Comment lutter contre les milices pro-iraniennes destructrices en Irak?

Des combattants chiites des forces paramilitaires Hached al-Chaabi (Unités de mobilisation populaire) traversent une zone désertique près du village d’Al-Boutha Al-Sharqiyah, à l’ouest de Mossoul. (AFP)
Des combattants chiites des forces paramilitaires Hached al-Chaabi (Unités de mobilisation populaire) traversent une zone désertique près du village d’Al-Boutha Al-Sharqiyah, à l’ouest de Mossoul. (AFP)
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Publié le Mercredi 17 novembre 2021

Comment lutter contre les milices pro-iraniennes destructrices en Irak?

  • Le comportement anarchique des milices pourrait conduire à une «libanisation» de l’Irak
  • Le consensus général est que des liens économiques et politiques plus étroits avec les pays arabes pourraient réduire l’ingérence brutale de Téhéran dans les affaires de Bagdad

ERBIL, KURDISTAN IRAKIEN: Les milices irakiennes soutenues par l’Iran ont rejeté les résultats des élections parlementaires d’Irak qui se sont tenues en octobre. En effet, leurs bras politiques ont enregistré des résultats médiocres, et certains d’entre eux pourraient bien être à l’origine de l’attentat contre le Premier ministre, Mustafa al-Kadhimi, plus tôt ce mois-ci.

Concrètement, que peut-on faire pour lutter contre la menace pernicieuse des milices irakiennes pro-iraniennes?

Depuis des années désormais, il existe des craintes généralisées que les membres des Hached al-Chaabi (ou Unités de mobilisation populaire), soutenus par l’Iran, disposent d’un nombre suffisant d’armes et de combattants pour surpasser les forces de sécurité irakiennes et constituer une menace du type Hezbollah pour le gouvernement irakien et l’État. 

Cela pourrait conduire à la «libanisation» de l’Irak – une situation dans laquelle un puissant mandataire iranien bien armé s’inspire du Hezbollah pour imposer sa volonté au sein du pays à la demande de Téhéran.

Quelle est la probabilité que cela se produise dans l’Irak d’aujourd’hui, où de puissants agents armés contestent les résultats d’une élection surveillée par l’Organisation des nations unies (ONU) et même saluée par le Conseil de sécurité?

«Les milices sont une menace sérieuse, mais le gouvernement et les forces de sécurité sont plus forts en Irak, contrairement au Liban et au Hezbollah», déclare à Arab News David Pollock du Washington Institute for Near East Policy.

S’attaquer aux milices pourrait s’avérer difficile, même si elles ne sont pas plus puissantes que l’État sur le plan militaire. Par conséquent, Bagdad pourrait avoir besoin d’un soutien étranger. Mais qui pourrait lui venir en aide?

Les États-Unis ont maintenu une petite présence militaire en Irak dans le cadre de la coalition multinationale qu’ils ont menée contre Daech.

Cependant, en vertu d’un accord avec le gouvernement irakien, ces troupes ne devraient servir de conseillers et d’entraîneurs pour les forces de sécurité irakiennes et kurdes qu’à partir de la fin de cette année.

L’Otan entreprend une mission plus active en Irak, mais ce sera également une mission d’entraînement sans combat pour aider les forces irakiennes à lutter contre Daech et à éviter sa résurgence.

«La responsabilité principale incombe à l’Irak, et non à l’aide étrangère. Mais les puissances amies soutiennent l’Irak, et les forces américaines maintiendront cette mission, simplement avec un nouveau titre, après cette année», précise M. Pollock.

«Les gouvernements arabes devraient également contribuer davantage à l’économie et à la vie publique de l’Irak, afin de contrebalancer l’ingérence de l’Iran via ses milices. En réalité, la tendance est positive au cours des deux dernières années et les résultats des élections en sont une véritable preuve.»

M. Al-Kadhimi a déployé des efforts diplomatiques importants pour renforcer les liens entre l’Irak et d’autres pays arabes au cours de son bref mandat. Il a amélioré les relations avec l’Égypte et la Jordanie, ce qui a incité le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, à se rendre en Irak au cours de l’été. C’est la première visite officielle d’un dirigeant égyptien en Irak en trente ans. 

Le consensus général est que des liens économiques et politiques plus étroits avec ces pays arabes, et d’autres États arabes du Golfe, pourraient, au fil du temps, réduire l’ingérence brutale de Téhéran dans les affaires de l’Irak.

Joel Wing, auteur du blog Musings on Iraq, qualifie de «prématuré» les comparaisons entre l’Irak et le Liban.

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Un manifestant brandit le drapeau national tout en brûlant des pneus, lors d’affrontements entre des manifestants antigouvernementaux irakiens et des partisans du religieux chiite Moqtada al-Sadr. (AFP)

«En Irak, chaque groupe veut faire partie de l’État pour pouvoir exploiter l’argent du pétrole», déclare-t-il à Arab News.

Certes, les milices chiites irakiennes ne constituent pas un bloc unique désireux d’exécuter les ordres de l’Iran en Irak. Le leader chiite irakien influent, Moqtada al-Sadr, par exemple, s’est souvent opposé à l’influence de l’Iran dans le pays, appelant au démantèlement et au désarmement des milices qui échappent au contrôle de l’État.

Son alliance a remporté bien plus de sièges au Parlement que les blocs politiques soutenus par l’Iran.

M. Wing souligne que les sadristes et les factions soutenues par l’Iran se sont déjà affrontés par le passé.

«Les sadristes et le Conseil suprême islamique d’Irak ont mené une longue bataille pour le contrôle du sud de l’Irak pendant l’occupation américaine», souligne-t-il.

«La bataille de Bassorah de 2008 est une tentative du Premier ministre, Nouri al-Maliki, de vaincre son rival Moqtada al-Sadr. L’affrontement entre les partis chiites n’est donc pas nouveau.»

M. Wing note également que les milices se déchaînent en Irak depuis près de vingt ans. «Les milices ont eu le pouvoir de faire en grande partie ce qu’elles voulaient depuis 2003. C’est parce qu’elles faisaient partie du gouvernement et qu’elles étaient soutenues par celui-ci. Il semble que cela ne changera pas de sitôt», précise-t-il à Arab News.

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Des membres chiites irakiens du groupe Asaib Ahl al-Haq (Ligue des justes) se rassemblent dans la ville méridionale de Bassorah. (AFP)

Néanmoins, M. Wing pense que le soutien étranger au gouvernement de Bagdad et aux forces de sécurité demeure important pour l’avenir de l’Irak.

«Le rôle que l’Occident peut jouer est de continuer à soutenir le gouvernement irakien et les forces de sécurité», indique-t-il.

«Cette formule n’est pas parfaite car il y a toutes sortes de problèmes des deux côtés, mais se retirer donnerait aux forces pro-iraniennes encore plus d’influence au sein du pays.»

Selon Emily Hawthorne, analyste principale chez Stratfor pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, aucun signe ne laisse présager que les milices irakiennes «mettront de côté leurs tactiques agressives malgré les pressions du gouvernement», déclare-t-elle à Arab News.

«La poursuite de la violence les obligera cependant à tolérer une plus grande réaction populaire contre leurs actions, ce qui aura un impact négatif sur leur popularité électorale», poursuit-elle.

 

GROUPES PRO-IRAN EN IRAK

Groupes paramilitaires:

  • Hached al-Chaabi
  • Asaib Ahl al-Haq
  • Kataeb Hezbollah
  • Kataeb Sayyid al-Shuhada

 

Groupes politiques:

  • L’Alliance Fatah
  • Al-Sadiqoun

 

Tout comme MM. Wing et Pollock, Emily Hawthorne doute que l’Irak soit sur le point de devenir un autre Liban.

«Les gouvernements libanais et irakien ont tous deux du mal à exercer un contrôle total sur l’autorité de l’État», note-t-elle.

«Cependant, les forces armées fédérales de l’Irak sont plus cohérentes, mieux armées et mieux entraînées que les nombreuses milices non étatiques actives dans le pays. Au Liban, en revanche, le Hezbollah est puissamment armé et peut défier les forces fédérales libanaises s’il le veut.»

L’analyste n’exclut pas la possibilité d’une guerre civile interchiite en Irak, mais précise qu’elle est «encore plus susceptible de se dérouler dans le monde politique que de se traduire par un conflit violent dans les rues».

Selon elle, c’est l’Irak qui devra prendre la tête de toute initiative pour combattre les milices, même si l’aide étrangère demeure un facteur très important.

«Il est vrai que l’Irak sera principalement seul dans sa lutte pour le contrôle du pays contre les milices soutenues par l’Iran», souligne-t-elle à Arab News.

«Toutefois, le soutien international dont bénéficie le gouvernement irakien, et qui manque aux milices, permet à Bagdad de maintenir l’aide financière et militaire dont le gouvernement fédéral a besoin pour garder le contrôle.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


En pleines discussions à Rome, Israël se dit prêt à avancer sur deux «zones pilotes» au Liban

Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington
  • Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais

ROME: Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient.

Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette ce texte dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais.

"J'espère et j'ai bon espoir que cette série de discussions à Rome y contribuera", a-t-il déclaré depuis Jérusalem.

Aucune information n'a filtré à ce stade des pourparlers dans la capitale italienne.

Des journalistes de l'AFP ont vu les voitures des délégations entrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine sous haute sécurité mardi matin, tandis que l'ambassade, sollicitée, s'est refusée à tout commentaire.

"Se retirer progressivement" 

La délégation libanaise "a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", avait fait savoir la présidence libanaise lundi soir.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté début mars entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans le conflit en bombardant Israël en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud, où un drone a visé mardi la localité de Nabatiyé al-Fawqa et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

"Réfléchir à deux fois" 

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, d'après les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris, qui voit plutôt dans cette réunion "l'opportunité de montrer que le processus est encore en place (...), qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître".

Téhéran avait exigé l'arrêt des hostilités au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", relève Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Même si Téhéran a actuellement d'autres priorités, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz.

Karim Bitar souligne pour sa part que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


Netanyahu avertit les dirigeants iraniens qu'Israël ripostera en cas d'attaque

Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque
  • "Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue"

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque, alors que les frappes américaines et iraniennes ont repris avec une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.

"Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue", a déclaré M. Netanyahu lors d'une conférence, selon une vidéo diffusée par son cabinet.


Le Liban et Israël négocient à Rome sur fond de reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis

De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban et Israël reprennent les négociations à Rome, Beyrouth exigeant un retrait israélien de deux zones pilotes avant toute avancée
  • Les analystes estiment qu'une percée est peu probable, les tensions entre Washington et Téhéran risquant de compliquer le processus

BEYROUTH: Le Liban et Israël entament mardi à Rome de nouvelles négociations sous l’égide des États-Unis, sur fond de reprise des hostilités dans la région entre Washington et Téhéran qui pourrait les impacter selon des analystes.

Les deux pays, en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette cet accord dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

"La délégation libanaise a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", a annoncé lundi soir la présidence libanaise.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

- "Chances limitées" -

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée un vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite pro-iranien avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël pour soutenir l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe selon les médias officiels libanais.

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, selon les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées (..) Ce à quoi nous pourrions assister, c'est plutôt une sorte d'opportunité de montrer que le processus est encore en place (..) qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

Téhéran avait exigé le cessez-le-feu au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril. Dans la nuit de lundi à mardi, les Etats-Unis ont mené pour la troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", affirme Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Mais l'analyste israélienne estime que les priorités de Téhéran aujourd'hui sont le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire.

Karim Bitar affirme pour sa part, que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".