Le périple inhumain des migrants dans les camions d'Amérique centrale

Des travailleurs retirent le conteneur de la remorque d'un camion qui s'est écrasé avec des migrants à bord lors d'un accident de la route à Tuxtla Gutierrez. Au moins 53 migrants ont été tués le 9 décembre au Mexique quand le camion dans lequel ils étaient cachés a heurté un mur de soutènement et s'est renversé dans l'État du Chiapas, au Mexique, le 9 décembre 2021. (Gabriela Coutino/AFP )
Des travailleurs retirent le conteneur de la remorque d'un camion qui s'est écrasé avec des migrants à bord lors d'un accident de la route à Tuxtla Gutierrez. Au moins 53 migrants ont été tués le 9 décembre au Mexique quand le camion dans lequel ils étaient cachés a heurté un mur de soutènement et s'est renversé dans l'État du Chiapas, au Mexique, le 9 décembre 2021. (Gabriela Coutino/AFP )
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Publié le Samedi 11 décembre 2021

Le périple inhumain des migrants dans les camions d'Amérique centrale

  • Des migrants en situation irrégulière racontent leur voyage en camion dans des conditions inhumaines d'Amérique centrale vers les États-Unis
  • Rien que pour cette année, 821 migrants sont morts en Amérique centrale ou en Amérique du Nord, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM)

TUXTLA GUTIERREZ, Mexique : Au bord de l'asphyxie, entassés avec femmes et enfants, abandonnés par des passeurs: des migrants en situation irrégulière racontent leur voyage en camion dans des conditions inhumaines d'Amérique centrale vers les États-Unis, au lendemain de la mort de 55 d'entre eux dans un accident au Mexique.

À Tuxtla Gutierrez, au Chiapas, près du Guatemala, quelques survivants (105 blessés au total) retracent le film du cauchemar de jeudi soir.

"Je me souviens des hurlements des gens quand le camion s'est renversé", raconte Selvin Lanuza, 18 ans, originaire du Guatemala comme la plupart des victimes.

"J'ai vu plusieurs morts", ajoute le tout jeune homme légèrement blessé, qui évalue à 200 le nombre de personnes à bord de la remorque.

Selvin avait quitté sa famille une semaine auparavant. C'est la première fois qu'il tentait de rejoindre les États-Unis dans l'espoir d'un meilleur avenir qu'une vie de journalier agricole dans le département de Nueva Santa Rosa.

À ses côtés, 33 autres blessés, dont Aura Meletz, une jeune femme de 21 ans, également du Guatemala, le bras gauche cassé.

C'est la deuxième fois qu'elle tentait d'aller en Virginie, aux États-Unis, où vit l'une de ses amies. Il y a trois mois, elle avait été expulsée du Texas.

"J'ai senti qu'il y avait beaucoup de personnes sur moi. J'ai perdu connaissance et j'ai senti que je dormais", raconte-t-elle au sujet de l'accident.

Aura et Selvin affirment qu'ils vont renoncer au rêve américain. "Je rentre chez moi. J'ai eu trop peur", dit le jeune homme.

- «Blessé, mais en vie»-

Au Guatemala, les familles des victimes attendent des nouvelles.

Les autorités mexicaines viennent d'appeler Lucrecia Alba Xaminez, 28 ans, pour lui donner des nouvelles de son mari. "Il est blessé, mais en vie", se réjouit Lucrecia avec ses deux filles et des voisins. "Il a des fractures. Je n'en sais pas plus".

Celso Pacheco, 34 ans, a quitté mardi dernier Solola, dans l'ouest du Guatemala. "Son rêve était de d'aller jusqu'aux États-Unis", raconte sa femme. "Malheureusement, il était à bord de ce camion".

Au Guatemala, Celso est un journalier agricole. "Ce que nous gagnions, nous le mangions tous les jours. C'est pour cela qu'il a pris la décision de voyager", poursuit son épouse.

Elle a su que son mari était entré par ses propres moyens au Mexique, où il s'est mis en contact avec un "guide" ou un "coyote", les passeurs qui s'adonnent aux trafics d'être humains vers les États-Unis.

Des milliers de personnes tentent de quitter le Guatemala, pays dont la moitié de la population est pauvre, pour les États-Unis. En 2020, les États-Unis ont expulsé 21.057 Guatémaltèques après 54.599 en 2019.

Dans sa charpenterie, l'oncle de Lucrecia, Juan Angel Xaminez, affirme que ses deux fils de 26 et 21 ans sont également partis travailler aux États-Unis.

"Le chômage au Guatemala est très élevé", explique-t-il.

"On risque sa vie pour donner du pain à ses enfants, parce qu'ici, qu'est-ce que l'on gagne? 50 quetzales (6,47 USD), 40 quetzales (5,18 USD) par jour. Cela ne suffit pas pour soutenir la famille".

- «Cauchemar»-

Le voyage vers les États-Unis en camion est un "cauchemar", se souvient Cecilia Hernan, une Hondurienne de 39 ans, rencontrée tout au bout du chemin, à Ciudad Juarez, à la frontière du Mexique avec le Texas.

Cecilia se repose et se protège du froid dans une auberge après avoir été expulsée en novembre des États-Unis. Elle était arrivée jusqu'à la frontière avec trois enfants de 2,4 et 16 ans à bord d'un camion rempli de migrants.

"Beaucoup de gens s'évanouissait, les enfants également. Beaucoup de gens se déshabillaient car on étouffait", se souvient la jeune femme.

Le voyage a duré deux jours. "Ils nous pressaient comme des animaux, enfermés. Il y a de l'air conditionné, mais après ils le coupent. Tout le monde veut sortir, mais c'est impossible. Tu es comme séquestré", raconte-t-elle.

Cecilia et les migrants ont été abandonnés dans une zone désertique où ils ont passé trois nuits, selon son témoignage.

Deux de ses fils, déjà installés aux États-Unis, avaient payé des "coyotes" pour que le reste de la famille puisse passer. Seul son fils de 16 ans a pu passer.

Rien que pour cette année, 821 migrants sont morts en Amérique centrale ou en Amérique du Nord, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM).

La principale cause sont les accidents de la route (162), le manque de nourriture ou d'eau (142) ou l'épuisement (108).

Le Guatemala a proclamé trois jours de deuil après le drame de Tuxtla.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".


Les Etats-Unis et l'Iran s'attaquent mutuellement malgré le cessez-le-feu

Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
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  • Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même
  • Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent.

Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même.

Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dimanche soir sur X.

Ces opérations ont été menées "en réponse à des actions agressives de l'Iran, dont la destruction d'un drone américain MQ-1 qui opérait au-dessus des eaux internationales", a ajouté la même source.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, peu après, ont affirmé avoir attaqué une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire.

La localisation de cette base n'a pas été précisée dans le communiqué des Gardiens diffusé par les médias d'Etat.

L'armée du Koweït a annoncé de son côté faire face à une attaque de drones et missiles.

Washington et Téhéran s'étaient déjà accusés mutuellement jeudi de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, après des frappes américaines sur le sud de l'Iran suivies d'une attaque contre le Koweït.

Plus de fermeté 

La guerre a été déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine, alors que Téhéran et Washington avaient repris des négociations sur le nucléaire. Le conflit, qui a fait des milliers de morts, ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole.

Alors que les deux pays semblaient ces derniers jours se rapprocher d'un accord, le New York Times a rapporté samedi, sans plus de détails, que le président américain avait durci sa proposition et envoyé une nouvelle version d'un possible protocole d'accord à Téhéran.

Selon le site américain Axios, M. Trump, dont la priorité déclarée est de mettre fin au programme nucléaire iranien et de rétablir le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, souhaite plus de fermeté des négociateurs de Washington.

La chaîne CBS a rapporté dimanche soir que la nouvelle proposition américaine prévoit une prolongation du cessez-le-feu de 60 jours avec des clauses prévoyant la réouverture d'Ormuz et un cadre pour une reprise des négociations sur le nucléaire.

"Nous n'approuverons aucun accord tant que nous n'aurons pas la certitude que les droits du peuple iranien ont été pleinement garantis", a averti dimanche le principal négociateur iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'Iran, qui revendique son droit à mener un programme nucléaire civil, a toujours démenti vouloir se doter de l'arme atomique, malgré les soupçons en ce sens des Etats-Unis et de nombreux pays.

Il souhaite aborder ce dossier dans un second temps en cas d'accord avec Washington et exige une levée immédiate des sanctions le frappant.

Site stratégique 

Donald Trump a insisté dimanche sur Truth Social que le projet d'accord "stipule très clairement que l'Iran n'aura pas d'arme nucléaire", et ce "en des termes très fermes".

Téhéran insiste aussi pour que tout accord inclue la fin des hostilités au Liban, où Israël veut "éliminer" le Hezbollah pro-iranien.

Mais sur ce front, l'armée israélienne continue à avancer dans le sud du pays où elle a mené de nouvelles frappes, et le Hezbollah poursuit ses attaques notamment dans le nord israélien, malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril, mais non respectée.

L'armée israélienne s'est emparée dimanche de la forteresse médiévale de Beaufort, un site stratégique où elle avait établi une base pendant les deux décennies de l'occupation israélienne, achevée en 2000.

Pour les Etats-Unis, c'est au Hezbollah de cesser les tirs en premier, en contrepartie de quoi Israël "s'abstiendrait de toute escalade à Beyrouth", selon un plan rapporté par un responsable américain à la suite d'entretiens menés dimanche par le chef de la diplomatie Marco Rubio avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La France a demandé une réunion d'urgence au Conseil de sécurité, qui se tiendra lundi, selon des sources diplomatiques à l'AFP.