Venezuela, décadence d'un géant pétrolier empêtré dans la crise

Vue d'une plate-forme pétrolière au sud du lac Maracaibo, au large de Maracaibo, Venezuela, le 7 septembre 2021. (Photo, AFP)
Vue d'une plate-forme pétrolière au sud du lac Maracaibo, au large de Maracaibo, Venezuela, le 7 septembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 19 janvier 2022

Venezuela, décadence d'un géant pétrolier empêtré dans la crise

  • En 2008, le Venezuela produisait 3,2 millions de barils par jour et le pays était un des poids lourd économiques d'Amérique latine
  • Treize ans plus tard, il ne sort qu'entre 500 000 et 1 million de barils du sous-sol du pays qui traverse une crise sans précédent avec un PIB par habitant tombé au niveau de celui de Haïti

PUERTO CONCHA : Tuyauterie et armatures rongées par la rouille, pièces détachées qui trainent au sol, fuites... Dans l'ancien champ pétrolier du lac de Maracaibo (ouest) des escaliers ne mènent nulle part, métaphore de l'industrie pétrolière du Venezuela jadis florissante et aujourd'hui en plein marasme.

Même si la production dans l'est du pays se porte mieux, la désuétude dans laquelle se trouvent les installations dans l'Etat de Zulia, où est née l'industrie pétrolière vénézuélienne il y a plus d'un siècle, est symbolique de la décadence de cet ancien géant pétrolier.

En 2008, le Venezuela produisait 3,2 millions de barils par jour et le pays était un des poids lourd économiques d'Amérique latine. Treize ans plus tard, il ne sort qu'entre 500 000 et 1 million de barils du sous-sol du pays qui traverse une crise sans précédent avec un PIB par habitant tombé au niveau de celui de Haïti.

En son temps, le gisement de Maracaibo, appelé les "7 dalles", était une ville flottante qui brillait la nuit, avec un halo visible à des kilomètres à la ronde. Aujourd'hui, c'est un désert humide à l'air lourd rempli d'effluves d'hydrocarbures dont des nappes de brut échappées des puits flottent par endroits.

Les plateformes ont été pillées et dépouillées de tout ce qui avait la moindre valeur... y compris les robinets et valves contrôlant la sortie du pétrole et des gaz.

Plus grand monde ne se risque dans la zone "par peur d'une explosion en raison des gaz", affirme un pêcheur sous couvert d'anonymat.

Le 11 janvier, une explosion d'un oléoduc à l'autre bout du pays dans une zone pétrolière du nord-est a fait trois blessés. Les organisations syndicales et les dirigeants de l'opposition signalent fréquemment des accidents mais le pouvoir parle plutôt de "sabotages" et "actions criminelles" faisant "partie de la guerre permanente menée par des groupes appartenant à l'extrême droite vénézuélienne, soutenus par l'impérialisme nord-américain".

On est loin de la prospérité des années 1970 quand le pays était surnommé "Venezuela Saoudite". A cette époque, l'ensemble des compagnies pétrolières ont été nationalisées.

Contrôle politique

Entreprise étatique gigantesque, PDVSA (Petroleos de Venezuela) avait un monopole qui a perduré jusqu'à "l'ouverture pétrolière" dans les années 1990, mais cette libéralisation a ensuite été partiellement annulée avec l'arrivée au pouvoir de Hugo Chavez. Président d'inspiration socialiste (1999-2013), il a imposé aux compagnies présentes de s'associer avec PDVSA qui devait être majoritaire dans ces associations.

Corruption, choix stratégiques discutables, problèmes de maintenance, sanctions financières, vieillissement de l'outil industriel... le secteur peine à retrouver ses niveaux d'antan.

Sollicitée par l'AFP, l'entreprise n'a pas répondu.

Selon la plupart des analystes, une des périodes charnières a été le bras de fer au début des années 2000 entre Chavez (1999-2013) et les dirigeants de PDVSA. Cette opposition a culminé avec une grève historique de décembre 2002 à mars 2003 suivie par la prise de contrôle totale de l'entreprise par le pouvoir politique.

Dénonçant le "sabotage" de la production, le défunt président a ensuite licencié de nombreux cadres et des milliers d'employés pour rembaucher des gens "loyaux à la révolution" mais qui n'avaient pas forcément de compétence dans le domaine.

PDVSA est ainsi "devenue la vache à lait de l'Etat" ainsi que le centre de recrutement de ses "fidèles serviteurs", sans prendre en compte les besoins d'investissement de l'entreprise, relate un analyste.

La plupart des personnes interrogées par l'AFP ont préféré témoigner sous couvert d'anonymat sur ce sujet extrêmement sensible au Venezuela.

«Familles brisées»

Carlos (dont le prénom a été changé) avait 18 ans quand il est entré dans PDVSA dans les années 2000. La production avait alors chuté à un plancher historique de 25 000 barils par jour mais il a ensuite connu les beaux jours, jusqu'à ce que "PDVSA se transforme en parti politique" avec une piteuse gestion de l'entreprise et des nationalisations de sous-traitants.

Quelque 70 entreprises chargées de l'entretien, du transport du personnel, sont ainsi devenues en 2009 dans l'Etat de Zulia propriétés de PDVSA.

"Les expropriations" ont eu pour conséquence "le manque d'entretien, la démotivation des employés", qui ont vu leur salaires chuter, explique Carlos.

Il dit avoir divorcé quand ses revenus se sont réduits comme peau de chagrin. "Beaucoup de femmes ont quitté leur mari parce qu'ils ne travaillaient plus à PDVSA. Des familles se sont brisées. Je ne gagnais plus assez", assure-t-il.

A cette époque, la moitié des 34 000 puits du pays étaient paralysés.

En 2013, la crise s'est amplifiée. Faute de paiement, des sous-traitants ont commencé à arrêter de travailler. Les ampoules qui grillaient n'étaient plus remplacées et le ravitaillement en restauration des plateformes s'est arrêté. Certains ouvriers chargés de l'extraction étaient donc obligés de passer leur journée "à pêcher pour se nourrir", raconte Maria, (prénom également modifié).

Larmes aux yeux

Maria travaillait aussi pour PDVSA. En 2016, elle a constaté l'étendue des dégâts sur le port de Maracaibo, la capitale pétrolière de l'Ouest, jadis grouillante d'activité: cimetière de bus délabrés, de bateaux échoués et ouvriers faisant acte de présence et se tournant les pouces.

"Ca m'a fait mal. Les larmes me sont venues aux yeux", raconte-t-elle.

A cette époque, tout était politique, jusqu'aux économiseurs d'écrans qui diffusaient des photos et maximes de Chavez ou de l'actuel président Nicolas Maduro.

"Nommer des gens en fonction de la politique a beaucoup affecté la production (...). On a écarté du personnel avec de l'expérience et la méritocratie a disparu", dit-elle.

Tout cela a créé un "terreau de corruption" avec des malversations au plus haut niveau --certains dirigeants ont été condamnés à des peines de prison-- jusqu'au niveau opérationnel avec le vol ou le pillage de matériel.

En 2017 le pouvoir a lancé une vaste opération contre la corruption au sein de PDSVA visant d'ex-dirigeants du groupe pétrolier d'Etat dont son ex-président Rafael Ramirez, accusé par le procureur général Tarek William Saab, d'être un des principaux responsables "de la faillite due à la corruption" du groupe pétrolier. Exilé en Italie, celui-ci assure que ces accusations sont politiques.

Plusieurs témoins évoquent aussi l'utilisation de véhicules d'entreprise à des fins personnelles, des achats privés avec les fonds de l'entreprise, des vols de télévisions et d'ordinateurs. La gabegie a lentement tout rongé.

«Entre les mains de Dieu»

Carlos Mendoza Pottella, professeur d'économie pétrolière à l'Université centrale du Venezuela (UCV), nuance le constat, soulignant que ce type de comportement se produisait déjà dans les années 1980, pourtant une époque dorée.

Face à la décadence en cours, de nombreux agents de PDVSA ont quitté le navire en perdition pour trouver un autre travail et devenir chauffeur de taxi ou employé de supermarché.

Maria continue à venir deux fois par semaine au travail pour un salaire de 60 bolivares par mois (moins de 15 dollars). Avant, il y avait, en plus des bons salaires, une assurance médicale, des aide aides scolaires. "Maintenant nous sommes entre les mains de Dieu", dit-elle.

"Aujourd'hui, aucun travailleur du pétrole ne vit avec son salaire de PDVSA", poursuit-elle. Les seuls correctement payés le sont car "employés dans des +entreprises mixtes+", des joint-ventures avec la Chine ou la Russie, pays politiquement amis du Venezuela.

L'hémorragie a atteint tous les niveaux: de la main d'œuvre non-qualifiée aux ingénieurs ou géologues, partis gagner leur vie à l'étranger. "Certains avaient été formés par PDVSA mais le gouvernement les a laissés partir", souligne Maria.

Autre problème, les fréquentes coupures électriques depuis 15 ans dans l'Etat de Zulia, dont Maracaibo est la capitale. Devenues si habituelles à une certaine période que le travail s'interrompait à midi.

Le Venezuela se trouve ainsi dans un paradoxe dont il a du mal à sortir: malgré des réserves mondiales surabondantes, il y a une pénurie d'essence et Caracas a même dû importer du carburant iranien à certaines périodes.

Sanctions

Et cette pénurie influe elle-même sur la production car elle complique toute la chaîne logistique.

Même si la chronologie des événements ne correspond pas à la version des autorités, le pouvoir vénézuélien accuse les sanctions américaines, dont les premières datent de 2014 et qui ont été alourdies par Donald Trump en 2017, d'être responsables de l'état désastreux de l'appareil pétrolier.

Traditionnellement hostile aux dirigeants socialistes, Washington, qui entretenait des relations tendues avec Chavez, cherche à évincer Nicolas Maduro du pouvoir alors que l'opposition a boycotté sa réélection en 2018 et les législatives de 2020, jugeant les scrutins "frauduleux". Une cinquantaine de pays ne reconnaissent pas Maduro comme le président légitime du pays.

Il est vrai que les Etats-Unis, qui étaient le principal acheteur du brut vénézuélien, ont particulièrement visé le secteur pétrolier, empêchant notamment l'achat de pièces de rechange.

Les sanctions compliquent la tâche des employés qui tentent de remettre l'industrie sur les rails.

Aux "7 dalles", Roy, pêcheur âgé de 30 ans, se souvient de ses débuts avec son père et comment il était impressionné par "La Casona" (la grande maison), une plate-forme logistique pour les 13 puits du site. "Il y avait toujours quatre ou cinq bateaux" autour, dit-il.

Fuites

Aujourd'hui, des jets de brut s'échappent parfois des plateformes. "Un jour, j'ai vu un jet de 70 m. Je croyais que c'était de l'eau mais c'était du pétrole", raconte-t-il.

Les rejets non-contrôlés des puits polluent le lac de Maracaibo (13 000 km 2) depuis des années. Certaines parties privées d'oxygène en raison de nappes de brut sont appelées des "zones mortes".

Les résidents en souffrent. "Les nappes de brut t'empêchent de travailler", dit Roy dont les filets s'engluent parfois dans le liquide visqueux. Il dit avoir perdu plus de 100kg de crabes souillés par le pétrole.

En octobre 2021, la NASA a diffusé des images satellites édifiantes du lac montrant des spirales d'algue et de nombreuses nappes de brut.

"Au fond du lac, il y a (un enchevêtrement) des tuyaux et des pipelines, comme un plat de spaghetti, libérant du pétrole qui tue la biodiversité", se désole l'expert Mendoza Pottella.

Mais ce n'est pas le seul site concerné. L'existence de fuites, rarement signalées par PDVSA, sont rapportées partout où est exploité du pétrole au Venezuela.

«Petite reprise»

Près de Maturin, la capitale de l'Etat de Monagas (nord-est), les fuites sont fréquentes dans les énormes canalisations qui traversent les fermes et les maisons. Dans le petit village de Los Pozos de Guannipa, les pipelines sont fissurés. "Il y a un écoulement continu", se plaint Eleazar, paysan modeste qui fait pousser bananes et papayes. "Ca contamine tout".

Pour autant, le président Maduro s'est félicité début janvier du rebond de la production à 1 million de barils/jour et a fixé pour objectif en 2022 d'atteindre les 2 millions de barils/jour.

En 2021, il y a eu "une petite reprise" des activités pétrolières "et PDVSA" repaie ses sous-traitants, indique à l'AFP un homme d'affaires ayant des décennies d'expérience dans le monde du pétrole.

Jusqu'à il y a quelques mois encore "pratiquement tout" était arrêté, ajoute-t-il.

A une époque où les énergies fossiles sont décriées, le président Maduro, qui a hérité d'une industrie déjà en chute libre, assure que le pays va sortir de la dépendance au pétrole.

"Nous n'allons pas hypothéquer la vie d'un pays pour un produit, le temps de la +rente pétrolière+ est révolu", jure le président qui parie désormais sur la "diversification économique".


Taïwan rappelle les Etats-Unis à leur engagement sur les ventes d'armes, après la mise en garde de Trump

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
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  • En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise
  • Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan

TAIPEI: Le gouvernement de Taïwan a réaffirmé samedi que l'île était une nation "indépendante", en réponse à la ferme mise en garde du président américain Donald Trump à l'issue de sa visite à Pékin, et rappelé les Etats-Unis à leur engagement en ce qui concerne les ventes d'arme à Taïwan.

La politique américaine à l'égard de Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans toutefois la reconnaître à part entière ni soutenir ouvertement des velléités d'indépendance.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire.

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", a dit le président américain sur Fox News, en demandant à Taipei et à Pékin de faire "baisser la température".

"Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine", a réagi le ministère taïwanais des Affaires étrangères, estimant que la politique de Washington demeurait "inchangée".

"En ce qui concerne les ventes d'armes entre Taïwan et les Etats-Unis, il ne s'agit pas seulement d'un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d'une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales", a insisté le ministère taïwanais, dans un communiqué.

Washington est tenu de fournir des armes défensives à Taïwan en vertu du Taiwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979, à la suite de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les Etats-Unis et à condition que l’île ne déclare pas l’indépendance.

Depuis 1982, l'un des grands principes de la stratégie américaine est de ne pas "consulter" Pékin sur ses ventes d'armes à Taïwan tout en restant flou quant à la possibilité d’intervenir militairement en cas d'attaque chinoise.

En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise.

Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.

S'en sont suivis des mois de bataille politique à Taïwan où le président Lai Ching-te (DPP) qui n'a pas la majorité au parlement, a proposé de voter 40 milliards de dollars pour la modernisation et le renforcement des capacités de défense de l'île.

Il s'est heurté à l'opposition du Kuomintang (KMT) qui accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant. Le Kuomintang  s'est finalement laissé fléchir et permis le vote le 8 mai d'une enveloppe de 25 milliards de dollars destinés à l'achat d'armes américaines.

"Engagement" et "dissuasion commune" 

"Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise, proclamons l'indépendance parce que les Etats-Unis nous soutiennent", a également déclaré Donald Trump, en ajoutant n'avoir pas encore pris de décision sur les ventes d'armes américaines à l'île.

"Je prendrai une décision dans un délai assez court", a pourtant répondu M. Trump aux journalistes vendredi, en chemin vers Washington.

La visite du président américain a permis d'afficher une certaine stabilité entre les deux superpuissances, sans déboucher sur de grandes avancées, que ce soit sur le commerce ou sur l'Iran, allié de la Chine.

La visite annoncée de Xi Jinping à Washington à l'automne servira de nouveau test pour le fragile statu quo entre la première et la deuxième puissance mondiale.

Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, pense que la Chine va "pousser fortement" pour que Donald Trump s'abstienne de toute décision sur des ventes d'armes à Taïwan d'ici là.

Jeudi, avec une fermeté inhabituelle, Xi Jinping avait mis Donald Trump en garde: "La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit".

 


«Flottille pour Gaza»: expulsés par Israël, les militants étrangers sont arrivés en Turquie

Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
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  • Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne
  • Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué

JERUSALEM: Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance, selon des images de l'AFP.

Les forces israéliennes "nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens", a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi.

Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.

Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué.

"Deux Coréens ont été expulsés vers la Corée du Sud, un participant a été expulsé vers l'Egypte, deux vers la Jordanie, une citoyenne israélienne a été libérée dans le pays, et le reste des 422 participants a été transféré à Istanbul à bord de trois vols de Turkish Airlines affrétés par le gouvernement turc", a indiqué la coalition Freedom Flotilla.

Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, au sud-ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.

Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.

Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.

Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.

"Partisans terroristes du Hamas" 

Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.

Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.

Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.

 "Traitement de luxe" 

Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".

En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.

Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".

L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X ces prises de positions.

Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."


Trump assure l'engagement des États-Unis en faveur de la sécurité dans le Golfe dans une lettre adressée au Bahreïn

Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
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  • Le dirigeant américain dit son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn face aux attaques de drones et de missiles iraniens
  • Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran.

LONDRES : Le président américain Donald Trump a souligné l'engagement de Washington à assurer la sécurité et la stabilité dans la région du Golfe dans une lettre adressée au roi Hamad bin Isa Al-Khalifa de Bahreïn.

Le dirigeant américain a également exprimé son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn en réponse aux violations du droit international par l'Iran, a rapporté l'Agence de presse de Bahreïn.

Les défenses aériennes bahreïnies ont intercepté et détruit au moins 188 missiles balistiques et 477 drones lancés depuis l'Iran depuis le début de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre le régime de Téhéran le 28 février.

Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran. Toutefois, le pays n'a participé à aucune opération directe menée par les États-Unis contre Téhéran.

Un fragile cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis est en vigueur depuis le début du mois d'avril. Toutefois, le détroit d'Ormuz, une voie commerciale essentielle, reste fermé. Parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent afin de parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien.