Nucléaire iranien: la diplomatie européenne à l’épreuve des négociations de Vienne

Le palais de Coburg où se déroulent les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne. (AFP).
Le palais de Coburg où se déroulent les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne. (AFP).
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Publié le Lundi 31 janvier 2022

Nucléaire iranien: la diplomatie européenne à l’épreuve des négociations de Vienne

  • Le test de Vienne 2022 est capital pour l’aura d’une Union européenne qui peine à trouver sa place parmi les grandes puissances d’aujourd’hui
  • L’UE pourrait être considérablement affectée par un accord mal ficelé et non étendu à des questions plus larges (missiles balistiques et stabilité régionale), ou par un échec retentissant

PARIS: Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien entrent dans une phase critique d’un processus relancé en novembre dernier. Elles représentent un défi au niveau mondial et un test pour le rôle médian de l’Union européenne (UE).

Après tant de suivi et d’efforts de l’UE et de la troïka européenne (France, Grande-Bretagne, Allemagne), l’influence européenne n’est plus la même que lors du mandat de Hassan Rohani et s’est réduite depuis l’élection du nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi. Cela inclut l’ordre du jour des négociations, tout comme la perception et l’efficacité des démarches européennes. Ainsi, dans le cas d’un accord de Vienne bis ou d’un accord provisoire, ou même en cas d’échec cuisant, le dilemme de la diplomatie européenne est certain compte tenu de l’impact du résultat sur les équilibres régionaux et internationaux, ainsi que le système de non-prolifération des armes nucléaires.

Depuis l’épisode de Federica Mogherini comme «Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité» (2014-2019), l’accord sur le nucléaire de 2015 fut l’un de rares succès diplomatiques de l’UE en tant que tel. Pour cette raison, le test de Vienne 2022 est aussi capital pour l’aura d’une UE qui peine à trouver sa place parmi les grandes puissances d’aujourd’hui.

Négociations menacées d’enlisement

Les négociations de Vienne qui traînent en longueur depuis avril 2021 ont été en pratique paralysées par l’intransigeance et la procrastination de l’Iran. Téhéran refuse le principe de la concomitance entre la levée des sanctions américaines et l’engagement iranien pour un retour au respect de clauses de l’accord de 2015.

Il semble que toutes les tentatives de trouver un compromis aient échoué. Au point que le ministre français des Affaires étrangères (après une réunion avec ses homologues allemand et britannique) a estimé, le 20 janvier, que la négociation à Vienne «ne peut se poursuivre à un rythme aussi lent» sous peine de rendre impossible la relance de l'accord. Il serait en effet vidé de sa substance en raison de violations iraniennes. Cette mise en garde s’explique par la crainte qu’ont les Occidentaux que les progrès de la République islamique lui permettent d’obtenir le statut d’«État de seuil nucléaire». En somme, ils redoutent un possible enrichissement d’uranium passant de 60% à 90% et la mise en service de centrifugeuses très développées.

Pour les spécialistes européens, nous sommes dans la dernière ligne droite pour sauver les négociations. Ils insistent sur «l’urgence» à conclure ces négociations, alors que Téhéran se rapproche de «manière significative» du stock d'uranium nécessaire à la fabrication d’une bombe. Ce constat est partagé par une source diplomatique américaine qui précise qu’en novembre dernier, la partie américaine a été prise de court par l’accélération du programme nucléaire iranien, et par le fait que Téhéran soit plus belliqueux dans ses activités régionales.

Dans ce cadre, Européens et Américains s’accordent à dire que les enjeux vont bien au-delà de l'Iran, ils concernent le Moyen-Orient et le système mondial de prolifération.

La sécurité régionale en question

Les négociations nucléaires de Vienne oscillent donc entre progrès timides et risques d’échec. Bien que tous les participants aux négociations parient sur le succès, la méfiance et les grands antagonismes dominent encore en Amérique et en Iran.

Dans tous les cas de figure, le grand absent des négociations est le Moyen-Orient, qui sera le plus impacté par les résultats des négociations: l'échec comme le succès représentent un problème. Plus critique encore, l’Iran donne l’impression de négocier en position de force, parce que les Américains et les Européens négocient en effet à partir de positions dispersées et manquent de leviers de pression ou de plan B. Téhéran profite de sa position géopolitique et de ses atouts pour naviguer entre Américains, Européens, Russes et Chinois. L’Iran parvient à imposer l'ordre du jour: aucune discussion ne concerne autre chose que  l'accord nucléaire de 2015. Aucune négociation directe ne se tient avec les États-Unis (avant la levée de toutes les sanctions américaines).

Ainsi, l’Iran ne fait pas de concessions sur son retour à ses obligations contenues dans l’accord depuis le retrait unilatéral de Washington à l’ère Trump. Téhéran insiste pour que soient d’abord levées toutes les sanctions américaines, et qu’un processus soit mis en œuvre pour éviter qu’une partie à l’accord puisse s’en retirer de son propre gré en imposant à nouveau des sanctions (la dernière condition est inapplicable, elle nécessite la transformation de l’accord en traité validé par le Congrès).

Pire encore, l’administration Biden, tout comme les Européens, ont accepté d’abandonner leur insistance sur un accord «plus long et plus fort», et de discuter du programme de missiles de l'Iran et du comportement iranien déstabilisateur au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, l’histoire se répète. L’administration Obama avait déjà commis l’erreur de   «remodeler» toute la politique américaine dans la région (en abandonnant ses alliés arabes) pour parvenir à un accord nucléaire sans aucune discussion sur l'influence régionale de l'Iran. L'argument était qu'un accord serait «meilleur pour la sécurité de l'Amérique et la sécurité de ses alliés et de ses entreprises». Pour l’Europe, voisine du Moyen-Orient, les risques pour la sécurité régionale pourraient concerner la sécurité stratégique européenne et les intérêts de l’UE dans la zone.

Grosso modo, en cas d’accession de l’Iran à la bombe nucléaire ou au statut d’État de seuil, tout le Moyen-Orient risque de se transformer en «lac nucléaire». En effet, au Moyen-Orient, Israël possède l'arme nucléaire depuis la fin des années soixante, d’autres pays comme l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie pourraient développer des programmes nucléaires. Ceci signifie que l’effondrement de l’ordre nucléaire au Moyen-Orient pourrait mettre en péril le système international de non-prolifération des armes de destruction massive.

Possible bouleversement de l’ordre nucléaire mondial 

Sous la pression de mutations et du «chaos stratégique mondial», l’ordre nucléaire mondial, déjà périlleux, risque désormais de s'effilocher, alors que les États-Unis, la Russie et la Chine modernisent leurs arsenaux (le Pentagone estime que la Chine pourrait disposer d'au moins mille bombes d'ici à 2030), les négociations avec Téhéran représentent un test pour toute la communauté internationale, car elles visent à empêcher un dixième pays – le dernier en date étant la Corée du Nord, en 2006 – de se doter de la bombe.

L’échec des pourparlers avec l'Iran (le premier grand exercice diplomatique de Biden et un acte majeur de l’UE) aurait ainsi des conséquences dans le monde entier. Dans ce contexte, le coordinateur de l’UE, Enrique Mora, qui préside les pourparlers, prédit des discussions encore «très difficiles» dans les «jours et les semaines à venir».

Selon une source européenne à Bruxelles, la situation est très inquiétante, car pendant que les négociations s’enlisent, l’Iran installe des centrifugeuses IR-6 et IR-9, qui sont beaucoup plus rapides que les IR-1 autorisées par l'accord de 2015. La même source avertit sans nuances: «Le temps nécessaire pour que l'Iran produise suffisamment de carburant pour une bombe a chuté, passant de plus d'un an à un délai entre trois semaines et deux mois». Tous ces éléments mettent la France et l’Europe dans une position délicate, car tout succès sera attribué aux États-Unis, tandis que l’UE pourrait être considérablement affectée par un accord mal ficelé et non étendu à des questions plus larges (missiles balistiques et stabilité régionale), ou par un échec retentissant.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.


Trump promet de bombarder l'Iran «bien plus durement» si le pays réplique aux dernières frappes américaines

Donald Trump a menacé de bombarder l'Iran "bien plus durement" si le pays répliquait aux frappes menées mardi par l'armée américaine, qu'il a qualifiées de "puissantes". (AFP)
Donald Trump a menacé de bombarder l'Iran "bien plus durement" si le pays répliquait aux frappes menées mardi par l'armée américaine, qu'il a qualifiées de "puissantes". (AFP)
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  • "Si la nation en faillite qu'est l'Iran riposte à cette attaque parfaitement justifiée, elle sera de nouveau frappée, bien plus durement", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social
  • Pour sa part, le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé mardi avoir déclenché de nouvelles frappes contre l'Iran, dans une courte déclaration publiée sur le réseau X

WASHINGTON: Donald Trump a menacé de bombarder l'Iran "bien plus durement" si le pays répliquait aux frappes menées mardi par l'armée américaine, qu'il a qualifiées de "puissantes".

"Si la nation en faillite qu'est l'Iran riposte à cette attaque parfaitement justifiée, elle sera de nouveau frappée, bien plus durement", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Pour sa part, le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé mardi avoir déclenché de nouvelles frappes contre l'Iran, dans une courte déclaration publiée sur le réseau X.

"Aujourd'hui à 12h00 (16h00 GMT), les forces américaines ont commencé à frapper des cibles des Gardiens de la révolution en Iran", a indiqué le Centcom, disant répondre "à de récentes attaques des Gardiens de la révolution contre la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz et contre des militaires américains déployés dans la région."

La télévision d'Etat iranienne a fait état de plusieurs explosions entendues dans le sud du pays, près de Bandar Abbas et de l'île de Qeshm, à proximité du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce de pétrole, où le trafic maritime a considérablement baissé après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février.

Les Etats-Unis avaient mené dimanche des frappes, les premières en un mois, contre des lanceurs situés sur une île iranienne.

L'Iran avait riposté en attaquant au moyen de missiles et de drones des cibles américaines en Jordanie et aux Emirats arabes unis, tout en affirmant par la voix de son président Massoud Pezeshkian ne pas vouloir la poursuite de la guerre.

Le président américain Donald Trump avait promis de répondre à ces représailles, mais semble avoir écarté pour l'instant la reprise d'une opération militaire massive contre l'Iran.

Washington a par ailleurs promis une campagne d'"asphyxie" économique de l'Iran, dont les contours et les cibles restent à préciser.