Salma Hayek, entre origines libanaises et politiquement correct

Salma Hayek est une actrice, productrice, philanthrope et vedette internationale. (Getty)
Salma Hayek est une actrice, productrice, philanthrope et vedette internationale. (Getty)
Short Url
Publié le Vendredi 12 novembre 2021

Salma Hayek, entre origines libanaises et politiquement correct

  • «J’ai probablement goûté au kebbé avant les tacos», plaisante l’actrice
  • Bien que le mot «diversité» soit désormais sur toutes les lèvres à Hollywood, et que tout studio œuvre à recruter des personnes d’origines diverses tant devant que derrière la caméra, l’actrice mexico-arabe demeure sceptique

DUBAÏ: Depuis sa plus tendre enfance, Salma Hayek – actrice, productrice, philanthrope et vedette internationale – ressent un lien fort avec ses racines arabes. Bien qu’elle ait grandi au Mexique, loin du petit village libanais de Baabdat que sa famille a quitté des années avant sa naissance, son père et ses grands-parents n’ont jamais cessé de lui rappeler ses origines et les valeurs qui en découlent.

«Comme tous les Libanais, j’ai été éduquée à l’importance de la fraternité et de redonner au pays ce qu’il nous donne. Nous sommes élevés de manière à ce qu’un lien se crée immédiatement lorsque nous rencontrons une autre personne d’origine libanaise», explique-t-elle.

Elle a grandi dans une maison où l’on mangeait des plats arabes. Son grand-père l’a incitée à lire les écrits de Khalil Gibran et lui a expliqué son identité arabe.

Salma Hayek avec son mari, François-Henri Pinault, et leur fille, Valentina Paloma Pinault, en France. (Getty)
Salma Hayek avec son mari, François-Henri Pinault, et leur fille, Valentina Paloma Pinault, en France. (Getty)

«J’ai probablement goûté au kebbé avant les tacos», plaisante-t-elle.

Ses origines sont diverses et elle en a embrassé toute la richesse, que ce soit au niveau de ses racines latines ou moyen-orientales, même lorsqu’elle a quitté le Mexique afin de s’installer aux États-Unis pour faire carrière et, éventuellement, acquérir la nationalité du pays. Si la richesse de ses origines ont fait d’elle la femme qu’elle est désormais, cette identité multiple l’a conduite sur un chemin difficile dans une ville comme Hollywood où les personnes les plus facilement acceptées sont celles qui se conforment à des normes différentes.

«Il faut comprendre que je suis Mexico-Arabe aux États-Unis. Ce n’est pas de tout repos. Je ne suis pas Britannique ou Espagnole. Je suis Mexico-Arabe», déclare-t-elle à Arab News.

Elle a grandi dans une maison où l’on mangeait des plats arabes. Son grand-père l’a incitée à lire les écrits de Khalil Gibran et lui a expliqué son identité arabe. (Fourni)
Elle a grandi dans une maison où l’on mangeait des plats arabes. Son grand-père l’a incitée à lire les écrits de Khalil Gibran et lui a expliqué son identité arabe. (Fourni)

Elle décide cependant de persévérer et contribue de manière significative à une plus grande acceptation non seulement de la diversité ethnique mais aussi des femmes dans des rôles traditionnellement joués par des hommes dans le secteur. Le Prophète, son projet-passion de 2015, est un film d’animation inspiré de la célèbre œuvre de Gibran et produit par elle (sachant qu’elle a également prêté sa voix à l’un des personnages).

«Ce n’est pas un livre religieux, c’est un livre poétique et philosophique. Il a été écrit par un homme arabe, qui unit toutes les religions. Je pense que c’est très important», confie l’actrice au quotidien The Guardian.

«Grâce à ce livre, j’ai appris à connaître mon grand-père. Grâce à ce livre, mon grand-père m’a appris la vie», déclare-t-elle à Reuters lors de la première du film à Beyrouth. «Pour moi, c’est une lettre d’amour à mon patrimoine. J’espère que les personnes qui ont des liens avec nos ancêtres et celles qui nous ont quittés sont fières de ce film, parce que je l’ai fait aussi pour elles.» Le père de l’actrice s’est également rendu à Beyrouth pour la première et, ensemble, ils ont fait un «voyage émouvant» au cœur de Baabdat, leur village ancestral.

Salma Hayek à la première du dernier film Marvel, en compagnie de la réalisatrice, Chloé Zhao, et de la productrice, Victoria Alonso. (Fourni)
Salma Hayek à la première du dernier film Marvel, en compagnie de la réalisatrice, Chloé Zhao, et de la productrice, Victoria Alonso. (Fourni)

Bien que le mot «diversité» soit désormais sur toutes les lèvres à Hollywood, et que tout studio œuvre à recruter des personnes d’origines diverses tant devant que derrière la caméra, l’actrice mexico-arabe demeure sceptique. Pourquoi? Parce que souvent, selon elle, ce genre de mesures est simplement pris afin de remplir des quotas qui ne représentent pas un réel changement.

«Lorsque la diversité est le fruit du politiquement correct, on se pose des questions. On ne se sent pas intégré de la même manière que lorsque c’est fait avec sincérité. Les gens sont stressés; ils s’expriment avec beaucoup de prudence pour ne pas tenir de propos déplacés. Ils ne vous voient plus comme des êtres humains et ils ne célèbrent pas les personnes que vous êtes», souligne l’actrice.

Son dernier film n’entre pas dans cette catégorie, indique-t-elle. C’est sa première aventure dans l’univers cinématographique Marvel. Elle est la première femme arabe à jouer ce rôle.

Salma Hayek et la statue de Gibran. (Fourni)
Salma Hayek et la statue de Gibran. (Fourni)

L’actrice s'est particulièrement réjouie du fait que la réalisatrice Chloé Zhao, qui a remporté l’Oscar de la meilleure réalisatrice et celui du meilleur film pour Nomadland plus tôt cette année, se soit tournée vers elle non pas pour remplir un quota, mais pour quelque chose de plus profond.

«Il s’agit de diversité, mais pas dans le sens du politiquement correct. C’est fait par conviction. Cela ne semble pas artificiel et forcé, le but n’étant pas délibérément de choisir des personnes de pays différents», précise-t-elle.

L’actrice n’avait jamais joué dans un film de super-héros auparavant – et elle en est très heureuse. Si cela avait été le cas, explique-t-elle, elle n’aurait probablement jamais été choisie dans celui-ci, en tant que chef d’un groupe d’anciens héros provenant d’une autre galaxie. Selon elle, un casting de personnes venues d’horizons si différents dans un tel film est un grand moment non seulement pour elle, mais pour l’industrie hollywoodienne dans son ensemble. D’après elle, le message que le film cherche à véhiculer est que «nous pouvons tous être des super-héros».

«Avant, je faisais partie de ces personnes auxquelles on ne faisait jamais appel lorsqu’il s’agissait d’un rôle plus grand que nature. Je suis tellement contente qu’ils ne m’aient pas contactée avant. Je les en remercie. En réalité, il y a eu de très mauvais films; cela valait la peine d’attendre», précise Salma Hayek. «C’est comme mon mari (le grand homme d’affaires français François-Henri Pinault). Je l’ai attendu longtemps, mais j’ai finalement eu beaucoup de chance», renchérit-elle.

Lorsqu’elle parle du film pour la première fois avec Kevin Feige, directeur de Marvel Studios, et Chloé Zhao, la réalisatrice, elle est surprise d’apprendre qu’elle a été choisie comme leader du groupe pour ses qualités personnelles avant toute chose.

«Pour tout vous dire, je pensais que j’allais jouer la mère de quelqu’un. Mais Chloé a dit: «Tu seras le chef. Dans les bandes dessinées, c’est un homme, mais nous voulions que tu incarnes ce rôle, alors ce sera une femme.» J’étais très surprise. Je croyais que c’était une blague. J’ai demandé: «Pourquoi veux-tu que ce soit moi?» Elle a répondu: «Je vois en toi les qualités de ce chef. Tu as une certaine force que je veux pour ce personnage. Tu es extrêmement forte, mais il y a de la chaleur dans ta force.»

«Le personnage a un instinct maternel. Et j’ai vraiment apprécié cela. Elle a la capacité de guérir les autres, et si vous y pensez, les meilleurs dirigeants du monde devraient être dotés de cette qualité. Ils sont suivis par de nombreux gens. Ils devraient guérir leurs douleurs et leurs problèmes. Ils devraient réparer ce qui est cassé», poursuit l’actrice.

L’actrice et la réalisatrice se comprennent très bien. Un lien immédiat s’est créé lors de leur première rencontre et s’est poursuivi tout au long du tournage, jusqu’à ce jour.

«C’est une si bonne réalisatrice. Grâce à cela, je n'ai eu besoin d'aucune préparation. Il y avait comme une présence et une confiance en elle», explique l’actrice.

Cet esprit d'ouverture s'est poursuivi tout au long du tournage et, par conséquent, un lien que l’actrice n’avait plus vu depuis des années s’est tissé entre les membres de l’équipe.

«Nous avons tous beaucoup échangé dans les moments d’attente entre les prises. Cela n’arrive plus vraiment. C’était le cas avant; les acteurs avaient l’habitude de parler des personnages tout le temps, de réciter leur texte ensemble et de se disputer sur le sens de la scène, mais désormais chacun est collé à son téléphone. Ils sont uniquement présents au moment de tourner. Ici, cela ne s’est pas passé ainsi», précise-t-elle.

Pour elle, le plus important n’est pas seulement son identité arabe et mexicaine, ou son image de femme forte, incarnée sur le plateau. Elle sent qu’elle a pu exhiber fièrement tous les aspects de sa personne.

«J’ai 55 ans, c’est donc une autre forme de diversité», note-t-elle, faisant allusion au fait que les femmes plus âgées ont rarement d'autres rôles que ceux de mères et de grands-mères après la trentaine.

Elle a également pu se sentir à l’aise avec sa dyslexie, confie-t-elle. «Lors de notre première lecture, j’ai dû lire le texte sur papier. Je pensais que ce serait déplorable, mais je savais que je finirais par bien le faire. Barry Keoghan (qui joue le personnage de Druig) est aussi dyslexique. C’était bien de pouvoir tous nous asseoir ensemble, nous tenir par la main et être des héros, même dans ces moments-là. Nous devons tous être une famille – une vraie famille – et être unis», ajoute l’actrice.

L’actrice doit tout cela à la réalisatrice Chloé Zhao.

«Depuis le tout premier instant, j’ai su que ce serait différent. C’est une femme courageuse avec beaucoup de clairvoyance qui est restée ainsi tout au long du tournage. La façon dont elle manie la caméra, la douceur, les moments à la fois épiques et intimes. C’était une vision très claire et précise. C’était une très belle expérience», conclut l’actrice.

 

 Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Plus de 300 candidatures, sept finalistes : JD Malat Gallery met à l’honneur la scène artistique des Émirats

Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
Short Url
  • JD Malat Gallery Dubai a sélectionné sept artistes résidant aux Émirats arabes unis parmi plus de 300 candidatures reçues dans le cadre de l’appel à projets « Made in the UAE »
  • Leurs œuvres seront présentées lors d’une exposition collective qui ouvrira le 11 juin 2026 à Downtown Dubai, mettant en lumière la diversité de la scène artistique contemporaine du pays

DUBAÏ: JD Malat Gallery Dubai a annoncé les sept artistes retenus dans le cadre de « Made in the UAE », une initiative curatoriale destinée à mettre en lumière des talents qui contribuent à façonner le paysage culturel contemporain des Émirats arabes unis.

Lancé en octobre 2025, l’appel à candidatures a suscité un vif intérêt à travers le pays, avec plus de 300 candidatures reçues de la part d’artistes résidant dans les différents émirats. À l’issue du processus de sélection, sept finalistes ont été retenus pour participer à une exposition collective qui ouvrira ses portes le 11 juin 2026 au sein de la galerie, située à Downtown Dubai.

Les artistes sélectionnés sont Ahmed Emad (EAU/Égypte), Anila Ashraf (Pakistan), Camelia Mohebi (EAU), Elizaveta Pugacheva (Russie), Samo Shalaby (Égypte/Palestine), Sasan Nasernia (Iran) et Yousif Albadi (Soudan).

De la peinture à la sculpture en passant par des techniques mixtes, leurs travaux explorent des thèmes tels que l’identité, la mémoire, la matérialité et les échanges culturels. Ensemble, ils offrent un aperçu de la richesse et de l’évolution de la scène artistique contemporaine des Émirats.

La sélection a été effectuée par un jury réunissant des figures du monde de l’art et de la culture dans la région, dont Zina Khair, cofondatrice de la Khair Art Collection, Roxane Zand, fondatrice de Zand Fine Arts et ancienne vice-présidente de Sotheby’s pour le Moyen-Orient, Ali Mohammadioun, collectionneur, curateur et fondateur d’E Plus A Atelier, ainsi que Jean-David Malat, fondateur de JD Malat Gallery.

Face à la qualité des candidatures reçues, le jury a décidé d’élargir la sélection initialement envisagée afin d’inclure sept artistes.

« Le niveau des candidatures était exceptionnel et témoigne de la profondeur des talents qui participent aujourd’hui au dynamisme culturel des Émirats arabes unis », a déclaré Jean-David Malat.

« Au-delà de la qualité des œuvres, c’est la diversité des perspectives et des parcours qui a particulièrement retenu notre attention. Ces artistes incarnent l’identité internationale et plurielle qui fait de Dubaï une ville créative unique, » a-t-il ajouté.

 


Un couple saoudien transforme des matériaux du quotidien en œuvres d’art

Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Short Url
  • Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair partagent un langage artistique façonné par la curiosité et la collaboration
  • Sahar Al-Omair : « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain. »

DJEDDAH : Les artistes saoudiens Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair trouvent de la beauté là où on l’attend le moins.

Depuis leur atelier installé dans leur maison de la province orientale, ce duo mari et femme a développé une pratique artistique fondée sur des milliers d’objets du quotidien que beaucoup ignorent ou jettent : clous, punaises, vis, grains de café et plaques de métal rouillées.

Grâce à des processus minutieux pouvant nécessiter plusieurs mois de travail, ils transforment ces matériaux ordinaires en œuvres complexes qui explorent la mémoire, la culture, les mutations environnementales et les liens humains.

Au cœur de leur démarche se trouve la conviction que la valeur existe souvent dans des éléments que l’on ne remarque pas. « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain », a déclaré Al-Omair à Arab News.

« Chaque punaise, chaque clou ou chaque perle peut sembler insignifiant pris isolément. Pourtant, lorsque des milliers d’entre eux sont assemblés avec soin, ils se transforment en quelque chose de magnifique. 

À travers notre travail, nous montrons comment des éléments négligés ou considérés comme “imparfaits” peuvent s’unir pour composer de remarquables harmonies visuelles, tout comme les actions individuelles, lorsqu’elles sont coordonnées, peuvent accomplir des réalisations extraordinaires. » 

--
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)

Cette philosophie dépasse largement le choix des matériaux. Nombre de leurs œuvres abordent la mémoire collective, les transformations environnementales, l’identité culturelle et des récits humains oubliés, souvent au travers de processus exigeants qui brouillent les frontières entre démarche artistique, recherche et ingénierie.

L’un de leurs projets les plus ambitieux consistait à réaliser un portrait à partir de 13 000 grains de café usagés. Pour obtenir la gamme de tons nécessaire, les artistes ont passé deux mois à torréfier eux-mêmes les grains, traitant ce processus comme un peintre mélange ses couleurs.

« Nous avons acheté une petite torréfaction et torréfié les grains selon différentes nuances, quelques secondes seulement séparant une teinte d’une autre », explique Al-Omair.

« Nous sommes finalement parvenus à obtenir neuf nuances distinctes, puis nous avons classé les grains comme dans une bibliothèque de couleurs. Les torréfactions légères servaient aux tons beige chaud et brun doux, les torréfactions moyennes aux teintes terreuses plus riches, et les plus foncées aux ombres profondes et aux contrastes. Chaque variation comptait, ce qui a rendu le processus extrêmement expérimental et détaillé. »

--
(Fourni)

Leurs œuvres monumentales réalisées avec des clous exigent un niveau de précision similaire. Certaines pièces intègrent plus de 100 000 clous, obligeant Al-Sadah à calculer les dimensions, la répartition du poids et les charges structurelles avant même le début de la production.

« Au départ, ce n’était pas facile du tout », a confié Al-Sadah à Arab News. « Nous ne savions pas par où commencer ni à qui demander conseil. Il a fallu énormément de recherches, vraiment énormément.

Je pense que cette difficulté a été une bénédiction, car elle nous a poussés à expérimenter et à faire preuve de créativité avec les connaissances dont nous disposions. Je suis certain qu’il existe des méthodes plus rapides ou plus simples, mais comme nous ne les connaissions pas, nous avons dû inventer nos propres procédés. »

Le langage visuel des artistes est également profondément influencé par leur environnement dans la région de Qatif, un territoire historiquement marqué par ses oasis, ses palmeraies et son héritage agricole.

« Le calme de l’oasis, la densité des palmiers, les paysages désertiques et les vestiges de l’architecture ancienne ont forgé en nous chez nous une mémoire visuelle très forte », explique Al-Omair.

Elle ajoute que voir nombre de ces éléments disparaître progressivement au fil du temps a eu un impact émotionnel profond sur eux et continue d’influencer leur travail.

Leur prochaine exposition, par exemple, utilisera de la rouille récupérée sur des tôles ondulées en zinc qui dissimulent aujourd’hui les vestiges de la source historique de Darosh, une source d’eau vieille de 2 000 ans dont le déclin est devenu un symbole des transformations environnementales de la région.

« Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec des matériaux considérés comme “laids” ou sans valeur pour les présenter comme des œuvres dignes d’attention », souligne Al-Sadah.

« Le matériau porte déjà sa propre beauté, son histoire et sa présence ; nous ne faisons que les révéler. Ce qui nous intéresse, c’est l’authenticité de la surface elle-même : les textures, les taches, l’érosion, les traces du temps et de l’abandon. Même les dégradations acquièrent une signification visuelle et émotionnelle », explique-t-il.

Le couple s’est rencontré lors d’un atelier artistique en 2021 et a rapidement découvert un langage créatif commun malgré des parcours différents. Al-Sadah travaillait le bois et l’art numérique, tandis qu’Al-Omair se consacrait au dessin et à la composition visuelle.

« Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, la collaboration nous a semblé très naturelle ; notre manière de penser était étonnamment similaire », raconte Al-Omair.

« Nous étions tous deux passionnés par la narration et les détails. Alors que nous discutions d’une œuvre à ses débuts, nous nous sommes retrouvés à la réaliser entièrement ensemble. Depuis, nous travaillons comme un duo d’artistes », ajoute-t-elle.

Aucun des deux n’a suivi de formation artistique formelle, une réalité qui, selon eux, a nourri leur esprit d’expérimentation.

« Comme nous n’avions ni mentors ni cadres établis sur lesquels nous appuyer, nous avons été poussés vers une approche beaucoup plus expérimentale », explique Al-Sadah. « Nous avons dû tout apprendre par nous-mêmes, ce qui a façonné une grande partie de notre démarche. D’une certaine manière, nous nous estimons chanceux d’avoir bénéficié de cette indépendance, même si elle s’accompagnait d’incertitudes. »

Depuis leur mariage en 2022, le couple a réalisé entre 20 et 30 œuvres collaboratives, dont beaucoup nécessitent des mois de recherche, de tests de matériaux et de fabrication.

Au fil du temps, ils ont constitué une communauté fidèle de collectionneurs qui découvrent souvent leur travail directement dans leur atelier.

« Les gens ne viennent pas seulement acheter une œuvre terminée », explique Al-Sadah. « Ils assistent souvent à des fragments du processus, aux expérimentations, aux échecs, aux matériaux et aux histoires qui se cachent derrière chaque réalisation. Cela suscite un lien émotionnel différent avec l’œuvre lorsqu’elle rejoint leur foyer. »

Bien qu’ils soient ouverts à des expositions sur de grandes scènes internationales, ils restent profondément attachés aux paysages, à l’histoire et aux transformations en cours de l’Arabie saoudite.

« Même si nos œuvres voyagent à l’international à l’avenir, nous ne considérons pas cela comme incompatible avec la préservation ou la mise en valeur des récits saoudiens », affirme Al-Sadah.

« D’une certaine manière, plus notre travail est enraciné dans notre environnement et nos expériences, plus il semble toucher un public universel. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de «Persepolis», est décédée

 L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
Short Url
  • Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran"
  • "Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas"

PARIS: L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait connu la consécration avec la saga autobiographique "Persepolis" dans laquelle elle racontait son enfance en Iran sous le joug des mollahs, la répression subie par le peuple iranien et son douloureux départ vers l'Europe.

Primé en 2001 au festival de BD d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant le prix du jury du festival de Cannes en 2007. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran.

En 2005, un autre de ses albums situé en Iran, "Poulet aux Prunes", avait décroché le prix du meilleur album à Angoulême et Marjane Satrapi avait également co-réalisé son adaptation au cinéma en 2011 avec, au casting Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros.

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".

"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).