En Calabre, quand le procureur antimafia ouvre sa porte

Le procureur anti-mafia italien Nicola Gratteri (C) arrive dans une salle d'audience spéciale le 13 janvier 2021 pour l'ouverture du maxi-procès "Rinascita-Scott" dans lequel plus de 350 membres présumés du groupe mafieux "Ndrangheta" de Calabre et leurs associés vont en procès à Lamezia Terme, en Calabre. Gianluca CHINEA / AFP
Le procureur anti-mafia italien Nicola Gratteri (C) arrive dans une salle d'audience spéciale le 13 janvier 2021 pour l'ouverture du maxi-procès "Rinascita-Scott" dans lequel plus de 350 membres présumés du groupe mafieux "Ndrangheta" de Calabre et leurs associés vont en procès à Lamezia Terme, en Calabre. Gianluca CHINEA / AFP
Short Url
Publié le Dimanche 28 novembre 2021

En Calabre, quand le procureur antimafia ouvre sa porte

  • «Toutes les personnes brimées, objets d'humiliations et de menaces, laissées pour compte viennent me parler», confie Nicola Gratteri
  • Pendant des décennies, l'influence grandissante de la 'Ndrangheta, qui bénéficie de liens étroits avec les milieux d'affaires et politiques, a été sous-estimée par l'Etat italien

CATANZARO, Italie: Une fois par semaine, le procureur antimafia le plus connu d'Italie, Nicola Gratteri, reçoit dans son bureau des victimes de la mafia pour écouter leurs doléances.

En Calabre, la pointe de la Botte italienne qui abrite la très redoutée 'Ndrangheta, la plus puissante mafia italienne, la population locale doit faire face à des menaces, des intimidations, des extorsions, des pratiques d'usure et des meurtres.

Ceux qui attendent patiemment leur tour au parquet de Catanzaro pour passer dix minutes avec Nicola Gratteri sont des Calabrais qui jusqu'à récemment considéraient l'État central comme "très éloigné" de leurs problèmes, explique le procureur dans un entretien.

"Toutes les personnes brimées, objets d'humiliations et de menaces, laissées pour compte viennent me parler", confie Nicola Gratteri, qui vit sous protection policière depuis plus de 30 ans.

"Elles pleurent, elles se désespèrent... Elles sont émues de parler avec le procureur, elles prennent courage en voyant que nous travaillons sérieusement".

Pendant des décennies, l'influence grandissante de la 'Ndrangheta, qui bénéficie de liens étroits avec les milieux d'affaires et politiques, a été sous-estimée par l'Etat italien, trop faible, inefficace ou corrompu pour s'attaquer à ce groupe tentaculaire, spécialisée dans le trafic de drogue, dont les ramifications s'étendent dans le monde entier.

Depuis sa nomination en 2016 au parquet de Catanzaro, où il est responsable des procédures antimafia sur les trois quarts du territoire calabrais, M. Gratteri a été salué comme le dernier espoir de cette région déshéritée, mais aussi critiqué pour son zèle et son amour de l'attention médiatique.

Son objectif: gagner la confiance de la population en réussissant à faire condamner des membres de la 'Ndrangheta.

Dernier exemple en date: le "maxi-procès" contre 355 membres ou collaborateurs présumés de la mafia, qui se tient dans la ville voisine de Lamezia Terme, le plus grand de ce genre depuis la fin des années 80.

- Infiltration mafieuse -

Même si ce procès en première instance est loin d'être terminé, le parquet a obtenu une première victoire ce mois-ci en condamnant 70 membres de la 'Ndrangheta ou de personnes ayant des liens avec elle, sur les 91 qui avaient opté pour une procédure accélérée. Certains hauts responsables ont été condamnés à 20 ans de prison.

Exceptionnellement, 58 membres de l'organisation ont accepté de témoigner pour le parquet.

Car les repentis acceptant de témoigner contre la 'Ndrangheta sont généralement rares, d'où l'importance des entretiens de M. Gratteri avec la population locale, qui a pu se sentir abandonnée par le gouvernement de Rome.

Ici, les chantiers publics sont souvent interrompus en cours de route, le système de santé est au bord de l'effondrement et le taux de chômage est l'un des plus élevés d'Europe, contraignant les jeunes à émigrer dans le nord ou à l'étranger.

Depuis 1991, 110 conseils municipaux calabrais ont été dissous pour infiltration mafieuse. Celui de Lamezia Terme, la troisième ville de la région, a été dissous à trois reprises, la dernière fois en 2017.

Au cours des dernières décennies, la 'Ndrangheta a pu se développer tranquillement en raison de l'attention concentrée sur Cosa Nostra, la mafia sicilienne, après l'assassinat des juges Giovanni Falcone and Paolo Borsellino près de Palerme en 1992.

Selon les experts, la 'Ndrangheta est désormais présente dans tous les secteurs d'activité de l'économie calabraise: du BTP aux hôpitaux en passant par l'agriculture, l'hôtellerie, les pompes funèbres et les finances.

Nicola Gratteri évalue à 9% la part du PIB calabrais monopolisée par la mafia. La 'Ndrangheta, qui a fait fortune grâce à l'importation de cocaïne en Europe, a un chiffre d'affaires annuel de plusieurs dizaines de milliards d'euros.

Face à ce géant, la justice a plus que jamais besoin de la coopération de la population, qui selon M. Gratteri est plus disposée à collaborer depuis le lancement du maxi-procès.

"Aujourd'hui, les gens parlent davantage parce qu'ils nous font davantage confiance. Ils voient les résultats et cela les encourage, ils nous considèrent comme crédibles", estime-t-il. "Les gens n'arrivent pas imaginer que quelqu'un puisse s'occuper de leurs problèmes. Et moi ça me plaît de m'occuper de leurs problèmes".

En Calabre, la difficile cohabitation au quotidien avec la mafia

Il y a deux ans, des milliers de personnes à Vibo Valentia, en Calabre, sont descendues dans la rue le matin de Noël pour célébrer l'arrestation par la police de centaines de membres présumés de la mafia.

Pour ceux qui vivent dans l'ombre de la 'Ndrangheta, la mafia calabraise, c'était la première fois que les habitants osaient dénoncer publiquement le plus puissant syndicat du crime organisé d'Italie qui, depuis des décennies, a infiltré les institutions de la région méridionale, étouffé son économie et terrorisé sa population.

Contrairement aux cas précédents, où les proches des membres de la 'Ndrangheta saisis se sont présentés dans les commissariats pour contester les autorités et soutenir les personnes arrêtées, cette fois-ci, les applaudissements étaient destinés à la police.

"Les applaudissements étaient incessants, j'en avais des frissons", se souvient Giuseppe Borrello, représentant local de l'association anti-mafia Libera. "D'un point de vue symbolique, c'était important".

Deux ans plus tard, des questions restent en suspens car 355 personnes arrêtées sont accusées d'une longue liste de crimes, allant de l'extorsion et de l'usure au blanchiment d'argent et au meurtre, dans le cadre d'un maxi-procès en cours.

Une fusillade survenue le mois dernier a ravivé les craintes que la période de calme relatif qui a suivi les arrestations touche à sa fin dans cette ville de 31.000 âmes.

- «Allez voir le patron» -

Fin 2017, le restaurateur Filippo La Scala a reçu deux appels téléphoniques anonymes, lui ordonnant d'"apporter de l'argent aux amis de Vibo".

Après le jet d'un cocktail Molotov sur la terrasse du restaurant, il s'est rendu à la police.

"C'était un moment difficile", a déclaré M. La Scala à l'AFP. "Ces choses-là vous stressent vraiment".

Partie civile au procès en cours, il se sent "très confiant" dans le nouvel engagement des autorités à affronter la 'Ndrangheta après des décennies d'inertie institutionnelle, d'inefficacité et de corruption.

Le chef des carabiniers de la province de Vibo, le colonel Bruno Capece, prévient cependant que beaucoup reste à faire.

"Avant, pratiquement toutes les nuits, nous recevions des informations sur des voitures brûlées, des portails sur lesquels on tirait ou qu'on endommageait", a déclaré l'officier.

Le dernier meurtre à Vibo remonte à avril 2020 et son auteur a été rapidement retrouvé. De même, la police a résolu en 48 heures la dizaine de tentatives de meurtre depuis les arrestations de décembre 2019, a-t-il précisé.

La collaboration étroite entre la police et les procureurs est un nouveau signe de crédibilité pour l'Etat, dans un territoire où les habitants ont longtemps été habitués à des dénonciations qui ne mènent à rien et à des procès qui traînent en longueur ou se terminent par des acquittements, souvent grâce à la collusion entre la 'Ndrangheta et les personnes au pouvoir, dit M. Capece.

Jusqu'à relativement récemment, "seuls les clans mafieux régnaient ici, et la réponse de l'État était pratiquement inexistante", estime le procureur général de Vibo, Camillo Falvo.

La confiance dans les autorités se gagne par les résultats, selon le magistrat, et jusqu'à présent, la faiblesse de l'État a joué directement en faveur de la 'Ndrangheta.

"Si vous déposez une plainte au civil et qu'elle n'aboutit jamais... la deuxième fois que vous avez un problème, vous allez voir le boss mafieux local et lui dites : +Écoutez, ce type me doit de l'argent+".

- L'effondrement total -

Site de l'ancienne colonie grecque d'Hipponion, Vibo Valentia possède encore un château du XIIème siècle, sur une colline où les chèvres paissent le soir, offrant une vue spectaculaire sur le volcan Stromboli.

Mais si l'on descend dans la ville, marquée par des façades de magasins abandonnés et des structures en béton à moitié terminées, il n'y a pas grand-chose qui mérite un détour.

Quelque 47% des jeunes sont sans emploi dans la province, soit le cinquième taux le plus élevé d'Italie.

"Vibo est une ville triste, délabrée, qui enlaidit les gens et ne les incite pas à donner le meilleur d'eux-mêmes". Voilà comment le blogueur Argentino Serraino, 25 ans, décrit sa ville natale.

Des décennies d'ingérence de la 'Ndrangheta ont contribué au déclin économique de Vibo, par le biais de fonds publics détournés, d'entreprises qui ferment plutôt que de payer l'argent de la protection, ou d'entrepreneurs qui se voient refuser des marchés publics en raison d'appels d'offres truqués.

Le phénomène se répète dans toute la Calabre.

Et malgré le quasi-monopole de la 'Ndrangheta sur le commerce de la cocaïne en Europe et les milliards blanchis grâce à des investissements dans l'économie légale à travers l'Europe, la 'Ndrangheta continue à étrangler l'économie locale.

- «Ils ont ruiné ma vie» -

Les habitants de Vibo ne sont pas tous convaincus que l'État les protège.

L'acte d'accusation du maxi-procès mentionne un commerçant de Vibo comme étant à la fois victime et complice de la 'Ndrangheta, soulignant la zone grise obscure que l'on rencontre souvent en territoire mafieux.

"Ils ont ruiné ma vie", a déclaré Rocco Tavella, évoquant la justice qui l'a gardé derrière les barreaux pendant cinq jours après le coup de filet de 2019.

M. Tavella a, selon les procureurs, subi des pressions pour vendre des vêtements à un prix inférieur au prix coûtant à des membres de la mafia. Lui nie avoir été un intermédiaire dans un épisode de prêt d'argent en 2011, comme l'a affirmé l'un des nombreux informateurs devenus témoins de l'État dans le procès.

"Nous verrons combien de personnes seront acquittées", a-t-il déclaré, sceptique.

Une femme, Paola, qui n'a pas voulu donner son nom de famille, a déclaré que les habitants de Vibo sont paranoïaques, étant donné les liens familiaux et sociaux étroits avec l'accusé.

"Vous ne pouvez pas enfermer quelqu'un pour avoir simplement entendu quelque chose, ou avoir été vu avec quelqu'un", a-t-elle déclaré, accusant les procureurs d'excès de zèle en ne limitant pas les arrestations aux grands boss mafieux.

- Rien à voir ici -

La lutte contre la 'Ndrangheta est rendue encore plus difficile par le manque de ressources, selon le procureur Falvo.

Peu de procureurs chevronnés souhaitent venir dans la région et les procès sont donc menés par de jeunes magistrats inexpérimentés.

"Comment pouvons-nous mener une guerre contre la mafia à mains nues ?", se demande-t-il.

Et la violence ne s'arrête pas à Vibo. Le mois dernier, le fils d'un chef mafieux est soupçonné d'avoir tiré sur un accusé dans ce procès.

Des images vidéo de sécurité ont montré des voitures passant devant l'homme blessé, et aucun témoin - pas même la victime - n'est venu dénoncer le crime.

"C'est comme si nous étions revenus trois ans en arrière, que tout notre travail était parti en fumée", se désole le colonel Capece.

Le propriétaire du restaurant La Scala a raconté que lorsqu'il avait été menacé, il s'était demandé s'il devait quitter Vibo.

"La Calabre est un si bel endroit, et Vibo en est le plus beau parmi tous... Si seulement elle n'était pas ternie par ce cancer de la 'Ndrangheta", a-t-il dit.

Dauphin mort et pots-de-vin au maxi-procès antimafia en Calabre

Un dauphin mort sur un paillasson, des fenêtres détruites à coups de masse, des armes stockées dans des monuments funéraires, des pots-de-vin versés à des juges en échanges d'acquittements... et des certificats médicaux de complaisance pour éviter la prison à des assassins condamnés.

Tous ces épisodes proviennent des histoires racontées depuis janvier par des dizaines de membres de la 'Ndrangheta, la redoutée mafia calabraise, qui ont accepté de témoigner à charge au maxi-procès anti-mafia organisé en Calabre, une région pauvre à la pointe de la Botte italienne.

Ce procès, le plus important du genre depuis la fin des années 80, couvre des délits aussi divers que du trafic de drogue, des achats de votes et des meurtres.

"Ils les ont attendus sur la  place Morelli, les ont invités à manger de la ricotta à la ferme (...) et ils les ont tués, brûlés et dissous", a raconté en mai un repenti, Andrea Mantella, rappelant comment un boss avait tué deux frères par vengeance en 1988.

La 'Ndrangheta, la mafia la plus puissante de la péninsule, est au centre de ce maxi-procès de 355 accusés organisé sur sa terre d'origine à Lamezia Terme, la troisième ville de Calabre.

La 'Ndrangheta domine le marché européen de la cocaïne, mais a aussi infiltré la plupart des secteurs de l'économie légale, avec l'aide de membres des milieux d'affaires et politiques.

Les témoignages déposés par 58 repentis ont révélé la brutalité de l'organisation mais aussi son influence insidieuse à tous les niveaux de la société.

- Luigi «le Suprême» -

Le procès se concentre sur une seule province de Calabre, celle de Vibo Valentia, où les clans familiaux sont dominés par Luigi Mancuso, un homme de 67 ans surnommé "le Suprême", de retour devant la justice après avoir purgé jusqu'en 2012 une peine de 19 ans de prison.

"Sans le feu vert de Luigi Mancuso, impossible d'ouvrir la moindre activité", a témoigné en mars son neveu, Emanuele Mancuso.

Les accusés à ce procès hors normes sont aussi bien des boss présumés que leurs collaborateurs. L'imbrication de la 'Ndrangheta dans l'économie locale rend son éradication quasiment impossible.

Devant le tribunal, des témoins ont raconté comment des ambulances étaient utilisées pour le trafic de drogue, de l'eau publique détournée pour alimenter les cultures de marijuana, et des migrants morts noyés et enterrés sans cercueils à l'issue d'un appel d'offres public truqué.

Illustrant la proximité de la très riche 'Ndrangheta avec les puissants, un de ses hauts gradés, Andrea Mantella, a expliqué comment un pot-de-vin de 70.000 euros avait suffi pour qu'il soit transféré d'une prison classique à un hôpital.

Mantella et un autre témoin ont aussi révélé que la 'Ndrangheta avait payé 50.000 euros à un ancien sénateur et avocat, Giancarlo Pittelli, pour truquer un procès.

Sur le banc des accusés figurent aussi des policiers, des greffiers, des maires, et même un vétérinaire accusé d'avoir aidé à vendre du bétail volé.

Pour le journaliste calabrais Consolato Minniti, ce procès est "le premier à aller vraiment au-delà de la 'Ndrangheta militaire". "Jusqu'ici, les juges s'étaient concentrés sur ceux qui tirent, la partie la plus violente" de l'organisation, a-t-il expliqué à l'AFP.

- «Pilier en ciment» -

Les liens entre la mafia et la société civile ne sont pas une nouveauté: ces 30 dernières années, 110 conseils municipaux ont été dissous pour infiltration mafieuse, jusqu'à trois fois pour certains d'entre eux, dont celui de Lamezia Terme où se tient le procès.

La ville natale du clan Mancuso, Limbadi, a été la première à voir son conseil municipal dissous en 1983, lorsqu'un boss en fuite, Francesco Mancuso, avait été élu maire.

La 'Ndrangheta n'hésite pas non plus à se salir les mains quand c'est nécessaire et utilise différentes tactiques pour extorquer de l'argent en échange de sa "protection", contraindre des propriétaires à vendre leurs biens en dessous du prix du marché, forcer quelqu'un à se fournir auprès d'entreprises "amies" ou recouvrer des prêts à taux usuraires pouvant dépasser les 200%.

Les méthodes d'intimidation sont variées: chiots, dauphins morts ou têtes de chèvre laissés sur un pas de porte, menaces téléphoniques, passages à tabac, voitures incendiées, cocktails Molotov et coups de feu.

Le maxi-procès doit aussi se prononcer sur cinq meurtres présumés, dont celui d'un membre de la 'Ndrangheta assassiné en 2002 en raison de son homosexualité. Il avait été enterré à un endroit ensuite recouvert d'asphalte, a raconté Andrea Mantella.

Une écoute téléphonique a permis de reconstituer le dialogue tenu en mai 2017 entre un mafieux et le frère d'une femme qui avait perdu pour 7.000 euros de marijuana après une saisie de la police. "Il faut essayer de récupérer cet argent ou bien tu retrouveras ta sœur dans le ciment, parce que ces gens-là ne plaisantent pas".


Au Japon, le sort du macaque Punch attire les foules et relance le débat sur les zoos

Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
Short Url
  • Punch, un bébé macaque au Japon, est devenu une star des réseaux sociaux après avoir été vu cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan, attirant des milliers de visiteurs au zoo d’Ichikawa
  • L’histoire met en lumière la captivité animale, suscitant des réactions en ligne, dont un message de l’Ambassade de Cuba en France établissant un parallèle avec d’autres crises humanitaires

TOKYO: Le bébé macaque Punch, devenu une vedette des réseaux sociaux au Japon, relance le débat sur la captivité animale dans les zoos, tandis que son histoire a également suscité des réactions au-delà du cadre animalier.

Au Zoo d'Ichikawa, près de Tokyo, Punch, un bébé macaque abandonné par sa mère, est devenu une célébrité après la diffusion d’images le montrant harcelé par d’autres singes et cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan. Rejeté à sa naissance en juillet, il a d’abord été élevé par des soigneurs humains avant d’entamer récemment son apprentissage pour rejoindre ses congénères.

Les images du petit primate enlacé à son jouet ont suscité une vague d’émotion en ligne, donnant naissance au hashtag #HangInTherePunch et attirant des milliers de visiteurs. Durant un long week-end férié, plus de 5.000 personnes se sont rendues lundi au zoo pour tenter d’apercevoir l’animal, selon l’établissement, qui a indiqué avoir mis en place une zone d’accès restreinte autour d’une partie de l’enclos afin de limiter le stress.

Pour l’association PETA (Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux), le cas de Punch illustre « la cruauté des zoos ».

« Les zoos ne sont pas des sanctuaires : ce sont des lieux où les animaux sont confinés, privés d’autonomie et de leur environnement familier et social qu’ils auraient eu à l’état sauvage », a déclaré l'association PETA.

L’émotion suscitée par le bébé macaque a également eu des retombées commerciales. Le géant suédois IKEA, fabricant de la peluche orang-outan à laquelle s’accroche Punch, a constaté un intérêt « sans précédent » pour le produit. Le groupe Ingka, qui contrôle la majorité des magasins IKEA, a indiqué que les ventes étaient « nettement » supérieures à la normale et que la peluche était en rupture de stock sur certains marchés, notamment au Japon et aux États-Unis.

Réactions sur les réseaux sociaux

L’histoire de Punch a également suscité des commentaires au-delà du cadre animalier. Le 24 février, l’Ambassade de Cuba en France a publié un message sur X, établissant un parallèle avec la situation à Gaza et dénonçant « l’empathie sélective ».

Ce message s’inscrit dans une série de réactions en ligne comparant l’émotion suscitée par le sort du jeune macaque à celle provoquée par d’autres crises humanitaires, notamment à Gaza, illustrant la portée internationale qu’a prise l’histoire de Punch sur les réseaux sociaux.


A Genève, de nouveaux pourparlers entre Iran et Etats-Unis

 L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
Short Url
  • Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios
  • Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires"

GENEVE: L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien.

Mais quelques heures avant l'ouverture de ces discussions à Genève, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a fait part d'"un gros problème", accusant Téhéran de refuser de parler de son programme de missiles balistiques - un dossier que souhaite aborder Washington comme la question du nucléaire.

Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios.

Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires".

L'Iran a "développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et cherche à en concevoir des plus puissants encore, capables "d'atteindre bientôt les Etats-Unis", a-t-il assuré.

"Gros mensonges", a répondu le ministère iranien des Affaires étrangères, alors que l'Iran affirme avoir limité la portée de ses missiles à 2.000 km.

Il dispose d'un large arsenal d'engins conçus localement, notamment des Shahab-3, qui peuvent atteindre Israël, son ennemi juré, et quelques pays d'Europe orientale.

"Opportunité historique" 

Le sujet est au cœur de la discorde entre les deux pays ennemis: Washington veut inclure le programme de missiles balistiques dans les discussions, mais aussi la question du soutien de Téhéran à des groupes armés hostiles à Israël, ce que l'Iran refuse.

La République islamique souhaite en effet limiter les négociations au volet nucléaire et exige la levée des sanctions qui étranglent son économie.

"Le président souhaite des solutions diplomatiques. Il les préfère, il les préfère largement. Je ne qualifierais donc pas la journée de demain (jeudi) autrement que comme une série de discussions, qui, je l'espère, seront productives, mais au final, vous savez, nous devrons discuter d'autres sujets que le seul programme nucléaire", a déclaré Marco Rubio lors d'une conférence de presse à Saint-Kitts-et-Nevis.

Malgré ces divergences, l'Iran assure qu'un accord est "à portée de main", selon le chef de la diplomatie Abbas Araghchi, qui mène la délégation aux négociations, invoquant une "opportunité historique".

Le président Massoud Pezeshkian a pour sa part évoqué une "perspective favorable", disant espérer sortir de "cette situation +ni guerre ni paix"+.

Mais "le succès de ces négociations dépend du sérieux de l'autre partie et de sa capacité à éviter les comportements et les positions contradictoires", a souligné M. Araghchi dans un communiqué tôt jeudi.

Les Etats-Unis sont représentés par l'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain, Jared Kushner, qui en parallèle doivent mener des pourparlers avec l'Ukraine, également à genève jeudi.

L'Iran et les Etats-Unis ont repris le dialogue début février à Oman, pays médiateur, puis se sont retrouvées une première fois en Suisse le 17.

"Appréhension" régionale 

Un précédent cycle de négociations avait été stoppé net au printemps 2025 par la guerre déclenchée par Israël contre l'Iran.

Washington avait à cette occasion frappé des sites nucléaires en Iran et Donald Trump avait assuré avoir "anéanti" son programme nucléaire, même si l'étendue exacte des dégâts n'est pas connue.

Les Occidentaux et Israël craignent que l'Iran ne cherche à se doter de la bombe atomique, tandis que Téhéran met en avant son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

Les nouvelles tensions entre Washington et Téhéran sont apparues après la répression dans le sang en janvier d'un vaste mouvement de contestation en Iran.

Donald Trump avait alors promis de venir "en aide" au peuple iranien.

"On a vu en janvier un grand effort d'un certain nombre d'Etats au Moyen-Orient pour convaincre les Etats-Unis" de ne pas frapper l'Iran, relève Emile Hokayem, de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), établi à Londres.

"Mais il y a beaucoup d'appréhension à l'heure actuelle car on s'attend à ce que ce soit (une guerre) plus importante" qu'en juin 2025 avec "des Iraniens qui se battront davantage", poursuit-il.

Tayebeh, femme au foyer de Téhéran âgée de 60 ans a dit s'inquiéter des conséquences d'une offensive américaine, mais aussi vouloir sortir de l'incertitude.

"Trump a déclaré que la guerre serait très mauvaise pour l'Iran (...) La population souffrirait énormément", a-t-elle dit à l'AFP sous couvert d'anonymat. "Les gens souffrent déjà aujourd'hui, mais au moins, avec la guerre, notre sort serait clair."


Trump accuse l'Iran de développer des missiles pouvant «atteindre bientôt les Etats-Unis»

Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran. (AFP)
Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran. (AFP)
Short Url
  • L'Iran a "déjà développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis"
  • "Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l'avenir de reconstituer leur programme d'armement, en particulier les armes nucléaires

WASHINGTON: Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran.

L'Iran a "déjà développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis", a déclaré le président américain, qui a massé une imposante armada militaire dans la région du Golfe.

"Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l'avenir de reconstituer leur programme d'armement, en particulier les armes nucléaires. Pourtant, ils continuent et (...) poursuivent à l'heure actuelle leurs sinistres ambitions nucléaires", a-t-il ajouté.

"Ma préférence va à une résolution de ce problème par la diplomatie, mais une chose est sûre: je ne permettrai jamais au principal soutien mondial du terrorisme (...) de se doter d'une arme nucléaire", a affirmé Donald Trump lors de son "discours sur l'état de l'Union".

"Nous sommes en négociations avec eux. Ils veulent conclure un accord, mais nous n'avons pas encore entendu ces mots clés: +Nous n'aurons jamais l'arme nucléaire+", a encore dit M. Trump.

Téhéran se défend de telles ambitions militaires, mais insiste sur son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

L'Iran a averti lundi que toute attaque américaine, y compris une "frappe limitée", le pousserait à riposter "avec force", après que le président américain a évoqué une telle option en cas d'échec des pourparlers avec Téhéran.

"Nos missiles ne peuvent pas atteindre le sol américain. Nous devons donc manifestement trouver une autre solution (...) et frapper la base américaine dans la région", a affirmé le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, sans préciser laquelle.

D'après un rapport parlementaire américain daté de 2025, l'arsenal iranien peut atteindre des cibles allant jusqu'à 3.000 kilomètres, soit loin du territoire des Etats-Unis.

Mardi, le ministre iranien a cependant indiqué qu'un accord avec les Etats-Unis était "à portée de main", à l'avant-veille d'une nouvelle session de pourparlers entre les deux pays prévu jeudi à Genève.

La Chine absente 

Dans son discours, le dirigeant républicain ne s'est guère attardé sur la politique étrangère.

Outre l'Iran, il a évoqué l'opération militaire ayant permis le 3 janvier de capturer le président du Venezuela, Nicolas Maduro, et salué dans ce pays "un nouvel ami et partenaire" des Etats-Unis.

Il s'est aussi vanté d'avoir restauré "la domination" américaine en Amérique latine, et a répété avoir "mis fin à huit guerres", ce que les observateurs jugent pour le moins exagéré.

Alors que la guerre en Ukraine est entrée mardi dans sa cinquième année, M. Trump n'y a fait qu'une courte allusion, tout en saluant la décision de l'Otan de consacrer 5% du produit intérieur brut à la défense.

En revanche, le président américain n'a pas dit un mot de la Chine, malgré le fait que les Etats-Unis considèrent Pékin comme leur principal rival.