Interview : Jacques Bourgeois ou la fascination de l’Arabie

Jacques Bourgeois, délégué Général d’Airbus Group et directeur des activités de Thales en Arabie saoudite (Fournie)
Jacques Bourgeois, délégué Général d’Airbus Group et directeur des activités de Thales en Arabie saoudite (Fournie)
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Publié le Mercredi 23 septembre 2020

Interview : Jacques Bourgeois ou la fascination de l’Arabie

  • A la suite de cette vague d’attentats provoquée par Al-Qaïda pour déstabiliser le Royaume, le Roi Abdallah a réagi au plan politique, en prônant une tolérance accrue face à la diversité religieuse afin de contrer les mouvements extrémistes
  • Je pense que le fief saoudien, doté d’une population jeune, en recherche d’oxygène, guidée par un trentenaire, est bien en train de se moderniser et de se libéraliser

Délégué Général d’Airbus Group et directeur des activités de Thales en Arabie saoudite, président de la section Arabie saoudite des Conseillers du Commerce Extérieur de la France, Jacques Bourgeois porte sur le Royaume le regard d’un connaisseur éclairé. Il est co-auteur, avec son épouse Jocelyn et son ami saoudien « M.Paul » d’Arabie saoudite : l’incontournable, aboutissement de plusieurs années de recherches et d’analyses, paru aux éditions Riveneuve en 2016 et signé Jacques-Jocelyn Paul

Qu’est-ce qui vous a conduit en Arabie saoudite ?

Le travail et la curiosité.

Le travail tout d’abord, parce qu’après avoir exploré les arcanes de la prévision économique, de la banque, de la haute finance, des cabinets ministériels, et j’en passe… j’ai voulu consacrer la deuxième partie de ma vie professionnelle à la défense des intérêts des entreprises françaises à l’étranger. La curiosité, car après avoir sillonné en long et en large le Vietnam, l’Europe Centrale, la Russie, le Xinjiang, la Mongolie, l’Argentine, le Brésil… et vécu en famille en Chine, je manquais de repères sur le Moyen-Orient et son poumon historique et religieux, l’Arabie. Il s’agissait de joindre l’utile à l’agréable en y résidant avec mon épouse Jocelyn dès l’an 2000.

L’Arabie, pensez-donc ! Un territoire de sable et de rocailles grand comme quatre fois la France au cœur de nos fascinations, de nos contradictions et de nos fantasmes... Une Péninsule heureuse, déserte pour certains, le lieu de tous les rigorismes et excès pour d’autres, située au confluent du pèlerinage, du marché de l’énergie, des innombrables conflits moyen-orientaux et du djihad mondialisé...

Une « terra incognita » pour des français, une lacune à combler.

Qu’est-ce qui vous a rendu heureux lors de votre séjour dans ce pays ?

L’amitié et la découverte.

L’amitié d’un homme, un Saoudien, alias Monsieur Paul, sans lequel il nous aurait été impossible d’embrasser la très longue histoire de l’Arabie, d’en distinguer les visages cachés, d’acquérir les outils indispensables à l’analyse de la stratégie saoudienne dans la géopolitique régionale et mondiale. Grâce à lui nous avons rédigé un vade-mecum d’analyses historiques, religieuses, sociologiques et politiques, un document permettant de distinguer les jihadistes, les salafistes et les frères musulmans, les bédouins et les autres, les princes royaux et ceux de second rang, les affairistes et les humbles... de mieux comprendre les mœurs locales.  Avec lui nous avons rassemblé les résultats de dix-huit ans de travail, de réflexion, d’enquêtes de terrain durant les "six mille sept cent quarante-quatre nuits qui ont suivi le 11 septembre 2001".

La découverte d’un système de valeurs parfois mal connu, souvent méconnu.

Il en va d’abord des hommes. « Moi contre mon frère, moi et mon frère contre mon cousin, moi, mon frère et mon cousin contre l’étranger ! » est un aphorisme qui souligne combien les réflexes locaux ont été modelés par la double nécessité de survivre dans le désert et de magnifier les liens du sang. Dès lors comment imaginer que les notions occidentales de droit du sol, de citoyenneté et de démocratie élective puissent être aisément adoptées dans la Péninsule ?

Il en va aussi des conflits en cours. Un second aphorisme, intemporel, « Les Arabes naissent au Yémen et meurent en Irak », décrit les flux démographiques ancestraux, rappelle la continuité du peuplement nomade sur l’ensemble du Moyen-Orient et renvoie aux liens intimes qui unissent le Yémen et l’Arabie, notamment en Asir, une sorte d’Alsace-Lorraine sud-arabique. Les ressorts de l’interminable conflit qui oppose ces deux pays frères sont dès lors plus complexes qu’on ne le dit, car ils ne résultent ni d’une simple guerre par procuration contre l’Iran, ni de foucades de dirigeants, les houthis n’étant ni des chiites duodécimains ni des Perses, mais des voisins... ceux auxquels faisait allusion le premier aphorisme.

Qu’est ce qui aurait pu vous y rendre malheureux ?

Le maintien durable de tensions terroristes dans le pays. De fait, à partir de 2003, une vague d’attentats a déferlé sur l’Arabie : assassinats d’Occidentaux, destruction du compound d’Al-Hamra, de deux autres sites de la capitale, du compound Al-Moayed, explosion d’un édifice de la sécurité intérieure à Riyad... Un de mes collaborateurs, auquel je pense souvent, a même trouvé une mort tragique à Djeddah.

A la suite de cette vague d’attentats provoquée par Al-Qaïda pour déstabiliser le Royaume, le Roi Abdallah a réagi au plan politique, en prônant une tolérance accrue face à la diversité religieuse afin de contrer les mouvements extrémistes. Il a notamment ravivé un processus de « Dialogue National » impliquant des leaders religieux parmi lesquels un théologien chiite et des oulémas sunnites ayant prôné la tolérance vis-a-vis des chiites. Mais de nouveau, en 2004, des attaques sanglantes ont frappé les villes de Yanbu et d’Al-Khobar, le Ministère de l’Intérieur à Riyad.

La réponse de l’administration d’Abdallah fut dès lors plus ferme à partir de 2005. Les raids policiers, les arrestations, les emprisonnements et les négociations avec les tribus se multiplièrent, si bien que le pouvoir saoudien parvint à endiguer l’essentiel des tentatives terroristes. Pour nous tous, Saoudiens et expatriés, il était temps.

Y êtes-vous revenu ? Quels changements avez-vous constaté ?

Les changements sont considérables. La politique conduite par le tandem au pouvoir depuis 2015, le Roi Salman et son fils Mohammed – le premier dans une posture quasi-présidentielle, le second comme premier ministre – a remis au pas les intégristes, strictement encadré les religieux, emprisonné certains corrupteurs et considérablement amélioré la condition féminine.

Le 24 octobre 2017 a Riyad, le Régent a déclaré : « nous retournons à ce que nous étions auparavant, un pays d’islam modéré ouvert à toutes les religions et au monde ». Il s’est engagé a lutter contre « l’extrémisme » et a affirmé vouloir mettre fin a l’influence notable que les milieux religieux conservateurs exercent sur la société saoudienne depuis des décennies, en déclarant : « Nous ne ferons que retourner à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions », tout en ajoutant : « Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant ». Pourquoi ne pas le croire, même s’il est évident que le nouveau pouvoir ne veut pas supprimer la place des religieux, mais seulement les replacer sous la tutelle du politique. Les actes ont en tout cas suivi les déclarations, ce qui n’est pas toujours le cas dans mon pays :

– Une femme a été nommée Ambassadeur d’Arabie Saoudite aux États-Unis,

– Les Saoudiennes, autorisées à conduire dès 2017, peuvent aussi créer et gérer leur propre entreprise sans l’autorisation d’un tuteur masculin et, dès l’âge de 21 ans, obtenir un passeport, voyager à l’étranger sans la permission d’un « gardien » mâle,

– Les femmes peuvent intégrer l’armée de terre, de l’air, les forces navales, de défense aérienne, les missiles stratégiques et les services médicaux,

– Les restaurants n’ont plus d’entrées distinctes pour les femmes et pour les hommes,

– Des cinémas (jusqu’alors non présents en Arabie) sont ouverts, des concours de belote auxquels participent certains oulémas sont transmis à la TV,

– Les étrangères ont le droit de se promener sans porter l’abaya, obligatoire en public pour les Saoudiennes, à condition toutefois de porter des vêtements pudiques »,

– Les couples étrangers non mariés peuvent louer une chambre d’hôtel ensemble

- En avril la Cour suprême de Justice a annoncé la suppression de la flagellation parmi les peines que peuvent décider les juges saoudiens et la Commission des Droits Humains a supprimé la peine de mort pour les mineurs (moins de 18 ans), la peine substitutive ne devant pas dépasser 10 ans de prison, etc.

A votre avis, les projets d’ouverture tiendront-ils la route ou bien la tendance conservatrice finira-t-elle par l’emporter ?

Je pense que le fief saoudien, doté d’une population jeune, en recherche d’oxygène, guidée par un trentenaire, est bien en train de se moderniser et de se libéraliser. Pourtant cette vision d’un régime qui aurait commencé à s’exonérer de la pression de ses imams contraste beaucoup avec l’image que d’autres analystes occidentaux ont gardée sur l’Arabie : le foyer permanent d’un wahhabisme conquérant ayant déjà engendré le Jihad, Al-Qaïda, Daech…  Un débat à suivre, qui ne sera tranché que par l’Histoire, bien que son cours ait été souvent bouleversé par de nombreuses ruptures, délibérément voulues ou accompagnées par les al-Saoud.

Parmi ces retournements a certes figuré le grand tournant de 1979, marqué par quatre événements : l’attaque meurtrière de la grande mosquée de La Mecque par Juhayman ; la destitution du Shah avec l’avènement de la République Islamique d’Iran ; l’intervention soviétique en Afghanistan ; le traité de paix entre Israël et l’Égypte. C’est ce contexte tumultueux qui, à l’époque, avait conduit les dirigeants de l’Arabie à accepter une escalade fondamentaliste pour canaliser les impatiences théologiques des imams, répondre aux pulsions d’une population acquise aux valeurs des Frères Musulmans et affronter l’imam chiite Khomeini.

Mais que l’Iran duodécimain, la Turquie hanafite d’Erdogan, le Qatar hanbalite des al-Thani et d’al-Jazeera, et une grande partie de l’Égypte chaféite militent encore pour des projets sociétaux bâtis sur des valeurs religieuses contraignantes – théocratie des mollahs dans le premier cas, intégrisme militant des Frères Musulmans dans les autres – les a fait réagir. Ils ont mis le Qatar dans leur collimateur aux côtés des Frères Musulmans, que l’Arabie, les Émirats, le Soudan, l’Égypte, la Syrie, Bahreïn… et la Russie, traitent maintenant comme une organisation terroriste. Ni l’Europe, ni la France, le champ de manœuvre de Tariq Ramadan, ne les ont suivis. Si bien que l’Arabie d’aujourd’hui me semble mieux armée que d’autres pays - dont le mien - pour résister aux menées intégristes.

Que pensez-vous du projet vision 2030 de MBS, répond-t-il aux aspirations de la jeunesse saoudienne ? Est-il réaliste ? Est-il dans l’ADN du peuple saoudien qu’on a tendance à voir comme conservateur et réticent au changement ?

Le nouveau souffle impulsé par le Roi et par son fils ne peut que séduire des jeunes garçons, des filles et des épouses trop longtemps marginalisés et réduits à l’ennui. Dans ce pays où il n’y a pas de trottoirs, la rue ne menace pas de gronder à court terme sous l’effet de tous ces bouleversements, d’autant que très nombreux sont ceux qui dans le peuple et parmi les jeunes princes apprécient le discours et la pratique musclée du pouvoir contre la corruption. Le scénario d’un « Printemps Arabe » saisissant la société saoudienne sous la poussée revendicatrice d’une population extrêmement jeune et désœuvrée semble peu probable, malgré la raréfaction des marges de manœuvres budgétaires liée a la récente baisse du prix du pétrole et en dépit de la future réduction du surplus exportable du pays. La famille royale, a l’instar du Roi Abdallah en 2011, aurait d’ailleurs assez de ressources financières pour éteindre à temps tout début d’embrasement.

« Très nombreux sont ceux qui dans le peuple et parmi les jeunes princes apprécient le discours et la pratique musclée du pouvoir contre la corruption »

Sous le regard attentif du grand Salman ben Abdelaziz et dans les pas du Voltaire de 1736, il serait donc dangereux prédire la fin prochaine du règne des al-Saoud : « Le temps de l’Arabie est enfin venu. Ce peuple généreux, trop longtemps inconnu, laissait dans le désert ensevelie la gloire… Vois du Nord au Midi l’univers désolé, la Perse encore sanglante et son trône ébranlé, L’Inde exclue et timide et l’Égypte abaissée… Sur ces débris du Monde élevons l’Arabie. » (Mahomet, Voltaire en 1736).

Que représente pour vous le site d’Al-Ula ?

Un site impressionnant et l’un des berceaux de la langue arabe.

C’est d’abord un lieu de mémoire exceptionnel, l’ancienne Hégra des Nabatéens, la moderne Madâin Sâlih, la Pétra d’Arabie. Inscrit depuis 2008 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, ce site naturel du Hedjaz égrène ses tombeaux rupestres le long de massifs de grès dispersés dans une vaste plaine alluviale sise au milieu du désert. Les Nabatéens se sont installés là au milieu du Ier siècle avant J.-C. quand, désireux de conserver leur rôle de premier plan dans le commerce caravanier de l’encens et des aromates dont les routes traversaient l’Arabie, ils sont descendus vers le sud depuis Pétra, leur capitale, en Jordanie. À Hégra, ils ont construit une vaste cité entourée d’un rempart au-delà duquel s’étendent les nécropoles où ils enterraient leurs morts et le quartier réservé à leurs confréries religieuses. Dans l’oasis, ils ont cultivé des céréales, toutes sortes d’arbres fruitiers, et même du coton.

C’est aussi l’un des berceaux de la langue arabe. Jusqu’à une date récente, les quelques textes arabes préislamiques connus, tous du VIe siècle, se trouvaient en Syrie, ce qui fit croire qu’il fallait y chercher le berceau de l’écriture arabe. Mais depuis une dizaine d’années des prospections de chercheurs saoudiens et de l’équipe des fouilles franco-saoudiennes de Hégra ont mis au jour des inscriptions nabatéo-arabes datées des IVe et Ve siècles, entre Madain Saleh et le Golfe d’Aqaba. Et, en 2014, l’équipe archéologique saoudo-française de Najran, pres du Yémen, a découvert 1 000 kilomètres plus au sud, aux alentours d’Hima, une inscription en nabatéo-arabe datée de l’an 469-470 apres J.-C., confirmant ainsi que l’évolution de l’écriture nabatéenne vers l’écriture arabe s’est faite dans la péninsule Arabique et non en Syrie. Les travaux de l’archéologue franco-libanaise Laila Nehmé, qui s’est brillamment illustrée par ses recherches sur les inscriptions nabatéennes, sur l’écriture nabatéenne et sa mutation en arabe, l’ont clairement montré.

Quelle sera à votre avis la place de Neom dans la géographie du futur ? Un Monte Carlo ou un Las Vegas du désert ?

Que je sache, dans ce pays rigoriste, les jeux de hasard restent interdits. Tout au plus pourrait-on envisager la belote qui grâce à une fatwa publiée en mars 2005 a été rendue licite pour que les Saoudiens cessent de vivre dans le péché. Car nombreux sont les nomades et les citadins qui y jouent régulièrement dans le désert ou dans les majlis. La plupart pensent que ce jeu est une invention arabe, en tout cas locale, mais il serait plutôt né en Alsace, inventé par un certain Belot ou venant de la déformation de « bel atout ». Peu importe ! Il y a là, à portée de main, une nouvelle possibilité de rapprochement entre la France et l’Arabie.

Je ne crois donc pas aux options de stupre touristique que vous évoquez, qui plus est sur la terre du Prophète. Il reste que le nom Neom est une association de neo (nouveau en grec) et M pour Mostaqbal (futur en arabe) et que, en plein cœur du désert, ce projet pharaonique annoncé par le prince Mohammed ben Salman pourrait avoir une superficie de 26 000 km2, soit la surface de la Bretagne ou « 250 fois la taille de Paris », et qu’il coûterait plus de 500 milliards de dollars. On y fournirait de l’internet haut débit sans fil et gratuit et un modèle complet d’e-gouvernement pour assurer la vie administrative et sociale de la ville, cette dernière devant en théorie engendrer le plus fort PIB par habitant au monde d’ici à 2030. L’hypothèse de la création d’une ville phare, vitrine mondiale de la technologie serait donc plus plausible que celle du lancement en fanfare d’un nouveau Monte Carlo, sous réserve que ce projet gigantesque demeure finançable...

Biographie de Jacques Bourgeois

Diplômé de l'École des hautes études commerciales et de l'Institut d'études politiques de Paris, Jacques Bourgeois commence sa carrière en 1977 au sein du Bureau d'information et de prévisions économiques (Bipe). Il rejoint ensuite le cabinet du ministre de la Défense en 1989 en qualité de conseiller économique. Entre 1991 et 1997, il est successivement directeur de région du groupe Thomson-CSF pour l'Europe centrale et l’ex-URSS puis délégué en Chine du même groupe. A son retour de Pékin, il est nommé conseiller économique au cabinet du ministre de l'Intérieur. En 2001, il est nommé directeur des activités de Thales en Arabie saoudite où il enchaîne les missions jusqu’en 2018, notamment en tant que directeur général de Thomson CSF, délégué général d’Airbus et président des Conseillers du Commerce extérieur de la France. En 2019, Jacques Bourgeois fonde Dauphin Consultants, société de conseil en développement dont il est le PDG.


Mettre fin à la guerre au Liban est la «question la plus importante» de l'accord avec Washington, selon la diplomatie iranienne

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
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  • Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien
  • "Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban"

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington.

"Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban", a déclaré le ministre lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.


Au G7, coup de projecteur sur l'Ukraine, éclipsée par l'Iran

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
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  • La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien
  • Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni

EVIAN: La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien face à Vladimir Poutine.

Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni.

Ils se retrouveront pour un déjeuner de travail consacré aux crises de cette région secouée par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. L'Egypte, les Emirats arabes unis et le Qatar - qui a contribué à la médiation ayant abouti à un accord entre Washington et Téhéran - y ont été conviés.

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump.

La dernière rencontre entre les deux dirigeants remonte à fin décembre dans la résidence du milliardaire américain à Mar-a-Lago, en Floride.

A défaut d'annoncer une réunion bilatérale, le président des Etats-Unis, accaparé ces derniers mois par le conflit avec l'Iran, a assuré lundi avoir eu "une très bonne conversation avec le président (Volodymyr) Zelensky et le président (russe Vladimir) Poutine" dimanche.

"Et je pense que nous pouvons peut-être faire quelque chose", a-t-il ajouté.

Il a en outre déploré les 25.000 morts par mois dans ce conflit, "majoritairement des soldats". "Cela ne devrait pas se produire", a-t-il réagi.

Après de nouvelles frappes meurtrières menées lundi par la Russie qui ont fait au moins 11 morts et incendié une cathédrale historique à Kiev, Volodymyr Zelensky a demandé "davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense aérienne de l'Ukraine".

Le président peut d'ores et déjà compter sur l'appui indéfectible des dirigeants européens et canadien, dont il verra certains en tête-à-tête.

Le Royaume-Uni va fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie, a ainsi annoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer en amont de la session de travail.

"Unité et détermination" 

Condamnant les "frappes barbares" de la Russie en Ukraine, Londres compte "monter d'un cran" en "étouffant les ressources qui alimentent la guerre de Poutine et en fournissant de l'énergie à l'Ukraine pour les hivers à venir", a déclaré Keir Starmer.

Avant même la tenue du sommet, une source gouvernementale italienne soulignait de son côté que l'Ukraine restait "un sujet sur lequel il y a la plus grande attention italienne".

Lundi, le président du conseil européen António Costa, également présent à Evian, a estimé que "l'unité et la détermination du G7 sont essentielles pour contribuer à mettre fin à cette guerre et parvenir à une paix juste et durable".

A cet égard, la participation du président Zelensky aux discussions au G7 est "particulièrement importante", a-t-il fait valoir.

De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué l'Ukraine qui "tient la ligne de front et regagne même partiellement du terrain".

Elle a en outre loué la capacité de Kiev de frapper des cibles stratégiques "au cœur même de la Russie".

Depuis le début du conflit en février 2022, l'Ukraine a opéré un virage stratégique en devenant un acteur majeur de l'industrie de défense, notamment via sa production de drones, mais continue d'avoir cruellement besoin du soutien occidental.

Selon les Européens, la Russie, sous pression des sanctions internationales, commence, elle, à montrer des signes de faiblesse.

"Nos sanctions frappent profondément", a estimé Ursula Von der Leyen.

Pour autant, Vladimir Poutine reste inflexible.

Lundi, le président ukrainien a fait savoir qu'il avait invité son homologue russe à venir au G7.

"La Russie a montré une fois de plus qu'elle n'est pas prête à parler", a-t-il dit, estimant qu'il fallait intensifier la pression sur le président jusqu'à ce qu'il mette fin à la guerre.


Olivier Cadic : « Les relations entre la France et l’Arabie saoudite n’ont jamais été aussi denses »

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Waleed Elkhereiji, a rencontré lundi à Riyad Olivier Cadic, président du groupe d'amitié parlementaire franco-saoudien du Sénat français. (X/@KSAmofaEN)
Le vice-ministre des Affaires étrangères, Waleed Elkhereiji, a rencontré lundi à Riyad Olivier Cadic, président du groupe d'amitié parlementaire franco-saoudien du Sénat français. (X/@KSAmofaEN)
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  • En visite à Riyad, le sénateur des Français établis hors de France souligne l’accélération des échanges entre Paris et le Royaume, les opportunités offertes par Vision 2030 et le rôle stabilisateur de l’Arabie saoudite dans la région
  • La transformation de l’Arabie saoudite ouvre de nouvelles opportunités pour les entreprises françaises, notamment dans l’intelligence artificielle, les infrastructures, les énergies renouvelables, la culture, le tourisme et l’économie numérique

RIYAD : Sénateur des Français établis hors de France depuis 2014, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées et président du groupe d’amitié interparlementaire France–Pays du Golfe, Olivier Cadic a effectué une nouvelle visite en Arabie saoudite à la tête d’une délégation parlementaire française composée notamment des sénateurs Nathalie Delattre et Rémy Pointereau. À l’issue de ses rencontres avec les autorités saoudiennes, il revient sur la transformation du Royaume, l’état des relations franco-saoudiennes et les perspectives de coopération entre les deux pays.

Pour Olivier Cadic, l’Arabie saoudite figure aujourd’hui parmi les pays qui se transforment le plus rapidement au monde. « Il s’agit de ma neuvième visite en Arabie saoudite en onze ans. Ce qui me frappe à chaque déplacement, c’est la rapidité de la transformation du pays », confie-t-il à Arab News en français.

Le sénateur souligne particulièrement les changements observés à Riyad, où les projets de développement se multiplient dans le cadre de la Vision 2030 portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Selon lui, cette stratégie de modernisation « insuffle un souffle de modernité accéléré » et traduit une volonté claire de diversification économique, d’innovation et d’ouverture sur le monde.

Au cours de sa visite, Olivier Cadic a insisté sur la solidité du partenariat franco-saoudien, qu’il qualifie d’exceptionnel.

« Les relations entre la France et l’Arabie saoudite sont excellentes et n’ont jamais été aussi denses », affirme-t-il. Selon le sénateur, cette proximité repose sur une confiance mutuelle et sur des convergences de vues concernant plusieurs dossiers régionaux majeurs.

Il rappelle également l’importance de la solidarité entre partenaires dans les moments difficiles. « J’ai souhaité rappeler que la France n’oublie pas les attaques dont l’Arabie saoudite a été victime. Dans les moments difficiles, les partenaires doivent pouvoir compter les uns sur les autres. »

Selon Olivier Cadic, Paris et Riyad partagent notamment leur soutien à une solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien, leur préoccupation face à la perspective d’une acquisition ou d’un usage d’une capacité nucléaire militaire par l’Iran, ainsi que leur volonté de voir le Liban retrouver sa pleine souveraineté et la Syrie renouer avec la stabilité.

« Plus largement, la France et l’Arabie saoudite défendent le multilatéralisme, le respect du droit international et de l’intégrité territoriale des États », souligne-t-il.

Sur le plan économique, le sénateur estime que les perspectives de cooperation entre la France et l’Arabie saoudite sont particulièrement prometteuses.

Les secteurs des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle, des énergies renouvelables, du tourisme, de la culture et de la formation figurent parmi les domaines les plus porteurs.

« La diversification de l’économie saoudienne crée de nombreuses opportunités pour les entreprises françaises, qui disposent d’un savoir-faire reconnu dans ces secteurs », explique-t-il.

Les mégaprojets lancés dans le cadre de Vision 2030 offrent également de nouvelles perspectives dans les infrastructures de transport, la gestion durable de l’eau, les énergies décarbonées, la santé et les technologies numériques.

Olivier Cadic met aussi en avant l’émergence de nouveaux axes de coopération à forte valeur ajoutée. « Les coopérations entre la France et l’Arabie saoudite s’étendent désormais à de nouveaux secteurs, notamment les industries culturelles et créatives, l’intelligence artificielle, mais aussi l’e-sport », observe-t-il.

Pour le sénateur, les projets liés à l’économie numérique et à la jeunesse illustrent parfaitement la capacité des deux pays à construire ensemble des partenariats innovants et tournés vers l’avenir.

Parmi les éléments les plus marquants de cette mission, Olivier Cadic évoque avant tout l’état d’esprit qu’il a observé auprès des responsables saoudiens et des jeunes générations.

« J’ai été particulièrement impressionné par la confiance qui anime les responsables saoudiens et la jeunesse du pays. On ressent une véritable volonté de construire l’avenir et de réussir la transformation engagée », confie-t-il.

Le sénateur souligne également la qualité de l’accueil qui lui a été réservé et salue « l’hospitalité saoudienne », ainsi que les efforts entrepris pour valoriser le patrimoine culturel du Royaume et développer son attractivité touristique.

Cette dynamique de coopération devrait continuer à se renforcer dans les années à venir. Selon Olivier Cadic, les échanges bilatéraux se sont considérablement intensifiés ces dernières années, comme en témoigne la multiplication des visites officielles entre les deux pays. Le sénateur rappelle notamment qu’une délégation saoudienne a été accueillie en France en 2025.

« Le rôle des groupes d’amitié parlementaires est précisément de nourrir ce dialogue dans la durée et de favoriser l’émergence de nouvelles coopérations, qu’elles soient économiques, culturelles ou institutionnelles », souligne-t-il.

Interrogé sur la situation actuelle dans le Golfe, Olivier Cadic estime que l’Arabie saoudite joue un rôle central dans une région confrontée à de nombreux défis sécuritaires et géopolitiques.

« Le Golfe évolue dans un environnement régional particulièrement complexe », note-t-il, faisant référence aux tensions liées au conflit israélo-iranien.

Dans ce contexte, il considère que le Royaume s’affirme comme un acteur stabilisateur, privilégiant les solutions diplomatiques et les initiatives favorisant la paix régionale. Son poids économique, politique et diplomatique en fait, selon lui, « un acteur incontournable de l’équilibre régional ».

Enfin, Olivier Cadic a tenu à adresser un message à la communauté française vivant et travaillant en Arabie saoudite.

« J’adresse un message de confiance à nos compatriotes établis en Arabie saoudite », déclare-t-il. « Ils participent pleinement au rapprochement entre nos deux pays et contribuent au rayonnement de la France. »

Le sénateur estime que les perspectives offertes par le Royaume sont considérables et que les relations franco-saoudiennes disposent encore d’un potentiel de développement exceptionnel.

« Plus que jamais, les Français présents dans le Royaume sont des passerelles entre nos deux nations et des acteurs précieux de cette coopération d’avenir », conclut-il.