Réfugiés afghans: Les leçons tirées par l’immigration syrienne dans les pays scandinaves

Des Syriens déplacés arrivent au camp de Deir al-Ballout, situé dans la campagne d'Afrine, à la frontière avec la Turquie, le 19 février 2020. (Photo d'archive AFP)
Des Syriens déplacés arrivent au camp de Deir al-Ballout, situé dans la campagne d'Afrine, à la frontière avec la Turquie, le 19 février 2020. (Photo d'archive AFP)
Des enfants de familles déplacées qui vivent dans une école abandonnée et sinistrée jouent dans la cour à Binnish, dans la province d'Idleb, en Syrie, le 2 mars 2021. (Photo d'archives AFP)
Des enfants de familles déplacées qui vivent dans une école abandonnée et sinistrée jouent dans la cour à Binnish, dans la province d'Idleb, en Syrie, le 2 mars 2021. (Photo d'archives AFP)
Un Syrien porte dans ses bras une petite fille blessée par des frappes aériennes menées par le gouvernement syrien sur l'enclave de Douma, contrôlée par les rebelles de la Ghouta orientale, le 20 mars 2018. (Dossier AFP).
Un Syrien porte dans ses bras une petite fille blessée par des frappes aériennes menées par le gouvernement syrien sur l'enclave de Douma, contrôlée par les rebelles de la Ghouta orientale, le 20 mars 2018. (Dossier AFP).
On voit sur cette photo des enfants syriens déplacés dans l'une des allées d'un camp de déplacés surpeuplé à proximité du village de Kah, non loin de la frontière turque, dans la province d'Idleb, le 28 octobre 2020. (AFP)
On voit sur cette photo des enfants syriens déplacés dans l'une des allées d'un camp de déplacés surpeuplé à proximité du village de Kah, non loin de la frontière turque, dans la province d'Idleb, le 28 octobre 2020. (AFP)
Sur cette photo prise le 4 mai 2020, pendant le ramadan, mois sacré chez les musulmans, on voit une famille syrienne déplacée rompre le jeûne au milieu des décombres de sa maison démolie à Ariha, en Syrie. (AFP)
Sur cette photo prise le 4 mai 2020, pendant le ramadan, mois sacré chez les musulmans, on voit une famille syrienne déplacée rompre le jeûne au milieu des décombres de sa maison démolie à Ariha, en Syrie. (AFP)
Sur cette photo d'archives prise le 14 juin 2015, on aide un enfant syrien qui fuit la guerre à franchir les grillages frontaliers pour qu’il rejoigne le territoire turc près du poste frontière d'Akçakale, dans la province de Sanliurfa. (AFP)
Sur cette photo d'archives prise le 14 juin 2015, on aide un enfant syrien qui fuit la guerre à franchir les grillages frontaliers pour qu’il rejoigne le territoire turc près du poste frontière d'Akçakale, dans la province de Sanliurfa. (AFP)
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Publié le Lundi 18 octobre 2021

Réfugiés afghans: Les leçons tirées par l’immigration syrienne dans les pays scandinaves

  • Les pays scandinaves ont accueilli les réfugiés syriens à bras ouverts en 2015, mais leur attitude s'est durcie depuis lors
  • Les flux de personnes fuyant l'Afghanistan mettent sur le devant de la scène la politique de l'Europe en matière d'asile

STOCKHOLM: La guerre qui sévit en Syrie a contraint, depuis 2011, des millions de Syriens à se déplacer. Ils sont nombreux – quoique minoritaires – à avoir réussi à atteindre l'Europe, échappant ainsi à la violence et aux persécutions, mais aussi à la pauvreté et à la conscription forcée dans l'armée.

Lorsque est apparue la première vague de déplacés, de nombreux pays européens se sont empressés de fermer leurs frontières. L'Allemagne, tout comme la Suède, la Norvège et le Danemark, comptaient parmi les pays les plus accueillants.

Au mois de septembre 2014, les images d'Aylan Kurdi, le petit garçon qui gisait, le visage contre le sable, sur une plage de la Méditerranée située près de Bodrum, en Turquie, ont rappelé la triste réalité de la guerre civile syrienne. 

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Un graffiti signé par les artistes Justus Becker et Oguz Sen, dans le port de Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, rend hommage à Aylan Kurdi, le jeune Syrien noyé, le 10 mars 2016. (AFP)

Ce même mois, l'Office national suédois des migrations a annoncé qu'il accorderait à tous les réfugiés syriens qui demandaient l'asile le statut de résidents permanents dès leur arrivée dans le pays.

«Nous estimons que le conflit est loin d’avoir pris fin», avait déclaré à l'époque Anders Danielsson, directeur général de l'Office des migrations, dans un entretien diffusé à la radio nationale. «Le droit international exige donc de leur délivrer des permis de résidence permanents.»

Après cette annonce, le nombre de Syriens qui ont déposé une demande d'asile en Suède a atteint 51 000 en 2015, contre 30 000 en 2014, selon les données du gouvernement. Le Danemark, pays voisin, a lui aussi constaté une hausse des demandes d'asile en 2015: leur nombre avoisinait 21 000.

Six ans plus tard, par un mouvement de balancier, l'opinion publique va cependant basculer dans la direction opposée.

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L'Allemagne, tout comme la Suède, la Norvège et le Danemark, comptaient parmi les pays les plus accueillants. (Photo d'archive AFP)

«Le Danemark a été le premier pays qui s’est s'engagé sur la voie nationaliste-populiste, puis la Norvège a suivi», explique Ali Esbati, député socialiste suédois, à Arab News. Il redoute que son pays ne suive ce mouvement.

«Ce phénomène tient en partie au sentiment éprouvé par de nombreux Suédois selon lequel nous avons fait notre possible en 2015 et assumé la responsabilité qui incombe aux pays riches, ce que les autres nations ont refusé de faire.»

En effet, au moment où les événements survenus en Afghanistan mettent sur le devant de la scène la question de la politique d'asile en Europe, l'humeur politique en Suède est à mille lieues du climat accueillant observé en 2015.

«Nous refusons que le scenario de 2015 se répète. La Suède ne se retrouvera pas dans la même situation», a déclaré le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, au quotidien national Dagens Nyheter le 18 août, trois jours après la prise de Kaboul par les talibans.

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Des Afghans se rassemblent au bord d'une route à proximité de l'aéroport de Kaboul, le 20 août 2021, pour fuir le pays après la prise de contrôle militaire de l'Afghanistan par les talibans. (AFP)

Ce qui contrarie le plus M. Esbati dans ces commentaires, c'est qu'ils ne reconnaissent pas que la Suède a réussi à accueillir et à intégrer les réfugiés syriens.

Abdallah Miri fait partie des Syriens qui ont fui leur pays vers la Scandinavie en 2015. Prêt à tout pour échapper à la conscription dans l'armée du régime syrien, Miri a préféré fuir vers l'Europe. Il a promis à sa fiancée Nour qu'elle le rejoindrait.

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Abdallah Miri, réfugié syrien.

 «Les pots-de-vin que j'ai versés m'ont vidé les poches», raconte-t-il dans un entretien accordé à Stockholm, où il vit, à Arab News.

M. Miri évoque un incident survenu peu de temps après son arrivée au Danemark, alors qu'il se dirigeait vers la Suède: il a remarqué que deux policiers l'observaient. «À cette époque, je n’avais pas encore décidé de m'habiller comme un Scandinave; ils pouvaient donc voir que j'étais un réfugié», se souvient-il.

«Je pensais avoir des ennuis, mais les policiers m'ont aidé à acheter un billet pour la Suède. Ils savaient que la plupart des réfugiés souhaitaient traverser le pont pour se rendre en Suède. Tous les trois, nous avons ri de la situation.»

Neuf mois plus tard, la Suède accordera l'asile politique à Miri.

C’est au mois de mars 2011 que la crise des réfugiés syriens a éclaté. Alors, le régime a brutalement réprimé les manifestants qui soutenaient un groupe d'adolescents arrêtés en raison de graffitis hostiles au gouvernement dans la ville de Deraa, dans le sud du pays.

Ces arrestations ont déclenché des vagues de manifestations à travers la Syrie, violemment réprimées par les forces de sécurité. Ce conflit n'a pas tardé à dégénérer, plongeant le pays dans une guerre civile et contraignant des millions de Syriens à quitter leurs foyers.

Dans ce contexte, les réfugiés syriens ont demandé l'asile dans cent trente pays, et même davantage. Ils vivent pour la plupart, cependant, dans des pays voisins: la Turquie, le Liban, la Jordanie, l'Irak et l'Égypte. C'est la Turquie qui compte la plus grande partie des réfugiés syriens: quelque 3,6 millions de personnes y vivent aujourd'hui.

Les pays européens accueillent au total près d'un million de réfugiés syriens, et 70% d’entre eux vivent dans deux pays: l'Allemagne (59%) et la Suède (11%). L'Autriche, la Grèce, les Pays-Bas et la France hébergent entre 2 et 5% des réfugiés, tandis que le reste des pays européens en accueille moins de 2%.

La plupart des réfugiés originaires du Moyen-Orient et d'Afrique rejoignent l'Europe en traversant la Turquie par voie terrestre via la Bulgarie et la Roumanie, ou en parcourant la Méditerranée sur des embarcations délabrées conduites par des passeurs.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1 146 personnes au moins sont mortes alors qu'elles tentaient de se rendre en Europe par bateau au cours des six premiers mois de l'année 2021. Ce chiffre est deux fois supérieur à celui qui correspond à la même période en 2020; 513 migrants se sont noyés cette année-là.

Les survivants de ce périlleux voyage ne reçoivent pas le même accueil. Un grand nombre de ceux qui cherchent à se rendre au Royaume-Uni, par exemple, finissent par atterrir dans des camps de fortune sordides au port de Calais, en France. Ceux qui choisissent de s'installer en Allemagne ou dans les pays scandinaves reçoivent, pour la plupart, une protection internationale.

EN BREF

  • Il y a 6,6 millions de réfugiés syriens dans le monde, dont 5,6 vivent dans les pays voisins
  • 1 146 demandeurs d'asile se sont noyés en tentant de gagner l'Europe dans les six premiers mois de l’année 2021

Depuis que la guerre de Syrie a éclaté, en 2011, les instances chargées de l'asile dans les pays de l'Union européenne et de la zone Schengen (UE+) ont accordé la protection internationale à plus d'un million de demandeurs syriens, selon le Haut-Commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR).

Toutefois, le populisme de droite gagne en puissance dans de nombreux États européens en raison des difficultés économiques, de la vague d'attentats terroristes islamistes et du sentiment selon lequel les communautés de migrants ne sont pas parvenues à pleinement s'intégrer dans la société. Cette situation a fait reculer l'esprit accueillant manifesté en 2015.

Nawal Abdo Hadid a 62 ans. Cette Syrienne vit à Gentofte, une banlieue tranquille de Copenhague. On lui a annoncé que son permis de séjour ne serait pas renouvelé, dans la mesure où les autorités danoises considèrent que la situation en Syrie ne représente plus de danger.

 

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Nawal Abdo Hadid.

«Quand j’ai reçu cette lettre, j'ai eu une crise cardiaque», confie Mme Hadid à Arab News. Elle est sujette à des troubles cardiaques et souffre d'asthme. Il lui est donc difficile de gravir les marches qui mènent à son appartement d'une pièce, situé au troisième étage. Sa maison, sobrement décorée, suggère une vie de perpétuelle incertitude.

Aux yeux de Mme Hadid, retourner en Syrie la condamnerait à la mort: elle a publié sur les réseaux sociaux des messages dans lesquels elle critique le gouvernement. Un voisin qu'elle a accusé d'être un «criminel» pro-Assad a menacé Hadid ainsi que son fils, qui vit toujours en Syrie, en compagnie de ses six enfants.

«Cela fait plus de six ans que je n'ai pas vu mes petits-enfants», raconte-t-elle. «Je préfère mourir seule au Danemark plutôt que de retourner en Syrie et compromettre la famille de mon fils.»

Miri se trouve confronté au même problème. Après avoir reçu la nationalité suédoise au mois de juillet 2017 au terme de cinq années passées dans le pays, il s'est rendu à Beyrouth pour épouser Nour. Il est revenu avec elle à Stockholm.

Le couple a eu de la chance, en dépit des difficultés qu’il ont éprouvées pour trouver un logement abordable en Suède. Un veuf leur a loué le rez-de-chaussée de sa maison, située dans une banlieue aisée de Stockholm.

«C'est une véritable bénédiction d'avoir rencontré cet homme», confie Nour à Arab News. «Il est toujours là pour m'aider. Il est pour nous une sorte de père.» 

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La maison de Nawal Abdo Hadid, en Suède. (Photo fournie)

Nour a fait des études de littérature anglaise à Damas et apprécie tout particulièrement le poète Lord Byron. Elle a déjà commencé à découvrir les œuvres des auteurs suédois.

Elle a été impressionnée par l'ouvrage Everything I Don't RememberTout ce dont je ne me souviens pas») du célèbre écrivain Jonas Hassen Khemiri, lui-même fils d'un immigré tunisien. «Cet auteur comprend ce que le fait de se déplacer d'un pays à l'autre produit sur l'âme», explique Nour.

Miri, qui porte désormais le surnom suédois d’«Abbe», maîtrise la langue suédoise. Nour parle également le suédois et son accent arabe est presque imperceptible, même si elle éprouve parfois des difficultés à trouver les bons mots.

Chaque année, le 6 juin, Miri rassemble ses amis à l'occasion de la fête nationale de la Suède. Les Suédois de souche n'ont pas l'habitude de célébrer cette fête.

«Pour mes amis suédois, la fête nationale est désormais la journée d'Abbe», sourit-il.

Les futurs demandeurs d'asile auront du mal à suivre un parcours similaire à celui de Miri. Le 23 juin, le Parlement suédois a voté un nouveau projet de loi sur l'immigration, selon lequel seuls des permis de séjour temporaires seront dorénavant accordés aux réfugiés, comme dans le système danois.

«Il est nécessaire de mettre en place un [cadre] politique tout à fait nouveau pour que les gens puissent s'intégrer à notre société et s'y installer», a déclaré récemment à la radio nationale Maria Malmer Stenergard, porte-parole de la politique d'immigration auprès du Parti modéré de rassemblement, un parti conservateur.

L’espoir, pourtant, est éternel. Dans la maison de Miri et Nour, une pile de livres sur la grossesse et la parentalité est posée sur le rebord d’une fenêtre. Une voisine suédoise leur en a fait cadeau lorsqu'elle a appris que le couple attendait son premier enfant.

 

Cet article est le premier d'une série qui compte deux parties. Le papier suivant sera intitulé «À quoi doivent s'attendre les Afghans qui demanderont l'asile».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Une vérification nucléaire «très poussée» est nécessaire en Iran après la guerre, selon le chef de l'AIEA

Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
  • "L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi
  • "Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi

TOKYO: Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi lors d'une conférence de presse au Japon.

"Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi.

Il a également indiqué que l'organisme de surveillance avait "à peine entamé" des discussions avec l'Iran à la suite de son récent accord préliminaire avec les États-Unis sur le devenir du stock d'uranium de Téhéran.

"Des discussions initiales ont eu lieu (...) Nous nous attendons à ce que ce travail s'accélère prochainement", a déclaré M. Grossi.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

En vertu d'une loi votée par le Parlement, les autorités iraniennes ont suspendu en juillet 2025 la coopération avec l'AIEA.

Elles avaient toutefois accepté en septembre d'accueillir de nouveau des inspecteurs, après s'être mis d'accord sur un nouveau cadre et des membres de l'agence se sont rendus ces derniers mois sur place, y compris en juin 2026 pour visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. Mais ils n'ont pas eu accès aux sites bombardés.

 


Séisme au Venezuela: au moins 235 morts, recherche effrénée des disparus

Les recherches effrénées continuent vendredi au Venezuela dans les décombres d'immeubles effondrés pour tenter de secourir d'éventuels survivants dans les décombres, deux jours après un double séisme dévastateur qui a fait au moins 235 morts, selon le dernier bilan officiel. (AFP)
Les recherches effrénées continuent vendredi au Venezuela dans les décombres d'immeubles effondrés pour tenter de secourir d'éventuels survivants dans les décombres, deux jours après un double séisme dévastateur qui a fait au moins 235 morts, selon le dernier bilan officiel. (AFP)
  • "Malheureusement, nous avons accueilli environ 235 patients qui sont arrivés sans signes vitaux ou qui sont décédés dès leur arrivée dans nos établissements de santé"
  • Deux Espagnols, un Portugais, deux Brésiliens, un Italo-vénézuélien, deux Chinois figurent parmi les morts. Le ministère des Affaires étrangères espagnol a par ailleurs fait état vendredi matin de 80 Espagnols encore non localisés

LA GUAIRA: Les recherches effrénées continuent vendredi au Venezuela dans les décombres d'immeubles effondrés pour tenter de secourir d'éventuels survivants dans les décombres, deux jours après un double séisme dévastateur qui a fait au moins 235 morts, selon le dernier bilan officiel.

"Malheureusement, nous avons accueilli environ 235 patients qui sont arrivés sans signes vitaux ou qui sont décédés dès leur arrivée dans nos établissements de santé", a déclaré le ministre de la Santé Carlos Alvarado à la télévision d'Etat.

Deux Espagnols, un Portugais, deux Brésiliens, un Italo-vénézuélien, deux Chinois figurent parmi les morts. Le ministère des Affaires étrangères espagnol a par ailleurs fait état vendredi matin de 80 Espagnols encore non localisés.

Le séisme a fait également au moins 4.300 blessés à travers le pays, selon le ministre. Mais aussi un Italien, deux Brésiliens et deux Chinois, selon les autorités de leurs pays d'origine.

Bâtiments aplatis, montagnes de gravats où des familles en détresse tentent de retrouver des personnes ensevelies: à l'épicentre du tremblement de terre, les équipes de l'AFP ont constaté d'impressionnantes scènes de destruction qui font craindre un bilan bien plus lourd.

La zone la plus durement touchée est celle de La Guaira, au nord de la capitale Caracas, où se trouvent l'aéroport international de Maiquetia qui, endommagé, a été fermé, et la ville côtière de Catia la Mar, où plusieurs immeubles se sont écroulés.

Voix d'outre-tombe 

Comme celui où habite Antonio Bermudez: "Il y a un endroit d'où une jeune femme appelée Jennifer, du onzième étage, me répond. Mais nous n'avons aucun outil, nous n'avons aucun moyen pour aider" à l'extraire des décombres, explique-t-il.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont montré des scènes glaçantes de voix comme venues d'outre-tombe, audibles en certains endroits sous les monceaux de gravats, cris désespérés des enterrés vivants appelant au secours.

Lisbeth Vazquez, 37 ans, raconte à l'AFP comment les siens se sont échappés in extremis par les fenêtres de l'appartement familial lorsque l'immeuble était "en train de s'enfoncer complètement" dans le sol. "C'était terrifiant", dit-elle : "Des voisins des étages inférieurs sont ensevelis, on essaie de les sortir".

"Il ne nous reste plus rien. Rien, pas même la force ni le courage d'entrer là-dedans", soupire Larry Rojas, 49 ans, devant un tas de décombres sous lequel sont ensevelis ses proches.

"On a besoin de gens qui viennent aider. Il y a ici une petite fille qui est coincée depuis hier soir, on peut la sortir, on a besoin d'une pelleteuse", s'écrie désespéré Dani Rizo, un autre habitant du bâtiment, âge de 48 ans.

L'assistance internationale s'organise. Les Etats-Unis ont promis une réponse "importante", "rapide et efficace", par la voix de leur secrétaire d'Etat, Marco Rubio. Le département d'Etat a également annoncé l'envoi de secouristes et le déblocage d'une aide de 150 millions de dollars. L'armée américaine a fait savoir qu'elle déploierait des navires militaires, des avions et des hélicoptères en soutien aux secours.

Le Brésil a annoncé l'envoi d'aide à son voisin. De même que la Chine, l'Inde, de nombreux pays européens et latino-américains et même l'Iran, un traditionnel allié de Caracas ravagé par la guerre contre les Etats-Unis et Israël.

"Ca tremble" 

La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, a décrété l'état d'urgence peu après la double secousse de magnitude 7,2 et 7,5, qui s'est produite mercredi à 18H04 (22H04 GMT).

D'après les données du Service géologique des Etats-Unis (USGS), le tremblement de terre de 7,5 est le plus fort depuis 1900 à avoir frappé le Venezuela, un pays de près de 30 millions d'habitants à l'économie en crise depuis des années.

La première secousse s'est produite à une profondeur de 21,9 km, à environ 200 km à l'ouest de Caracas. Elle a été suivie d'une seconde à 10 km de profondeur, enregistrée 39 secondes plus tard à 45 km de là, puis d'une vingtaine de répliques, selon l'USGS.

Dans la capitale, où de nombreux immeubles se sont effondrés, des rues sont jonchées de débris de verre et beaucoup de gens ont passé la nuit dehors, souvent dans leur voiture, tremblant à chacune des répliques.

Les lieux sinistrés ont également été victimes de pillages. A Catia la Mar, des hommes et des femmes sortaient les bras chargés de sacs remplis de victuailles d'un commerce d'alimentation en partie incendié, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Des coupures d'électricité sont signalées et le ministre de l'Intérieur, Diosdado Cabello, a dit avoir ordonné la coupure de l'alimentation en gaz pour "éviter tout accident".

Jeudi matin, quasiment aucun commerce n'était ouvert et la circulation automobile était dense, de nombreux habitants de Caracas cherchant à se réfugier loin des immeubles en péril.

"Ça tremble, ça tremble en ce moment", se sont mis à crier au moment d'une réplique des personnes rassemblées autour d'un immeuble déjà à terre.

"Avant même ces séismes, près de huit millions de personnes au Venezuela avaient besoin d'une aide humanitaire", a rappelé le secrétaire général adjoint de l'ONU aux Affaires humanitaires, Tom Fletcher.

Si l'aéroport international de Maiquetia a été fermé en raison de "graves dommages dans ses infrastructures" selon Mme Rodriguez, Caracas pourra disposer de l'aéroport militaire de La Carlota, situé en pleine zone métropolitaine, pour l'aide internationale.

 


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.