Elections reportées en Libye: les raisons d'un fiasco

Les candidats aux élections présidentielles libyennes Ahmed Maiteeq (à gauche) et Fathi Bashagha (au centre) arrivent pour une réunion avec le chef militaire oriental de la Libye, Khalifa Haftar, dans la ville de Benghazi le 21 décembre 2021.(AFP)
Les candidats aux élections présidentielles libyennes Ahmed Maiteeq (à gauche) et Fathi Bashagha (au centre) arrivent pour une réunion avec le chef militaire oriental de la Libye, Khalifa Haftar, dans la ville de Benghazi le 21 décembre 2021.(AFP)
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Publié le Jeudi 23 décembre 2021

Elections reportées en Libye: les raisons d'un fiasco

  • Loi électorale contestée, candidats controversés, tensions sur le terrain... Le scénario d'un report se dessine depuis des semaines
  • La Haute commission électorale libyenne (HNEC) a proposé mercredi de reporter d'un mois l'élection présidentielle du 24 décembre

TRIPOLI : L'absence de consensus sur la base juridique du scrutin, des conflits d'intérêts et certaines lacunes de la médiation onusienne expliquent en partie l'échec à tenir l'élection présidentielle en Libye le 24 décembre, estiment des experts.

La Haute commission électorale libyenne (HNEC) a proposé mercredi de reporter d'un mois l'élection présidentielle du 24 décembre, peu après qu'une commission du Parlement a conclu à l'"impossibilité" de la tenir à cette date.

C'est un accroc majeur dans le processus de transition parrainé par l'ONU, censé sortir ce pays d'Afrique du Nord d'une crise majeure qui perdure depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. 

Loi électorale contestée, candidats controversés, tensions sur le terrain... Le scénario d'un report se dessine depuis des semaines.

Un symbole de l'ancien régime en la personne de Seif al-Islam Kadhafi, fils du défunt dictateur, l'homme fort de l'Est Khalifa Haftar qui a mis le pays à feu et à sang en envoyant ses troupes conquérir la capitale, en vain, où encore l'actuel Premier ministre par intérim Abdelhamid Dbeibah qui s'était engagé à ne pas concourir, figuraient ainsi parmi les candidats les plus en vue à une élection pourtant censée inaugurer une Libye nouvelle. 

Et pour ajouter à la confusion, l'émissaire de l'ONU pour la Libye Jan Kubis a jeté l'éponge un mois avant la présidentielle. 

« Véritable catastrophe »

Comment expliquer ce fiasco? "Il y a eu des fautes partagées, des fautes de la part de l'ONU et une attitude d'une extrême mauvaise foi de la part des acteurs libyens", décrypte pour l'AFP Jalel Harchaoui, du centre de réflexion Global Initiative.

Le processus a déraillé quand Aguilah Saleh, le chef du Parlement siégeant à Tobrouk (est) a promulgué en septembre, sans vote, une loi électorale controversée taillé sur mesure pour son allié Khalifa Haftar, avant de se porter lui-même candidat.

C'est M. Saleh "en personne, et non pas le Parlement, qui a été responsable des lois électorales qui sont une véritable catastrophe. Cet obstacle de nature légale et législative, a été absolument capital pour expliquer l'échec des élections", souligne M. Harchaoui.

Le texte, qui permettait au maréchal Haftar en cas de défaite de retrouver son poste à la tête de son autoproclamée armée dans l'Est, au grand dam du camp de Tripoli, a été approuvé par M. Kubis, l'émissaire de l'ONU, malgré les critiques qu'il suscitait au sein de la classe politique. 

"A partir de là, l'ONU a perdu toute marge de manoeuvre", ajoute M. Harchaoui.

« Consensus »

Pour Emadeddin Badi, chercheur au sein du même centre de réflexion, "on peut blâmer autant qu'on veut les acteurs politiques nationaux, c'était la responsabilité de la Mission onusienne d'assurer la médiation pour accompagner la transition post-LPDF (Forum de dialogue politique libyen, nom du processus politique), d'une manière propice à la tenue d'élections, avec un minimum de consensus, et sans avoir une crise fabriquée par ce processus".

"Cela ne veut pas dire que les politiciens libyens n'ont pas de responsabilité mais c'était une décision presque volontaire de leur passer le volant de la transition et c'était presque inévitable qu'on en arrive là", ajoute-t-il à l'AFP.

Malgré les signaux d'alerte, la communauté internationale s'est accrochée à la tenue des élections à la date prévue, y voyant un remède à tous les maux de la Libye sans tenir compte du caractère problématique de la loi électorale.

Les élections "ne sont pas la solution miracle qui peut assurer la stabilité politique de la Libye", soutient Hamish Kinnear, de l'institut Verisk Maplecroft, selon lequel une victoire d'un des trois principaux candidats que sont Abdelhamid Dbeibah, Khalifa Haftar ou Seif al-Islam Kadhafi "aurait été contestée".

Critiquant lui aussi le soutien "mal-avisé" de l'émissaire de l'ONU à la loi électorale contestée, Wolfram Lacher, expert de la Libye à l'Institut allemand SWP, estime que M. Kubis n'aurait pas réussi à faire imposer ce texte sans le soutien d'acteurs étrangers impliqués dans le dossier libyen comme la France et l'Egypte.

"Dès l'adoption de la loi d'Aguilah Saleh, les scénarios d'un échec du processus se sont multipliés, ainsi que les mises en garde. C'était comme si on assistait au ralenti à un accident de train sur le point de se produire", a écrit M. Lacher sur Twitter.


La Turquie met en garde contre «une crise migratoire durable» au Moyen-Orient

La guerre au Moyen-Orient fait courir le risque d'"une crise migratoire durable", a prévenu mardi le chef de la diplomatie turque, en insistant sur la situation au Liban où plus d'un million de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit. (AFP)
La guerre au Moyen-Orient fait courir le risque d'"une crise migratoire durable", a prévenu mardi le chef de la diplomatie turque, en insistant sur la situation au Liban où plus d'un million de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit. (AFP)
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  • "Si la guerre et l'occupation s'étendent, il est possible que cela se transforme en une crise migratoire durable, avec des réfugiés cherchant refuge hors des frontières de leur pays", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan
  • M. Fidan, qui juge "impératif de mettre un terme au plus vite" aux violences, a précisé qu'il se rendrait en visite à compter de mercredi dans plusieurs pays de la région afin de discuter des "mesures à prendre"

ISTANBUL: La guerre au Moyen-Orient fait courir le risque d'"une crise migratoire durable", a prévenu mardi le chef de la diplomatie turque, en insistant sur la situation au Liban où plus d'un million de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit.

"Si la guerre et l'occupation s'étendent, il est possible que cela se transforme en une crise migratoire durable, avec des réfugiés cherchant refuge hors des frontières de leur pays", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, lors d'une conférence de presse à Ankara avec son homologue canadienne Anita Anand.

M. Fidan, qui juge "impératif de mettre un terme au plus vite" aux violences, a précisé qu'il se rendrait en visite à compter de mercredi dans plusieurs pays de la région afin de discuter des "mesures à prendre".

"La situation humanitaire au Liban est extrêmement préoccupante et risque de s'aggraver en cas d'offensive terrestre (israélienne)", a abondé à ses côtés la cheffe de la diplomatie canadienne, Anita Anand.

 

 


Liban: le bilan des frappes israéliennes s'élève à 912 morts

Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 912 personnes, dont 111 enfants, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, a annoncé mardi le ministère de la Santé. (AFP)
Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 912 personnes, dont 111 enfants, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, a annoncé mardi le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 912 personnes, dont 111 enfants, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, a annoncé mardi le ministère de la Santé
  • Selon l'armée, deux soldats ont été tués "par une frappe israélienne ennemie alors qu'ils circulaient à moto" sur une route de Nabatiyé dans le sud

BEYROUTH: Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 912 personnes, dont 111 enfants, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, a annoncé mardi le ministère de la Santé.

Le ministère fait en outre état de 67 femmes et 38 personnels médicaux parmi les tués. Le bilan précédent annoncé la veille par les autorités faisait état de 886 morts.

 

 


L’Arabie saoudite appelle l’ONU à agir contre l’islamophobie

L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie. (Capture d’écran/UNTV)
L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie. (Capture d’écran/UNTV)
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  • Le harcèlement public, les stéréotypes nuisibles et le vandalisme des mosquées « créent la division, approfondissent la méfiance et compromettent les efforts pour bâtir des sociétés inclusives et stables », déclare l’envoyé
  • L’ambassadeur Abulaziz Alwasil exhorte les gouvernements et les plateformes en ligne à renforcer les protections légales et à garantir la responsabilité pour les crimes haineux visant les musulmans

NEW YORK : L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie, soulignant en particulier l’importance des protections légales, de l’éducation et de la coopération internationale.

Il a décrit l’islamophobie comme « un défi sérieux et croissant » et a mis en garde contre ses effets sociaux plus larges.

« Lorsque les musulmans sont harcelés dans l’espace public, lorsque des mosquées sont vandalisées et que des stéréotypes nuisibles se diffusent dans le discours public et sur les plateformes numériques, les conséquences vont bien au-delà d’une seule communauté », a-t-il déclaré.

« Elles créent la division, renforcent la méfiance et compromettent les efforts pour construire des sociétés inclusives et stables. »

Abulaziz Alwasil a exhorté les gouvernements, les autorités éducatives et les plateformes numériques à agir.

« Les gouvernements doivent renforcer les protections légales contre la discrimination et garantir la responsabilité en cas de crimes haineux visant les musulmans, les mosquées et les institutions islamiques », a-t-il ajouté.

« Les efforts doivent également s’attaquer à la propagation des discours de haine sur les plateformes numériques, où la désinformation et les narratifs hostiles peuvent rapidement influencer les perceptions et alimenter l’intolérance. »

L’envoyé saoudien a souligné l’importance de la coopération internationale et l’engagement de Riyad sur cette question.

« L’Arabie saoudite réaffirme que lutter contre l’islamophobie est une part indispensable de la promotion du respect de la diversité religieuse », a-t-il déclaré.

« Lorsque les nations travaillent ensemble pour promouvoir la tolérance et le respect mutuel, elles renforcent les bases d’une coexistence mondiale pacifique. »

« Le Royaume d’Arabie saoudite reste fermement engagé à faire progresser les efforts internationaux pour combattre l’islamophobie, contrer les narratifs qui incitent à l’hostilité et à la discrimination contre les musulmans, en renforçant la coopération, en poursuivant l’engagement avec l’ONU et en soutenant les initiatives qui favorisent la compréhension et le dialogue. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com