Une société masquée nuit-elle au développement des enfants?

Une élève, portant un masque facial, écoute son professeur lors d’un projet d’été à l’école primaire « Sonnenschule » à Beckum, dans l’ouest de l’Allemagne, le 6 juillet 2021. (AFP)
Une élève, portant un masque facial, écoute son professeur lors d’un projet d’été à l’école primaire « Sonnenschule » à Beckum, dans l’ouest de l’Allemagne, le 6 juillet 2021. (AFP)
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Publié le Jeudi 10 février 2022

Une société masquée nuit-elle au développement des enfants?

  • Aux Etats-Unis, les appels à lever l'obligation du port du masque à l'école se sont multipliés ces dernières semaines, y compris au sein de la communauté scientifique, au moment où les cas de Covid-19 plongent
  • Une étude sur des enfants de 7 à 13 ans, publiée dans la revue PLOS One, a confirmé que les émotions (peur, tristesse, colère) étaient moins bien identifiées lorsqu'une personne portait un masque

WASHINGTON: Grandir entouré d'adultes masqués nuit-il au développement des enfants? Deux ans après le début de la pandémie, les inquiétudes autour de l'effet des masques sur l'apprentissage du langage, émotionnel et social des plus jeunes ont soudainement pris le devant de la scène.

Aux Etats-Unis, les appels à lever l'obligation du port du masque à l'école se sont multipliés ces dernières semaines, y compris au sein de la communauté scientifique, au moment où les cas de Covid-19 plongent.

Des études scientifiques ont démontré que les masques ont bien un impact sur la capacité des enfants à reconnaître les visages et les émotions. Comme pour les adultes, les masques peuvent également gêner la communication verbale. Mais les experts sont divisés quant aux effets de long terme sur leur épanouissement.

Langage 

La première crainte concerne l'apprentissage du langage, qui a lieu dans les premières années de vie. 

Les enfants apprennent à parler à travers les interactions sociales, et regardent notamment la bouche des adultes afin de décortiquer les différents phonèmes. 

Cette voie se trouvant bloquée, il semble logique de supposer un effet néfaste.

"C'est vrai, vous regardez les visages lorsque vous apprenez à parler", explique à l'AFP Diane Paul, de l'association américaine des orthophonistes (ASHA). "Mais ce n'est pas la seule façon."

Les enfants s'aident également de la voix, des mouvements, ou encore des yeux. Elle relève que ceux souffrant de déficience visuelle apprennent bien aussi à parler. Et que les masques ne sont pas portés en permanence, par exemple à la maison.

"A l'heure actuelle, il n'y a pas d'étude ayant démontré l'impact à long terme des interactions entre jeunes enfants et adultes masqués sur le développement de la parole", martèle la spécialiste. "Mais il y a des études montrant que les enfants peuvent se brancher sur ces autres signaux de communication."

Une étude de 2021 a démontré que les nourrissons étaient capables de reconnaître des mots uniques à travers un masque, aussi bien que sans. Mais selon une autre, menée en France, les masques peuvent interférer avec l'apprentissage de la lecture chez les enfants en difficulté.

Da façon générale, les travaux de recherche restent rares sur le sujet. Mais "je ne vois vraiment pas de raison de paniquer", estime Diane Paul.

La principale agence fédérale de santé publique américaine (CDC), déclare que "les données limitées disponibles ne fournissent pas de preuve claire que les masques nuisent au développement émotionnel et langagier des enfants". Elle recommande ainsi le port du masque dès 2 ans -- contre 5 ans pour l'Organisation mondiale de la santé.

Liens sociaux 

Mais chez les psychiatres, le son de cloche est un peu différent.

"L'aspect émotionnel est encore plus important", juge Manfred Spitzer, également spécialiste en neurosciences cognitives à l'Université d'Ulm en Allemagne. Il note que la première chose perdue avec un masque est la vue du sourire.

"Dans le cadre éducatif, il y a beaucoup d'échanges implicites entre enseignants et enfants", explique-t-il à l'AFP. "Si vous altérez cette communication, vous perdrez forcément en réussite d'enseignement." 

Les craintes concernent aussi la capacité à nouer des liens sociaux. De nombreuses études ont montré que les masques rendaient plus compliquée l'identification des visages et des émotions, y compris -- voire davantage -- chez les plus jeunes.

Mais les conclusions sur les conséquences diffèrent.

Une étude sur des enfants de 7 à 13 ans, publiée dans la revue PLOS One, a confirmé que les émotions (peur, tristesse, colère) étaient moins bien identifiées lorsqu'une personne portait un masque -- mais avec des résultats similaires en comparaison au port de lunettes de soleil. Elle estimait ainsi "peu probable que les interactions sociales des enfants soient radicalement altérées dans leur vie quotidienne". 

Mais d'autres travaux, publiés dans Frontiers in Psychology, ont montré que les performances d'identification des émotions diminuaient considérablement entre 3 et 5 ans. Des résultats suggérant, selon les auteurs, que le masque "pourrait potentiellement" affecter le "développement social et raisonnement émotionnel".

Alors, faut-il s'affoler? 

"Je pense que nous devrions nous inquiéter en tant que société, pas que les parents devraient s'inquiéter de cela en permanence", estime Carol Vidal, psychiatre à l'université Johns Hopkins.

Elle qui exerce dans des établissements scolaires aux Etats-Unis fait partie d'un groupe de scientifiques appelant à la levée du masque obligatoire à l'école, où son port scrupuleux est de toute façon compliqué.

"Ils ne sont plus nécessaires à cette étape de la pandémie", juge-t-elle auprès de l'AFP, compte tenu notamment des faibles risques encourus par les enfants face au Covid-19, et des vaccins désormais disponibles dès 5 ans.

Tout est une question d'équilibre entre les bénéfices tirés, et les risques, souligne-t-elle. Or ceux posés par les masques "ne sont peut-être pas considérables en matière d'effets immédiats, mais je pense que nous devrions nous montrer prudents."


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.


Téhéran dit ne pas avoir tranché sur un accord brandi par Trump après l'annulation de frappes

Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme qu’un accord avec l’Iran est proche et a annulé des frappes américaines prévues
  • Téhéran assure qu’aucune décision finale n’a encore été prise concernant cet accord

TEHERAN: Téhéran a indiqué vendredi ne pas avoir encore tranché sur l'accord annoncé par le président américain pour mettre fin à la guerre, tempérant cette nouvelle annonce de Donald Trump qui a évoqué une signature dès "ce week-end".

Donald Trump a annulé jeudi des frappes américaines qu'il avait menacées de lancer dans la soirée contre l'Iran, assurant qu'un terrain d'entente avait été trouvé.

"Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l'Iran et, une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe", a déclaré le président américain depuis le Bureau ovale.

La diplomatie iranienne a toutefois peu après assuré que Téhéran n'avoir pas encore décidé de signer.

"Jusqu'à présent, l'Iran n'a pas encore abouti à une conclusion définitive concernant l'accord", a déclaré le porte-parole Esmaeil Baqaei aux médias d'Etat iraniens.

Le dirigeant républicain a dit penser que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, avait validé ce qu'il a qualifié "d'accord-cadre très solide" avec les Etats-Unis et avancé que son vice-président, JD Vance, le signerait possiblement dès "ce week-end".

Mais il n'a donné aucun détail sur le contenu de ce compromis, si ce n'est qu'il assurait une réouverture immédiate du détroit d'Ormuz après la signature, et l'impossibilité pour l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Selon un message sur X du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Donald Trump avait promis que tout accord final inclurait "l'élimination de l'uranium enrichi" de Téhéran.

Cet espoir de résolution du conflit a entraîné à la baisse le pétrole, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, cédant 1,11% à 89,37 dollars vers 2H30 GMT. Rassérénés, les marchés asiatiques bondissent aussi vendredi matin, l'indice Nikkei à Tokyo grimpant de presque 4%, et le Kospi à Séoul flambant de plus de 7%.

- Terminal pétrolier menacé -

Jeudi, Donald Trump avait promis de frapper "très fort" l'Iran dans la soirée, menaçant notamment de "prendre l'île de Kharg", son principal terminal pétrolier.

Mais "prenant acte du fait que les discussions avec la République islamique d'Iran ont été vues et approuvées par les plus hautes autorités iraniennes", il a annoncé plus tard avoir "annulé les frappes et les bombardements qui étaient prévus contre l'Iran", sur son réseau Truth Social.

Mardi, Donald Trump avait déjà promis un accord imminent avec l'Iran, pour la 38e fois depuis le début du conflit, selon un décompte de CNN.

L'Egypte a appelé Washington et Téhéran à saisir "l'opportunité" d'un accord pour mettre fin à la guerre, après l'annulation des frappes sur l'Iran, dans un communiqué publié tard jeudi.

Le cessez-le-feu au Moyen-Orient, entré en vigueur le 8 avril, a globalement été respecté jusqu'au week-end dernier, mais cette semaine a été marquée par une reprise marquée des hostilités, plus de trois mois après le début du conflit.

L'armée américaine a indiqué avoir ciblé dans la nuit de mercredi à jeudi "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays".

L'Iran a riposté en tirant une vingtaine de missiles vers une base américaine à Azraq en Jordanie - tous interceptés - et a à nouveau ciblé les monarchies du Golfe avec des drones. A Bahreïn, une enfant a été blessée par des débris.

- Ormuz fermé -

Le détroit d'Ormuz, par lequel passait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, a concentré les tensions: l'autorité maritime iranienne a annoncé le fermer totalement "jusqu'à nouvel ordre", alors que le passage d'une vingtaine de navires par jour était jusque-là autorisé.

L'Iran le verrouille depuis le début du conflit le 28 février, les Etats-Unis imposant en retour un blocus des ports iraniens.

Le conflit avait repris dimanche quand l'Iran a lancé des missiles sur Israël, pour la première fois depuis le début de la fragile trêve, en représailles à des frappes israéliennes sur Beyrouth.

Téhéran, parrain du Hezbollah libanais, insiste pour que tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient inclue le Liban, dont Washington voudrait traiter le sort à part.

Israël avait riposté aux missiles iraniens, avant que les deux ennemis n'annoncent suspendre les hostilités, comme réclamé par Donald Trump.

Dix membres du personnel d'un hôpital de la ville de Tyr, dans le sud du Liban, ont été blessés dans un bombardement israélien jeudi, a indiqué à l'AFP le directeur de l'établissement.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite.

Les opérations israéliennes ont tué plus de 3.700 personnes, principalement dans le sud du pays où son armée occupe désormais une partie du territoire.