COP26 : Alok Sharma, sobre président d'un sommet crucial

Chargé, au coeur des négociations entre pays, de concilier l'inconciliable, ce Britannique réservé de 54 ans, notait jeudi le surnom qui lui est parfois donné: "no drama Sharma", son nom affublé d'un "pas de drame" reflétant pour certains un manque d'aspérités. (Photo, AFP)
Chargé, au coeur des négociations entre pays, de concilier l'inconciliable, ce Britannique réservé de 54 ans, notait jeudi le surnom qui lui est parfois donné: "no drama Sharma", son nom affublé d'un "pas de drame" reflétant pour certains un manque d'aspérités. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 13 novembre 2021

COP26 : Alok Sharma, sobre président d'un sommet crucial

  • «Je pense qu'Alok Sharma s'en est bien tiré, mais que le gouvernement britannique a été pris en faute parce qu'il n'a pas pris assez tôt la mesure la gravité et le degré de difficulté»
  • «C'est l'un des gars les plus sympas que je connaisse en politique, ils est très affûté, il s'intéresse à des problèmes précis, pas simplement à des phrases toutes faites»

GLASGOW : A peine connu encore récemment au Royaume-Uni, il a à présent les yeux de la planète braqués sur lui. La COP26 a apporté à son président Alok Sharma une notoriété soudaine et lui a mis la pression d'une conclusion du sommet à la hauteur de l'urgence.


Chargé, au coeur des négociations entre pays, de concilier l'inconciliable, ce Britannique réservé de 54 ans, notait jeudi le surnom qui lui est parfois donné: "no drama Sharma", son nom affublé d'un "pas de drame" reflétant pour certains un manque d'aspérités.


Un surnom calqué sur celui de l'ancien président américain Barack Obama, qui a connu à la fois la COP de 2009 à Copenhague, qui s'est soldée par un échec, et celle de 2015 en France dont les avancées ont donné l'accord de Paris, la clé de voûte de la diplomatie du climat.


Sharma, un ex-ministre chargé des Entreprises, n'a pas l'éloquence de Barack Obama ou même du Premier ministre britannique Boris Johnson, qui l'a nommé pour diriger la COP26 avec les Nations unies en février 2020.


Une nomination intervenue juste avant que la pandémie de coronavirus ne s'abatte sur le monde, sans toutefois l'empêcher de se déplacer partout sur la planète dans les mois qui ont précédé le sommet de Glasgow.


Il a ainsi cherché à nouer des relations personnelles avec les petits Etats insulaires mais aussi avec des poids lourds de l'économie et des émissions de gaz à effet de serre, se rendant en Chine et dans son Inde natale, deux pays qui freinent la conclusion d'un accord ambitieux.


Si Boris Johnson a été critiqué pour n'avoir pas nommé une grande figure à ce poste essentiel, Alok Sharma s'est attiré l'estime de nombre de délégués pour son approche équilibrée.


"Je pense qu'Alok Sharma s'en est bien tiré, mais que le gouvernement britannique a été pris en faute parce qu'il n'a pas pris assez tôt la mesure la gravité et le degré de difficulté" de la COP, estime l'ancien chef de l'opposition travailliste britannique Ed Miliband, interrogé par l'AFP.


"On ne peut pas compenser en deux semaines le travail qu'on n'a pas fait en deux ans", lance-t-il à l'adresse de Boris Johnson.

De l'entreprise au climat
Alok Sharma cumulait initialement les casquettes de président de la COP26 et de ministre des Entreprises. Un choix qui a conduit les critiques à accuser Boris Johnson de ne pas prendre suffisamment au sérieux la COP, repoussée d'un an à cause du Covid-19.


C'est ainsi qu'Alok Sharma est devenu président à plein temps.


Alok Sharma est né en 1967 à Agra, la ville du Taj Mahal, avant que ses parents ne s'installent cinq ans plus tard à Reading, une ville en périphérie de Londres.


A l'instar de son collègue au gouvernement, le ministre des Finances Rishi Sunak, il a prêté son serment de député sur la Bhagavad Gita, le livre sacré hindou.


Johnny Luk, un militant conservateur d'origine chinoise, qui a fait l'objet de "beaucoup d'injures racistes" quand il s'est présenté en 2019, souligne qu'Alok Sharma lui avait "personnellement manifesté son soutien". "Ca a beaucoup compté pour moi", avait-il déclaré au journal Daily Telegraph.


"C'est l'un des gars les plus sympas que je connaisse en politique, ils est très affûté, il s'intéresse à des problèmes précis, pas simplement à des phrases toutes faites", avait ajouté Johnny Luk.


Dans son parcours, de l'université de Salford, dans le nord-ouest de l'Angleterre, à ses stages de comptable puis ses emplois dans la finance d'entreprise, rien ne laissait présager qu'il dirigerait un jour la COP.


Sous l'impulsion de son épouse suédoise, il est devenu député conservateur en 2010, avant d'occuper plusieurs petits portefeuilles ministériels puis de se voir confier celui du Développement international à l'arrivée au pouvoir en juillet 2019 de Boris Johnson.


Il a été l'un des rares opposants au Brexit conservés par ce dernier et a été considéré comme digne de confiance et s'est montré fidèle à la ligne dure du Premier ministre sur la sortie de l'Union européenne.

Berceau du charbon, Glasgow désormais pionnière dans la lutte contre les effets du réchauffement

Glasgow : A Glasgow, qui accueille la conférence internationale sur le climat COP26, le canal de Forth et Clyde, jadis infrastructure essentielle de la révolution industrielle responsable des émissions carbone, est devenu un projet pionnier de la lutte contre les effets du réchauffement climatique.


Il y a "200 ans, le bois, la pierre, le charbon passaient par ici" avant de rejoindre les usines qui ont fait de la cité écossaise une puissance industrielle européenne, raconte Peter Robinson, ingénieur en chef de Scottish Canals, en parcourant les eaux du canal, inauguré en 1790, à bord d'une péniche.


La révolution industrielle a débuté lorsqu'un Ecossais, l'ingénieur James Watt, a décidé en 1765 d'appliquer un condensateur à la machine à vapeur afin d'améliorer sa puissance et son efficacité.   


Cette idée lui est venue en se baladant dans un parc de la ville, relate Ewan Gibbs, expert en histoire économique et sociale de l'université de Glasgow. "On pourrait dire, dans les grandes lignes, que c'était le début de l'économie moderne du carbone".

«Bassin houiller»

Puissante plaque tournante pour le sucre et le tabac dès le XVIIIe siècle, Glasgow a vu son industrie textile se développer, avant d'évoluer au milieu du XIXe siècle vers l'industrie lourde, avec la fabrication de locomotives pour le chemin de fer naissant et par la suite de navires et d'armements lourds.


Le canal "était utilisé pour transporter le charbon par barge, notamment vers Glasgow depuis le Lanarkshire, le principal bassin houiller d'Écosse", détaille M. Gibbs. "Souvent, les aciéries étaient situées à des endroits stratégiques le long du canal pour pouvoir s'approvisionner en charbon".


Les conditions de vie étaient très dures, "avec les effets du smog couplés à la forte densité de population, et les gens vivaient, entassés les uns sur les autres, réchauffés par des cuisinières à charbon". 


Un siècle plus tard, Forth et Clyde a fait peau neuve. 


Depuis cette semaine, en pleine COP26, ses 57 km se sont transformés pour devenir le "premier +canal intelligent+ d'Europe", conçu pour lutter contre les inondations qui sont l'une des conséquences du changement climatique, explique M. Robinson.


"Nous avons appliqué la pensée du XXIe siècle à une infrastructure du XVIIIe siècle", fait-il valoir. 


Grâce aux prévisions de l'agence météorologique, "avant qu'une inondation ne se produise, le canal abaissera son niveau, c'est-à-dire qu'il éjectera son eau pour qu'elle atteigne la mer avant qu'il ne commence à pleuvoir".


Capable de contenir jusqu'à 55.000 m3, il agira comme "une éponge" et empêchera les eaux de pluie d'inonder le centre-ville, situé à environ 15 minutes de marche.  


D'autant que "l'intensité des précipitations à Glasgow devrait augmenter de 32 % d'ici 2072", précise Ewan Gibbs.


Et la transformation ne s'arrête pas là.


Tombés en désuétude dans les années 1960 au début de la désindustrialisation, les canaux et leurs rives se sont remplis "d'ordures" et "de matériaux vraiment nocifs", retrace Amelia Morgan, cadre de l'organisme public qui les gère. La réhabilitation a nécessité 20 ans de "travail acharné et d'investissements considérables".

Vélo, pêche et kayak
Aujourd'hui, les "claypits" --carrières d'argile d'où sortaient les briques pour la ville-- abritent une réserve naturelle, les entrepôts industriels accueillent des maisons et le site d'une centrale électrique est devenu une forêt où les habitants du Nord de Glasgow vont marcher, pêcher, faire du vélo ou du kayak. 


Cette zone est l'une des plus défavorisées de la ville, avec un chômage élevé et des problèmes de santé comme l'obésité et l'alcool. 


"L'espérance de vie des habitants du Nord de la ville est d'environ 52 ans pour un homme" alors qu'à "cent mètres de l'autre côté du canal, dans la partie centrale plus aisée, elle bondit de 20 ans", explique Josie Saunders, à la tête des relations publiques de Scottish Canals.


Mais si Forth and Clyde "jouait (jadis) le rôle d'une barrière" divisant  Glasgow, il favorise désormais les liaisons grâce à la construction de ponts. 


Selon une récente étude de l'université calédonienne de Glasgow, ce renouveau a "diminué de 3% le taux de mortalité annuel pour les personnes vivant à moins de 500 mètres du canal".   


Hormis la Finnieston Crane, grue géante désaffectée sur les berges de la Clyde qui surplombe le centre des expositions où se tient la COP26, Glasgow ne garde guère de souvenirs de son passé industriel.


Pour M. Gibbs, cela fait partie "d'un effort délibéré dans les années 1980 et 1990 (...) d'essayer de changer l'image" industrielle de la ville, souvent associée aux grèves et conflits sociaux.

Suspense à la COP26 sur les questions de financement des plus pauvres

GLASGOW : Les négociations à la COP26 butaient toujours samedi sur l'épineuse question de l'aide financière aux pays pauvres alors que le présidence britannique espère arracher dans la journée un accord pour freiner le réchauffement de la planète.


Après un sommet accueillant plus de 120 chefs d'Etat, des annonces en tout genre sur les forêts ou le méthane, et deux semaines de négociations serrées sur de nombreux sujets explosifs, la conférence sur le climat de Glasgow joue les prolongations. Au moins une journée de plus pour tenter de "garder vivant" l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, celui de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.


Vendredi soir, après la fin théorique de la conférence, la présidence britannique a donné rendez-vous à 08H00 (locales et GMT), après une nouvelle nuit de consultations, pour une troisième version du texte de la déclaration finale, espérant que le marteau pourrait tomber dans la journée de samedi. Mais à l'heure dite, aucun nouveau document n'avait été rendu public.


La deuxième version du texte publiée vendredi matin avait suscité des critiques de toutes parts.


Au coeur des tensions, l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres -- les moins responsables du changement climatique mais en première ligne face à ses impacts-- à réduire leurs émissions et à se préparer à affronter les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique.


Les pays en développement ont notamment mis sur la table une proposition pour créer un mécanisme spécifique de prise en compte des "pertes et préjudices", c'est-à-dire les dommages déjà causés par les impacts ravageurs des tempêtes, sécheresses et canicules qui se multiplient.


Et c'est précisément cette question qui bloque selon plusieurs observateurs.


"C'est le moment de suspense" de la conférence, a ainsi déclaré à l'AFP Alden Meyer, du think tank E3G. "Ceux qui sont sur la ligne de front ne sont pas ceux qui ont causé le problème et il est de notre responsabilité éthique de les aider face à un problème qu'ils n'ont pas causé". 


La proposition d'un dispositif spécifique "a été mise sur la table par la totalité du monde en développement", grands pays émergents compris, a rappelé à l'AFP le représentant guinéen Amadou Sebory Touré, chef du groupe de négociation G77+Chine (plus de 100 pays en développement et émergents).


Un canal de financement spécifique est nécessaire "pour répondre à nos besoins et aux pertes et préjudices infligés à nos populations et nos économies par le changement climatique" a-t-il insisté.


Vendredi, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait lancé à l'adresse des pays riches: "il faut mettre l'argent sur la table pour aider les pays en développement à faire les changements nécessaires  (...) C'est ce qui doit se passer dans les heures qui viennent".

Responsabilités
Mais selon plusieurs observateurs les pays riches, et notamment les Etats-Unis, font barrage à cette proposition. "Les Etats-Unis et l'UE bloquent cette proposition (...) Les pays riches bloquent le financement pour les pertes et préjudices à chaque étape depuis un certain temps", dénonçait vendredi Gabriela Bucher, de l'ONG Oxfam. 


L'UE a, selon des sources proches des négociations, une position plus ouverte, mais hésite sur l'idée d'un mécanisme spécifique.


Les discussions sont compliquées par la méfiance des pays pauvres, puisque les pays riches n'ont toujours pas tenu leur promesse faite en 2009 de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards par an. 


Le Sud accuse aussi les pays développés de vouloir leur imposer de faire plus pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors qu'ils ne sont pas responsables du changement climatique.


Pour tenter de limiter le réchauffement, le texte provisoire de la présidence britannique appelle les Etats membres à relever leurs engagements de réduction d'émissions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce dès 2022. Même si la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières" a été ajoutée par rapport à la première version, provoquant des critiques des ONG sur la réelle ambition des pays à limiter la hausse des températures.


Malgré les nouveaux engagements à l'échéance 2030 annoncés juste avant et depuis le début de la COP, le monde se dirige toujours vers un réchauffement "catastrophique" de 2,7°C, selon l'ONU. Alors qu'un réchauffement de 1,1°C environ provoque déjà aujourd'hui une multiplication des catastrophes.


Autre question sensible au coeur des négociations, les énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète.


Alors que l'accord de Paris ne les mentionnait pas, le dernier projet de déclaration prévoit l'inclusion --adoucie par rapport à la première version-- de la sortie de leur financement. Sans satisfaire personne.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Les Etats-Unis et l'Iran cessent les hostilités «pour le moment»

Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
  • Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord
  • Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain.

"Il est prévu que les discussions techniques continuent sur tous les points du protocole d'accord. Les deux parties vont cesser (leurs attaques) pour le moment et les navires peuvent circuler librement" dans le détroit d'Ormuz et autour, a expliqué dans un mail transmis à l'AFP ce responsable.

Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord.

Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, ce qui a déstabilisé le commerce mondial d'hydrocarbures et fait flamber les cours du pétrole, le détroit a rouvert la semaine dernière.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. "Aucune autre institution ni aucun autre pays" que l'Iran n'est "responsable" de la gestion du détroit, a martelé dimanche le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.

"Toute ingérence" dans la gestion du détroit conduira "à des retards dans (sa) réouverture et augmentera les tensions", a-t-il lancé.

Possible rencontre au Qatar 

L'Iran a vu d'un mauvais oeil l'annonce par Oman de l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués. Des dizaines de bateaux l'ont empruntée cette semaine.

Et depuis jeudi, deux navires ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue - des attaques attribuées à Téhéran par l'armée américaine qui a riposté deux jours de suite en bombardant l'Iran.

Téhéran a de son côté répliqué en tirant missiles et drones vers ses voisins du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn.

Citant deux responsables américains et une troisième source ayant connaissance du dossier, le média Axios a affirmé que des discussions devaient avoir lieu mardi au Qatar pour résoudre les différends concernant Ormuz, voie par laquelle transite habituellement quelque 20% des hydrocarbures mondiaux.

Si l'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur Ormuz, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982, garantit un droit de "passage en transit" dans les détroits qui servent à la navigation internationale, comme celui d'Ormuz, incontournable pour relier le Golfe au reste du monde.

Le texte, non ratifié par Téhéran, dispose que "tous les navires et aéronefs" dont le but est le transit "continu et rapide" du détroit jouissent d'une liberté de navigation "sans entrave".

Frappes israéliennes au Liban 

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans le protocole d'accord avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes dimanche. Et ce malgré, aussi, la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre en vue d'une "paix durable".

Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit un long et profond tunnel du Hezbollah dans le sud du Liban.

L'Agence libanaise d'information ANI (officielle) a rapporté des bombardements, le ministère de la Santé faisant état de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud du pays.

Le chef du Parlement libanais allié au Hezbollah pro-Iran, Nabih Berri, a affirmé dimanche que l'accord avec Israël "ne sera pas adopté" en l'état.

Le mouvement chiite, qui rejette lui aussi cet accord, a dit se réserver le droit de "défendre sa patrie" après les dernières attaques israéliennes.

L'accord conditionne le retrait d'Israël du Liban - dont les troupes occupent un secteur dans le sud - au désarmement du Hezbollah. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.