Pour le Premier ministre Kurti, les musulmans qui ne reconnaissent pas le Kosovo commettent une grave erreur

Kurti, vu ici dans son bureau de Pristina en train d'être interviewé par le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal J. Abbas, a déclaré que les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient des "actions terroristes". (AN Photo/Ziad Alarfaj)
Kurti, vu ici dans son bureau de Pristina en train d'être interviewé par le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal J. Abbas, a déclaré que les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient des "actions terroristes". (AN Photo/Ziad Alarfaj)
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Publié le Jeudi 17 février 2022

Pour le Premier ministre Kurti, les musulmans qui ne reconnaissent pas le Kosovo commettent une grave erreur

  • «L’escalade Russie-Ukraine pourrait rendre la Serbie plus agressive, mais nous n’avons pas peur»
  • «Les attaques des Houthis visant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont des actes terroristes»

PRISTINA: Il y a quatorze ans, la République du Kosovo a déclaré son indépendance et est devenue, à l’époque, le plus récent pays du monde. Soutenu par son principal allié, les États-Unis, et protégé par la présence de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), mandatée par l’Organisation des nations unies (ONU), le Kosovo entame sa quinzième année d’indépendance en faisant face à plusieurs défis, ainsi qu’à des dangers évidents et présents.

En dépit de l’appui de certains des États les plus grands et les plus influents du monde, le Kosovo ne fait toujours pas partie de l’ONU et il n’est reconnu que par moins de cent des cent quatre-vingt-treize États membres.
De même, bien que ce pays se situe au cœur de l’Europe et bénéficie d’un soutien considérable de la part de l’Union européenne (UE), il n’est toujours pas membre de l’UE et les Kosovars ne peuvent toujours pas voyager sans visa en Europe.
La cause principale de la plupart des problèmes du Kosovo est le désaccord ancien et profondément ancré avec son voisin du nord, la Serbie. Les deux pays faisaient partie de l’ancienne Yougoslavie et, après son effondrement, ils ont participé à une décennie sanglante dans les Balkans au cours des années 1990.

La Serbie refuse de reconnaître le Kosovo ou de présenter ses excuses pour les atrocités commises durant la guerre de 1998-1999 qui n’a pris fin qu’avec l’intervention de l’Otan. Bien entendu, le statu quo et la non-reconnaissance mutuelle empêchent les deux pays d’adhérer à l’UE, où cinq pays ne reconnaissent toujours pas le Kosovo.
Les précédents dirigeants kosovars ont tenté d’engager un dialogue avec la Serbie. Cependant, depuis son entrée en fonction en mars 2021, le Premier ministre actuel, Albin Kurti, a signalé à plusieurs reprises que les pourparlers avec Belgrade n’étaient pas une priorité.

Le Kosovo en bref

* Kosovo se traduit par «champ des merles» en serbe
* C’est la seconde nation la plus récente dans le monde
* Le pays a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Serbie le 17 février 2008
* Plus de 40 % de la population a moins de 25 ans
* Le Kosovo occupe une surface de 10 887 km2
* Les langues les plus parlées y sont l’albanais et le serbe
* La majorité de la population est de confession musulmane

«Nous ne voulions donc pas négliger le dialogue avec la Serbie, mais il ne peut pas être notre seule priorité. Lorsque ce gouvernement a été formé, j’ai dit que les emplois, la justice et la lutte contre la pandémie de Covid-19 étaient nos trois priorités. La quatrième priorité pourrait être le dialogue avec la Serbie», indique-t-il à Arab News lors d’une interview dans son bureau à Pristina.
«Ce dialogue que nous abordons de manière constructive et créative avec différentes propositions est un dialogue sur le statut des relations entre le Kosovo et la Serbie. Le Kosovo et la Serbie ne se reconnaissent pas mutuellement. La solution est donc la reconnaissance mutuelle.»

Pourtant, d’autres éléments compliquent encore la possibilité d’une normalisation et d’une adhésion mutuelle à l’UE. Pour commencer, il y a le spectre du passé. Quelques mois après son élection, M. Kurti a parlé de relancer les projets visant à poursuivre la Serbie pour génocide devant un tribunal international et il a rejeté certains appels occidentaux en faveur du vote de sa minorité serbe lors d’un référendum serbe, que Pristina considère comme «inconstitutionnel».
L’autre aspect est que les responsables kosovars accusent ouvertement leurs homologues serbes d’être bien plus intéressés par la perspective de faire partie de l’orbite russe plutôt que de l’orbite européenne.
«La Serbie entretient des relations culturelles, historiques et militaires étroites avec Moscou», affirme M. Kurti. Interrogé sur l’impact que les relations étroites entre Belgrade et Moscou pourraient avoir sur son pays si une guerre éclatait entre la Russie et l’Ukraine, M. Kurti répond que cela pourrait pousser la Serbie à devenir «plus agressive», et que Pristina «suit la situation de très près, mais nous n’avons pas peur».

Malgré cette assurance affichée, un certain nombre d’opposants aux récentes décisions de la politique étrangère américaine estiment que le Kosovo a plusieurs raisons de s’inquiéter, étant donné que pour beaucoup de ses alliés et amis, ni Washington ni l’Otan ne se sont révélés être des amis dans le besoin ces dernières années.

Je pense que le peuple du Kosovo, mais aussi celui des Balkans et de l’Europe, devrait être mieux au fait des réformes et du progrès en cours en Arabie saoudite. Nous voulons renforcer notre coopération avec ce pays. C’est une nation très riche, autant en culture et en histoire qu’en ressources économiques.

Albin Kurti

En Ukraine, les «lignes rouges» de l’ancien président américain, Barack Obama, n’ont guère dissuadé la Russie de s’emparer de la Crimée en 2014. Plus récemment, dans le cadre du recentrage de l’actuelle administration Biden sur la cessation des «guerres éternelles», le monde a vu des images douloureuses d’Afghans cherchant désespérément à s’échapper de l’aéroport de Kaboul après que Washington a accepté de rendre l’Afghanistan aux talibans, vingt ans après avoir mené une guerre pour apporter la démocratie au pays et mettre fin au règne du même groupe extrémiste.

Toutefois, M. Kurti est fermement convaincu que l’Otan est au Kosovo pour y rester, et que si la situation se dégrade, les Kosovars sont capables de se défendre. «Je pense que le Kosovo compte des personnes exceptionnelles, dotées d’une grande volonté et d’un grand courage, d’une part. D’autre part, je pense que nos forces de défense et de sécurité et l’Otan, notamment les États-Unis, ne sont pas près de partir», affirme-t-il. «Nous sommes certains que nous serons victorieux dans n’importe quelle sorte de crise future qui pourrait se produire, mais que nous ne voulons pas avoir.»

En effet, M. Kurti est tellement convaincu de l’engagement de l’Otan envers son pays qu’il estime qu’il est plus probable que son pays, le Kosovo, rejoigne l’alliance en tant que membre à part entière bien avant qu’il n’obtienne le statut de membre de l’UE.
«Je pense que c’est le cas pour deux raisons. Premièrement, dans l’UE, cinq pays sur vingt-sept ne reconnaissent pas le Kosovo, alors que dans l’Otan, il y en a quatre sur trente. Donc un pays de moins qui ne reconnaît pas le Kosovo dans l’Otan par rapport à l’UE», explique-t-il.
«De plus, les critères et les normes à respecter pour adhérer à l’Otan ne sont pas aussi complexes que pour adhérer à l’UE. Il est donc réaliste de s’attendre à ce que nous adhérions d’abord à l’Otan, puis à l’UE.»
En outre, l’Otan n’exige pas que ses membres soient des États membres de l’ONU ou de l’UE. Ainsi, si Pristina parvient à convaincre l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie, la vision du Premier ministre pourrait devenir réalité dans les prochaines années, estiment les observateurs.

Relations avec le monde musulman

Si les membres de l’UE qui ne reconnaissent pas le Kosovo soutiennent qu’ils ne veulent pas encourager les mouvements séparatistes dans leur pays, il est remarquable qu’à l'heure actuelle, un peu plus de la moitié seulement des membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) reconnaissent le Kosovo, un pays à majorité musulmane. Les pays musulmans modérés, comme l’Arabie saoudite, qui est une puissance régionale, et les Émirats arabes unis (EAU), sont en tête des pays qui reconnaissent le Kosovo.

Mais que pense le Premier ministre kosovar des autres pays musulmans qui ne reconnaissent pas le Kosovo, en particulier un grand pays islamique comme l’Iran?

«Nous pensons que le refus de certains pays à majorité musulmane de reconnaître le Kosovo est une grave erreur. Je crois qu’ils ont été mal informés par la Serbie. Et certains d’entre eux adoptent cette position parce qu’ils entretiennent des liens étroits avec la Fédération de Russie.»
«Cependant, je demande instamment à tous les pays du monde, dans l’intérêt de la paix à long terme, de la sécurité durable et de la reconnaissance des droits des peuples à la liberté et à l’autodétermination, de reconnaître l’indépendance du Kosovo. D’une certaine manière, ceux qui ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo, avec ou sans intention, tombent dans le piège du soutien à la Serbie du temps des milices qui ont commis un génocide au Kosovo.»

Autre paradoxe, la non-reconnaissance du pays par l’Autorité palestinienne. On pourrait penser que les représentants d’un peuple qui se bat depuis sept décennies contre l’occupation illégale de son territoire par Israël seraient parmi les premiers à reconnaître le Kosovo.
Cela étant, l’ex-dirigeant de l’Autorité, Yasser Arafat, avait été longuement critiqué pour ses liens étroits avec le président serbe de l’époque, Slobodan Milosevic.
Même si Israël et le Kosovo ne se sont formellement mutuellement reconnus que l’année dernière, la politique de Tel-Aviv n’a jamais été hostile à ce pays. Avant même cette reconnaissance, orchestrée par l’administration Trump, Israël avait soutenu l’inclusion du Kosovo aux programmes du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

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Kurti, vu ici dans son bureau de Pristina en train d'être interviewé par le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal J. Abbas, a déclaré que les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient des "actions terroristes". (AN Photo/Ziad Alarfaj)

L’annonce de la reconnaissance par le Kosovo de Jérusalem comme capitale d’Israël a choqué de nombreux pays musulmans, très sensibles à la question.

Sachant cela, quel sentiment règne-t-il à Pristina concernant l’Autorité palestinienne et la cause de son peuple? «Je pense que, de la même façon que nous sommes conscients des souffrances du peuple palestinien, ces derniers ne devraient pas négliger celles qu’endurent les Albanais du Kosovo, qui ont survécu au génocide commis par la Serbie», répond M. Kurti.
La reconnaissance de Jérusalem s’est-elle faite en riposte à la position palestinienne vis-à-vis du Kosovo? Le Premier ministre dément tout lien existant entre ces deux aspects.
«Ça n’a rien à voir avec notre position envers le peuple palestinien et sa cause. Nous souhaitons entretenir de bonnes relations avec la Palestine et avec l’Autorité palestinienne.»

L’année dernière, le Kosovo s’est joint à plusieurs pays arabes et musulmans pour qualifier la milice libanaise du Hezbollah, affiliée à l’Iran, d’«organisation terroriste». Interrogé sur les prémices de cette décision, Albin Kurti répond qu’il «n’est pas difficile de reconnaître les terroristes et les extrémistes violents».
«En accord avec nos valeurs et nos idéaux, sur lesquels nous bâtissons notre nation et avec lesquels nous guidons nos générations futures, nous avons pris cette décision et nous faisons partie d’une coalition globale qui lutte contre les terroristes», ajoute-t-il.

«Nous condamnons ainsi toutes les attaques et les actions du Hezbollah, mais aussi celles de Daech.» Au sujet des attaques houthies récentes sur Abu Dhabi et sur plusieurs positions en Arabie saoudite, M. Kurti se déclare horrifié par les images de ces attaques récemment conduites contre ces deux pays, qualifiant ces événements d’«intolérables». Suffisamment pour qu’il pense que les Houthis doivent être considérés comme des terroristes? «Oui, je pense que toutes les attaques visant des civils sont des actes terroristes.»

Le Kosovo (comme la Bosnie) a vu nombre de ses citoyens partir rejoindre Daech il y a quelques années. Le Premier ministre du pays n’a cependant aucune tolérance pour l’idéologie extrémiste.
«Plusieurs centaines de personnes venant du Kosovo ont malheureusement participé à ces guerres absolutistes. Certains n’en sont jamais revenus, et pour ceux qui sont impliqués, nous avons mis en place des programmes de réhabilitation. Parmi eux, plusieurs purgent également des peines de prison», explique Albin Kurti.
«Il y a eu de la manipulation de la part de certains individus. Je peux imaginer que du fait de leur manque d’éducation, du fait que certains étaient chômeurs ou en état de misère sociale, nous devons faire preuve de compréhension dans cette situation. Ce qui ne nous empêchera jamais de condamner fermement l’extrémisme violent.»

La «kurtinomie» et la Vision 2030 saoudienne

Au début de l’interview, M. Kurti a félicité les dirigeants et le peuple saoudiens en amont du «Jour de la fondation», récemment mis en place, et qui sera célébré chaque 22 février.
Au fur et à mesure de l’évolution de la discussion, le Premier ministre semble de plus en plus au courant des derniers développements qui ont lieu en Arabie saoudite.

«Je pense que le peuple du Kosovo, mais aussi celui des Balkans et de l’Europe, devrait être mieux au fait des réformes et du progrès en cours en Arabie saoudite. Nous voulons renforcer notre coopération avec ce pays. C’est une nation très riche, tant sur le plan culturel qu’historique, qu’en ressources économiques.»

Les réformes auxquelles Albin Kurti fait référence sont, bien sûr, celles mises en place par le prince héritier, Mohammed ben Salmane, dans l’optique de sa Vision 2030. De la diversification de son économie, pour s’écarter de sa dépendance au pétrole, à la création d’emplois pour sa jeunesse qui forme la majorité de sa population. Sans oublier les libertés sociales nouvelles et les réformes religieuses, inimaginables auparavant, et sa lutte incessante contre la corruption.

Pour sa part, le parti de M. Kurti a remporté l’élection au Kosovo l’année dernière avec un programme basé sur l’emploi et la justice, focalisé sur la création d’opportunités nouvelles pour les femmes et la jeunesse et une promesse de tenir tête à la corruption.

Il ne suffit pas de ne pas être corrompu, il faut être incorruptible. Là-dessus je pense que notre gouvernement est composé de ministres bien éduqués, de bons professionnels – des gens qui ne font pas de politique pour s’enrichir.

Albin Kurti

Il voit dans cette ressemblance l’occasion pour les deux pays de collaborer davantage, invitant Riyad à en profiter pour investir massivement au Kosovo.
«Avec notre gouvernement, nous luttons contre la corruption, pour laquelle nous n’avons aucune tolérance. Nous faisons également croître notre économie. Nos exportations ont augmenté de deux tiers l’année dernière par rapport à la précédente. Les recettes budgétaires ont augmenté d’un tiers. Notre volume d’affaires s’est également accru, tandis que l’investissement étranger direct a augmenté de plus de 50 %. Ces chiffres montrent que le Kosovo progresse. Et la meilleure façon de progresser davantage et d’investir dans les avancées déjà existantes.»

Quel est le secret de cette «kurtinomie»? Selon l’homme qui guide les réformes en cours, il s’agit de donner aux gens l’espoir et les raisons de croire dans ce programme. «Lorsque les gens ont de l’espoir, ils ont plus tendance à consommer plutôt qu’à épargner, si tant est que notre économie soit croissante. De la même façon, s’ils voient que leur gouvernement n’est pas corrompu, ils seront plus enclins à payer leurs impôts et leurs autres contributions. C’est pourquoi les recettes budgétaires de l’imposition au Kosovo ont augmenté d’un tiers sans que l’on change de politique fiscale.»
«Il s’agit également de rappeler que l’administration en charge des taxes fait preuve d’une meilleure discipline qu’autrefois. Combattre le crime et la corruption flatte non seulement les valeurs du peuple, mais aussi la santé de notre économie. De plus, notre diaspora, qui est importante notamment dans la partie germanophone de l’Europe, a transféré plus de fonds vers le pays qu’autrefois.»

«Nous avons en outre établi un tribunal commercial. Cela nous permettra de développer un bon environnement pour les affaires. Le Kosovo utilise l’euro comme devise et sa population est très jeune. L’âge moyen y est de 30 ans, même si notre peuple est ancien. Nous sommes situés au cœur des Balkans, à proximité des marchés européens. Le Kosovo est aussi un pays qui n’oublie pas ses amis et qui souhaite entretenir de bonnes relations avec toutes les nations éprises de paix dans le monde.»

Au sujet de la lutte contre la corruption, M. Kurti admet que son gouvernement a fort à faire. «La corruption au Kosovo était élevée dans le passé et n’a pas été complètement éradiquée. Elle était cependant assez concentrée dans les strates supérieures de la société, et elle n’a pas vraiment ruisselé vers le bas.» Cette concentration, «nous y avons mis un terme précisément à ce niveau, avec le changement de gouvernement à la suite d’élections démocratiques. Mais il ne suffit pas de ne pas être corrompu, il faut être incorruptible. Sur ce point, j’estime que notre gouvernement est composé de ministres bien éduqués, de bons professionnels – des gens qui ne font pas de politique pour s’enrichir. Nous y croyons et nous le disons à nos amis et activistes: ceux qui souhaitent s’enrichir peuvent tenter leur chance dans le privé. Au sein du service public et des institutions de l’État, on est tenus de servir. Notre vocation est donc de servir, à l’aide de nos compétences et de nos connaissances.»

Quant aux opportunités futures? Albin Kurti cite le secteur de la technologie de communication et d’information (TCI), ceux du traitement du bois et du métal et les secteurs de l’agriculture et des énergies renouvelables. En tant que Premier ministre, il dit avoir hâte de s’engager pleinement dans la promotion de ces aspects de l’économie.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran exige pour rouvrir Ormuz que les Etats-Unis acceptent "toutes" ses conditions

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. (Photo d’archives/AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. (Photo d’archives/AFP)
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  • L’Iran maintient le détroit d’Ormuz fermé et exige la fin de la guerre, la levée du blocus et des sanctions, ainsi que des compensations avant toute réouverture
  • Malgré des échanges indirects avec Washington, les négociations restent bloquées, tandis que les tensions régionales s’intensifient avec la reprise des attaques des Houthis au Yémen

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, enjeu majeur de la guerre au Moyen-Orient, restera verrouillé tant que Washington n'acceptera pas "toutes" les conditions posées par Téhéran, ont insisté dimanche les Gardiens de la Révolution, éloignant l'espoir d'un règlement rapide du conflit.

Minimisant ces exigences, le président Donald Trump a déclaré dans une interview au média Axios que les Etats-Unis restaient "discrets" et se contentaient "d'observer l'Iran avec son inflation galopante", une économie en "très mauvais état" et le risque selon lui de ne plus pouvoir payer ses troupes.

Les Etats-Unis imposent depuis juillet un blocus des ports iraniens qui, selon lui, aggrave la crise économique en Iran.

"Ça va s'arranger. Ça finit toujours par s'arranger", a estimé le président, qui a multiplié les déclarations contradictoires sur le conflit. "C'est comme une partie d'échecs", a-t-il estimé.

Au coeur des hostilités: le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran, que le puissant corps des Gardiens de la Révolution ont affirmé considéré comme "un théâtre de guerre et plus seulement (comme) une voie maritime".

"Notre stratégie actuelle est de maintenir ce détroit fermé jusqu'à ce que l'ennemi accepte toutes nos conditions", ont-ils dit.

Loin devant le nucléaire et les missiles iraniens avancés fin février pour justifier l'offensive américano-israélienne, la réouverture de ce passage vital pour le commerce mondial d'hydrocarbures est désormais la priorité n°1 de Donald Trump. Ces derniers jours encore, il n'a cessé de promettre que les discussions allaient bon train et que son déblocage était imminent.

Mais les conditions listées samedi par Téhéran pourraient mener au bras de fer: les Etats-Unis doivent "mettre fin définitivement à la guerre et à l'agression" contre l'Iran et ses alliés, y compris au Yémen et en Irak, lever leur blocus des ports iraniens, "indemniser intégralement l'Iran pour les dommages causés" par les hostilités, lever les sanctions contre l'économie et débloquer "sans condition" les avoirs iraniens gelés.

Nombre de ces dispositions figuraient déjà dans le protocole d'accord irano-américain signé en juin, qui devait ouvrir la voie à des négociations plus larges et avait permis une brève réouverture d'Ormuz couplée d'un reflux des prix du pétrole - avant que le processus ne déraille.

Alors que des divergences avec les Etats-Unis ont émergé au fil du conflit, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui insisté dimanche sur le volet nucléaire, redisant qu'"avec ou sans accord", l'ennemi iranien "n'aurait pas d'armes nucléaires".

- "Semi-négociations" -

Tout en réfutant la tenue de négociations avec Washington - dont le président américain s'est plusieurs fois prévalu - le chef de la diplomatie iranienne a fait état dimanche d'"un échange de messages à travers des intermédiaires".

"Ca ne s'appelle pas une négociation. Ca s'appelle échanger des messages", a argué Abbas Araghchi. Il a exclu de renouer le dialogue "tant que les violations américaines" du protocole d'accord ne cessaient pas.

L'Iran affirme ne dialoguer qu'avec Oman, l'autre pays riverain du détroit d'Omuz, pour tracer un futur itinéraire de passage. Ces discussions en sont toujours à leur "phase finale", a redit M. Araghchi.

"Nous ne faisons que des semi-négociations avec eux", a lancé Donald Trump, auprès d'Axios.

Téhéran refuse de revenir à la situation d'avant-guerre et entend imposer des frais de service à Ormuz, contre l'avis de Washington.

- Pause dans les bombardements -

Les bombardements américains ont cessé depuis plus d'une semaine, mais Donald Trump avait conditionné cette suspension à la conclusion d'un accord rapide.

Sur le front de guerre le plus récent, les Houthis du Yémen ont revendiqué dimanche une frappe de drone sur la raffinerie du géant pétrolier saoudien Aramco, sur la mer Rouge.

Ryad, qui soutient le gouvernement yéménite face aux rebelles, a annoncé qu'un incendie, dont il n'a pas précisé la cause, avait été maîtrisé sur le site.

Les Houthis ont aussi tiré des missiles balistiques et des drones sur des "troupes de l'ennemi saoudien et des dépôts d'armes dans la zone de Mokha", ville portuaire yéménite plus au sud, faisant selon une source médicale au moins 11 morts, civils et militaires.

Après quatre ans d'accalmie, les hostilités ont repris en juillet, marquant une nouvelle étape de l'embrasement régional consécutif à la guerre irano-américaine.

Les Houthis avaient alors annoncé un blocus des navires saoudiens en mer Rouge, devenue un passage essentiel pour le transport d'hydrocarbures depuis qu'Ormuz est paralysé. Ils ont aussi frappé à plusieurs reprises le royaume, pour la première fois depuis une trêve négociée en 2022.

L'Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis et déjà ciblée par l'Iran pendant la guerre, a signé vendredi avec le Pakistan et la Turquie un pacte de défense mutuelle.


Amazon fait construire au Texas une immense centrale à gaz pour ses centres de données

Le logo du géant américain de la vente en ligne Amazon sur la façade d’un centre de redistribution à Horn-Bad Meinberg, dans l’ouest de l’Allemagne, le 9 décembre 2024. (AFP)
Le logo du géant américain de la vente en ligne Amazon sur la façade d’un centre de redistribution à Horn-Bad Meinberg, dans l’ouest de l’Allemagne, le 9 décembre 2024. (AFP)
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  • Amazon construit au Texas une centrale à gaz de 7,65 GW dédiée à ses centres de données, avec une autorisation d’émettre plus de 30 millions de tonnes de GES par an
  • Le projet illustre l’explosion des besoins énergétiques liés à l’IA, tout en soulevant de fortes inquiétudes environnementales et sanitaires malgré les engagements climatiques d’Amazon

WASHINGTON: Amazon fait construire au Texas une immense centrale à gaz qui pourrait devenir la plus importante source d'émission de gaz à effet de serre des Etats-Unis, a confirmé vendredi le géant technologique américain.

Le projet, nommé GW Ranch, est destiné à alimenter en électricité d'immenses centres de données et ne sera pas connecté au réseau électrique, une solution de plus en plus utilisée par les géants de la tech pour satisfaire à la hâte l'énergie requise par le boom lié à l'IA.

Le projet prévoit 35 turbines pour une capacité totale de 7,65 gigawatts, selon des permis, plus de quatre fois la puissance du réacteur nucléaire EPR de Flamanville en France, et plus que n'importe quelle centrale à gaz actuellement en activité aux Etats-Unis.

La centrale a l'autorisation d'émettre plus de 30 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an, plus que n'importe quelle autre infrastructure dans le pays.

A l'aide d'images satellites, le cabinet spécialisé du secteur Cleanview a fait le lien entre ce projet de centrale et trois permis de centres de données déposés cette semaine par Amazon dans cette zone aride du Texas, près de la frontière mexicaine.

Un porte-parole du géant américain a confirmé l'information, en insistant: "Amazon tient à payer intégralement le coût réel de l'alimentation de nos opérations."

"C'est exactement ce que fait notre nouveau projet de centres de données dans le comté de Pecos: il sera alimenté par une centrale dédiée qui n'augmentera pas les prix de l'électricité pour les foyers texans", a-t-il ajouté, sur fond d'inquiétude politique sur une hausse des factures.

L'entreprise affirme qu'elle "explore les possibilités" d'ajouter de l'énergie solaire au site et qu'elle utilisera de l'eau non-potable pour éviter de siphonner le réseau local. Le géant américain affirme aussi maintenir son objectif de bilan carbone neutre d'ici à 2040.

La soif d'électricité des centres de données est telle que, depuis quelques années, de plus en plus d'infrastructures installent, directement près de leurs serveurs, des centrales dédiées et hors-réseau, comme d'immenses groupes électrogènes.

Si elles sont moins polluantes que les centrales à charbon, celles à gaz restent des sources importantes d'émissions responsables du réchauffement climatique, d'autant plus que la production de gaz naturel provoque des fuites de méthane, un gaz au très puissant effet de serre.

Ces centrales émettent aussi des gaz toxiques et des particules fines qui peuvent représenter des dangers pour la santé.


Foot: Hervé Renard nommé sélectionneur de la Côte d'Ivoire

Le sélectionneur de la Tunisie, Hervé Renard, arrive au stade avant le match de la Coupe du monde 2026 contre les Pays-Bas, au Kansas City Stadium, à Kansas City (Missouri, États-Unis), le 25 juin 2026. (Reuters)
Le sélectionneur de la Tunisie, Hervé Renard, arrive au stade avant le match de la Coupe du monde 2026 contre les Pays-Bas, au Kansas City Stadium, à Kansas City (Missouri, États-Unis), le 25 juin 2026. (Reuters)
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  • Hervé Renard est nommé sélectionneur de la Côte d'Ivoire, un poste qu'il avait déjà occupé entre 2014 et 2015 avec une victoire à la CAN
  • Le Français succède à Emerse Faé, qui quitte ses fonctions malgré le sacre continental de 2024 et le meilleur parcours mondial de l'histoire du pays en 2026

PARIS: Le Français Hervé Renard a été nommé sélectionneur de la Côte d'Ivoire pour succéder à Emerse Faé, a annoncé mardi la fédération ivoirienne de football (FIF) sur ses réseaux sociaux.

Âgé de 57 ans, Renard, qui a brièvement dirigé la Tunisie lors du Mondial-2026 en étant arrivé en pleine compétition, avait déjà occupé ce poste entre 2014 et 2015, avec à la clé une Coupe d'Afrique des nations en 2015.

Renard, dont l'arrivée avait été annoncée dès mardi par le journal le Parisien, prend la suite de Faé, non reconduit par la FIF malgré une Coupe d'Afrique des nations remportée en 2024 et une qualification en 16e de finale lors du Mondial 2026, une première dans l'histoire du pays.

Renard, qui a dirigé au cours de sa carrière de nombreuses sélections, avait pris la tête de la Tunisie à la suite du lourd revers contre la Suède (5-1) lors du premier match des Aigles de Carthage au Mondial, une déroute qui avait coûté sa place à Sabri Lamouchi.

Il a officié à deux reprises, avec deux défaites à la clé, contre le Japon (4-0) et les Pays-Bas (3-1).

Libre de tout contrat après ce court intérim, Hervé Renard retrouve onze ans plus tard le banc de la Côte d'Ivoire où il jouit d'une très grande popularité, gagnée grâce au sacre de la CAN-2015 avec la génération de Yaya Touré, après près de 25 ans de disette.

Déjà vainqueur de la CAN trois ans plus tôt avec la Zambie, le technicien s'est bâti une réputation solide sur le continent africain où il a multiplié les expériences à la tête d'équipes nationales (Ghana, Angola, Maroc...).

Il a toutefois connu ces dernières années des expériences plus mitigées notamment à la tête de la sélection saoudienne, dont il a été limogé en avril malgré une qualification au Mondial-2026, ou sur le banc de l'équipe de France féminine, avec laquelle il a atteint les quarts des JO-2024 à Paris.

M. Renard est attendu à Abidjan dans les prochains jours afin de prendre officiellement ses fonctions, a précisé la fédération ivoirienne.