Apprentissage: en boucherie, chômage «zéro» mais «manque de bras»

Un boucher s'entretient avec un étudiant lors d'une distribution alimentaire aux étudiants dans le besoin dans sa boucherie de Vénissieux, le 18 mars 2021. (Photo, AFP)
Un boucher s'entretient avec un étudiant lors d'une distribution alimentaire aux étudiants dans le besoin dans sa boucherie de Vénissieux, le 18 mars 2021. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 02 février 2022

Apprentissage: en boucherie, chômage «zéro» mais «manque de bras»

  • Pour ce seul cours, Pascal Pichon, formateur depuis 12 ans, et boucher depuis 42 ans compte «12 agneaux et quatre demi-veaux»
  • L'école commande entre 1,5 et 2 tonnes de viande par semaine à des fournisseurs qui la récupèrent une fois préparée par les élèves

PARIS : "Le chômage est égal à zéro" mais "on manque de bras": à l'école professionnelle de la boucherie à Paris, des apprentis se décarcassent, avec la certitude de trouver un emploi à la clé, car "il y a du taf!".

Dans l'atelier, où la température avoisine les 8 ou 9 degrés, une trentaine de jeunes de 18 ans à la trentaine, en dernière année de brevet professionnel, s'affairent à la découpe d'agneaux.

Pour ce seul cours, Pascal Pichon, formateur depuis 12 ans, et boucher depuis 42 ans compte "12 agneaux et quatre demi-veaux". L'école commande entre 1,5 et 2 tonnes de viande par semaine à des fournisseurs qui la récupèrent une fois préparée par les élèves.

"C'est un métier qui s'apprend par l'expérience", explique à l'AFP le formateur, en s'affairant dans l'atelier où la discipline règne - sécurité oblige.

S'il reconnaît des "conditions contraignantes" comme le fait de travailler dans le froid ou les week-ends et jours fériés, il assure que c'est un secteur "où on va pouvoir s'éclater, gagner sa vie et plus que ça".

Mais il s'inquiète d'un "manque de jeunes" pour compenser toutes les boutiques où "la génération qui sera à la retraite d'ici un à deux ans tient un peu la baraque".

Le secteur, qui emploie quelque 90 000 personnes, selon la Dares, a perdu 12% de ses effectifs entre 2003-2005 et 2017-2019.

"On n'a pas le vivier", déplore aussi Thomas Weisz, le directeur général de cette école de boucherie, la plus ancienne en France, ouverte depuis 1927.

Plutôt qu'un boom de l'apprentissage, il fait état d'un "trou d'air". A cause de la Covid et faute d'informations métiers auprès des collégiens en 2020-2021, l'école n'accueille que quelque 320 élèves cette année contre 355 l'année précédente.

Déjà titulaires d'un CAP, les élèves de l'atelier sont en 4e année. Ils alternent entre une semaine au CFA et deux en entreprise, pour l'essentiel en artisanat (80%).

«Même pas peur!»

"Ils ne forment pas des salariés, ils forment de futurs entrepreneurs", se félicite Eva Jollans, 30 ans, une des deux seules femmes dans l'atelier, qui s'est reconvertie après avoir exercé dans la joaillerie, car "il y avait du taf!".

"On ne compte pas nos heures, donc tant qu'à faire, autant gagner sa croute après", poursuit-elle dans sa tenue d'école bleu marine à rayure, tablier blanc et casquette siglée "EPB". "Pro-apprentissage", elle vante "une partie théorique super bien faite" et une complémentarité en entreprise, où elle gagne davantage que le Smic.

Quant aux conditions de travail, "même pas peur!", lance-t-elle, notant que l'école compte 6% de femmes, taux qui progresse d'un point chaque année.

Vincent Scotto, qui se voit bien à la tête d'une boutique où les clients pourraient manger sur place, veut croire qu'avec la Covid, les Français "ont redécouvert les commerces de proximité" et la qualité.

Le jeune homme tatoué a lui aussi eu une autre vie professionnelle comme soigneur équin, un métier qu'il appréciait mais qui "ne nourrit pas une famille". Il voit dans la boucherie "un joli métier qui a de l'avenir".

"Je suis allé en boucherie parce que j'aimais bien manger", rapporte aussi François Bonnesire après un passage en IUT génie civil où il en a eu "marre de faire des maths". Le jeune de 23 ans, qui touche 1 500-2 000 euros, se voit grossiste et estime que l'apprentissage "permet de tout connaître".

Après avoir "loupé" son Bac S en 2012, Valentin Chapuis, 28 ans, s'est pour sa part dirigé vers la charcuterie puis les pompes funèbres avant la boucherie. Il veut croire que l'image du boucher a évolué, alors que dans les métiers de bouche, "on a longtemps eu l'image de ceux qui n'étaient pas doués à l'école".

Mais "on ne parle pas assez de ces métiers-là", déplore le directeur général, notant que les bons chiffres de l'apprentissage concernent les "niveaux supérieurs". M. Weisz vante pourtant "95% d'insertion en entreprise" dans les trois mois après la formation. Et des jeunes qui "réussissent très bien", des anciens élèves, revenant même quelques années après "en Porsche ou en Maserati"...


Hermès pénalisé au premier trimestre par la guerre au Moyen-Orient et les taux de change

L'activité dans les magasins du groupe, en croissance de 7%, "a perdu presque 1,5 point de croissance lié aux événements au Moyen-Orient". (AFP)
L'activité dans les magasins du groupe, en croissance de 7%, "a perdu presque 1,5 point de croissance lié aux événements au Moyen-Orient". (AFP)
Short Url
  • L'activité dans les magasins du groupe, en croissance de 7%, "a perdu presque 1,5 point de croissance lié aux événements au Moyen-Orient", a précisé à des journalistes le directeur général finances, Éric du Halgouët
  • "On avait une très belle croissance à deux chiffres en janvier et février, le mois de mars a marqué un coup d'arrêt puisque notre activité s'est trouvée en recul de 40%", "principalement aux Émirats arabes unis"

PARIS: Le groupe français de luxe Hermès a publié mercredi des ventes en baisse de 1,4% sur un an à 4,1 milliards d'euros au premier trimestre, pénalisées par les taux de change et la guerre au Moyen-Orient.

A taux de change constant, le chiffre d'affaires du sellier-maroquinier progresse de 6%, l’effet défavorable des changes représentant 290 millions d'euros. "Dans un contexte géopolitique sous tension, la maison Hermès garde son cap", déclare le gérant du groupe Axel Dumas, cité dans le communiqué.

L'activité dans les magasins du groupe, en croissance de 7%, "a perdu presque 1,5 point de croissance lié aux événements au Moyen-Orient", a précisé à des journalistes le directeur général finances, Éric du Halgouët.

"On avait une très belle croissance à deux chiffres en janvier et février, le mois de mars a marqué un coup d'arrêt puisque notre activité s'est trouvée en recul de 40%", "principalement aux Émirats arabes unis", a-t-il détaillé, précisant que le groupe opère dans six magasins dans cette zone qui représentent "4% des ventes du groupe".

Les ventes aux Royaume-Uni, en Italie et en Suisse ont également souffert de cette guerre car Hermès y a un "proportion significative de clientèle du Moyen-Orient", selon le directeur finances.

Les ventes en France, en baisse de 2,8% à 347 millions d'euros sont pénalisées par "le ralentissement des flux touristiques, notamment en mars", selon le communiqué.

Pour les autres régions, les ventes en Amérique, Japon et Europe hors France "réalisent de belles progressions", "malgré le ralentissement des flux touristiques en lien avec les événements survenus au Moyen- Orient".

La zone Amérique "réalise un premier trimestre exceptionnel, avec une croissance équilibrée dans tous les métiers, tant aux États-Unis, qu'au Canada ou en Amérique du Sud", avec un chiffre d'affaires en hausse de 6,4% à 739 millions d'euros.

Le chiffre d'affaires au Japon en baisse de 3,9% (mais en hausse de 9,6% à taux de change constant) atteint 404 millions d'euros grâce à la clientèle locale.

En Europe hors France, le chiffre d'affaires est en hausse de 7,6% à 538 millions d'euros, soutenu par la demande locale également.

Le chiffre d'affaires en Asie hors Japon baisse de 4,6% (mais augmente de 2,2% hors effet de change) à 1,88 milliard d'euros avec une Grande Chine (qui inclut Hong Kong, Taïwan, Macao et la Chine) qui "poursuit une légère croissance".

 


Keolis MHI : Le métro et le tramway de Dubaï sous une nouvelle direction

Sous cette nouvelle direction, Keolis MHI entend renforcer ses équipes pluridisciplinaires et exploiter les nouvelles technologies afin de maintenir la qualité de service du métro et du tramway de Dubaï. (Fournie)
Sous cette nouvelle direction, Keolis MHI entend renforcer ses équipes pluridisciplinaires et exploiter les nouvelles technologies afin de maintenir la qualité de service du métro et du tramway de Dubaï. (Fournie)
Short Url
  • Keolis MHI nomme Vikas Sardana directeur général, alors que l’entreprise accélère son « Plan stratégique 2026 » et renforce son partenariat avec la RTA de Dubaï
  • Keolis MHI, consortium réunissant Keolis, Mitsubishi Heavy Industries et Mitsubishi Corporation, exploite le métro et le tramway de Dubaï avec plus de 1.700 employés et mise sur l’innovation pour maintenir la qualité de service

DUBAÏ : Keolis MHI, opérateur du métro et du tramway de Dubaï, a récemment annoncé la nomination de Vikas Sardana au poste de directeur général. Cette nomination intervient alors que l’entreprise accélère la mise en œuvre de son « Plan stratégique 2026 » et consolide son partenariat avec la Roads and Transport Authority (RTA).

Ancien directeur des opérations de Keolis MHI, Vikas Sardana apporte plus de vingt ans d’expérience dans les réseaux de métro au Moyen-Orient et en Inde.

« C’est un honneur de diriger Keolis MHI à un moment déterminant pour la mobilité urbaine à Dubaï », a-t-il déclaré. « Notre objectif reste de fournir une expérience de transport fluide, durable et de classe mondiale. »

Youenn Dupuis, CEO Moyen-Orient et Asie de l’Est du groupe Keolis, a estimé que cette nomination reflétait « la profondeur de l’expertise opérationnelle au sein de Keolis MHI », ainsi que sa connaissance du réseau local.

Keolis MHI est un consortium réunissant Keolis, Mitsubishi Heavy Industries Engineering et Mitsubishi Corporation. L’entreprise exploite et maintient le métro de Dubaï ainsi que le tramway, dans le cadre d’un contrat de long terme avec la Roads and Transport Authority (RTA), depuis 2021. Présente à l’échelle internationale via le groupe Keolis, elle s’appuie sur plus de 1.700 employés et opère dans plusieurs régions du monde.

Sous cette nouvelle direction, Keolis MHI entend renforcer ses équipes pluridisciplinaires et exploiter les nouvelles technologies afin de maintenir la qualité de service du métro et du tramway de Dubaï.


Au Moyen-Orient, le dessalement au cœur des enjeux stratégiques de l’eau

L'usine de dessalement de Veolia à Sur, Oman. (Photo : fournie)
L'usine de dessalement de Veolia à Sur, Oman. (Photo : fournie)
Short Url
  • Le dessalement, pilier vital de l’eau au Moyen-Orient, assure jusqu’à 90 % de l’approvisionnement dans certains pays du Golfe
  • Veolia innove pour rendre le dessalement plus durable : énergie réduite, première usine 100 % solaire et solutions adaptées aux besoins locaux

​​​​​​DUBAÏ : Dans un contexte régional marqué par des tensions géopolitiques et la raréfaction des ressources hydriques, le dessalement s’impose comme un outil stratégique : les pays du Golfe, où il joue un rôle central, doivent relever des défis croissants liés à la protection des infrastructures, à l’augmentation de la population et à la demande industrielle.

Pour répondre à ces enjeux, les pays du Golfe investissent massivement dans les infrastructures de dessalement, en cohérence avec leurs stratégies nationales, leurs objectifs de croissance et leurs visions de développement à long terme. Ces projets font partie intégrante des plans visant à renforcer la sécurité hydrique et à soutenir l’expansion économique de la région.

À la tête de Veolia, Estelle Brachlianoff insiste sur la résilience du secteur face à ces enjeux. « Aujourd’hui, l'ensemble des activités de dessalement de Veolia se poursuivent et le service est assuré », affirme-t-elle lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Dans une région où l’accès à l’eau constitue un enjeu majeur pour les économies et les populations, ces installations sont « considérées d’intérêt national ». Elle souligne également que la sécurité des équipes, l’intégrité des infrastructures et la continuité des opérations font l’objet d’une vigilance constante, afin de garantir un approvisionnement stable malgré les risques.

Pour limiter les risques, les réseaux de dessalement sont conçus pour être robustes et interconnectés, permettant aux usines de se substituer les unes aux autres si nécessaire et intégrant des capacités de stockage pour assurer la continuité du service, explique Brachlianoff.

Cette configuration multi-site et la coordination avec les autorités locales sont essentielles pour protéger une ressource critique dans un environnement où la sécurité des infrastructures est stratégique. 

--
Selon la directrice générale de Veolia, Estelle Brachlianoff, le marché devrait accélérer sa croissance au cours des cinq prochaines années, principalement au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et dans certains pays d’Europe. (Photo : Médiathèque Veolia – Nicolas Fagot)

Le dessalement représente une part significative de l’eau potable dans les pays du Golfe : 42 % aux Émirats arabes unis, 70 % en Arabie saoudite, 86 % à Oman et 90 % au Koweït, selon une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022. « Le dessalement est aujourd’hui capital pour l’approvisionnement en eau des pays du Golfe », précise Brachlianoff, en soulignant le rôle central de cette technologie face à la pression démographique et industrielle. 

Pour répondre aux contraintes énergétiques, le secteur a réduit significativement sa consommation d’électricité. « Sur les dix dernières années, nous avons réussi à diviser par trois la consommation énergétique nécessaire à la production d’un mètre cube d’eau dessalée », ajoute-t-elle.

La transition vers les énergies renouvelables progresse également : à Sur, à Oman, un champ solaire alimente désormais l’usine de dessalement à 100 % en période diurne, faisant d’elle la première usine au monde fonctionnant ainsi. Cette initiative pourrait être dupliquée dans d’autres pays de la région, dans le respect des réglementations locales. 

--
À Sur, à Oman, un champ solaire alimente désormais l’usine de dessalement à 100 % en période diurne. (Photo : fournie)

Ces avancées rendent le processus plus efficace, modulable et respectueux de l’environnement, tout en permettant aux pays de mieux aligner leurs infrastructures sur leurs visions nationales de développement et de croissance.

Le marché du dessalement est en pleine expansion. « Le marché devrait accélérer sa croissance au cours des cinq prochaines années, principalement au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et dans certains pays d’Europe, avec une capacité prévue d’environ 40 millions de m³ par jour », note Brachlianoff. La demande varie selon les territoires : certains privilégient de grandes installations centralisées, comme les usines de Mirfa 2 et Hassyan aux Émirats arabes unis, tandis que d’autres optent pour des solutions plus compactes ou modulaires.

Avec près de 19 % de la capacité installée dans la région, Veolia est un acteur clé du secteur. Le dessalement ne constitue toutefois pas une solution unique : la directrice générale du groupe rappelle qu’il doit être complété par la réutilisation de l’eau et l’optimisation des réseaux afin de garantir un approvisionnement fiable et durable.

La durabilité du dessalement dépend de sa capacité à rester abordable et respectueux de l’environnement. Dans les régions exposées au stress hydrique, comme le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cette technologie restera toutefois un pilier de la sécurité de l’eau.