Trafic migratoire dans la Manche: les Européens veulent «améliorer la coopération» avec Londres

 Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a appelé à une lutte commune «contre les passeurs qui se jouent de nos frontières», en ouvrant dimanche à Calais une réunion européenne contre le trafic migratoire dans la Manche. (Photo, AFP)
 Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a appelé à une lutte commune «contre les passeurs qui se jouent de nos frontières», en ouvrant dimanche à Calais une réunion européenne contre le trafic migratoire dans la Manche. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 29 novembre 2021

Trafic migratoire dans la Manche: les Européens veulent «améliorer la coopération» avec Londres

 Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a appelé à une lutte commune «contre les passeurs qui se jouent de nos frontières», en ouvrant dimanche à Calais une réunion européenne contre le trafic migratoire dans la Manche. (Photo, AFP)
  • «Ces morts sont trop nombreux» et «nous ne pouvons pas accepter que d'autres personnes meurent», a déclaré M. Darmanin
  • Le naufrage de mercredi est le pire drame migratoire dans la Manche, désormais sillonnée quotidiennement à bord de fragiles embarcations par des migrants tentant de rallier les côtes anglaises.

CALAIS: Quatre jours après le naufrage meurtrier dans la Manche, les participants à une réunion européenne d'urgence à Calais sont convenus d'"améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni" face au trafic migratoire, en dépit de l'absence des Britanniques, sur fond de tensions persistantes entre Londres et Paris.

Cette rencontre avait lieu en réaction au pire drame migratoire survenu dans la mer séparant la France du Royaume-Uni, qui a coûté la vie mercredi à au moins 27 migrants naufragés. 

"Ces morts sont trop nombreux" et "nous ne pouvons pas accepter que d'autres personnes meurent", a déclaré en ouverture le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin. 

Étaient réunis les ministres ou responsables chargés de l'immigration français, allemand, néerlandais et belge, la Commissaire européenne aux Affaires intérieures et les directeurs des agences européennes de police criminelle Europol et des frontières Frontex.

A bord de fragiles embarcations, des migrants tentent désormais presque quotidiennement de rallier les côtes anglaises, un phénomène qui, selon M. Darmanin, a pris une ampleur inédite depuis le Brexit.

Il a annoncé que l'agence européenne des frontières Frontex allait déployer dès mercredi un avion pour "jour et nuit, pouvoir aider les polices française, néerlandaise et belge" qui surveillent le littoral.

Dans une déclaration commune, les participants ont "réaffirmé leur engagement à tout mettre en œuvre pour lutter plus efficacement contre les réseaux criminels de passeurs" et reconnu la nécessité "d'améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni".

Réduire «l'attractivité» britannique

M. Darmanin a lui-même réaffirmé la volonté de la France de "travailler" avec "ses amis et alliés britanniques". 

Mais il leur a demandé de faire plus, notamment en matière de coopération policière, pour réduire "l'attractivité" du marché anglais du travail ou pour ouvrir des voies légales aux réfugiés. 

M. Darmanin avait désinvité son homologue Priti Patel vendredi, en riposte à une lettre publiée sur Twitter par Boris Johnson qui demandait à Paris de reprendre les migrants arrivant de France en Grande-Bretagne.

Grande absente à Calais, Mme Patel a annoncé dimanche sur Twitter des "entretiens urgents avec (ses) homologues européens" la semaine prochaine, "pour éviter de nouvelles tragédies". Elle s'est entretenue dimanche avec Ankie Broekers-Knols, la secrétaire d'état néerlandaise à la Justice et la Sécurité.

Mme Patel a lors de cette conversation déclaré qu’elle s’efforcerait de coopérer avec l’UE, a rapporté Mme Brokers-Knols à l'AFP. "Je l’ai signalé à la réunion de Calais", a-t-elle ajouté.

"La mort de ces 27 personnes doit être un appel clair à coopérer", a insisté dimanche Mme Patel dans The Sun.

"La relation avec le Royaume-Uni n'est pas facile mais nécessaire, notre géographie nous pousse à travailler ensemble", a admis M. Darmanin qui a de nouveau contesté "des déclarations et actes publics" britanniques compliquant la collaboration.

Il a évoqué une réunion lundi sur la question autour d'Emmanuel Macron.

«Empêcher le chaos»

A Calais, un haut responsable du ministère allemand de l'Intérieur a pour sa part jugé "urgent" que soit conclu "un accord post-Dublin entre l'Union européenne et la Grande-Bretagne".

Stephan Mayer, secrétaire d'État parlementaire au Ministère fédéral de l'Intérieur, faisait référence au règlement européen dit "Dublin", qui confie au premier pays d'entrée d'un migrant dans l'UE la responsabilité de traiter sa demande d'asile, mais qui a cessé de s'appliquer au Royaume-Uni depuis le 1er janvier.

Il est "important de travailler, bien sûr, en étroite collaboration avec le Royaume-Uni. Nous devons prévenir la perte de vies", a conclu la commissaire européenne chargée des affaires intérieures Yvla Johansson, ajoutant: "Nous devons empêcher le chaos de venir à nos frontières extérieures". 

Tenus à distance par la police, une quarantaine de manifestants ont scandé "Darmanin assassin, t'as du sang sur les mains" à l'arrivée des ministres. "Cette frontière tue depuis trop longtemps", proclamait une banderole.

L'enquête sur le naufrage est menée à la Juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée, à Paris. Mais rien n'a encore filtré, ni sur la nationalité des victimes, ni sur les causes du drame.

Une jeune Kurde irakienne a trouvé la mort dans le naufrage, selon le témoignage de sa famille à Soran, en Irak. Seuls un Irakien et un Somalien ont été sauvés.


Les Etats-Unis suppriment un statut de protection pour les exilés yéménites

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
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  • Les États‑Unis ont annoncé la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants yéménites, accordé depuis 2015 en raison du conflit armé, avec une mise en œuvre prévue dans 60 jours selon le Département de la Sécurité intérieure
  • Cette décision reflète une politique plus large du gouvernement américain visant à réduire les protections humanitaires pour les migrants

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé vendredi mettre fin au statut de protection accordé aux exilés originaires du Yémen, qui était en vigueur depuis dix ans.

La ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a affirmé que le statut de protection temporaire (TPS), initialement accordé aux ressortissants de ce pays en septembre 2015 en raison du conflit armé qui y sévit, prendrait fin dans 60 jours.

Le TPS permet à un petit nombre de personnes de vivre et de travailler aux États-Unis si elles sont considérées comme étant en danger en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison d'une guerre, d'une catastrophe naturelle ou d'autres circonstances exceptionnelles.

Environ 1.400 Yéménites bénéficient de ce statut aux Etats-Unis.

L'administration Trump a déjà supprimé les protections TPS de nombreux Etats, comme le Venezuela, Haïti ou le Népal, dans le cadre de sa politique drastique visant à réduire l'immigration.

Le Yémen est un des pays les plus pauvres du monde et fait face à une guerre civile depuis 2014.

"Après avoir examiné la situation dans le pays et consulté les agences gouvernementales américaines compétentes, j'ai déterminé que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire", a déclaré Mme Noem dans un communiqué.

"Permettre aux bénéficiaires du TPS yéménites de rester temporairement aux États-Unis est contraire à notre intérêt national", a ajouté la ministre.

Les bénéficiaires du TPS yéménite qui n'ont aucune autre base légale pour rester aux États-Unis ont 60 jours pour quitter le territoire américain, sous peine d'être arrêtés, précise le communiqué, promettant un billet d'avion gratuit et une "prime de départ" de 2.600 dollars à ceux qui partiront de leur plein gré.


Iran: Trump évoque désormais un renversement du pouvoir

Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a évoqué un possible renversement du régime iranien tout en envoyant un deuxième porte-avions dans le Golfe, sur fond de négociations difficiles avec Téhéran
  • Les manifestations en Iran, réprimées début janvier, ont fait des milliers de morts et plus de 53.000 arrestations ; Reza Pahlavi appelle à de nouvelles mobilisations internationales et à l’intérieur du pays pour faire pression sur le régime

WASHINGTON: Donald Trump a évoqué ouvertement vendredi un renversement du pouvoir en Iran, sur fond de difficile dialogue entre Washington et Téhéran sur les capacités nucléaires et balistiques de la République islamique.

Le président américain, qui oscille entre promesses d'une issue négociée et menaces militaires, avait peu auparavant confirmé l'envoi "très bientôt" d'un deuxième porte-avions américain dans la région.

"Il semble que ce serait la meilleure chose qui puisse arriver", a dit le président américain à des journalistes qui l'interrogeaient sur éventualité d'un "changement de régime".

"Depuis 47 ans, ils parlent et parlent et parlent. Et pendant ce temps nous avons perdu beaucoup de vies", a ajouté le dirigeant républicain, en quittant la base militaire de Fort Bragg (Caroline du Nord, sud-est).

Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d'Iran, a lui appelé les Iraniens à de nouvelles actions de protestation, après la vague de mobilisation réprimée dans le sang début janvier, parallèlement à des rassemblements prévus samedi à l'étranger.

Le président américain avait brandi la menace d'une intervention militaire en Iran face à la répression des manifestations qui, selon des ONG de défense des droits humains, a fait des milliers de morts.

Il a ensuite continué de menacer Téhéran pour pousser à un accord, notamment sur le dossier nucléaire.

- "Traumatisantes" -

Des négociations entre les deux pays ennemis ont repris le 6 février à Oman mais leur poursuite demeure incertaine tant les positions restent éloignées.

Washington, encouragé par Israël, veut également limiter le programme de missiles balistiques de l'Iran et mettre fin au soutien à des groupes armées dans la région.

L'Iran de son côté ne veut parler que du programme nucléaire et insiste pour conserver des capacités de raffinage d'uranium.

Faute d'accord, Donald Trump a menacé jeudi le pays de conséquences "traumatisantes", en rappelant le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

A l'époque, le président américain avait déjà évoqué en termes confus un possible changement du pouvoir en Iran mais avait ensuite rejeté cette idée, jugeant que cela apporterait du "chaos".

Après l'envoi en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln et de ses navires d'escorte, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, doit donc les rejoindre, à une date qui reste incertaine.

Les cibles que Washington pourrait viser dans le cas d'une intervention ne sont pas claires non plus.

Le secrétaire général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, a lui indiqué vendredi qu'un accord entre l'AIEA et Téhéran sur les inspections du programme nucléaire était "possible", mais "terriblement difficile".

- Répression -

L'Iran avait refusé en novembre que l'AIEA inspecte ses différents sites bombardés en juin.

Dans le même temps, Reza Pahlavi, qui vit aux Etats-Unis et n'a pas remis les pieds dans son pays natal depuis la Révolution islamique de 1979, a appelé à manifester samedi à Munich, Toronto et Los Angeles pour réclamer une action internationale contre l'Iran.

Dans un message publié sur X, le fils exilé du dernier chah a exhorté en outre les Iraniens de l'intérieur à s'associer à ces manifestations en scandant, samedi et dimanche, des slogans depuis leurs fenêtres et leurs toits.

Selon le groupe basé aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA), au moins 7.008 personnes, la plupart des manifestants, ont été tuées lors des protestations, début janvier, et plus de 53.000 personnes ont été arrêtées depuis.

Si quelques figures du courant réformateur ont été libérées, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) des centaines de personnes sont poursuivies pour des chefs d'accusation liés aux manifestations, qui pourraient aboutir à leur condamnation à mort.

Selon les autorités iraniennes, les manifestations ont fait plus de 3.000 morts, en grande majorité des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des "terroristes", à la solde selon Téhéran d'Israël et des Etats-Unis.


Merz et Macron évoquent leur discussion sur la dissuasion nucléaire avant un discours français

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
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  • Le chancelier Friedrich Merz a confirmé des discussions avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne, alors que la France envisage d’articuler sa doctrine nationale avec des intérêts de sécurité communs à certains pays européens
  • Berlin insiste pour que toute évolution s’inscrive strictement dans le cadre de l’OTAN et refuse l’émergence de niveaux de protection nucléaire différenciés entre États européens

MUNICH: Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué vendredi ses "discussions confidentielles" avec Emmanuel Macron sur "la dissuasion nucléaire européenne", le président français envisageant d'"articuler" la "doctrine nationale" française avec des "intérêts de sécurité communs" de certains pays européens.

La France est le seul pays de l'Union européenne, et le seul pays européen avec le Royaume-Uni, à disposer de l'arme nucléaire. Tous les autres pays sont protégés par la dissuasion élargie américaine dans le cadre l'alliance atlantique Otan.

Emmanuel Macron doit prononcer fin février un important et rare discours mettant à jour la doctrine nucléaire française, alors que plusieurs voix en Europe ont appelé à réfléchir à de nouvelles pistes pour protéger le Vieux continent.

Mais le chancelier allemand a estimé qu'il ne fallait pas que ces réflexions aboutissent à créer des différences de protection nucléaire entre Européens.

Toute dissuasion nucléaire européenne doit "s'inscrire strictement dans le cadre de notre participation nucléaire à l'Otan. Et nous ne laisserons pas apparaître en Europe des zones de sécurité différentes", a-t-il mis en garde.

Les Etats-Unis, qui ont assumé depuis des décennies la protection de l'Europe tandis que les pays du Vieux Continent réduisaient leurs dépenses de défense, exigent désormais de leurs alliés qu'ils se prennent en main. Dans le même temps, la Russie a envahi l'Ukraine, menant une guerre en Europe protégée par son propre arsenal nucléaire.

Interrogé sur le sujet à Munich, le président français a expliqué envisager d'"articuler" la "doctrine nationale, qui est garantie et contrôlée par la Constitution, avec des coopérations spéciales, des excercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés".

"C'est exactement ce que nous faisons pour la première fois de l'histoire avec l'Allemagne", a-t-il dit.

Selon lui, la dissuasion doit être "articulée dans une approche holistique de défense et sécurité". "C'est une manière de créer de la convergence dans notre approche statégique et culture stratégique entre l'Allemagne et la France", a-t-il ajouté.