Cuba: un opposant défie le pouvoir avec une marche solitaire

«Grâce aux réseaux sociaux, pour la première fois à Cuba une société civile vraiment indépendante est en train d'émerger», se félicite Yunior Garcia. (Photo, AFP)
«Grâce aux réseaux sociaux, pour la première fois à Cuba une société civile vraiment indépendante est en train d'émerger», se félicite Yunior Garcia. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 14 novembre 2021

Cuba: un opposant défie le pouvoir avec une marche solitaire

  • La télévision d'Etat a accusé Yunior Garcia d'être un agent entraîné et financé par Washington
  • Les agents de la Sécurité de l'Etat «m'ont dit qu'ils ne vont pas me laisser manifester, ils m'ont même dit à quelle prison ils allaient m'emmener», a déclaré le dramaturge de 39 ans

LA HAVANE : Une rose blanche à la main, l'opposant cubain Yunior Garcia veut défiler en solitaire dimanche à La Havane, malgré la certitude d'être arrêté et à la veille d'une manifestation dissidente elle aussi interdite par les autorités communistes.

Les agents de la Sécurité de l'Etat "m'ont dit qu'ils ne vont pas me laisser manifester, ils m'ont même dit à quelle prison ils allaient m'emmener", a déclaré le dramaturge de 39 ans, qui il y a encore un an, était éloigné de la politique.

Mais "il n'y a rien qui m'interdit de manifester dimanche, absolument rien, donc je ne vais pas me cacher", affirme-t-il depuis son appartement dans un quartier populaire de la capitale.

Le visage fatigué après avoir été désigné depuis des semaines comme l'ennemi public numéro un dans les médias d'Etat, Yunior fume nerveusement une cigarette, inquiet de la violence pouvant éclater lundi lors de la manifestation prévue à La Havane et dans six provinces. C'est ce qui l'a poussé à décider de marcher seul, dimanche après-midi, sur une avenue havanaise.

Le groupe de débat politique sur Facebook Archipiélago, qu'il a créé, avec plus de 30.000 membres dans et en dehors de Cuba, maintient toutefois son appel à défiler lundi.

Vendredi, le président Miguel Diaz-Canel a assuré que ses partisans sont "prêts à défendre la révolution" et "affronter toute action d'ingérence", en référence aux Etats-Unis qu'il accuse d'être à la manoeuvre en coulisses.

"Nous sommes sereins, sûrs de nous, mais attentifs et vigilants", a-t-il prévenu.

Les autorités cubaines ont retiré samedi les accréditations des cinq journalistes de l'agence espagnole de presse Efe à La Havane, invoquant "la réglementation sur la presse étrangère", sans préciser la raison exacte de cette décision.

Selon Atahualpa Amerise, chef de la rédaction du bureau, c'est la première fois que toute une équipe d'un média étranger est ainsi sanctionnée à Cuba. "Ils nous ont convoqués en urgence", et "ont demandé de rendre nos accréditations", a t-il déclaré. 

«Attention internationale»

La télévision d'Etat a accusé Yunior Garcia d'être un agent entraîné et financé par Washington, le comparant au dramaturge tchèque Vaclav Havel (1936-2011), dissident devenu ensuite président du pays.

Elle l'a montré en train de participer à un séminaire à Madrid en 2019 sur le rôle des forces armées dans un éventuel processus de transition à Cuba, et révélé des versements de petites sommes d'argent depuis l'étranger.

"Ils doivent arrêter d'essayer de relier toute initiative citoyenne cubaine et authentique avec l'ennemi de toujours", soupire l'intéressé.

La manifestation de lundi, interdite par le gouvernement, coïncide avec la réouverture de l'île au tourisme international, le retour à l'école des élèves du primaire et la célébration du 502e anniversaire de La Havane.

Pour l'opposition, l'heure n'est pas à la fête: en défilant, elle veut exiger la libération des prisonniers politiques, quatre mois après les manifestations historiques du 11 juillet, aux cris de "Nous avons faim" et "Liberté", qui se sont soldées par un mort, des dizaines de blessés et 1.270 personnes arrêtées, dont 658 restent détenues, selon l'ONG Cubalex.

Washington maintient "des contacts clés avant les manifestations" de lundi et demandera "à ceux qui violent les droits de l'homme de rendre des comptes", a indiqué vendredi Emily Mendrala, sous-secrétaire adjointe aux Amériques au département d'Etat.

Dans ce bras de fer, Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain, estime que les manifestants veulent "attirer plus d'attention internationale sur la gravité de la situation économique, politique et des droits de l'homme à Cuba".

Une réaction agressive du gouvernement serait "très coûteuse", avec le risque de "sanctions très dures des Etats-Unis et de l'Europe".

Le rôle d'internet

Ces dernières semaines, l'appel à manifester est devenu le grand sujet de conversation dans les foyers cubains, les queues face aux supermarchés et les entreprises.

La population "a des sentiments variés", estime l'expert en droit Julio Antonio Fernandez Estrada.

"La majorité des personnes que je connais ont peur de ce qui peut se passer ce jour-là, elles prévoient que leur famille reste à la maison", mais "d'un autre côté, il y a des gens qui pensent qu'il faut sortir manifester", note-t-il, rappelant que manifester est "un droit de l'homme inscrit dans la Constitution" cubaine.

Surveillés en permanence et pour beaucoup convoqués par la police ces derniers jours, les organisateurs de la manifestation l'ont planifiée presque exclusivement via l'internet mobile, arrivé à Cuba fin 2018.

"Grâce aux réseaux sociaux, pour la première fois à Cuba une société civile vraiment indépendante est en train d'émerger", se félicite Yunior Garcia.

C'est sans doute pour cela que beaucoup redoutent dimanche et lundi une coupure d'internet, comme celle survenue lors des manifestations du 11 juillet.


L'Iran et les Etats-Unis jugent un accord proche

Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
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  • L’Iran et les États-Unis se disent proches d’un accord pour mettre fin à plusieurs mois de tensions au Moyen-Orient
  • Des désaccords persistent sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et le dossier libanais

TEHERAN: L'Iran et le médiateur pakistanais ont affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis était proche pour mettre fin à trois mois et demi de conflit au Moyen-Orient, un haut responsable américain affichant également un ton optimiste.

Après des semaines de négociations laborieuses et d'espoirs déçus à plusieurs reprises, est-on dans la dernière ligne droite? Les principaux protagonistes se disent confiants même si la version du texte donnée par les médias iraniens diffère significativement de celle avancée par Washington.

"Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé", a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J'ai bon espoir", a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que le projet d'accord prévoyait la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz.

Il a cependant accusé Israël de chercher des "prétextes" pour faire "dérailler" un éventuel accord avec Washington.

Même tonalité positive du côté du Premier ministre du Pakistan, principal négociateur dans le conflit. "La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", selon Shehbaz Sharif.

- Signature "à distance" -

Et à Washington, un haut responsable a estimé à "80 à 85%" la probabilité d'un accord-cadre ouvrant une période de 60 jours de discussions techniques, mais "pas 100%". "La ligne d'arrivée n'est pas encore franchie", a-t-il averti, sous le couvert de l'anonymat.

La Suisse a déjà proposé d'accueillir une éventuelle signature, alors qu'un sommet du G7 en présence de Donald Trump doit commencer lundi dans la ville française d'Evian, près de Genève. Mais Téhéran a affirmé qu'une fois finalisé, le protocole d'accord serait signé "à distance".

Les marchés parient de leur côté sur une telle issue, avec un pétrole passé sous la barre des 90 dollars le baril.

Le président américain, qui a déjà annoncé 39 fois un accord imminent selon un décompte de CNN, peine à trouver une issue à cette guerre impopulaire, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football co-organisé par les Etats-Unis.

Il s'est fendu vendredi d'un message furieux sur son réseau Truth Social: "Les termes (d'accord) que l'Iran a fait fuiter aux médias menteurs n'ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit".

"Ce sont des gens qui n'ont pas d'honneur. Avec eux, il est impossible de négocier de bonne foi", a-t-il écrit aussi.

- Dilution de l'uranium -

L'agence de presse iranienne Mehr avait publié plus tôt ce qu'elle a présenté comme une ébauche de protocole en 14 points, avec des conditions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d'Ormuz, le droit à l'enrichissement d'uranium, le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger.

Washington a livré de son côté une toute autre version du texte.

Le compromis doit, selon le responsable américain, mener à la réouverture d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Il doit aussi aboutir au "démantèlement" du programme nucléaire iranien et permettre aux Etats-Unis de récupérer l'uranium hautement enrichi, qui serait "détruit sur place" puis "sorti" du pays.

Mais Abbas Araghchi a préconisé vendredi une dilution sur le sol iranien de ses stocks d'uranium enrichi à 60%.

Diluer l'uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, permettrait d'éloigner considérablement la menace d'un enrichissement à des fins militaires.

Téhéran dément vouloir se doter de l'arme atomique, comme l'en accusent les Etats-Unis et Israël.

- Liban -

Enfin, sur la question des avoirs, "les Iraniens ne recevront pas d'argent et les fonds ne seront pas libérés simplement par une signature d'accord ou la participation à une réunion", a insisté sur X le vice-président américain JD Vance.

Ce point est central pour l'Iran, après des décennies de sanctions qui asphyxient son économie.

Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant l'entrée en vigueur d'une trêve le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Autre point d'achoppement majeur, le front libanais.

Selon Washington, l'accord en discussion avec l'Iran inclut bien le Liban, comme réclamé par Téhéran, alors que les Etats-Unis avaient toujours dit vouloir traiter ce dossier séparément.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite. Des frappes qui ont fait plus de 3.700 morts.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.