La guerre en Ethiopie, menace pour toute l'Afrique de l'Est

Dans cette photo d'archive prise le 11 décembre 2020, des jeunes marchent à côté d'un char abandonné appartenant aux forces tigréennes au sud de la ville de Mehoni, en Éthiopie. (Photo, AFP)
Dans cette photo d'archive prise le 11 décembre 2020, des jeunes marchent à côté d'un char abandonné appartenant aux forces tigréennes au sud de la ville de Mehoni, en Éthiopie. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 16 novembre 2021

La guerre en Ethiopie, menace pour toute l'Afrique de l'Est

  • Des dizaines de milliers de personnes ont déjà fui vers l'ouest, au Soudan, mettant à rude épreuve les relations entre les deux nations
  • Frontalier de l'Ethiopie à l'est, Djibouti surveille de près l'évolution du conflit, notamment après des affrontements meurtriers survenus en août et qualifiés de «communautaires» par les autorités de ce pays majoritairement peuplé d'Issa et d'Afar

NAIROBI : Avec des milliers de morts, deux millions de déplacés et les craintes d'une marche rebelle sur Addis Abeba, la guerre en Ethiopie fait planer la menace d'une déstabilisation à grande échelle, avec des répercussions potentielles sur toute l'Afrique de l'Est.

La situation inquiète les pays voisins de l'Ethiopie et la communauté internationale, qui s'emploient tous à mettre fin au conflit opposant depuis un an les forces gouvernementales aux rebelles de la région septentrionale du Tigré.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a averti vendredi que l'échec à organiser des discussions "conduirait à l'implosion de l'Ethiopie et se répercuterait sur d'autres pays de la région".

M. Blinken est attendu mardi au Kenya, l'un des nombreux voisins de l'Ethiopie, inquiet d'un afflux de réfugiés causé par la guerre.

Des dizaines de milliers de personnes ont déjà fui vers l'ouest, au Soudan, mettant à rude épreuve les relations entre les deux nations, déjà envenimées notamment par le projet éthiopien de Grand barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil.

En août, Khartoum a rappelé son ambassadeur en Ethiopie après le rejet par le gouvernement d'Abiy Ahmed d'une proposition de médiation soudanaise.

Frontalier de l'Ethiopie au sud, le Kenya a annoncé ce mois-ci qu'il renforçait la sécurité le long de la frontière. La police a demandé aux habitants de signaler toute immigration clandestine.

Le nord du Kenya accueille déjà depuis des décennies des camps de réfugiés, essentiellement somaliens, parmi les plus peuplés au monde, qui abritent un total de plus de 400 000 personnes.

Craintes à Djibouti

Le président kényan Uhuru Kenyatta, très impliqué dans les efforts de médiation régionale et qui s'est rendu en Ethiopie dimanche, a exhorté début novembre les belligérants à déposer les armes.

Mais "personne ne peut le faire à leur place. Aucune intervention ni persuasion ne fonctionnera s'ils n'ont pas eux-mêmes la volonté politique de mettre fin à cette crise", a-t-il estimé.

La guerre a débuté en novembre 2020 quand Abiy Ahmed a envoyé l'armée destituer les autorités régionales issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui contestaient son autorité et qu'il accusait d'avoir attaqué des bases militaires. Les forces éthiopiennes ont reçu l'appui de troupes de l'Erythrée voisine.

Abiy Ahmed a déclaré la victoire le 28 novembre, mais les combattants du TPLF ont repris en juin l'essentiel du Tigré, puis avancé dans les régions voisines de l'Afar et de l'Amhara.

Alliés à un groupe armé de l'ethnie oromo (l'OLA), ils ont revendiqué depuis fin octobre des gains territoriaux stratégiques dans ces deux régions, sans exclure de marcher sur la capitale Addis Abeba.

Frontalier de l'Ethiopie à l'est, Djibouti surveille de près l'évolution du conflit, notamment après des affrontements meurtriers survenus en août et qualifiés de "communautaires" par les autorités de ce pays majoritairement peuplé d'Issa et d'Afar. Le territoire des Afars chevauche Djibouti, l'Ethiopie et l'Erythrée.

Le Premier ministre djiboutien Abdoulkader Mohamed Kamil s'est rendu début novembre dans la zone afar de son pays pour y rencontrer les habitants et désamorcer tout mécontentement qui pourrait conduire à de nouvelles violences. 

«Effet domino»

L'Union africaine (UA), dont le siège se trouve à Addis Abeba, a redoublé d'efforts pour mettre fin aux combats, par l'intermédiaire de son émissaire pour la Corne de l'Afrique, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo.

Ce conflit menace toute la région car il "affecte la capacité des organisations régionales à se concentrer sur d'autres domaines importants, comme la sécurité", explique à l'AFP Hassan Khannenje, directeur de l'Institut international d'études stratégiques de la Corne, centre de réflexion basé à Nairobi.

"Il y a très peu d'attention sur la menace posée par les organisations terroristes, telles que les shebab (islamistes radicaux somaliens, ndlr), et cela a permis un certain recrutement et une radicalisation depuis le Congo jusqu'à Cabo Delgado", dans le nord du Mozambique, estime-t-il.

Selon lui, la décision de l'Ethiopie de retirer certaines unités de maintien de la paix en Somalie pour les affecter sur le conflit au Tigré renforce notamment les risques sécuritaires dans le pays le plus instable de la Corne de l'Afrique.

Fin octobre, l'Ouganda, frontalier de la République démocratique du Congo, a été le théâtre d'attaques à la bombe revendiquées par le groupe Etat islamique en Afrique centrale (Iscap).

Si les rebelles parvenaient à faire chuter Abiy Ahmed, les implications à long terme pourraient être encore plus dangereuses, ajoute-t-il, mettant en garde contre "un effet domino" qui pourrait voir d'autres groupes tenter de renverser des gouvernements de la région. 


L'armée américaine tire sur un pétrolier au large d'Oman, trois Indiens portés disparus

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  • "Sur 24 membres d'équipage indiens à bord, 21 ont été secourus jusqu'à présent et trois sont portés disparus", a précisé le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué
  • L'Inde a convoqué le chargé d'affaires américain à New Delhi et exprimé une "vive protestation" concernant l'attaque, a indiqué à l'AFP un haut responsable du gouvernement indien

DUBAI: Trois membres d'équipage indiens sont portés disparus mercredi, après une attaque revendiquée par l'armée américaine contre un pétrolier au large d'Oman qui tentait, selon Washington, d'exporter du pétrole d'Iran malgré le blocus imposé par les Etats-Unis.

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a précisé sur X que l'un de ses avions de combat avait tiré sur "la salle des machines" du Settebello, qui bat pavillon des Palaos, "après que l'équipage a refusé d'obtempérer aux ordres des forces américaines"

"Sur 24 membres d'équipage indiens à bord, 21 ont été secourus jusqu'à présent et trois sont portés disparus", a précisé le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué.

L'Inde a convoqué le chargé d'affaires américain à New Delhi et exprimé une "vive protestation" concernant l'attaque, a indiqué à l'AFP un haut responsable du gouvernement indien.

Il s'agit du huitième navire neutralisé depuis le début du blocus imposé par les Etats-Unis contre les ports iraniens, d'après le décompte de l'armée américaine.

Le sultanat d'Oman est situé à l'entrée du détroit d'Ormuz, où le trafic maritime est quasiment paralysé depuis le début fin février du conflit opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran. Près d'un cinquième des livraisons mondiales de pétrole et de gaz transitent par cette voie.

La compagnie de sécurité maritime britannique Vanguard a indiqué avoir été informée que le Settebello avait "transmis un appel de détresse indiquant que sa salle des machines avait été touchée par un missile" au large de Sohar, dans le golfe d'Oman et qu'un incendie s'était déclaré à bord.

L'agence de sécurité maritime britannique UKMTO a spécifié que les faits s'étaient produits à 20 miles nautiques au nord-est de la ville omanaise de Sohar.

"Les autorités locales ont indiqué qu'un pétrolier avait signalé un feu dans sa salle des machines, et qu'elles se trouvaient sur place pour aider à l'évacuation de l'équipage", selon le communiqué de l'UKMTO.

"Le navire a fait état d'une victime et de deux membres d'équipage portés disparus. Aucun impact sur l'environnement n'a été signalé", a-t-elle ajouté.

Lundi, les secours omanais avaient évacué par hélicoptère 24 marins indiens d'un pétrolier en feu au large des côtes du sultanat d'Oman, selon les autorités indiennes, qui n'avaient pas précisé les causes de l'incendie. Le sinistre était survenu sur le MT Marivex, un navire battant également pavillon des îles Palaos

Le tir américain contre le Settebello est intervenu alors que l'Iran a revendiqué mercredi matin des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par la destruction d'un hélicoptère américain lundi.


Trump affirme que les Etats-Unis vont «attaquer très durement» l'Iran

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  • "On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous"
  • L'Iran a revendiqué des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par l'attaque de l'hélicoptère

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé mercredi qu'il allait "attaquer très durement" l'Iran, y compris potentiellement en visant des centrales électriques ou des ponts, et dénoncé les "tergiversations" de Téhéran concernant un accord.

Il a aussi annoncé que les forces américaines avaient mené une "mission secrète" qui avait permis de faire transiter 100 millions de barils de pétrole par le détroit d'Ormuz.

"On va les attaquer, les attaquer très durement", a déclaré le président américain à la presse dans le Bureau ovale, ajoutant que ce serait dès "aujourd'hui" (mercredi).

"On verra bien ce qui va se passer, mais on les a frappés durement hier, et on va les frapper durement aujourd'hui, (...) au cas où vous n'allumeriez pas votre télé", a-t-il dit.

Il a précisé être en droit de le faire après la destruction lundi d'un hélicoptère américain attribuée à Téhéran.

L'Iran a revendiqué des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par l'attaque de l'hélicoptère.

Ces frappes américaines en représailles à l'attaque de l'hélicoptère - qui survolait le détroit d'Ormuz, toujours verrouillé par l'Iran - ont notamment ciblé dans la nuit de mardi à mercredi les villes de Jask et Sirik et l'île de Qeshm, sur la côte sud de l'Iran.

"On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous", a poursuivi Donald Trump.

"Tout a été négocié. Nous avons un accord entièrement négocié, mais ils tergiversent sans cesse", a ajouté le dirigeant républicain.

Plus tôt, il avait estimé que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux", ajoutant qu'ils allaient "devoir en payer le prix".

"MORT!!!" 

"L'armée iranienne est un chaos complet et total. Une bonne partie, comme leur marine et leur armée de l'air, n'existe même plus – elles ont été totalement vaincues", avait écrit le président américain sur son réseau Truth Social. "L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!"

Donald Trump a aussi affirmé à Fox News qu'il envisageait de plus en plus de mener des frappes contre des centrales électriques et des ponts iraniens.

Interrogé à ce sujet à la Maison Blanche par un journaliste de l'AFP, il a répondu: "Je ne vais pas vous le dire mais je peux le faire".

Sur son réseau Truth Social, il a par ailleurs écrit que l'armée américaine avait mené "une mission secrète en soutien des pétroliers et autres navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz".

"Ces efforts ont permis de faire passer 100 MILLIONS de barils de pétrole par le détroit", a-t-il ajouté, en précisant que "plus de 200 navires" avaient pu franchir le passage.

Cette "mission secrète" évoque le "Project Freedom", un projet d'escorte de navires annoncé début mai puis très rapidement suspendu par Donald Trump en raison, à l'époque, de "grands progrès" dans les discussions avec Téhéran.

Depuis l'entrée en vigueur de la trêve début avril, le dirigeant républicain multiplie les déclarations contradictoires, entre espoir d'un compromis tout proche et menace de reprise des hostilités.

Donald Trump affirmait encore mardi que la diplomatie américaine menait les "derniers efforts" en vue d'un accord avec Téhéran, évoquant un délai de "deux à trois jours" pour sa conclusion.

Il a par ailleurs affirmé, dans un autre message mercredi, que le blocus américain des ports iraniens était "le plus réussi" de l'histoire, allant selon lui jusqu'à empêcher Téhéran de payer la solde de ses militaires.

Peu après les propos de M. Trump à la Maison Blanche, l'armée américaine a annoncé qu'un de ses avions de combat avait mis hors service un pétrolier dans le Golfe d'Oman qui tentait d'apporter du pétrole en Iran malgré le blocus imposé par les Etats-Unis.


Trump juge que l'Iran a «pris trop de temps pour négocier» et va «en payer le prix»

Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux". (AFP)
Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux". (AFP)
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  • Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux"
  • Ils vont "devoir en payer le prix"

WASHINGTON: Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux", ajoutant qu'ils allaient "devoir en payer le prix", dans un message sur son réseau Truth social.

"L'armée iranienne est un chaos complet et total. Une bonne partie, comme leur marine et leur armée de l'air, n'existe même plus – elles ont été totalement vaincues", a-t-il ajouté. "L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!"