: Air France a annoncé la reprise de ses vols directs entre Riyad et Paris, rétablissant une liaison stratégique entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France après une suspension temporaire liée à la situation régionale.

À compter de cette reprise, la compagnie française retrouvera son programme initial de trois vols hebdomadaires entre l'aéroport international King Khalid de Riyad et l'aéroport Paris-Charles de Gaulle, conformément à son programme de la saison estivale 2026.

Cette reprise intervient dans un contexte de renforcement des échanges économiques, touristiques et culturels entre les deux pays. Elle marque également la volonté d'Air France de consolider sa présence sur le marché saoudien, considéré comme l'un des plus stratégiques de la région.

« L'Arabie saoudite est un marché d'une importance stratégique pour Air France, et nous sommes heureux de reprendre nos vols directs entre Riyad et Paris », a déclaré Raza Syed, Country Manager Arabie saoudite et Égypte d'Air France-KLM.

Il a souligné que cette reprise reflète l'engagement à long terme du groupe envers le Royaume et permettra aux voyageurs de bénéficier à nouveau de l'ensemble du réseau international d'Air France-KLM grâce aux correspondances proposées depuis Paris. « Nous sommes de nouveau en mesure d'offrir à nos clients des solutions de voyage fluides, aussi bien pour les déplacements professionnels que pour les voyages de loisirs, tout en leur garantissant le niveau de service et l'hospitalité française qui font la réputation d'Air France », a-t-il ajouté.

Dans le cadre de cette reprise, Flying Blue, le programme de fidélité d'Air France et de KLM, lance une offre promotionnelle destinée aux voyageurs au départ du Royaume. Les passagers réservant leurs billets entre le 29 juin et le 13 juillet 2026 pourront cumuler trois fois plus de Miles, pour des voyages effectués jusqu'au 31 décembre 2026.

Horaires des vols

La liaison Riyad-Paris (AF685) sera assurée les mardis, jeudis et dimanches, avec un départ de Riyad à 8h45 et une arrivée à Paris à 14h25.

Le vol retour Paris-Riyad (AF684) opérera les lundis, mercredis et samedis, avec un départ de Paris à 23h20 et une arrivée à Riyad à 6h35 le lendemain.

Fondée en 1933, Air France emploie plus de 40 000 collaborateurs et, avec KLM et Transavia, fait partie du groupe Air France-KLM. Le groupe dessert plus de 300 destinations dans le monde grâce à une flotte de plus de 500 appareils et poursuit ses investissements dans la modernisation de sa flotte ainsi que dans la réduction de son empreinte environnementale.


La dette française dépasse les 3.500 milliards d'euros, en pleine préparation du budget 2027

La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques. (AFP)
La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques. (AFP)
  • La situation de la dette française est "assez délicate", estime Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "parce qu'on n'est pas du tout dans une zone de stabilité ou de décrue"
  • "Depuis 2007, en points de PIB, la dette a quasiment doublé", car elle ne pesait alors que 65,5% du PIB

PARIS: La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques.

La dette publique a augmenté à 3.536,1 milliards d'euros, pour s'établir à 117,5% du produit intérieur brut (PIB), a annoncé jeudi l'Institut national de la statistique (Insee).

Cela représente une augmentation de 75,6 milliards d'euros par rapport à fin 2025, où elle était de 3.460,5 milliards d'euros, soit 115,7% du PIB. Elle avait alors baissé sur un trimestre mais continué à grimper par rapport à fin 2024, où elle était de 3.306,1 milliards et pesait 112,6% du PIB.

La situation de la dette française est "assez délicate", estime Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "parce qu'on n'est pas du tout dans une zone de stabilité ou de décrue".

"Depuis 2007, en points de PIB, la dette a quasiment doublé", car elle ne pesait alors que 65,5% du PIB, ajoute-t-il. "On a depuis 20 ans des chocs macroéconomiques qui font que les dettes publiques ont beaucoup augmenté", mais "depuis quelques années la France décroche de la moyenne européenne".

Entre 2019 et 2025, la France a connu "la plus forte progression, après celle de la Finlande," de sa dette en points de PIB, relève le spécialiste des finances publiques François Ecalle.

"Ce qui l'explique, c'est le niveau du déficit", et "la plupart des gouvernements en sont responsables depuis 50 ans", estime-t-il.

Premier poste de l'Etat 

Deuxième économie de la zone euro derrière l'Allemagne, la France en est l'un des cancres budgétaires. Elle affiche le deuxième déficit le plus élevé, à 5,1% du PIB en 2025, derrière la Belgique (5,2%). Un niveau trop important pour lui permettre de stabiliser sa dette, la troisième plus élevée (par rapport au PIB) après celles de la Grèce et de l'Italie.

"Notre position relative, par rapport aux autres pays, s'est nettement dégradée", renchérit Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF.

Dans le budget, le poste consacré au remboursement de la dette est devenu le premier de l'Etat, devant celui de l'Education (hors pensions), rappelait récemment le ministre français de l'Economie Roland Lescure lors d'un colloque à la Cour des comptes, évoquant un "coût de la dette record".

Le service de la dette de l'Etat devrait ainsi atteindre 64 milliards d'euros en 2026, et "pourrait augmenter jusqu'à 100 milliards dans les années qui viennent", avait-il ajouté.

"Notre charge d'intérêts de la dette va mécaniquement augmenter" car "le renouvellement de la dette va nous coûter plus cher qu'avant", souligne Mathieu Plane. "C'est très important d'être crédibles pour garantir un financement bon marché" des investisseurs.

Le gouvernement français veut afficher une trajectoire vertueuse: il s'est fixé comme objectif un déficit à 5% en 2026, avec une dette à 118,4% du PIB, avant de ramener son déficit sous 3% en 2029, avec une dette stabilisée à 118% du PIB.

Comité d'alerte 

Mais la tâche s'annonce ardue. Selon une étude réalisée par quatre économistes de l'Institut des politiques macroéconomiques et internationales (i-MIP), il existerait un peu plus d'une chance sur deux (55%) de rater la cible des 118% du PIB en 2029.

Le redressement des finances publiques est d'autant plus complexe que le gouvernement, en quête d'un budget pour 2027 - dont il doit présenter les grandes lignes mi-juillet -, a promis d'éviter les hausses d'impôts.

Pour faire le point sur la situation, il réunira prochainement un Comité d'alerte des finances publiques. Ce Comité devrait être l'occasion d'annoncer de nouvelles coupes budgétaires pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient, après déjà 6 milliards d'euros d'économies présentées en avril.

Dans un contexte économique difficile, le gouvernement devrait aussi abaisser ses prévisions de croissance pour 2026, actuellement de 0,9%. La Banque de France a revu à la baisse les siennes à 0,5% du PIB (contre 0,9% avant). L'Insee, elle, table sur 0,7%.

Face à une équation budgétaire complexe, le ministre des Comptes publiques David Amiel a aussi missionné quatre économistes pour réfléchir à des scénarios de redressement des finances publiques dès 2027. Ils devraient rendre leurs conclusions début juillet.