Marc Antoine d’Halluin, PDG de MBC Group: «Nous sommes des innovateurs de contenu»

L’expansion accélérée de MBC GROUP à travers la croissance phénoménale de la plate-forme Shahid VIP profitera à l’industrie de production du Royaume, déclare Marc Antoine d’Halluin, le nouveau PDG de MBC GROUP. (Photo Fournie)
L’expansion accélérée de MBC GROUP à travers la croissance phénoménale de la plate-forme Shahid VIP profitera à l’industrie de production du Royaume, déclare Marc Antoine d’Halluin, le nouveau PDG de MBC GROUP. (Photo Fournie)
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Publié le Jeudi 24 septembre 2020

Marc Antoine d’Halluin, PDG de MBC Group: «Nous sommes des innovateurs de contenu»

  • Avec le confinement lié au coronavirus, le nombre de clients payants de la plate-forme a bondi de 100 000 abonnés en janvier 2020 à 1,4 million en avril/mai 2020
  • « Nous allons bientôt annoncer une série de fiction, inspirée d’une véritable histoire saoudienne, au même titre que les séries policières internationales ; c'est une histoire qui a trait à la région et plonge dans les racines du Royaume »

LONDRES: Pour Marc Antoine d’Halluin, le nouveau PDG de Middle East Broadcasting Center (MBC GROUP), le contenu premium est roi, et cela est encore plus vrai pour Shahid VIP, la plateforme de streaming  par abonnement du groupe. 

« Le volume de ce que nous sommes en mesure de proposer sur Shahid VIP est unique, et je pense que le marché l'a découvert quand nous avons été capables de diffuser du contenu extrêmement fort sur nos différentes plateformes », explique dans une interview exclusive à Arab News le PDG de nationalité française.

Les premiers neufs mois du mandat de Marc Antoine d’Halluin, - qui a repris les rênes de l’entreprise en janvier 2020 - ont coïncidé avec l’une des périodes les plus mouvementées de l’histoire, mais également l’une des plus prometteuses pour les plateformes digitales.

La très forte croissance du groupe est liée à la stratégie qui a consisté à tirer profit d’une situation sans précédent pour fidéliser des millions de consommateurs bloqués chez eux en raison du coronavirus, avec peu d’autre choses à faire que de decouvrir la télévision à la demande.

Le confinement, qui a été imposé bien avant le mois du Ramadan,  habituellement le mois de plus forte consommation televisuelle, a permis le lancement d’une version améliorée, aux standards internationaux, de Shahid, la plate-forme de vidéo à la demande (AVOD & SVOD) qui a bénéficié d’un marketing parfaitement coordonné sur les medias du groupe.

Le nombre de clients payants de la plate-forme a ainsi bondi de 100 000 abonnés en janvier 2020 à 1,4 million en mai 2020, soit en moins de quatre mois.

« Nous avons pu ajouter d'autres services, comme par exemple, la possibilité d’accéder à nos chaînes linéaires dans notre offre OTT (over the top), qui fait partie de l'abonnement SVOD. Cela offre à nos abonnés la possibilité de regarder nos chaînes partout et d'accéder à tous nos contenus originaux exclusifs a la demande», affirme M. d'Halluin. Le sigle OTT fait référence aux médias qui sont directement accessibles aux téléspectateurs via Internet.

Alors que les restrictions générées par le confinement se sont assouplies dans la plupart des régions du monde et que les gens préfèrent rester à l'extérieur plutôt que de rester enfermés, le PDG explique que la stratégie du groupe a été pensée sur le long terme.

« Notre business plan s’étale sur plusieurs années et nous prévoyons d'atteindre deux millions d'abonnés d'ici le second semestre 2022, cinq millions d'ici quatre ans, et d'aller au-delà de cet objectif dans la région. Nous allons également fournir un effort spécifique pour augmenter le nombre des abonnés de Shahid VIP en dehors de la région », précise-t-il. L'une de nos innovations est le nouvel interface en anglais, qui a été lancé récemment et qui permet à MBC de cibler, avec Shahid VIP, les marchés américain, canadien et européen.

Bientôt un « House of cards » maison

Non seulement le contenu premium déjà existant est essentiel pour fidéliser les abonnés et en attirer de nouveaux, soutient M. d’Halluin, mais il est aussi capital de produire de nouvelles series innovantes qui trouvent une résonance dans toute la région. « Nous pensons que nous sommes des producteure et des innovateurs de contenu faisant preuve d'ouverture et de tolérance, et je pense que la télévision et les médias en général jouent un rôle clé pour accompagner les évolutions importantes et positives de la société au Moyen Orient. Nous avons l'intention de maintenir cette ligne éditoriale. »  

 

Marc Antoine d’Halluin (Photo fournie)
Marc Antoine d’Halluin (Photo Fournie)

Le PDG de MBC Group fournit des précisions sur les nouveaux projets en cours. « Nous sommes sur le point de finaliser notre ‘House of Cards’, ainsi que trois ou quatre autres series, qui seront lancées l’année prochaine. La plupart sont des series haut de gamme, produites en interne par MBC Studios, et certaines par des producteurs extérieurs qui ameliorent aussi considerablement leur qualité, raconte t-il. Nous sommes fiers de travailler avec les meilleurs producteurs de la région, qui apportent leur contribution pour imaginer des scénarios plus ambitieux et plus diversifiés. »

Sans divulguer trop d'informations sur ces nouvelles series, Marc Antoine d'Halluin laisse entendre que l'une d'entre elles serait dans le style de Narcos, le succès de Netflix qui raconte la montée du trafic de cocaïne en Colombie et la vie des caïds de la drogue dans la fin des années 80, notamment Pablo Escobar. « Nous allons bientôt lancer une série de fiction, inspirée d’une véritable histoire saoudienne, au même titre que les séries policières internationales. C'est une histoire qui a trait à la région et plonge dans les racines du Royaume. Il sera très intéressant d’observer comment nos abonnés y réagiront », explique aussi l’homme de médias. «Ce sera la plus grande série premium jamais produite dans la région, et la première de son genre. Nous savons que nos chaînes MBC et Shahid VIP présenteront bientôt à notre public de nombreuses autres séries haut de gamme de standard international. »

Un Français au Moyen-Orient

Le PDG de MBC Group ne recule pas devant les opportunités et les défis auxquels sont confrontés tous les grands croupes media.

Ayant collaboré avec Sony Pictures Entertainment et d’autres grands acteurs du secteur, dans des régions allant du Royaume-Uni au Moyen-Orient en passant par la Scandinavie, Marc Antoine d’Halluin est convaincu que son parcours professionnel lui a appris à respecter les différences et les cultures locales. « J’ai pu développer à travers les différentes expériences de ma vie professionnelle un savoir-faire que je peux mettre au service de l'effort collectif de MBC. »

Il a accepté le nouveau challenge de la direction de la MBC avec enthousiasme. « C’est une période très intéressante dans l’histoire des médias régionaux, qui peuvent atteindre une audience globale tout en faisant face à une redoutable concurrence des grands ´streamers’. C’est une aventure passionnante dont je suis fier de faire partie, car le groupe MBC possède tout ce qu’il faut pour rivaliser à l’échelle internationale avec les plus grands. Il peut s’appuyer sur 30 années d’excellence. Travailler avec Cheikh Waleed, notre Chairman, et avec les membres de notre conseil d'administration sur notre stratégie est très stimulant et nous permet de rester très concentrés. »

De nouveaux changements structurels 

Depuis le début de l’année, le groupe a consolidé sa présence en Arabie saoudite. En février, il a annoncé qu’il aurait un nouveau siège social à Riyad et augmentera progressivement sa production de programmes en Arabie saoudite. « Nous sommes heureux d'être un acteur local dans le Royaume où nous misons beaucoup sur les talents locaux ».

La chaine a ainsi lancé la MBC Academy, une initiative qui vise à former les jeunes talents saoudiens pour améliorer leurs compétences dans la production de contenus en se focalisant sur les scénaristes, les réalisateurs, les producteurs et les acteurs. « Nous voulons recevoir de nouveaux types de scénarios, et nous voyons arriver des éléments très prometteurs. La MBC Academy fait un excellent travail pour positionner MBC au sein de la tres dynamique communauté digitale saoudienne. Nous annoncerons bientôt une nouvelle initiative en ce sens. »

Autre étape importante: le groupe a annoncé le lancement de MBC Media Services, une régie publicitaire internalisée en partenariat avec le groupe Saoudien Engineer Holding Group (EHG). EHG détiendra une participation minoritaire dans MBC Media Services. Un changement qui marque la fin de la relation de MBC avec Choueiri group, qui durait depuis 17 ans. 

« Cela s’est fait naturellement, même si cela n'a pas été une décision simple à prendre. Nous avons pensé qu'il était non seulement important de prendre cette décision afin que nos ventes publicitaires se fassent en interne, mais aussi pour qu’elles soient plus profondément reliées à notre propre marché principal en Arabie Saoudite. Nous nous sommes associés coordination avec EHG qui, au fil des ans, a développé avec Al Arabia Outdoor un leader local. »

MBC Group a donc aussi décidé de prendre une participation minoritaire dans Al Arabia Outdoor, mais M. d’Halluin a expliqué que les deux groupes continueraient d’opérer séparément, avec des équipes de ventes publicitaires distinctes qui ne mettront à profit leur expérience réciproque que lorsque cela s’avérera nécessaire. « En fin de compte, cela nous rapprochera davantage du marché publicitaire du Royaume sans intention de changer pour autant notre modèle commercial qui reste un modèle pan-régional avec des executions locales. »

En attendant, MBC se concentre sur la production de contenu premium pour anticiper sur les evolutions du marché. Le Français estime ces nouvelles productions surprendront la région au cours des 18 prochains mois.

« Nous faisons des efforts considérables pour nous assurer que le Royaume garde un 'champion médiatique national, pan-régional et global' qui peut rivaliser à l'échelle mondiale avec les très gros streamers qui arrivent aussi au Moyen Orient. Je crois que ce sera bénéfique pour la région, sa culture, son industrie de production, et également son public, confie t-il. MBC a pivoté vers le digital de manière très coordonnée, avec toute sa puissance, et je suis heureux que soyons sur la bonne voie, mais le chemin est encore long. »

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

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À l’IMA, deux historiens s’accordent: la Palestine n’est pas un conflit mais une guerre coloniale

Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
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  • Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle
  • Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées

PARIS: Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ».

D’emblée, une grande complicité et une admiration réciproque se dégagent entre Laurens, spécialiste du monde arabe et auteur de l’ouvrage intitulé « Question juive, problème arabe », et Khalidi, de passage à Paris à l’occasion de la publication en français de « Cent ans de guerre contre la Palestine », paru aux États-Unis en 2020.

IMA

C’est ce lien personnel entre les deux intervenants qui a donné lieu à un dialogue fluide, dense mais sans concessions, qui ne se contente pas de revisiter l’histoire, mais propose un changement de regard.

IMA

Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle.

Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées.

Il ne s’agit pas simplement d’une rivalité nationale entre deux peuples vivant sur une même terre, mais d’un projet d’implantation soutenu par des puissances extérieures, inscrit dans une logique coloniale classique.

Loin d’être un accident de l’histoire, ce processus répond à une dynamique structurée, progressive et profondément politique, dont le moment fondateur reste la Déclaration Balfour.

Avec le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, cette déclaration transforme une aspiration politique en projet réalisable. Khalidi insiste : sans cet appui impérial, le mouvement sioniste n’aurait pas pu s’imposer de cette manière. Il rappelle les démarches antérieures de Theodor Herzl auprès des grandes puissances, restées infructueuses, jusqu’à ce que Chaim Weizmann obtienne le soutien britannique.

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Les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. (Arlette Khouri)

À cette lecture, Henry Laurens n’oppose pas un refus, mais une mise en perspective. Il propose de remonter à 1908, moment charnière où émergent à la fois une conscience politique palestinienne et les premières tensions ouvertes autour de la présence sioniste.

Laurens insiste sur un point fondamental : le conflit est international dès l’origine. Il ne se joue pas seulement sur le territoire de la Palestine mandataire, mais aussi dans les capitales européennes, au sein des institutions internationales et, plus tard, dans les équilibres de la guerre froide.

Sur ce point, les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. La période du mandat britannique illustre parfaitement cette imbrication, notamment à travers la répression des révoltes palestiniennes — en particulier celle de 1936-1939 — menée en grande partie par les forces britanniques.

Pour Khalidi, cela confirme que la guerre n’oppose pas seulement deux acteurs locaux, mais qu’elle met en jeu une alliance entre projet sioniste et puissance impériale.

Laurens souligne pour sa part un aspect lié au langage : la Déclaration Balfour ne mentionne pas les Palestiniens en tant que peuple, évoquant simplement des « communautés non juives ». De même, le mandat britannique parle des « indigènes », un vocabulaire qui traduit une invisibilisation politique caractéristique des contextes coloniaux. Selon lui, le peuple palestinien, en tant que sujet politique, mettra des décennies à être reconnu comme tel, y compris dans le monde arabe.

Les deux historiens s’accordent également à souligner la coexistence de ruptures et de continuités. Les accords d’Oslo, par exemple, apparaissent comme un moment charnière.

Pour Khalidi, ils constituent à la fois une rupture — avec la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP — et l’aboutissement d’un processus engagé dès les années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens prennent acte de l’impossibilité d’une solution militaire régionale.

Cette tension entre continuité et rupture se retrouve dans l’analyse des événements les plus récents. Le 7 octobre 2023 marque, selon Khalidi, une rupture par l’ampleur de la violence et le nombre de victimes, tout en s’inscrivant dans une logique ancienne de confrontation.

Double regard

Ce double regard permet d’éviter les simplifications et rappelle que, si rien n’est totalement nouveau, rien n’est strictement identique non plus.

Ainsi, la figure de l’ancien président palestinien Yasser Arafat illustre bien cette complexité. À la fois acteur de la lutte et artisan de compromis, il incarne une période où un certain équilibre interne était encore possible. Sa disparition marque une rupture majeure.

Laurens souligne qu’il était sans doute le seul capable d’éviter une guerre civile palestinienne. Celle-ci éclatera quelques années plus tard, opposant notamment le Hamas à l’Autorité palestinienne, accentuant la fragmentation déjà profonde des rangs palestiniens.

Cette fragmentation constitue l’un des obstacles majeurs à l’écriture d’une histoire cohérente. À ce propos, Khalidi insiste sur l’absence d’archives nationales centralisées, conséquence directe de la dispersion du peuple palestinien.

L’historien doit alors recomposer le récit à partir de sources éparses : archives familiales, témoignages, documents internationaux. Il évoque aussi, plus personnellement, le recours à sa propre expérience — une démarche inhabituelle dans son parcours académique, mais rendue nécessaire par les lacunes documentaires.

Enfin, l’échange s’ouvre sur le présent et ses évolutions. Khalidi observe un changement notable dans l’opinion publique occidentale, en particulier aux États-Unis, où les mobilisations étudiantes, les débats académiques et les campagnes de boycott ont contribué à transformer le regard porté sur la Palestine.

Mais cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une réaction tout aussi forte : une restriction croissante de la liberté d’expression, qu’il n’hésite pas à comparer au climat du maccarthysme.

Le dialogue s’achève sur une question plus large : que révèle la question de la Palestine pour le monde contemporain ?

Pour Khalidi, elle constitue l’un des derniers avatars d’une histoire coloniale que l’on croyait révolue. Pour Laurens, elle reflète un conflit profondément inscrit dans les dynamiques internationales.


Chez le chef français Alain Passard, le végétal radical

Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
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  • "Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef
  • "Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans

PARIS: Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive.

"Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef.

"Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans, quelques mois après avoir annoncé tourner une page dans l'histoire de son mythique restaurant parisien l'Arpège, ouvert il y a 40 ans dans le quartier des ministères.

La protéine animale était déjà devenue discrète dans les assiettes du chef, qui avait banni la viande rouge en 2001. Alain Passard, qui avait pourtant bâti sa carrière et sa réputation sur la grande tradition de la rôtisserie française, se disait "dés-inspiré".

Sa nouvelle religion, il la fonde depuis 2001 en cultivant ses potagers privés à travers la France, et dans la saisonnalité.

"La nature a tout écrit. Par exemple, le poireau en hiver, c'est un produit de la nature fait pour réchauffer. Une tomate, c'est un verre d'eau, c'est fait pour désaltérer", assure-t-il, l'œil bleu pétillant.

En cuisine, une heure avant le service, c'est l'heure des "potions magiques" : six chaudrons et casseroles, remplies à ras bord de légumes, fanes, herbes, jus et réductions, viennent former le rituel de base de cette cuisine végétale.

Bien-être animal 

En maître des lieux, le "consommé" : une marmite de 10 litres d'un peu tous les végétaux de saison, avec "très peu d'eau, à niveau", la manne qui viendra délayer et faire vivre les sauces du midi.

Ce jour-là, cela viendra nourrir un consommé de céleri, qui fait presque sentir la viande ou une sauce au vin jaune, grasse, épaisse, à en rappeler le beurre, et un velouté de cresson bien iodé, sans avoir jamais connu la moindre goutte d'eau de mer.

Dans la nouvelle cuisine d'Alain Passard, très peu d'épices. Aucune "poudre de perlimpinpin", dit-il, peu de condiments et, en dehors des légumes, feuilles et fruits du potager, quasiment pas de céréales ou légumineuses.

Alain Passard plonge dans cet inconnu au moment exact, l'été dernier, où le seul chef triplement étoilé vegan au monde, Daniel Humm, à New York, remet la protéine au menu.

"Le moment est bon, la société est réceptive au respect des saisons, à la lutte contre le gaspillage alimentaire ou le bien-être animal", répond Alain Passard.

"Mais ce n'est pas politique, c'est artistique", ajoute le patron de l'Arpège, collectionneur d'art et peintre à ses rares heures perdues.

Nouvelles bases 

Mais dans la profession, ce modèle de restaurateur indépendant qui travaille seul et ne quitte jamais son établissement, devient parfois incompris. "Ils ne m'ont pas épargné : à la cérémonie du (guide gastronomique) Michelin, il y en a que je connais depuis 40 ans qui ont refusé de me saluer", dit-il en serrant les lèvres.

"Ce n'est pas leur conception de la cuisine", poursuit-il, alors que s'affirme en France un courant de chefs plus "identitaire", replié sur les traditions culinaires.

"Quand on va chez Alain, il faut oublier tout ce que l'on sait, il faut arriver vierge et être prêt à vivre quelque chose d'unique", le défend auprès de l'AFP le chef triplement étoilé Emmanuel Renaut.

En octobre, le critique Stéphane Durand-Souffland repart de l'Arpège "furieux qu'on ait essayé, moyennant une addition à 495 euros pour un couvert, de nous faire prendre des rince-doigts pour des lanternes", écrit-il dans le Figaro.

À l'AFP, il explique quelques mois plus tard avoir attendu dans le médiatique parti-pris de l'Arpège "un manifeste, sans avoir la révolution espérée".

"Quand on change autant de paradigme, il faut remonter une cuisine, prendre d'autres bases", dit le chroniqueur, citant les traditions culinaires végétaliennes de l'Inde au Japon.

"Je suis dans ce métier depuis 40 ans, je connais ma musique, mon solfège", répond Alain Passard, persuadé qu'il faut qu'on "fasse une place" dans la cuisine française au végétalisme.


Azzedine Alaïa et Christian Dior : aux racines d’un maître tunisien de la haute couture

Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
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  • Le livre met en lumière un dialogue esthétique et technique entre Alaïa et Dior, fondé sur une vision commune de la forme et du savoir-faire
  • L’expérience fondatrice d’Alaïa chez Dior et son admiration durable ont profondément influencé son parcours et inspiré l’exposition et l’ouvrage

DHAHRAN : Le livre de table publié par Damiani, « Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture », tisse avec élégance un dialogue visuel entre ces couturiers emblématiques du XXe siècle.

À travers des photographies capturant ces vêtements sculpturaux, l’ouvrage offre un festin visuel d’une grande élégance, ponctué de quelques pages de textes soigneusement sélectionnés.

Disponible uniquement en anglais, le livre, paru ce mois-ci, se lit aisément, avec une préface de l’éditrice et galeriste italienne Carla Sozzani, qui écrit : « Il ne s’agit pas simplement d’un dialogue entre deux maîtres de la haute couture, mais d’un retour à une origine profondément humaine et formatrice.

Christian Dior et Azzedine Alaïa ont développé un langage commun fondé sur une discipline intérieure et un respect de la forme, un langage qui a inspiré, inspire encore et continuera d’inspirer des générations. » 

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Le livre est sorti le 21 avril. (Publié par et avec l’autorisation de Damiani Books)

D’autres éclairages sont apportés par des figures telles qu’Olivier Saillard, historien de la mode français et directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, ainsi qu’Olivier Flaviano, directeur de La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022, entre autres.

L’ouvrage présente également 70 pièces textiles impeccablement mises en scène, issues des archives des années 1950 et conservées à la Fondation Alaïa.

L’histoire commence en Tunisie, où le jeune Alaïa (1935-2017) découvre pour la première fois les créations de Dior (1905-1957) en feuilletant des magazines de mode français fournis par Madame Pinault, une sage-femme locale qui l’avait pris sous son aile.

Fils d’agriculteurs céréaliers, Alaïa est envoyé vivre chez ses grands-parents avec sa sœur jumelle, Hafida. À 15 ans, il ment sur son âge pour intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Tunis en tant qu’apprenti sculpteur.

Il finance ses études en aidant une couturière qui vendait des reproductions de créations de grands couturiers parisiens à une clientèle tunisienne aisée.

Encouragé par Habiba Menchari, figure de l’émancipation féminine en Tunisie, il approche Madame Zeineb Levy-Despas, cliente de la maison Dior alors dirigée par Yves Saint Laurent, qui lui obtient un stage intensif de quatre jours à la Maison Dior.

En juin 1956, Alaïa, âgé de 21 ans, arrive dans l’atelier de Christian Dior, alors âgé de 51 ans, situé rue François 1er, au cœur du Triangle d’Or, épicentre du luxe parisien.

Bien que trois décennies les séparent, leurs esthétiques et leurs silhouettes présentent des similitudes, renforcées par leur goût intemporel.

Tous deux discrets, ils étaient fascinés par un artisanat minutieux et somptueux, laissant leurs œuvres — véritables sculptures à porter — s’exprimer d’elles-mêmes. Ils partageaient un goût pour les textures, les constructions ingénieuses et une architecture du vêtement à la fois douce et puissante.

Cette expérience brève mais fondatrice — ainsi que des décennies de collection des chefs-d’œuvre de Dior — a largement contribué à cette exposition.

Si l’exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris s’achève le 21 juin, près de 70 ans après ce stage, les images et les chefs-d’œuvre détaillés présentés dans le livre, eux, perdureront toute une vie. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com