Nouvelles violences au Soudan sans internet ni téléphone

Des manifestants soudanais se rassemblent pour marquer le troisième anniversaire du début des manifestations de masse qui ont conduit à l'éviction de l'homme fort Omar el-Béchir, près du palais présidentiel de la capitale Khartoum, le 19 décembre 2021. (Photo, AFP)
Des manifestants soudanais se rassemblent pour marquer le troisième anniversaire du début des manifestations de masse qui ont conduit à l'éviction de l'homme fort Omar el-Béchir, près du palais présidentiel de la capitale Khartoum, le 19 décembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 26 décembre 2021

Nouvelles violences au Soudan sans internet ni téléphone

  • Samedi, les autorités ont eu recours à un autre outil de taille: comme durant près d'un mois après le putsch, elles ont coupé l'internet mobile et les communications téléphoniques
  • Des pillages et des violences ont eu lieu près de l'ancienne base logistique des Nations unies d'El Fasher

KHARTOUM : Des dizaines de milliers de manifestants hostiles au pouvoir militaire ont de nouveau essuyé des tirs des grenades lacrymogènes samedi au Soudan, où les autorités avaient coupé les communications après deux mois de putsch et d'une répression qui a fait 48 morts.

La foule, parvenue aux portes du palais présidentiel de Khartoum où siègent les autorités de transition chapeautées par le général Abdel Fattah al-Burhane, auteur du coup d'Etat du 25 octobre, se dispersait en début de soirée sous les coups de charges policières.

Un journaliste de l'AFP a vu des blessés évacués par des manifestants, tandis que le syndicat de médecins pro-démocratie, qui recense les victimes de la répression depuis 2018, a rapporté que les forces de sécurité avaient tiré des grenades lacrymogènes jusque dans les hôpitaux, s'en prenant aux médecins comme aux blessés.

Les heurts les plus violents ont eu lieu aux abords des ponts reliant ses banlieues à Khartoum, barrés par les forces de l'ordre dont les grues avaient dès l'aube déposé des containers en travers des ouvrages.

Des pillages et des violences ont eu lieu près de l'ancienne base logistique des Nations unies d'El Fasher, transférée aux autorités locales mardi, selon un communiqué de l'ONU qui a condamné les faits.

"Ce nouvel incident et les dégâts sont une tragédie pour les communautés soudanaises qui bénéficiaient d'importantes quantités d'équipements et d'approvisionnements offerts par les Nations Unies pour l'usage civil", a déclaré Farhan Haq, porte-parole adjoint du secrétaire général.

Du personnel de l'ancienne mission de maintien de la paix au Darfour, Unamid, demeure et "sa sécurité reste à présent une préoccupation primordiale", a souligné l'ONU, sachant qu'elle doit être assurée par les autorités du Soudan.

Tôt le matin, l'internet mobile et les communications téléphoniques avaient été coupés.

Malgré cet isolement imposé qui faisait redouter un nouveau déchaînement de violences, ils étaient de nouveau des dizaines de milliers à manifester sous une nuée de drapeaux soudanais et les youyous de manifestantes.

Des cortèges ont défilé à Khartoum, dans ses banlieues, mais aussi à Madani, à 150 kilomètres au sud de la capitale, à Atbara (nord) et à Port-Soudan (est), selon des témoins. 

«Choisir notre Soudan»

"Nous n'arrêterons pas de manifester jusqu'à ce que nous ayons un gouvernement civil, le peuple est dans la rue pour dire que c'est lui qui décide", martèle une jeune manifestante.

Non loin de là, également aux abords du palais présidentiel, Othmane Moustafa, 31 ans, dit vouloir "plus que dégager les militaires". "On veut choisir notre Soudan: un Soudan qui nous ressemble, qui réponde à nos demandes et donne des droits à tous équitablement", explique-t-il.

Il y a moins d'une semaine déjà, pour le troisième anniversaire du lancement de la "révolution" de 2018 qui força l'armée à mettre fin à 30 ans de dictature militaro-islamiste d'Omar el-Béchir, les partisans d'un pouvoir civil avaient montré qu'ils pouvaient encore mobiliser. 

Ce jour-là, les forces de sécurité avaient tiré à balles réelles, faisant pleuvoir des grenades lacrymogènes sur les centaines de milliers d'entre ceux sortis dans la rue et même recouru, selon l'ONU, à une arme déjà utilisée au Darfour en guerre: le viol.

Samedi, les autorités se sont aussi servi d'un autre outil de taille: comme durant près d'un mois après le putsch, elles ont coupé les Soudanais du monde.

"La liberté d'expression est un droit fondamental et cela inclut l'accès total à internet", a déjà protesté l'émissaire de l'ONU, Volker Perthes, rappelant que "personne ne devrait être arrêté pour avoir eu l'intention de manifester", alors que les militants font état de rafles depuis vendredi soir dans leurs rangs.

Prochain rendez-vous le 30

En apparence, après son putsch dénoncé par le monde entier ou presque, le général Burhane a rétabli le Premier ministre civil Abdallah Hamdok, mais le Soudan n'a toujours aucun gouvernement, condition sine qua non à la reprise de l'aide internationale, vitale pour ce pays, l'un des plus pauvres au monde.

M. Hamdok a retrouvé son poste en acceptant de reconnaître l'état de fait post-putsch, et donc la prolongation du mandat du général Burhane à la tête du pays pour deux ans.

Ce dernier promet les premières élections libres depuis des décennies en juillet 2023, sans convaincre les partisans d'un pouvoir uniquement civil dans le pays, sous la férule de l'armée quasiment sans interruption en 65 ans d'indépendance.

Ils ont ainsi déjà annoncé qu'ils manifesteraient de nouveau le 30 décembre, alors que le Soudan est englué dans le marasme politique et une inflation à plus de 300%.


Maroc: au moins quatre morts dans l'effondrement d'un immeuble à Fès

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  • Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur
  • Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales

RABAT: Au moins quatre personnes sont décédées jeudi dans l'effondrement d'un immeuble à Fès, dans le nord du Maroc, selon un bilan provisoire des autorités locales qui poursuivent leurs opérations à la recherche d'éventuelles autres victimes coincées sous les décombres.

Six autres personnes ont été blessées à des degrés divers dans l'effondrement de cet immeuble résidentiel de quatre étages, situé dans un quartier périphérique de cette ville, selon les mêmes sources, citées par l'agence officielle MAP.

Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur.

Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales.

Le périmètre de l'accident a été sécurisé et les habitants des immeubles mitoyens ont été évacués à titre préventif.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes du sinistre.

Début décembre, 22 personnes avaient été tuées dans l'effondrement de deux immeubles mitoyens déjà à Fès, le pire accident de ce type ces dernières années dans le pays.

Toujours à Fès, neuf personnes avaient péri en mai 2025 dans l'effondrement d'un immeuble d'habitation. En février 2024, cinq personnes étaient aussi mortes dans l'effondrement d'une maison dans la vieille ville.

 


«Flottille pour Gaza»: un ministre d'extrême droite choque avec une vidéo de militants à genoux et mains liées

Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
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  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël"
  • Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux"

ASHDOD: Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux".

"Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël", a insisté le chef de la diplomatie, M. Ben Gvir défendant au contraire "une grande source de fierté".

Les forces israéliennes, qui avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d'Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance, triomphant, Itamar Ben Gvir sur des images publiées sur sa chaîne Télégram, avec l'hymne national israélien en musique de fond.

On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d'un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Monstrueux" 

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé. Le traitement réservé aux détenus a été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses", "monstrueux, indigne et inhumain" par Madrid, "odieux" par Ottawa.

Dublin s'est dit "consterné et choqué", alors que la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille.

La France a convoqué l'ambassadeur israélien pour les "agissements inadmissibles" du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances, tout comme la Belgique qui a jugé les images "profondément troublantes", l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.

L'Allemagne, qualifiant l'épisode de "totalement inacceptable", s'est réjouie d'entendre des voix israéliennes critiques du ministre, dont l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a critiqué les "actes méprisables".

La Turquie, d'où était précisément partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la "mentalité barbare" du gouvernement israélien.

"Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne réjouissons pas à leurs dépens", s'est indigné le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski en exigeant des "conséquences" pour M. Ben Gvir.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a qualifié d'"humiliant" le traitement infligé par Israël aux militants et dénoncé des images "choquantes et inacceptables".

 "Au service du Hamas" 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales", a fustigé l'organisation de défense des droits humains Adalah.

Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

S'il a critiqué le comportement de son ministre, Benjamin Netanyahu a appelé à expulser les militants "dès que possible". "Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a-t-il jugé dans un communiqué.

Pour le ministère des Affaires étrangères, cette initiative n'est "rien de plus qu'un coup de communication au service" du mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la "dépravation morale" d'Israël.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe.


L'armée israélienne appelle à évacuer de nouveaux villages du sud du Liban

L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
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  • La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations
  • Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune"

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours.

"Les violations répétées de l'accord de cessez-le-feu par le Hezbollah obligent l'armée israélienne à opérer", écrit sur son compte X le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, quelques jours après la tenue de discussions à Washington entre représentants israéliens et libanais et l'annonce de la prolongation de la trêve entre les deux pays.

La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations afin de protéger la population du nord d'Israël des tirs du Hezbollah.

Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune".

Selon l'agence nationale d'information libanaise ANI, des frappes israéliennes ont visé mardi "plusieurs localités dans le sud" du pays.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir visé un rassemblement de soldats et de véhicules dans le nord d’Israël avec "un essaim de drones d'attaque".

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 3.000 personnes au Liban selon les autorités libanaises.

Côté israélien, 20 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée ont été tués au Liban depuis le début de la guerre, le 2 mars.