Crise en Guadeloupe: Lecornu provoque une polémique en évoquant plus d'autonomie

Le ministre français des Outre-mer Sébastien Lecornu, après une rencontre entre des élus guadeloupéens et le Premier ministre français à l'Hôtel de Matignon à Paris le 22 novembre 2021. (Photo, AFP)
Le ministre français des Outre-mer Sébastien Lecornu, après une rencontre entre des élus guadeloupéens et le Premier ministre français à l'Hôtel de Matignon à Paris le 22 novembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 27 novembre 2021

Crise en Guadeloupe: Lecornu provoque une polémique en évoquant plus d'autonomie

  • Sébastien Lecornu a expliqué que «la question de l'autonomie» a été posée, "en creux", par les élus locaux eux-mêmes lors des discussions avec le gouvernement pour tenter de trouver une porte de sortie à la mobilisation
  • Ses propos ont provoqué une volée immédiate de critiques à droite et au RN

PARIS : En pleine crise sociale aux Antilles, le gouvernement ouvre un débat sur la question institutionnelle d'une plus grande autonomie de la Guadeloupe, et se voit immédiatement accusé de lâchage, ou de recul face aux manifestants, par l'opposition de droite.

Dans une allocution télévisée vendredi soir, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a expliqué que "la question de l'autonomie" a été posée, "en creux", par les élus locaux eux-mêmes lors des discussions avec le gouvernement pour tenter de trouver une porte de sortie à la mobilisation, aux revendications multiples et émaillée de violences. 

"D’après eux, la Guadeloupe pourrait mieux se gérer elle-même", et "ils souhaitent moins d’égalité avec l’Hexagone, plus de liberté de décision par les élus locaux", a rapporté le ministre, assurant que "le gouvernement est prêt à en parler (...), du moment que ces débats servent à résoudre les vrais problèmes" des Guadeloupéens.

Ses propos ont provoqué une volée immédiate de critiques à droite et au RN.

Le candidat à l'investiture des Républicains pour la présidentielle Xavier Bertrand a fustigé cette proposition de "moins d’État". Ce qui est "en jeu, c’est l’unité de la Nation", a mis en garde son concurrent LR Michel Barnier, tandis que pour Éric Ciotti, également dans la course à l'investiture, "avec Macron, la République cède et recule face à la violence".

La candidate du RN Marine Le Pen a, elle, accusé le gouvernement d'être "prêt à lâcher la Guadeloupe" pour "essayer d’acheter les indépendantistes radicaux".

D'autres estiment qu'il se trompe de terrain en avançant une réponse institutionnelle à une crise profondément sociale.

Cela "crée de la confusion" et "ne règle pas les problèmes" sociaux, a ainsi estimé Yves Jégo (Agir), ex-secrétaire d’État à l'Outre-mer, sur LCI samedi, exhortant plutôt à "un new deal économique" aux Antilles.

"Répondre à la crise par des annonces de tarmac (lors de visites ministérielles, NDLR) qui coûtent des millions et qui ne résolvent rien n’est pas la solution", fait au contraire valoir une source gouvernementale auprès de l'AFP, en citant "les précédents" des crises de 2009 aux Antilles et 2017 en Guyane.

État «solidaire»

Gouvernement et majorité réfutent toute velléité d'"abandon" de l'archipel.

Il s'agit de "construire une réponse adaptée à chacun", car "chaque territoire ultra-marin est singulier", a expliqué dans un tweet samedi la présidente LREM de la commission des Lois de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, en disant "stop aux caricatures".

Victorin Lurel, sénateur socialiste de Guadeloupe et ex-président du conseil régional, n'avait d'ailleurs pas hésité mercredi au Sénat à réclamer "une réponse politique", pas seulement "matérielle et financière".

"La question de confiance devra être tôt ou tard posée aux élites et au peuple guadeloupéens, celle du vouloir vivre ensemble: voulez-vous, oui ou non, rester dans l'ensemble français. Il faudra bien faire tomber les masques", avait-il lâché.

Les propos de Sébastien Lecornu posent la question du degré d'autonomie.

Il a bien pris soin de ne citer que la Guadeloupe, à la fois département et région d'Outre-mer, deux institutions qui se superposent, ce qui peut complexifier les relations avec Paris, et non la Martinique, collectivité territoriale unique depuis le 1er janvier 2016.

Selon la source gouvernementale, le gouvernement a en tête le statut de la Polynésie française, à la large autonomie conformément à l'article 74 de la Constitution, notamment en matière de gestion sanitaire, protection sociale et développement économique, le tout en s'appuyant sur un financement local.

La Polynésie dispose d'une Assemblée: Elle vote des lois et élit un président qui compose son gouvernement.

Si les missions de l’État y sont limitées au champ régalien (défense, sécurité, justice, monnaie), un tel modèle n'empêche pas que celui-ci "reste solidaire", souligne la source gouvernementale, notamment en cas de crise.

Pour le gouvernement, ouvrir ce débat pourrait permettre de placer les élus guadeloupéens face à leurs responsabilités.

"C’est aussi aux élus locaux d’aller au bout des débats qu’ils peuvent initier sur des questions comme l’autonomie", a insisté le ministre délégué chargé des Comptes publics Olivier Dussopt samedi sur LCI, en niant toute tentative de gagner du temps face aux manifestants.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.