Equateur: nouveau massacre dans la prison de Guayaquil, 68 morts

Samedi matin, le cadavre d'un détenu gisait sur le toit du bâtiment, aux murs blancs maculés de glaçantes traces de sang, peu avant d'être évacué par des policiers. (Photo, AFP)
Samedi matin, le cadavre d'un détenu gisait sur le toit du bâtiment, aux murs blancs maculés de glaçantes traces de sang, peu avant d'être évacué par des policiers. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 14 novembre 2021

Equateur: nouveau massacre dans la prison de Guayaquil, 68 morts

  • À coups d'armes blanches, d'armes à feu et d'explosifs, ces violences entre détenus ont débuté vendredi soir dans le bloc 2 du vaste centre pénitentiaire de Guayaquil
  • Ces événements, marqués «par une plus grande violence que d'habitude», sont «le résultat d'une dispute territoriale entre bandes criminelles à l'intérieur du pénitencier»

GUAYAQUIL : Corps mutilés et brûlés, scènes d'une grande "sauvagerie"... de nouveaux affrontements en prison entre gangs de détenus ont fait 68 morts en Equateur, où le gouvernement, malgré ses multiples annonces, semble impuissant à contenir la gravissime crise carcérale que connait le pays depuis des mois.

À coups d'armes blanches, d'armes à feu et d'explosifs, ces violences entre détenus ont débuté vendredi soir dans le bloc 2 du vaste centre pénitentiaire de Guayaquil, principale ville du sud-ouest du pays.

"Selon des informations préliminaires, près de 68 personnes privées de liberté (détenus) ont été tuées et 25 autres blessés", a indiqué le bureau du Procureur général, qui a annoncé l'ouverture d'une enquête.

Dans un premier bilan, de la chef de la police, Tannya Varela, avait fait état de 58 morts, et affirmé que la police "avait déjà repris le contrôle" du bloc 2.

Ces événements, marqués "par une plus grande violence que d'habitude", sont "le résultat d'une dispute territoriale entre bandes criminelles à l'intérieur du pénitencier", a expliqué la patronne de la police.

Murs ensanglantés

L'intervention des forces de l'ordre a "sauvé des vies", a assuré de son côté Pablo Arosemena, gouverneur de la province de Guayas (dont la capitale est Guayaquil).

Le gouverneur a fustigé "le niveau de sauvagerie" des assaillants "qui ont voulu entrer dans le bloc 2".

Samedi matin, le cadavre d'un détenu gisait sur le toit du bâtiment, aux murs blancs maculés de glaçantes traces de sang, peu avant d'être évacué par des policiers encagoulés, a constaté un photographe de l'AFP.

Des images diffusées sur les réseaux, dont l'authenticité n'a pas été confirmée de source indépendante, montraient des détenus, en pleine nuit dans une cour de l'intérieur de la prison, s'acharnant à coups de bâtons sur un tas de corps entassés, inanimés et en train de se consumer dans les flammes.

"Nous sommes enfermés dans notre pavillon. Ils veulent nous tuer tous", appelait au secours, dans une autre vidéo, un prisonnier du bloc attaqué. "S'il vous plait partagez cette vidéo. S'il vous plait aidez-nous!", implorait ce détenu, avec en arrière fond sonore des détonations répétées.

Dans un tweet, le président Guillermo Lasso a "présenté mes sincères condoléances aux familles qui ont perdu des êtres chers".

Le 28 septembre, 119 personnes sont mortes dans les mêmes circonstances dans cette même prison de Guayas 1, le plus grand massacre de l'histoire carcérale de l'Équateur et l'un des pires en Amérique latine.

Certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés dans ces violences entre gangs liés aux narcotrafics et aux cartels mexicains.

Après la tuerie, aggravation dramatique de la longue crise carcérale que connait le pays, le président Lasso a proclamé "l'état d'exception" dans les 65 prisons équatoriennes, avec notamment le déploiement d'importants renforts militaires.

Ces prisons peuvent accueillir 30 000 personnes mais sont occupées par 39 000 détenus, soit une surpopulation de 30%. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre. Elles sont le théâtre d'une rivalité sanglante entre notamment les redoutables cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion.

Situé entre la Colombie et le Pérou, les principaux producteurs mondiaux de cocaïne, et utilisé comme zone de transit pour l'expédition vers les Etats-Unis et l'Europe, l'Equateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue, en particulier à Guayaquil, ville portuaire et centre économique du pays. 

«Ce sont des êtres humains»

Dans l'immense prison en périphérie de la ville, qui abrite 8 500 détenus et dont la surpopulation atteint 60% ici selon les chiffres officiels, la violence n'a pas cessé depuis, malgré les multiples annonces et la communication incessante du gouvernement sur ce thème de la lutte contre l'insécurité.

Après les incidents de septembre, 15 autres détenus ont été tués dans différents incidents. Avec nouveau massacre de vendredi soir, les émeutes dans les prisons équatoriennes ont fait plus de 308 morts depuis le début de l'année. En février, 79 détenus sont morts dans des émeutes simultanées dans quatre prisons.

Samedi au petit matin, comme ce fut le cas lors du massacre du 28 septembre, des dizaines de familles de détenus était rassemblées devant le pénitencier de Guayaquil, tentant de prendre des nouvelles de leurs proches ou criant de désespoir à l'annonce de la mort d'un des leurs.

"Ce sont des êtres humains, aidez-les", pouvait-on lire sur une banderole portée par ces familles, contenues par un déploiement de policiers et de militaires appuyés par un char d'assaut.

Entre deux sanglots, Berta Yago, 51 ans, et tante d'un détenu blessé dans les violences par un coup de machette à la jambe, se lamentait: "Je voudrais que quelqu'un m'aide à le faire sortir avant qu'on ne le sorte mort".

Un prisonnier, libéré samedi matin après une peine de 18 mois, a embrassé sa mère en pleurs: "Nous vivons des moments critiques dans cette prison, (...) les balles pleuvent jour et nuit".


Macron appelle Erdogan à lutter contre tout «contournement» des sanctions visant Moscou

Le président français Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan ( à droite ) participent à une réunion bilatérale en marge d'un sommet extraordinaire de l'OTAN au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 24 mars 2022. (AFP).
Le président français Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan ( à droite ) participent à une réunion bilatérale en marge d'un sommet extraordinaire de l'OTAN au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 24 mars 2022. (AFP).
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  • Macron «a souligné l’importance des régimes de sanctions européens pour mettre fin à l'escalade russe et a appelé à lutter contre toute stratégie de contournement», a indiqué l'Elysée à l'issue d'un échange entre les deux dirigeants
  • Très dépendante des gaz et pétrole russes, la Turquie a refusé de se joindre aux sanctions occidentales décrétées contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine, tout en proposant sans relâche sa médiation entre Moscou et Kiev

PRAGUE: Le président français Emmanuel Macron a insisté jeudi auprès de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan sur la nécessité de lutter contre tout "contournement" des sanctions contre la Russie.

"Il a souligné l’importance des régimes de sanctions européens pour mettre fin à l'escalade russe et a appelé à lutter contre toute stratégie de contournement", a indiqué l'Elysée à l'issue d'un échange entre les deux dirigeants, en marge de la première réunion de la Communauté politique européenne à Prague.

Très dépendante des gaz et pétrole russes, la Turquie a refusé de se joindre aux sanctions occidentales décrétées contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine, tout en proposant sans relâche sa médiation entre Moscou et Kiev.

Le pays, destination prisée des ressortissants russes, a vu arriver des milliers d'entre eux depuis le début de la guerre, touristes, réfugiés et hommes d'affaires qui sont devenus à partir de mai les premiers acquéreurs de biens immobiliers en Turquie.

M. Macron a par ailleurs exprimé son "inquiétude" concernant la situation en mer Egée, théâtre de tensions récurrentes entre la Grèce et la Turquie.

"Il a appelé à la reprise du dialogue entre les parties pour éviter l’escalade et préserver le respect du droit international", a précisé l'Elysée.


Après la polémique, Liz Truss estime désormais qu'Emmanuel Macron est un «ami»

Le président français Emmanuel Macron et la première ministre britannique Liz Truss se rencontrent au château de Prague, en République tchèque, le 6 octobre 2022. (Photo, AFP)
Le président français Emmanuel Macron et la première ministre britannique Liz Truss se rencontrent au château de Prague, en République tchèque, le 6 octobre 2022. (Photo, AFP)
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  • «Il est un ami», a affirmé aux journalistes la cheffe du gouvernement britannique, depuis Prague où se tient le premier sommet de la communauté politique européenne
  • Fin août, la conservatrice Liz Truss -alors cheffe de la diplomatie et candidate à Downing Street- avait créé la polémique en refusant de dire si Emmanuel Macron était un «ami» ou un «ennemi»

PRAGUE: La Première ministre britannique Liz Truss a estimé jeudi que le président français Emmanuel Macron était un "ami" du Royaume-Uni, après avoir botté en touche cet été sur la question. 

"Il est un ami", a affirmé aux journalistes la cheffe du gouvernement britannique, depuis Prague où se tient le premier sommet de la communauté politique européenne. 

"Je travaille très, très étroitement avec le président Macron et le gouvernement français. Nous parlons de la façon dont le Royaume-Uni et la France peuvent travailler plus étroitement ensemble pour construire plus de centrales nucléaires et s'assurer que les deux pays ont une sécurité énergétique à l'avenir", a affirmé Mme Truss. 

"Nous sommes tous deux très clairs sur le fait que l'ennemi est Vladimir Poutine, qui, par sa guerre effroyable en Ukraine, a menacé la liberté et la démocratie en Europe et a fait grimper les prix de l'énergie auxquels nous devons tous faire face aujourd'hui", a-t-elle ajouté. 

Fin août, la conservatrice Liz Truss -alors cheffe de la diplomatie et candidate à Downing Street- avait créé la polémique en refusant de dire si Emmanuel Macron était un "ami" ou un "ennemi". "Le jury est toujours en train de délibérer", avait-elle lancé. 

Le président français avait réagi en déclarant que le Royaume-Uni était "une nation amie, forte et alliée, quels que soient ses dirigeants". 

Depuis, le Royaume-Uni a tenté de calmer le jeu alors que de nombreux contentieux opposent les deux pays, notamment la gestion des dossiers de l'après-Brexit, comme la pêche ou l'Irlande du Nord. 

Les deux dirigeants se sont vus lors de l'Assemblée générale des Nations unies mi-septembre. 

Et mardi, le ministre britannique des Affaires étrangères James Cleverly a affirmé qu'il n'avait "aucun doute" que le Royaume-Uni travaillerait "merveilleusement" avec la France, malgré les frictions récurrentes entre les deux pays. 


L'Ukraine chiffre ses gains dans le Sud, Moscou dit tenir bon

Des soldats ukrainiens se préparent à tirer un lance-roquettes multiple BM-21 «Grad» vers des positions russes dans la région de Kharkiv, le 4 octobre 2022. (Photo, AFP)
Des soldats ukrainiens se préparent à tirer un lance-roquettes multiple BM-21 «Grad» vers des positions russes dans la région de Kharkiv, le 4 octobre 2022. (Photo, AFP)
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  • Les troupes ukrainiennes sont à l'offensive sur tous les fronts depuis début septembre et ont déjà repris l'essentiel de la région de Kharkiv, dans le Nord-Est, et d'importants noeuds logistiques tels qu'Izioum, Koupiansk et Lyman
  • Face aux revers de l'armée russe en Ukraine et à une mobilisation chaotique en Russie qui a poussé des centaines de milliers de Russes à l'exil, le président russe Vladimir Poutine a assuré mercredi que la situation militaire se «stabilisera»

KIEV: L'Ukraine a pour la première fois chiffré jeudi ses gains territoriaux dans le Sud, disant avoir repris 400 kilomètres carrés en deux semaines face à des troupes russes en difficulté, mais qui ont assuré tenir leur défense. 

Les troupes ukrainiennes sont à l'offensive sur tous les fronts depuis début septembre et ont déjà repris l'essentiel de la région de Kharkiv, dans le Nord-Est, et d'importants noeuds logistiques tels qu'Izioum, Koupiansk et Lyman. Dans ce dernier, dans l'Est, les troupes de Moscou, alors quasi encerclées, ont frôlé la catastrophe. 

"Les forces armées ukrainiennes ont libéré plus de 400 km2 de la région de Kherson depuis le début du mois d'octobre", a indiqué jeudi la porte-parole du commandement militaire dans le Sud, Natalia Goumeniouk, chiffrant pour la première fois les avancées ukrainiennes. 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait annoncé mercredi soir la reprise de trois nouveaux villages par ses troupes dans cette zone, tout en confirmant que la contre-offensive de Kiev, forte des livraisons d'armes occidentales, se poursuivait. 

Les forces ukrainiennes affirment avoir repris 29 localités aux Russes depuis le 1er octobre. 

L'armée de Moscou a elle assuré dans son rapport quotidien jeudi que "l'ennemi [avait] été repoussé de la ligne de défense des troupes russes" dans cette même région de Kherson. 

Selon elle, les forces ukrainiennes ont déployé quatre bataillons tactiques sur ce front, soit plusieurs centaines d'hommes, et a "tenté à plusieurs reprises de percer les défenses" russes près de Doudtchany, Soukhanové, Sadok et Brouskinskoïé. 

Face aux revers de l'armée russe en Ukraine et à une mobilisation chaotique en Russie qui a poussé des centaines de milliers de Russes à l'exil, le président russe Vladimir Poutine a assuré mercredi que la situation militaire se "stabilisera". 

Alors même que Moscou que Moscou ne contrôle que partiellement ces zones et y est en difficulté au plan militaire, M. Poutine avait signé mercredi une loi consacrant l'annexion par la Russie de quatre régions ukrainiennes après la tenue de "référendums" d'autodétermination sans "aucune valeure légale" aux yeux du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, et dénoncés comme des "simulacres" par Kiev et ses alliés. 

Le porte-parole de M. Poutine, Dmitri Peskov a assuré que les territoires perdus seraient "repris". Le président russe avait lui évoqué en septembre la menace du recours à l'arme nucléaire. 

« Ca va mieux » 

Sur le théâtre des opérations, les soldats ukrainiens interrogés par l'AFP ont assuré voir enfin "la lumière au bout du tunnel", grâce à leurs récents succès, après plus de sept mois d'une guerre éreintante. 

"Maintenant, ça va mieux", a expliqué Bogdan, 29 ans. "Nous voyons leurs succès et cela nous inspire. Si certains pensaient que nous n'allions pas assez vite, maintenant ce n'est plus le cas !" 

Sur le front, les bombardements se poursuivaient avec notamment une frappe qui a fait trois morts et sept blessés à Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine, l'une des régions que Moscou affirme avoir annexé. 

L'AFP a vu deux sites dans le centre de la ville ravagés par les bombes. Du premier, tout ce qui était au-dessus du rez-de-chaussée s'est écroulé, faisant craindre un bilan plus élevé. A quelques centaines de mètres de là, un cratère de plusieurs mètres de profondeur est visible devant un immeuble d'habitation, au toit soufflé, tout comme la plupart des fenêtres. 

Dans l'Est, dans la région de Donetsk, autre territoire annexé par Moscou, au moins 14 personnes ont été tuées et 3 blessées ces dernières 24 heures dans les zones sous contrôle de Kiev, selon la présidence ukrainienne. 

Kiev reçoit également jeudi la visite du directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, qui doit aussi se rendre à Moscou prochainement. 

Il souhaite notamment discuter l'établissement "d'une zone de protection" autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia, visée régulièrement par des tirs dont Russes et Ukrainiens se renvoient mutuellement la responsabilité. 

A la veille de cette visite, la Russie s'est appropriée via un décret signé par Vladimir Poutine cette centrale, la plus grande d'Europe, qu'elle contrôle depuis mars, provoquant l'indignation de Kiev. 

Sur le front diplomatique, 44 dirigeants du continent européen se sont retrouvés jeudi à Prague dans un format inédit, destiné à souligner l'isolement de Moscou. 

Mercredi, l'UE a approuvé une huitième série de sanctions contre Moscou. L'Opep+ a lui décidé d'une coupe drastique des quotas de production de pétrole pour soutenir les prix, alors que les hydrocarbures restent le revenu principal de la Russie.