Afghanistan: sevrage de force pour les toxicomanes à Kaboul

Pour les toxicomanes raflés par les talibans sous un pont de Kaboul, 45 jours de sevrage forcé commencent (Photo, AFP).
Pour les toxicomanes raflés par les talibans sous un pont de Kaboul, 45 jours de sevrage forcé commencent (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Lundi 18 octobre 2021

Afghanistan: sevrage de force pour les toxicomanes à Kaboul

  • Leur cache est connue de tous. A Pul-e-Sukhta, le pont sous lequel la ville recrache ses eaux usées, les toxicomanes de Kaboul vivent et meurent à l'abri des regards
  • Environ 10% de la population afghane est aux prises avec la drogue, un record mondial confirmé par les enquêtes internationales

KABOUL: Ils ont des têtes rasées, des tuniques trop grandes et des regards de bêtes traquées. Pour les toxicomanes raflés par les talibans sous un pont de Kaboul ou confiés par leurs familles à un centre de réhabilitation, 45 jours de sevrage forcé commencent.

Leur cache est connue de tous. A Pul-e-Sukhta, le pont sous lequel la ville recrache ses eaux usées, les toxicomanes de Kaboul vivent et meurent à l'abri des regards. 

Une présence intolérable pour la nouvelle police talibane qui multiplie les rafles. 

Deux combattants, armés de M16 et d'AK47 ont été envoyés ce matin pour secouer les silhouettes amorphes au milieu d'un amoncellement de coussins, de couvertures, de sacs de sable et de seringues ou de pipes à crack. 

Après quelques tirs de semonce, les toxicomanes sont poussés sans ménagement dans des ambulances direction le service de réhabilitation de l'hôpital Ibn Sina, installé dans une ancienne base militaire.

Le directeur du centre, le Dr. Ahmad Zoher Sultani peut accueillir un millier de patients. Et il y vide la mer du fléau national à la petite cuillère. 

"La drogue est un terrible problème dans notre pays, il y a près de quatre millions de toxicomanes", explique à l'AFP le médecin. 

Environ 10% de la population afghane est aux prises avec la drogue, un record mondial confirmé par les enquêtes internationales.   

"C'est la politique de l'Emirat islamique, ils en arrêtent davantage. Ils veulent nettoyer la ville de ceux qui l'enlaidissent. Alors dès que nous avons des places, ils vont les chercher. Aujourd'hui, nos 1.000 lits sont presque tous occupés", ajoute-t-il.

"Pour l'instant, nous travaillons gratuitement, personne n'a été payé depuis quatre mois. Nous espérons que les choses s'arrangent".

Le séjour de "Réhabilitation" dure 45 jours et s'apparente plutôt à un sevrage au cours duquel les hommes passent leurs journées couchés sur leurs lits, dans des chambres collectives ou des dortoirs, ou accroupis dans les cours pour profiter des rayons du soleil d'automne. 

Il y a un peu de méthadone pour les accros à l'opium, rien pour les usagers de méthamphétamine, indique le Dr Sultani.  

Ce matin Emal, 36 ans, arrive en trainant des pieds dans la salle d'enregistrement. Un volontaire (ils sont souvent choisis parmi d'anciens pensionnaires) ouvre son registre. 

A Pul-e-Sukhta, le pont sous lequel la ville recrache ses eaux usées, les toxicomanes de Kaboul vivent et meurent à l'abri des regards (Photo, AFP).

«Pour nous piller»

- Quel est ton nom ? Emal.

- Celui de ton père: Abdul Matin.

- Marié ? Oui. J’ai trois enfants, deux filles et un garçon.

- Tu as un travail ? Actuellement non.

- Quelle drogue prends-tu ? Cristal (méthamphétamine). 

- Tu es déjà venu à l'hôpital ? Oui, trois fois. Là c'est la quatrième. J'étais sorti il y a 10 jours.

Bilal Ahmad, 22 ans, maigre et craintif comme un chat de gouttière, prend sa place sur la chaise. Lui aussi indique être accro à la "meth" et être passé par le programme "il y a un an, ou un an et demi".

"Je suis content d'être là", assure-t-il à l'AFP, en jetant autour de lui des coups d'œil qui disent le contraire. "Dans 45 jours, si Dieu le veut, nous pourrons retourner chez nous". 

La fouille est minutieuse: replis des vêtements, chaussures, tout est inspecté à la recherche de drogue.

- Ouvre la bouche. Plus grand. Tire la langue. 

En groupe de six, ils sont ensuite conduits dans le bâtiment carrelé des douches, où on leur remet les tenues kaki, longues chemises et pantalons amples, une dosette de shampoing, pas de serviette. Ils en sortent après, dégoulinants, pour passer entre les mains agiles de barbiers qui leur rasent les cheveux mais pas la barbe. 

Ce traitement leur donne un air de famille et c'est en fratrie apeurée, épaules voutées, démarche hésitante, qu'ils sont conduits dans l'un des bâtiments où une chambre à cinq lits leur est attribuée. Deux infirmiers leur prennent la tension, le pouls, la température. 

Le dortoir voisin est occupé par une trentaine d'hommes de tous âges, couchés sur leur couvertures. L'un joue un air enfantin sur une flute traversière en bambou. Un autre, portant sa main à la bouche, fait signe qu'il a faim.

Le centre a pourtant près d'un an de réserves et offre trois repas par jour, assure le Dr Sultani, en faisant visiter un entrepôt aux étagères pleines de sacs de riz et de boîtes de conserve. 

"Nous sommes dans un quartier mal famé", dit-il. "Le 15 août, le jour où Kaboul est tombé aux mains des talibans, des centaines de personnes se sont massées à nos portes, pour nous piller. Mais nous avons résisté, avec nos patients. Et nous les avons repoussés." 


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

Short Url
  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.

 


Négociations Etats-Unis-Iran: nouvelle visite d'un ministre pakistanais à Téhéran

Short Url
  • Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine
  • "Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran"

TEHERAN: Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine, a rapporté mercredi l'agence officielle Irna, en pleine impasse dans les négociations de paix.

"Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran", a précisé l'agence, citant "des sources diplomatiques à Islamabad".

 

 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Short Url
  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.