A Paris, la détresse des exilés afghans en soins psychiatriques

Des réfugiés afghans arrivent dans un hôtel à Strasbourg le 26 août 2021. (Photo, AFP)
Des réfugiés afghans arrivent dans un hôtel à Strasbourg le 26 août 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 16 novembre 2021

A Paris, la détresse des exilés afghans en soins psychiatriques

  • «En 2012, nous avions estimé le nombre d'exilés souffrant de troubles psychologiques à 125 000. Aujourd'hui, on serait plutôt autour de 140 000», affirme Sibel Agrali, directrice du Centre Primo Levi
  • En France, seule une quinzaine de centres de soins proposent aux exilés un suivi psychologique «adapté», selon un rapport publié en 2018 par ce centre avec Médecins du monde

PARIS : Ehsan* renverse un sachet rempli de médicaments sur le bureau de sa psychiatre à Paris. Il n'a jamais retrouvé le sourire depuis qu'il a quitté l'Afghanistan et les comprimés n'arrivent plus à calmer son mal-être.

Depuis qu'il connaît la date de l'entretien pour sa demande d'asile en France, il ne dort plus. "Je stresse, je tremble, je ne me sens jamais bien", marmonne cet Afghan de 27 ans, mains jointes entre les cuisses. 

Voûté sur son siège, regard dans le vide et cheveux hirsutes, il se confie au Dr Andrea Tortelli, qui le suit au Groupement hospitalier universitaire (GHU) de Paris, dont une unité tente de rafistoler des âmes fracassées par le parcours migratoire et la précarité.

En France depuis trois ans, Ehsan venait pourtant de trouver une chambre d'hôtel porte de la Villette, après neuf mois à la rue.

Andrea Tortelli jette les plaquettes de médicaments à la poubelle. Avant l'entretien qui décidera de son avenir en France, dans quelques jours, il faut se reposer, s'aérer l'esprit, lui suggère-t-elle.

"J'aimerais sortir, mais ça fait dix mois que je suis en sandales", rétorque Ehsan en ce mercredi froid de novembre, pointant ses pieds marqués par des engelures.

Dans ce centre de soins du XXe arrondissement de Paris, 120 patients sont suivis régulièrement, dont 80% d'Afghans.

La cellule du GHU dédiée à la santé mentale s'est montée, il y a un an, pour accompagner les exilés dans la durée.

«Stress post-migratoire»

Elle apparaît cependant comme un sparadrap sur une plaie béante. En attendant le renfort de deux médecins, l'établissement parisien n'est ouvert que deux jours par semaine. Les demandes pleuvent, les consultations s'enchaînent. 

Samir*, autre Afghan de 26 ans, ne trouve plus le sommeil non plus: il a épuisé toutes les voies de recours pour obtenir le statut de réfugié et, d'un jour à l'autre, peut être renvoyé vers la Roumanie, son premier pays d’entrée dans l'Union européenne.

"Je n'ai plus envie de rien. Mon cœur s'est fermé", dit le jeune homme.

Il n'a plus de nouvelle de sa famille, restée en Afghanistan, depuis près d'un an. Il se lève, regarde dans le vide, se rassoit. "Tout ça me rend fou !"

Ces derniers temps, il "perd patience": "quand les gens me parlent, je stresse, j'ai envie de me casser la tête ou de leur casser la tête".

"La précarité, la faim, la rue, la peur d'être renvoyés chez eux... Tout cela aggrave les traumas", analyse Andrea Tortelli, responsable de l’unité.

Un "stress post-migratoire" nomme-t-elle, regrettant que les pouvoirs publics ne s'intéressent à ces troubles mentaux que lorsqu'ils rejaillissent sous forme de faits divers.

Bol d'air

Dans les centres médico-psychologiques spécialisés, vers lesquels les centres d'accueil orientent les migrants en détresse, les listes d'attente s'étalent sur plusieurs mois.

"En 2012, nous avions estimé le nombre d'exilés souffrant de troubles psychologiques à 125 000. Aujourd'hui, on serait plutôt autour de 140 000", affirme Sibel Agrali, directrice du Centre Primo Levi, où sont suivis plus de 400 patients de 48 nationalités.

En France, seule une quinzaine de centres de soins proposent aux exilés un suivi psychologique "adapté", selon un rapport publié en 2018 par ce centre avec Médecins du monde.

Une autre étude publiée lundi par Médecins sans frontières et le Comité pour la santé des exilés (Comede) souligne que les mineurs isolés étrangers suivis souffrent pour moitié de troubles mentaux générés par leurs conditions de vie en France.

Au Dr Tortelli, Donya* répète qu'elle ne supporte plus sa colocataire. Dans son centre d'accueil, cette Afghane de 72 ans partage sa chambre avec une femme qui "achèvera de (la) rendre malade", dit-elle.

"Parfois j'ai l'impression de mourir. La seule chose qui me calme, c'est d'ouvrir la fenêtre. Mais ma colocataire, aussitôt, la referme", souffle-t-elle, au bord des larmes. 

Elle reconnaît que les consultations du GHU lui "font du bien". Comme un bol d'air.

*Les prénoms ont été modifiés


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
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  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
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  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.


G7: les ministres de l'Agriculture réunis à Paris sur la «sécurité des approvisionnements en engrais»

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
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  • La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours
  • Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...)

PARIS: La France réunit lundi les ministres de l'Agriculture du G7 pour une réunion consacrée aux engrais et à la question de la "sécurité des approvisionnements" en fertilisants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette réunion est destinée à dresser un bilan des difficultés actuelles des agriculteurs et à identifier "des actions communes" dans un contexte de flambée des cours des fertilisants  depuis le début de la guerre en Iran fin février et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux.

Cette rencontre, qui se tient dans le cadre de la présidence française du groupe des sept puissances économiques, vise à définir comment "sécuriser les approvisionnements", "améliorer le partage d'informations et la transparence des marchés" et "renforcer la résilience des filières agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques", selon un communiqué du ministère français.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, réunit à midi ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Italie, du Canada et du Japon, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS).

Il n'est pas prévu pour l'heure de point presse à l'issue de cette rencontre.

La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours.

Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...).

Autre piste envisagée, à court terme, la constitution de stocks stratégiques d'engrais, ce qui pourrait toutefois renforcer la hausse des prix et poserait des questions de sécurité (les engrais sont potentiellement explosifs).

L'Europe et ses partenaires occidentaux sont moins exposés que l'Asie ou l'Afrique aux difficultés d'approvisionnement liées à la guerre en Iran. Mais l'impact sur les prix est global et le coût des fertilisants a augmenté d'environ 50% - et jusqu'à 70% pour l'urée, engrais azoté très consommé produit au Moyen-Orient.

Cela aura des conséquences pour la récolte 2027: si les agriculteurs s'étaient déjà approvisionnés pour leurs semis de 2026, la question se posera dès la fin de l'été pour les semis de céréales d'hiver comme le blé ou l'orge. Avec in fine un risque sur le rendement des récoltes mondiales.