La Colombie, une nouvelle pièce du jeu russe autour de l'Ukraine ?

Photo du président colombien Juan Manuel Santos à Washington DC le 17 novembre 2016. (Photo, AFP)
Photo du président colombien Juan Manuel Santos à Washington DC le 17 novembre 2016. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 11 février 2022

La Colombie, une nouvelle pièce du jeu russe autour de l'Ukraine ?

  • La diplomatie russe s'est récemment activée sur le dossier colombien en poussant à des négociations entre le gouvernement et l'ELN, proposition immédiatement rejetée par Bogota
  • Vladimir Poutine a également prévenu qu'il pourrait envoyer des troupes pour des exercices dans les Caraïbes ou au Venezuela

BOGOTA, Colombie : De l'Ukraine à la Colombie, n'y aurait-il qu'un pas ? Depuis plusieurs jours, Washington et Bogota accusent la Russie de tentative de déstabilisation à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, conséquence inattendue du bras de fer russo-américain qui se joue aux frontières de l'Ukraine.

"Pourquoi la Russie est-elle plus active aux frontières de la Colombie ? Nous ne pouvons que penser qu'ils essaient d'étendre leur influence anti-démocratique", a lancé mercredi, en visite officielle à Bogota, la sous-secrétaire d'Etat américaine aux Affaires politiques, Victoria Nuland.

Cette accusation est la dernière en date d'une série de déclarations alarmistes des deux pays visant la Russie et son allié régional vénézuélien, initiées par une sortie tonitruante du ministre colombien de la Défense.

"Nous savons que certains hommes et unités militaires des forces militaires bolivariennes (vénézuéliennes) ont été mobilisés vers la frontière avec le soutien et la force technique de la Russie", a assuré Diego Molano en fin de semaine.

Cette présumée "ingérence étrangère" s'exercerait en particulier dans une région du nord-est, l'Arauca, théâtre depuis début janvier d'une rivalité meurtrière entre deux groupes armés dont l'un, l'Armée de libération nationale (ELN), est soutenu par Caracas, selon les autorités colombiennes.

«Soutien total»

L'ambassade russe a vertement démenti ces accusations "irresponsables".

Mais Bogota s'est depuis inquiété des possibles interférences lors de ses prochaines élections législatives de mars et présidentielle de mai.

Et le président Ivan Duque est en Europe pour discuter du sujet, où il a répété "espérer qu'aucune aide militaire ne sera utilisée contre la Colombie".

Du côté du Venezuela, on fustige comme de coutume la "soumission" à Washington de la Colombie, "pion de l'impérialisme", pour "essayer d'imposer une guerre froide" dans la région.

Et Caracas de clamer son intention de "continuer à renforcer ses liens avec la Russie", alors que Vladimir Poutine a réaffirmé fin janvier au président Nicolas Maduro "son soutien total".

Aucune source indépendante ne confirme pour l'instant ces accusations américano-colombiennes.

La diplomatie russe s'est récemment activée sur le dossier colombien en poussant à des négociations entre le gouvernement et l'ELN, proposition immédiatement rejetée par Bogota, rappelle une source diplomatique. "Un soudain intérêt qui interroge", fait-elle remarquer.

Vladimir Poutine a également prévenu qu'il pourrait envoyer des troupes pour des exercices dans les Caraïbes ou au Venezuela.

Sur le terrain, on constate un regain d'activité de la guérilla de l'ELN dans le pays, de même que des affrontements meurtriers impliquant cette guérilla guévariste dans l'Arauca, point chaud des 2.400 km de frontière poreuse que partage les deux pays (qui ont rompu leurs relations diplomatique en 2018).

Mais cette hausse de la violence s'observe chaque début d'année, et peut être aussi liée aux luttes de pouvoir pour les législatives.

Citant un rapport du renseignement colombien, le journal El Tiempo affirme que les militaires russes, officiellement chargés de l'entretien des Sukhoï, s'activeraient près de la frontière en soutien aux forces vénézuéliennes, qui elles-mêmes travailleraient main dans la main avec l'ELN.

Le quotidien parle de la mise en place, avec une aide russe, le long de cette frontière, d'une "unité de surveillance radio-électronique".

Il évoque enfin une série de transferts d'argent depuis la Russie vers des dizaines de comptes en Colombie, transferts suspects qui ont augmenté à l'approche des élections.

«Pièce du puzzle»

"Il y a un lien avec ce qui se passe en Ukraine, le jeu de pression de la Russie sur l'OTAN et les Etats-Unis", selon le président du groupe de réflexion Indepaz, Camilo Gonzalez Posso, rappelant que la Colombie est devenue en 2017 pays "partenaire" de l'Otan, le premier en Amérique latine.

Tout cela "fait partie d'un jeu plus large dans la rivalité entre les Etats-Unis à la Russie", analyse Jorge Mantilla, directeur de la Fondation des idées pour la paix (FIP).

"Ce que fait aujourd'hui la Russie, c'est voir (...) ce qu'elle peut en tirer en générant une sorte de tension régionale, comme elle le fait ailleurs en Syrie, en Afghanistan et en Afrique, notamment au Sahel", explique M. Mantilla: "la frontière entre la Colombie et le Venezuela est une pièce de ce puzzle".

C'est une "sorte de conflit par délégation: la Russie utilise le Venezuela qui (...) délègue à son tour à l'ELN une sorte d'hostilité avec la Colombie", ajoute-t-il.

Pour le "régime vénézuélien, tant la Russie que l'ELN sont des atouts importants".

Mais Caracas comme la guérilla "ont leur propre agenda" par rapport à Moscou, rappelle l'expert.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.


Désarmement du Hamas à Gaza: Kushner dit espérer des "progrès" d'ici 30 jours

La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
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  • Kushner vise un début de désarmement du Hamas sous 30 jours, sous supervision américaine
  • Israël conditionne toute reconstruction de Gaza au désarmement total du Hamas

WASHINGTON: L'émissaire américain Jared Kushner a dit lundi espérer un début de désarmement du Hamas d'ici "30 jours", qui se ferait sous supervision d'un général américain, après avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Nous pourrions constater des progrès d'ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d'une partie des armes, et, espérons-le également, le comblement de certains tunnels au cours des 60 à 90 prochains jours", a-t-il déclaré depuis Tel Aviv à la chaîne américaine Fox News.

"Des progrès pourraient donc intervenir assez rapidement, mais cela nécessite la coopération des deux parties, et nous espérons bien sûr surmonter cette épreuve", a ajouté le gendre de Donald Trump.

Selon un responsable israélien, Israël et les États-Unis sont convenus lundi de charger un général américain de superviser le désarmement du Hamas.

Un tel accord vise à satisfaire Israël, après que M. Netanyahu, confronté à une difficile campagne de réélection, a rejeté publiquement le dernier volet d'un plan américain de sortie de guerre dans la bande de Gaza.

"On a eu une très, très bonne réunion aujourd'hui. On a passé près de quatre heures avec lui et son équipe à passer en revue tous les détails (...) et à dissiper certains malentendus", a affirmé M. Kushner, qui avait rencontré la veille des responsables du Hamas.

Le mouvement islamiste palestinien avait donné son accord fin juillet à ce plan américain prévoyant son désarmement et le retrait israélien du territoire palestinien, occupé à plus de 60% par Israël.

Dimanche, M. Kushner avait rencontré des membres de la direction du Hamas, insistant, selon des sources proches des négociations, sur le désarmement du mouvement et appelant à des mesures "vérifiables".

"Ils ont dit tout ce qu'il fallait mais, à l'évidence, il est très très difficile de leur faire confiance", a dit l'émissaire américain à Fox News au sujet de sa rencontre avec le Hamas.

- "Hors service" -

MM. Netanyahu et Kushner "sont convenus qu'aucun redéploiement ni aucune reconstruction n'auraient lieu dans la bande de Gaza avant que le Hamas ne soit désarmé dans l'ensemble" du territoire, a affirmé à l'AFP un haut responsable israélien.

"Il a également été convenu que la première étape vers la démilitarisation de Gaza consisterait à demander au Hamas de remettre ses armes afin qu'elles soient mises hors service sous la supervision d'un général américain", a ajouté ce responsable.

M. Kushner était accompagné de membres du "Conseil de paix" de Donald Trump, notamment l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Selon un responsable de cet organe, qui n'a pas confirmé l'implication d'un général américain, "chaque arme collectée sera entièrement mise hors service".

- Pressions -

L'administration Trump a déjà nommé le général américain Jasper Jeffers à la tête de la Force internationale de stabilisation (ISF) appelée à se déployer à Gaza aux termes du plan du président américain, avalisé par l'ONU, qui a conduit à un cessez-le-feu, précaire, en octobre 2025.

Telle que rendue publique par le "Conseil de Paix" en juillet, la feuille de route prévoit que le désarmement du Hamas aille de pair avec le retrait israélien et soit supervisé par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organe de technocrates palestiniens censé gérer provisoirement le territoire.

En rejetant ce texte, M. Netanyahu avait exigé un désarmement "véritable" du Hamas, dont l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 en Israël a déclenché la guerre à Gaza.

Au pouvoir dans ce territoire depuis 2007, le mouvement a annoncé en juillet dissoudre son administration civile et vouloir transférer ses responsabilités au NCAG.

M. Kushner avait insisté dimanche sur l'absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, selon les mêmes sources proches des négociations.

Le mouvement palestinien avait de son côté appelé à exercer des pressions sur M. Netanyahu pour débloquer la mise en oeuvre de la feuille de route, avait indiqué un responsable du Hamas à l'AFP.

Pendant des années, les Etats-Unis ont refusé tout contact avec le Hamas, qu'ils classent comme terroriste.

Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté et en demande d'aide humanitaire.

Au moins 1.265 Palestiniens y ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, dont l'ONU juge les chiffres fiables.

Dans le même temps, Israël y a recensé cinq soldats et un contractuel du ministère de la Défense tués.