Au procès du 13-Novembre, le parcours vers le jihad du commando du Bataclan

Le commissaire "209SI", qui témoigne le visage entièrement flouté en visioconférence, commence par Samy Amimour. A l'écran, est projeté son "CV" - né à Paris, en 1987 -, illustré d'une étonnante photo du "combattant de l'Etat islamique" posant allongé en T-shirt, un chaton dans les bras. (Photo, AFP)
Le commissaire "209SI", qui témoigne le visage entièrement flouté en visioconférence, commence par Samy Amimour. A l'écran, est projeté son "CV" - né à Paris, en 1987 -, illustré d'une étonnante photo du "combattant de l'Etat islamique" posant allongé en T-shirt, un chaton dans les bras. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 20 novembre 2021

Au procès du 13-Novembre, le parcours vers le jihad du commando du Bataclan

  • Pendant leurs quatre semaines de dépositions à la barre, les rescapés du massacre ont souvent prononcé les noms de Samy Amimour, Ismaël Mostefaï et Foued Mohamed Aggad
  • Les enquêteurs de la DGSI qui témoignent ce jour viennent eux résumer le «produit fini» d'une enquête «tout sauf linéaire» qui commence le lendemain de la tuerie

PARIS : Un "autodidacte" radicalisé sur Internet, un endoctriné express et un "fondamentaliste" fiché S. Au procès des attentats du 13 novembre 2015, la cour a étudié vendredi le parcours vers le jihad des membres du commando du Bataclan.

Pendant leurs quatre semaines de dépositions à la barre, les rescapés du massacre à l'arme de guerre qui a fait 90 morts dans la salle de concert ont souvent prononcé les noms de Samy Amimour, Ismaël Mostefaï et Foued Mohamed Aggad.

Les enquêteurs de la DGSI qui témoignent ce jour viennent eux résumer le "produit fini" d'une enquête "tout sauf linéaire" qui commence le lendemain - quand les corps des trois assaillants sont identifiés, et leurs proches placés en garde à vue.

Le commissaire "209SI", qui témoigne le visage entièrement flouté en visioconférence, commence par Samy Amimour. A l'écran, est projeté son "CV" - né à Paris, en 1987 -, illustré d'une étonnante photo du "combattant de l'Etat islamique" posant allongé en T-shirt, un chaton dans les bras.

"Un décalage" noté par sa sœur aînée, dit l'enquêteur. "Même alors qu'il est en Syrie, ils parlent de Louis de Funès et de Disney, et il lui envoie des photos de paysages et de chats".

Les auditions de ses proches ont permis de dresser le portrait d'un jeune homme "introverti", "toujours sur internet" où il découvre la religion, au lycée. Un cas "classique de la radicalisation 2.0", résume le commissaire.

Il passe un Bac L, devient chauffeur de bus pour la RATP. Il a environ 23 ans quand ses proches remarquent un changement de comportement : "il "met des gants pour serrer la main aux non-musulmans", "jette ses CD" ou "les bouteilles d'alcool de la maison".  

En 2012, poursuit "209SI", Samy Amimour vide progressivement ses comptes en banque et tente un premier départ vers "une terre de jihad". Il est arrêté à Djibouti. 

Le deuxième essai sera le bon - il rejoint la Syrie en 2013 malgré son contrôle judiciaire, et intègre une brigade de combattants francophones connue pour être particulièrement violente. Sur place, il "recrutera" sur internet sa future épouse, qui, à 17 ans, quitte la France pour le rejoindre.

«Pacte de sang»

Ismaël Mostefaï, né en 1985 en banlieue parisienne, passe la frontière franco-turque en même temps que Samy Amimour. Dès lors, tous deux "ne se quitteront plus", estiment les enquêteurs.

Contrairement à Samy Amimour "l'autodidacte", Ismaël Mostefai "baigne lui dans un environnement religieux assez fondamentaliste", explique le commissaire.

Son père dit aux enquêteurs n'avoir remarqué aucun signe de radicalité, "mais c'est à mettre en perspective": à la maison, les hommes et femmes dînaient dans des pièces séparées, note "209SI". "Gentil, calme, il pouvait se montrer violent sur les questions religieuses", dit notamment sa petite sœur, à qui il dictait ses tenues.

Fiché S dès 2009 pour son appartenance à la mouvance salafiste de Chartres, il parvient à se rendre en Syrie, un "secret orchestré par l'ensemble de sa famille", qui prétendra qu'il est à Dubaï et aidera sa femme à le rejoindre.

Sur place, probablement grâce à ses connaissances religieuses et sa maîtrise de l'arabe, il devient "chef" d'un groupe de combattants français. 

Comment ont-ils rencontré le troisième membre du commando, Foued Mohamed Aggad ? La constitution du "trio opérationnel" a probablement eu lieu courant 2014, et est actée par une vidéo de propagande qui sera rendue publique après les attentats, en janvier 2016. 

Tour à tour, les trois futurs assaillants, à visage découvert, décapitent des prisonniers. "Un pacte de sang", explique le commissaire. 

Né dans l'est de la France en 1992, Foued Mohamed Aggad s'est lui "assez vite" radicalisé, pointe une autre enquêtrice de la DGSI, témoignant aussi anonymement par visioconférence. 

Ses proches notent un changement de comportement "à l'été 2013", notamment au contact de Mourad Farès, recruteur de premier plan de candidats au jihad. 

Foued Mohamed Aggad part en Syrie en décembre 2013 avec neuf autres, dont son frère aîné Karim. Des dix membres du "groupe de Strasbourg", seul Foued Mohamed Aggad reste sur zone où il combat dans plusieurs bataillons. 

En contact avec sa famille du "jour de son arrivée" à son départ fin août 2015 pour l'Europe, il ne cache aucune de ses activités ni "son destin de mourir lors d'une opération kamikaze", relève l'enquêtrice "020SI". 

A sa mère, à laquelle il avait dit que s'il rentrait en France ce serait "pour faire un sale truc", il annonce, sept minutes avant l'assaut au Bataclan la nuit du 13 novembre 2015, qu'il va "bientôt rencontrer Allah".


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".


Le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris fait "chevalier" par Macron

Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a décoré Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, chevalier de l'Ordre national du mérite, saluant son parcours exemplaire d’intégration et sa contribution culturelle au VIe arrondissement
  • À plus de 70 ans, Ali Akbar continue de vendre des journaux et de partager son humour satirique dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, symbole vivant de la tradition de la presse à la criée

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a décoré mercredi des insignes de chevalier de l'Ordre national du mérite Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, un "magnifique exemple" d'intégration "qui rend notre pays plus fort et plus fier".

"Très ému", ce Pakistanais âgé de plus de 70 ans, arrivé en France quand il n'en avait que vingt, a expliqué avoir déjà en tête la fausse manchette de journal qu'il criera dans les prochains jours, lui qui aime clamer des titres parodiques: "ça y est, je suis chevalier! J'ai réussi!".

"Vous êtes l'accent du VIe arrondissement, la voix de la presse française", lui a dit le chef de l'État dans la salle des fêtes de l'Élysée, saluant cette figure incontournable du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où a longtemps vibré le Tout-Paris littéraire.

Il a souligné qu'après avoir affronté "la pauvreté, le travail imposé, les violences" dans son pays de naissance, "le sol français" lui avait donné "l'espoir d'une vie meilleure".

"C'est un magnifique exemple dans un moment où nous entendons si souvent les vents mauvais (...) il y a aussi beaucoup d'histoires comme Ali qui s'écrivent, de femmes et d'hommes qui ont fui la misère pour choisir un pays de liberté et qui y ont construit une vie qui rend notre pays plus fort et plus fier", a insisté le président.

- "Irrévérence tricolore" -

Dès ses débuts de crieur dans les années 1970, grâce à une rencontre avec le cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, Ali Akbar a jeté son dévolu sur le quartier de Sciences Po.

Là, il raconte avoir croisé de nombreux étudiants devenus depuis ministres ou députés. Voire président de la République, à l'instar d'Emmanuel Macron.

Svelte, le visage fin, avec ses journaux sous le bras - essentiellement Le Monde aujourd'hui -, il sillonne encore ces rues de la rive gauche de la capitale en déclamant des manchettes humoristiques. Une manière de parodier les événements politiques avec le sourire.

Le français est "devenu votre langue", "vous apprenez à jouer avec, faisant vôtre, par là, une forme d'irrévérence tricolore", lui a glissé le chef de l'État.

"Vous avez porté, si je puis dire, le monde à bout de bras et la France dans votre cœur", lui a-t-il encore affirmé, dans un clin d'œil au quotidien du soir.

Il y a cinquante ans, Paris comptait une quarantaine de vendeurs de journaux à la criée, postés à des endroits stratégiques comme les bouches de métro. Lui s'était démarqué en choisissant de déambuler puis, dans les années 1980, en commençant à inventer des titres parodiques... et racoleurs.

Il perçoit 1.000 euros de retraite par mois mais continue à travailler de 15H00 à 22H00. À l'heure du tout numérique, il écoule en moyenne une trentaine de journaux par jour, contre 150 à 200 à ses débuts.

Et maintenant? "Je vais rester, je vais continuer à vendre les journaux", confie Ali Akbar, et "amuser les gens avec mes blagues".


Macron reçoit mercredi les dirigeants du Danemark et du Groenland

A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois. (AFP)
A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois. (AFP)
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  • Des discussions à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, ont permis, selon le président américain, de déboucher sur un "cadre d'accord" sur le Groenland sans que les détails en soient révélés
  • En juin dernier, Emmanuel Macron s'était rendu à Nuuk, la capitale du Groenland, où l'ouverture d'un consulat français est prévue le 6 février

PARIS: Emmanuel Macron recevra mercredi midi la Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, et le Premier ministre du Groenland, Jens Frederik Nielsen, a annoncé l'Élysée mardi.

A l'occasion de ce "déjeuner de travail", le chef de l'État "réaffirmera la solidarité européenne et le soutien de la France à l'égard du Danemark et du Groenland, de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale".

Selon l'Élysée, les trois dirigeants échangeront "sur les enjeux de sécurité dans l'Arctique et sur le développement économique et social du Groenland que la France et l'Union européenne sont prêtes à accompagner".

Selon un communiqué du bureau de presse de la Première ministre danoise, les deux dirigeants se rendront ensuite pour un débat à Sciences-Po animé par Giuliano da Empoli, auteur du best-seller "Le Mage du Kremlin"

Dans un contexte diplomatique de tensions, du fait de la menace russe et des ambitions américaines pour le Groenland, Mette Frederiksen - qui a participé à un sommet sur la coopération énergétique et sécuritaire en Mer du Nord lundi à Hambourg - et Jens Frederik Nielsen seront à Berlin ce mardi avant de se rendre mercredi à Paris.

A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois.

Des discussions à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, ont permis, selon le président américain, de déboucher sur un "cadre d'accord" sur le Groenland sans que les détails en soient révélés.

Mme Frederiksen, qui a rencontré mardi à Berlin le chancelier allemand Friedrich Merz, a ensuite souligné sur la télévision allemande ARD que si le Danemark voulait une coopération militaire "accrue" avec les Américains, sa "souveraineté" était une "ligne rouge".

"Le Groenland a répété à plusieurs reprises qu'il ne voulait pas faire partie des États-Unis", a-t-elle déclaré, selon la traduction allemande, appelant les alliés transatlantiques à se concentrer sur "la défense de l'Europe contre la Russie".

Comme M. Merz, qui a de nouveau assuré le Danemark et le Groenland de la "solidarité" de l'Allemagne, selon une communication de ses services, la France se veut en pointe de la solidarité européenne avec Copenhague.

En juin dernier, Emmanuel Macron s'était rendu à Nuuk, la capitale du Groenland, où l'ouverture d'un consulat français est prévue le 6 février.