Venezuela, décadence d'un géant pétrolier empêtré dans la crise

Vue d'une plate-forme pétrolière au sud du lac Maracaibo, au large de Maracaibo, Venezuela, le 7 septembre 2021. (Photo, AFP)
Vue d'une plate-forme pétrolière au sud du lac Maracaibo, au large de Maracaibo, Venezuela, le 7 septembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 19 janvier 2022

Venezuela, décadence d'un géant pétrolier empêtré dans la crise

  • En 2008, le Venezuela produisait 3,2 millions de barils par jour et le pays était un des poids lourd économiques d'Amérique latine
  • Treize ans plus tard, il ne sort qu'entre 500 000 et 1 million de barils du sous-sol du pays qui traverse une crise sans précédent avec un PIB par habitant tombé au niveau de celui de Haïti

PUERTO CONCHA : Tuyauterie et armatures rongées par la rouille, pièces détachées qui trainent au sol, fuites... Dans l'ancien champ pétrolier du lac de Maracaibo (ouest) des escaliers ne mènent nulle part, métaphore de l'industrie pétrolière du Venezuela jadis florissante et aujourd'hui en plein marasme.

Même si la production dans l'est du pays se porte mieux, la désuétude dans laquelle se trouvent les installations dans l'Etat de Zulia, où est née l'industrie pétrolière vénézuélienne il y a plus d'un siècle, est symbolique de la décadence de cet ancien géant pétrolier.

En 2008, le Venezuela produisait 3,2 millions de barils par jour et le pays était un des poids lourd économiques d'Amérique latine. Treize ans plus tard, il ne sort qu'entre 500 000 et 1 million de barils du sous-sol du pays qui traverse une crise sans précédent avec un PIB par habitant tombé au niveau de celui de Haïti.

En son temps, le gisement de Maracaibo, appelé les "7 dalles", était une ville flottante qui brillait la nuit, avec un halo visible à des kilomètres à la ronde. Aujourd'hui, c'est un désert humide à l'air lourd rempli d'effluves d'hydrocarbures dont des nappes de brut échappées des puits flottent par endroits.

Les plateformes ont été pillées et dépouillées de tout ce qui avait la moindre valeur... y compris les robinets et valves contrôlant la sortie du pétrole et des gaz.

Plus grand monde ne se risque dans la zone "par peur d'une explosion en raison des gaz", affirme un pêcheur sous couvert d'anonymat.

Le 11 janvier, une explosion d'un oléoduc à l'autre bout du pays dans une zone pétrolière du nord-est a fait trois blessés. Les organisations syndicales et les dirigeants de l'opposition signalent fréquemment des accidents mais le pouvoir parle plutôt de "sabotages" et "actions criminelles" faisant "partie de la guerre permanente menée par des groupes appartenant à l'extrême droite vénézuélienne, soutenus par l'impérialisme nord-américain".

On est loin de la prospérité des années 1970 quand le pays était surnommé "Venezuela Saoudite". A cette époque, l'ensemble des compagnies pétrolières ont été nationalisées.

Contrôle politique

Entreprise étatique gigantesque, PDVSA (Petroleos de Venezuela) avait un monopole qui a perduré jusqu'à "l'ouverture pétrolière" dans les années 1990, mais cette libéralisation a ensuite été partiellement annulée avec l'arrivée au pouvoir de Hugo Chavez. Président d'inspiration socialiste (1999-2013), il a imposé aux compagnies présentes de s'associer avec PDVSA qui devait être majoritaire dans ces associations.

Corruption, choix stratégiques discutables, problèmes de maintenance, sanctions financières, vieillissement de l'outil industriel... le secteur peine à retrouver ses niveaux d'antan.

Sollicitée par l'AFP, l'entreprise n'a pas répondu.

Selon la plupart des analystes, une des périodes charnières a été le bras de fer au début des années 2000 entre Chavez (1999-2013) et les dirigeants de PDVSA. Cette opposition a culminé avec une grève historique de décembre 2002 à mars 2003 suivie par la prise de contrôle totale de l'entreprise par le pouvoir politique.

Dénonçant le "sabotage" de la production, le défunt président a ensuite licencié de nombreux cadres et des milliers d'employés pour rembaucher des gens "loyaux à la révolution" mais qui n'avaient pas forcément de compétence dans le domaine.

PDVSA est ainsi "devenue la vache à lait de l'Etat" ainsi que le centre de recrutement de ses "fidèles serviteurs", sans prendre en compte les besoins d'investissement de l'entreprise, relate un analyste.

La plupart des personnes interrogées par l'AFP ont préféré témoigner sous couvert d'anonymat sur ce sujet extrêmement sensible au Venezuela.

«Familles brisées»

Carlos (dont le prénom a été changé) avait 18 ans quand il est entré dans PDVSA dans les années 2000. La production avait alors chuté à un plancher historique de 25 000 barils par jour mais il a ensuite connu les beaux jours, jusqu'à ce que "PDVSA se transforme en parti politique" avec une piteuse gestion de l'entreprise et des nationalisations de sous-traitants.

Quelque 70 entreprises chargées de l'entretien, du transport du personnel, sont ainsi devenues en 2009 dans l'Etat de Zulia propriétés de PDVSA.

"Les expropriations" ont eu pour conséquence "le manque d'entretien, la démotivation des employés", qui ont vu leur salaires chuter, explique Carlos.

Il dit avoir divorcé quand ses revenus se sont réduits comme peau de chagrin. "Beaucoup de femmes ont quitté leur mari parce qu'ils ne travaillaient plus à PDVSA. Des familles se sont brisées. Je ne gagnais plus assez", assure-t-il.

A cette époque, la moitié des 34 000 puits du pays étaient paralysés.

En 2013, la crise s'est amplifiée. Faute de paiement, des sous-traitants ont commencé à arrêter de travailler. Les ampoules qui grillaient n'étaient plus remplacées et le ravitaillement en restauration des plateformes s'est arrêté. Certains ouvriers chargés de l'extraction étaient donc obligés de passer leur journée "à pêcher pour se nourrir", raconte Maria, (prénom également modifié).

Larmes aux yeux

Maria travaillait aussi pour PDVSA. En 2016, elle a constaté l'étendue des dégâts sur le port de Maracaibo, la capitale pétrolière de l'Ouest, jadis grouillante d'activité: cimetière de bus délabrés, de bateaux échoués et ouvriers faisant acte de présence et se tournant les pouces.

"Ca m'a fait mal. Les larmes me sont venues aux yeux", raconte-t-elle.

A cette époque, tout était politique, jusqu'aux économiseurs d'écrans qui diffusaient des photos et maximes de Chavez ou de l'actuel président Nicolas Maduro.

"Nommer des gens en fonction de la politique a beaucoup affecté la production (...). On a écarté du personnel avec de l'expérience et la méritocratie a disparu", dit-elle.

Tout cela a créé un "terreau de corruption" avec des malversations au plus haut niveau --certains dirigeants ont été condamnés à des peines de prison-- jusqu'au niveau opérationnel avec le vol ou le pillage de matériel.

En 2017 le pouvoir a lancé une vaste opération contre la corruption au sein de PDSVA visant d'ex-dirigeants du groupe pétrolier d'Etat dont son ex-président Rafael Ramirez, accusé par le procureur général Tarek William Saab, d'être un des principaux responsables "de la faillite due à la corruption" du groupe pétrolier. Exilé en Italie, celui-ci assure que ces accusations sont politiques.

Plusieurs témoins évoquent aussi l'utilisation de véhicules d'entreprise à des fins personnelles, des achats privés avec les fonds de l'entreprise, des vols de télévisions et d'ordinateurs. La gabegie a lentement tout rongé.

«Entre les mains de Dieu»

Carlos Mendoza Pottella, professeur d'économie pétrolière à l'Université centrale du Venezuela (UCV), nuance le constat, soulignant que ce type de comportement se produisait déjà dans les années 1980, pourtant une époque dorée.

Face à la décadence en cours, de nombreux agents de PDVSA ont quitté le navire en perdition pour trouver un autre travail et devenir chauffeur de taxi ou employé de supermarché.

Maria continue à venir deux fois par semaine au travail pour un salaire de 60 bolivares par mois (moins de 15 dollars). Avant, il y avait, en plus des bons salaires, une assurance médicale, des aide aides scolaires. "Maintenant nous sommes entre les mains de Dieu", dit-elle.

"Aujourd'hui, aucun travailleur du pétrole ne vit avec son salaire de PDVSA", poursuit-elle. Les seuls correctement payés le sont car "employés dans des +entreprises mixtes+", des joint-ventures avec la Chine ou la Russie, pays politiquement amis du Venezuela.

L'hémorragie a atteint tous les niveaux: de la main d'œuvre non-qualifiée aux ingénieurs ou géologues, partis gagner leur vie à l'étranger. "Certains avaient été formés par PDVSA mais le gouvernement les a laissés partir", souligne Maria.

Autre problème, les fréquentes coupures électriques depuis 15 ans dans l'Etat de Zulia, dont Maracaibo est la capitale. Devenues si habituelles à une certaine période que le travail s'interrompait à midi.

Le Venezuela se trouve ainsi dans un paradoxe dont il a du mal à sortir: malgré des réserves mondiales surabondantes, il y a une pénurie d'essence et Caracas a même dû importer du carburant iranien à certaines périodes.

Sanctions

Et cette pénurie influe elle-même sur la production car elle complique toute la chaîne logistique.

Même si la chronologie des événements ne correspond pas à la version des autorités, le pouvoir vénézuélien accuse les sanctions américaines, dont les premières datent de 2014 et qui ont été alourdies par Donald Trump en 2017, d'être responsables de l'état désastreux de l'appareil pétrolier.

Traditionnellement hostile aux dirigeants socialistes, Washington, qui entretenait des relations tendues avec Chavez, cherche à évincer Nicolas Maduro du pouvoir alors que l'opposition a boycotté sa réélection en 2018 et les législatives de 2020, jugeant les scrutins "frauduleux". Une cinquantaine de pays ne reconnaissent pas Maduro comme le président légitime du pays.

Il est vrai que les Etats-Unis, qui étaient le principal acheteur du brut vénézuélien, ont particulièrement visé le secteur pétrolier, empêchant notamment l'achat de pièces de rechange.

Les sanctions compliquent la tâche des employés qui tentent de remettre l'industrie sur les rails.

Aux "7 dalles", Roy, pêcheur âgé de 30 ans, se souvient de ses débuts avec son père et comment il était impressionné par "La Casona" (la grande maison), une plate-forme logistique pour les 13 puits du site. "Il y avait toujours quatre ou cinq bateaux" autour, dit-il.

Fuites

Aujourd'hui, des jets de brut s'échappent parfois des plateformes. "Un jour, j'ai vu un jet de 70 m. Je croyais que c'était de l'eau mais c'était du pétrole", raconte-t-il.

Les rejets non-contrôlés des puits polluent le lac de Maracaibo (13 000 km 2) depuis des années. Certaines parties privées d'oxygène en raison de nappes de brut sont appelées des "zones mortes".

Les résidents en souffrent. "Les nappes de brut t'empêchent de travailler", dit Roy dont les filets s'engluent parfois dans le liquide visqueux. Il dit avoir perdu plus de 100kg de crabes souillés par le pétrole.

En octobre 2021, la NASA a diffusé des images satellites édifiantes du lac montrant des spirales d'algue et de nombreuses nappes de brut.

"Au fond du lac, il y a (un enchevêtrement) des tuyaux et des pipelines, comme un plat de spaghetti, libérant du pétrole qui tue la biodiversité", se désole l'expert Mendoza Pottella.

Mais ce n'est pas le seul site concerné. L'existence de fuites, rarement signalées par PDVSA, sont rapportées partout où est exploité du pétrole au Venezuela.

«Petite reprise»

Près de Maturin, la capitale de l'Etat de Monagas (nord-est), les fuites sont fréquentes dans les énormes canalisations qui traversent les fermes et les maisons. Dans le petit village de Los Pozos de Guannipa, les pipelines sont fissurés. "Il y a un écoulement continu", se plaint Eleazar, paysan modeste qui fait pousser bananes et papayes. "Ca contamine tout".

Pour autant, le président Maduro s'est félicité début janvier du rebond de la production à 1 million de barils/jour et a fixé pour objectif en 2022 d'atteindre les 2 millions de barils/jour.

En 2021, il y a eu "une petite reprise" des activités pétrolières "et PDVSA" repaie ses sous-traitants, indique à l'AFP un homme d'affaires ayant des décennies d'expérience dans le monde du pétrole.

Jusqu'à il y a quelques mois encore "pratiquement tout" était arrêté, ajoute-t-il.

A une époque où les énergies fossiles sont décriées, le président Maduro, qui a hérité d'une industrie déjà en chute libre, assure que le pays va sortir de la dépendance au pétrole.

"Nous n'allons pas hypothéquer la vie d'un pays pour un produit, le temps de la +rente pétrolière+ est révolu", jure le président qui parie désormais sur la "diversification économique".


L'Iran met en garde contre des conséquences «imprévisibles» après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
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  • L'Iran menace de riposter à l'attaque ukrainienne contre son navire en mer Caspienne
  • Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a averti dimanche que son pays ne laisserait pas impunie l'attaque meurtrière perpétrée par l'Ukraine contre un navire iranien en mer Caspienne.

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE".

Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion.

Et le même jour, M. Zelensky avait affirmé sur les réseaux sociaux avoir obtenu "des résultats très solides avec des frappes à longue portée en mer Caspienne, visant notamment des navires utilisés pour le transport de cargaisons militaires impliquant l'Iran, ainsi qu'un navire de guerre".

"L'attaque menée par le régime ukrainien contre un navire marchand iranien en mer Caspienne, explicitement revendiquée par le chef de ce régime, témoigne de la persistance de l'attitude irrationnelle et hostile du régime ukrainien", a protesté le ministère dans un communiqué de presse.

La République islamique "n'est jamais intervenue dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine", a-t-il affirmé.

Les services de renseignement ukrainiens (SBU) ont pour leur part fait état sur Telegram d'attaques de drones contre "des cargos sous sanctions internationales qui étaient utilisés pour transporter des cargaisons militaires entre l'Iran et la Russie".

Selon la télévision d'Etat iranienne, le chargé d'affaires ukrainien à Téhéran a été convoqué samedi au ministère des Affaires étrangères afin d'y être sermonné par un haut-fonctionnaire pour cet "acte hostile et criminel".

Abbas Araghchi a également indiqué s'être entretenu avec la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov à ce sujet.

L'Iran a aussi mis en garde contre des conséquences "imprévisibles" après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

 


Troisième nuit sans frappes au Moyen-Orient pour laisser «de la place» à la diplomatie

Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
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  • Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril
  • De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne

TEHERAN: Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi.

"Ce que fait le président en ce moment, (...) c'est laisser de la place aux négociations. Les négociations se poursuivent", a assuré dimanche Mike Waltz dans des médias américains, tout en soulignant que M. Trump n'avait pas renoncé à la nouvelle escalade dont il a menacé la République islamique: il "garde toutes les options sur la table".

Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne. "Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations", a commenté le porte-parole de l'armée iranienne Mohammad Akraminia.

Signe de soulagement, les cours du pétrole s'affichent en forte baisse lundi: vers 04H40 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence internationale, cédait près de 5%, autour de 92 dollars le baril, après être même passé brièvement sous la barre des 90 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), reculait d'autant, à environ 84 dollars.

Alors que la guerre dure depuis bientôt cinq mois, la presse américaine fait état d'un possible manque de munitions.

Selon le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, le gouvernement s'inquiète de l'affaiblissement du stock de systèmes d'interception de missiles Patriot et d'autres équipements défensifs protégeant les pays de la région.

L'armée américaine dispose "de tout ce dont elle a besoin pour mener cette campagne avec toute l'efficacité requise", a rétorqué Mike Waltz, annonçant le déploiement au Moyen-Orient de "davantage de ressources".

Et Donald Trump d'insister auprès du Wall Street Journal: "Nous avons bien plus de munitions que quiconque dans le monde, et bien plus que ce dont nous avons besoin".

Soutien de Netanyahu 

Pour Téhéran, les Etats-Unis sont dans une situation "difficile et instable" et cherchent probablement "une nouvelle stratégie", a estimé Mohammad Akraminia.

En amont de la visite mardi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, partisan d'une ligne dure, M. Akraminia a mis en garde les Américains: s'ils "se laissent à nouveau tromper" par Israël et "insistent pour continuer la guerre, particulièrement par des frappes aériennes, elle s'étendra géographiquement".

Benjamin Netanyahu a dit "soutenir pleinement les efforts" de Donald Trump pour parvenir à mettre fin aux ambitions nucléaires de Téhéran. "S'il peut y arriver sans revenir à des combats de haute intensité, c'est très bien", a-t-il déclaré dimanche sur Fox News.

Dans la capitale, Téhéran, épargnée par les bombardements depuis la reprise des hostilités début juillet, la vie suit son cours normal, entre embouteillages habituels et vague de chaleur, selon l'équipe de l'AFP sur place.

La guerre au Moyen-Orient a débuté le 28 février avec une campagne de bombardements israélo-américains contre l'Iran, et fait des milliers de morts dans la région. Elle a aussi ébranlé l'économie mondiale en bloquant le trafic dans le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transitait avant-guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures.

La République islamique, qui verrouille cette stratégique voie maritime et veut faire payer le passage, a annoncé avoir tenu vendredi et samedi de nouvelles discussions avec Oman, dont les côtes bordent également le détroit, sur sa future gestion.

Les Etats-Unis ont repris en représailles leur blocus des ports iraniens.

Front yéménite 

Un protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran, prévoyant un cycle de négociations de paix de 60 jours, a volé en éclats moins d'un mois après son entrée en vigueur.

Sur le nouveau front de la guerre, opposant l'Arabie saoudite aux rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, les hostilités se sont intensifiées.

C'est le contrôle du ciel du pays qui a réveillé la discorde le 13 juillet: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès de Ryad, contrairement à l'usage depuis dix ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de Sanaa.

En retour, les Houthis ont attaqué le territoire saoudien pour la première fois depuis 2022. Ils ont notamment visé samedi des sites pétroliers.

 


Andy Burnham inaugure son Downing Street "du Nord" à Manchester

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham inaugure un bureau gouvernemental à Manchester pour renforcer la décentralisation et rapprocher l'État des régions
  • Des experts estiment toutefois que cette initiative reste surtout symbolique, sans réel transfert de pouvoirs

LONDRES: Le Premier ministre britannique Andy Burnham a inauguré vendredi ses nouveaux bureaux situés à Manchester, où il travaillera au moins une fois par semaine, symbole de sa promesse aux contours encore flous d'accentuer la décentralisation en Angleterre.

Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et a succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région" pendant son mandat.

Sa première mesure est la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines. Une référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre.

S'adressant au personnel de cette nouvelle entité, installée dans un immeuble du centre de Manchester, Andy Burnham a évoqué la création d'un "pôle Nord qui fera contrepoids au pôle Sud", et permettra de "donner le sentiment d'un pays plus équilibré".

Il prévoit de travailler au moins une fois par semaine dans les bâtiments du "No. 10 North", où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ était déjà installée, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, répétant qu'il ne s'agit pas d'une mesure "gadget".

"Ce n'est pas juste un nouveau bureau (...) c'est une façon différente de gouverner" le Royaume-Uni, a insisté le dirigeant travailliste, en présence notamment du ministre des Finances, John Healey.

Andy Burnham a présidé dans l'après-midi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver, rassemblant plusieurs ministres et les maires à la tête de grandes agglomérations ou régions d'Angleterre.

Il a promis aux édiles que le gouvernement serait "entièrement mobilisé" derrière eux "car c'est sur le terrain que la croissance se concrétise".

Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.

- Signal positif -

Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.

"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.

Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.

Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la décentralisation, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.

En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.

"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.

Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.

- Contrepoids au Trésor -

Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".

Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.

L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts: des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).

Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.

"Cela a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.