Pourquoi l'intérêt pour le cinéma émergent de l'Arabie saoudite explose

Le secteur cinématographique a connu un renouveau considérable en Arabie saoudite depuis que l'interdiction des cinémas, qui courait depuis des décennies, a été levée en 2018. Dans le cadre du programme de réforme Vision 2030, d'énormes investissements contribuent à faire du pays une véritable puissance cinématographique. (Fourni)
Le secteur cinématographique a connu un renouveau considérable en Arabie saoudite depuis que l'interdiction des cinémas, qui courait depuis des décennies, a été levée en 2018. Dans le cadre du programme de réforme Vision 2030, d'énormes investissements contribuent à faire du pays une véritable puissance cinématographique. (Fourni)
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Publié le Mercredi 20 avril 2022

Pourquoi l'intérêt pour le cinéma émergent de l'Arabie saoudite explose

  • Alors que le royaume met en œuvre son programme Vision 2030, il a pour ambition de devenir la locomotive de la production cinématographique au Moyen-Orient
  • Les producteurs internationaux et les studios de Hollywood affluent dans le Royaume pour conclure des accords sur ce nouveau marché fertile

DUBAΪ: Un mari et une femme se disputent; leur mariage se détériore et leur maison est envahie par de «mauvais esprits». Une mariée disparaît pendant son mariage, laissant ses invités dans l'expectative et sa mère en plein désarroi. Une femme enceinte tente de distinguer la réalité des rêves, des délires provoqués par la drogue et des perceptions de la mort.

Ce ne sont là que quelques-unes des intrigues séduisantes proposées par les récents films saoudiens. Le dernier d'entre eux, Rupture, un film de Hamzah Jamjoom, a remporté au mois de décembre dernier le premier prix dans la catégorie des films saoudiens du Festival international du film de la mer Rouge.

Il y a quatre ans, la projection de tels films en Arabie saoudite, où les cinémas ont été interdits pendant plus de trente ans, entre 1983 et 2018, était impensable. Aujourd’hui, avec son programme de réforme Vision 2030, le Royaume entend devenir la nouvelle puissance de l'industrie cinématographique du Moyen-Orient et donner aux Saoudiens le goût de regarder des films et celui de les réaliser.

Jusqu'à présent, le plan fonctionne. Les producteurs internationaux et les studios de Hollywood affluent dans le Royaume pour produire des films et conclure des accords sur ce nouveau marché fertile. Les cinémas connaissent une croissance exponentielle grâce à l'ouverture des salles, dans lesquelles les ménages saoudiens se rendent en nombre. Selon Comscore, les recettes du marché du box-office en Arabie saoudite atteindront 238 millions de dollars en 2021 (1 dollar = 0,88 euro), soit une augmentation de 95% par rapport à 2020.

De nombreux jeunes cinéastes saoudiens ont désormais de quoi les encourager à développer leur art dans leur pays. Le gouvernement saoudien investit des milliards dans la construction d'une industrie cinématographique aux ambitions internationales et régionales.

Lors du Festival du film de la mer Rouge, qui s'est tenu à Djeddah au mois de décembre, le ministère de l'Investissement a annoncé que le Royaume soutiendrait la production de cent films d'ici à 2030.

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Un fan de cinéma saoudien prend un selfie à côté d'un panneau qui présente le logo du Festival du film de la mer Rouge, l'année dernière, à l'entrée du vieux Djeddah. (AFP/File Photo)

Pour de nombreux jeunes Saoudiens, c'est un rêve devenu réalité – même si beaucoup d’entre eux n'en croient pas encore leurs yeux. Jusqu'en 2018, les cinéastes devaient souvent tourner en secret en esquivant la police religieuse pour y parvenir. Les obstacles étaient devenus si frustrants que de nombreux ambitieux sont partis pour produire des films et faire carrière à l'étranger.

«Les cinéastes saoudiens ont toujours été là, fascinés par l’idée du récit. C’est tellement rafraîchissant que le cinéma soit devenu aujourd’hui une industrie en Arabie saoudite», explique à Arab News Sarah Taibah, une actrice et scénariste saoudienne.

«C'est maintenant un rêve surréaliste qui est devenu une réalité et je suis si heureuse de faire partie de cette industrie qui en est à ses balbutiements. Les gens ont maintenant hâte d'entendre nos histoires.»

Le boom incite de nombreux réalisateurs et professionnels saoudiens qui vivent et travaillent à l'étranger depuis des années, à rentrer au pays et à produire chez eux. Ahd Kamel, 41 ans, actrice et cinéaste reconnue, est l'une d'entre eux.

«Les films étaient interdits pendant toute ma vie, c'était tabou», a déclaré Kamel à Arab News. «Quand j'ai commencé à faire des films, on m'a dit: “Absolument pas. Vous ne pouvez pas faire cela.” C’est ailleurs que j'ai dû me définir comme cinéaste. C'est quarante ans de ma vie. C'est déconcertant, étonnant et merveilleux. Quand vous êtes jeune, vous êtes catalogué, mais maintenant, je constate que, au cours d’une vie, les choses peuvent vraiment changer.»

 

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Dans le cadre de son programme de réformes Vision 2030, le Royaume veut devenir la nouvelle puissance cinématographique du Moyen-Orient et inculquer aux Saoudiens le goût de regarder et celui de réaliser des films. (AFP/File Photo)

En 2012, Kamel a joué le rôle d'une enseignante conservatrice dans le film Wadjda, réalisé par Haifaa al-Mansour, le premier long métrage saoudien réalisé par une femme et le premier qui ait été intégralement tourné en Arabie saoudite. Mme Kamel se prépare actuellement à tourner un nouveau film dans le Royaume. Il sera consacré au chauffeur de sa famille, récemment disparu.

Mona Khashoggi, productrice de cinéma et de théâtre qui a vécu à Londres pendant vingt ans, est revenue dans sa ville natale de Djeddah afin de participer à ce qui s'apparente à une révolution culturelle.

«Même lorsque nous n'avions pas de salles de cinéma, nous étions tous très cultivés et de nombreux Saoudiens avaient des cinémas chez eux», indique-t-elle à Arab News. «Ce que je veux voir dans les films saoudiens, ce ne sont pas les films sur l'oppression que l'Occident attend ni les stéréotypes, mais des histoires sur les jeunes et les femmes qui construisent maintenant leur vie dans cette nouvelle réalité du Royaume.»

L'un des principaux attraits pour les investisseurs étrangers réside dans le fait que 70% des 34 millions d'habitants du Royaume ont moins de 30 ans et qu’ils ont de l'argent à dépenser. Telfaz 11, un studio spécialisé dans le contenu local et la culture des jeunes en Arabie saoudite, connaît une croissance rapide grâce aux investissements internes et étrangers.

Alaa Yousef Fadan, Ali al-Kalthami et Ibrahim al-Khairallah ont fondé Telfaz 11, à Riyad, il y a un peu plus de dix ans, et ils ont immédiatement entrepris de révolutionner la création de contenu pour les jeunes via YouTube.

 

EN BREF

  • 138 films ont été projetés au Festival international du film de la mer Rouge en décembre 2021.
  • Les films qui ont été projetés au Festival international du film de la mer Rouge viennent de 60 pays.
  • 36 films saoudiens ont été projetés au Festival du film saoudien à Djeddah en juillet 2021.
     

Au mois de novembre 2020, Telfaz 11 a conclu un accord avec Netflix pour produire huit longs métrages; la plate-forme de streaming cherche à percer sur le marché du Moyen-Orient. En décembre, Telfaz 11 a obtenu une ligne de financement de plusieurs millions de dollars d'un consortium de financiers locaux de premier plan.

Elle a acquis Last Scene Films, une maison de production située également à Riyad, et est en passe de créer Wadi Cinema, une entreprise cinématographique indépendante, en fusion avec Muvi Cinema, la première marque de cinéma locale du Royaume.

L'entreprise a de grandes ambitions. Fadan affirme que ses partenaires et lui-même utiliseront les derniers fonds pour «développer leur portefeuille de développement et de production. L'objectif de la société est d'être la première destination pour les cinéastes et les talents du monde entier».

Ces changements sont absolument révolutionnaires. Toutefois, le cinéma n'était pas complètement étranger au Royaume, même à l'époque où il était interdit. Les cinéphiles ont continué à regarder des films en compagnie d'autres passionnés.

Le Festival du film saoudien, qui organisera sa 8e édition au mois de juin 2022, a été fondé en 2008 à Dammam, dans la Province orientale, par Ahmed al-Mulla et ses collègues du club littéraire local.

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Le paysage pittoresque d'AlUla est devenu une destination de tournage exotique, Film AlUla fournissant un écosystème de professionnels qualifiés pour les productions nationales et les projets de films internationaux. (Fourni)

«Dans les années 1980 et 1990, beaucoup de gens, comme moi, aimaient le cinéma, mais il n’y avait pas de salles», se souvient Al-Mulla.

Lorsque Al-Mulla est devenu membre du conseil d'administration du club littéraire, il a commencé à évoquer avec d'autres membres la manière dont on pouvait projeter des films. Pendant près de deux ans, ils ont réussi à proposer discrètement des films, y compris des productions locales, tous les dimanches soir.

«Nous avons eu de nombreux heurts avec ceux qui pensaient que le cinéma était interdit», a-t-il déclaré à Arab News. «Mais nous étions convaincus que nous avions le droit de voir des films; cela fait partie de notre culture et de notre vocation en tant que club littéraire.»

En 2016, deux ans avant la réouverture officielle des cinémas dans le Royaume, le Centre du roi Abdelaziz pour la culture mondiale a rejoint le club en tant que partenaire stratégique et, depuis, la Société saoudienne de la culture et des arts organise le Festival du film saoudien.

La vague actuelle des producteurs, des écrivains et des acteurs doit beaucoup à ces enthousiastes de Dammam qui ont maintenu le cinéma en vie et qui ont encouragé les pionniers du cinéma national.

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L'acteur saoudien Saed Khader (au centre) brandit sa récompense lors de la cérémonie d'ouverture de la 4e édition du Festival du film saoudien, à Dammam. (AFP/File Photo)

 

«Tout se faisait dans la clandestinité. Il n'y avait alors aucune possibilité de filmer ou d'obtenir des financements. Tout émanait d’une initiative individuelle», se souvient Al-Mulla.

Enfin, et ce n'est certes pas le moins important, le retour du cinéma en Arabie saoudite a donné aux femmes, qui ont désormais beaucoup plus de libertés qu'auparavant, une voix beaucoup plus forte.

«Ces dernières années, j'ai reçu de plus en plus de demandes pour faire des films sur les femmes saoudiennes», a ainsi déclaré l'actrice Sarah Taibah à Arab News.

«Les gens souhaitent des films de femmes saoudiennes qui racontent des histoires sur les femmes saoudiennes. Tout cela est très nouveau. Je suis heureuse que cela arrive enfin, car personne ne raconte notre histoire mieux que les femmes saoudiennes», conclut-elle.

 


À l’IMA, deux historiens s’accordent: la Palestine n’est pas un conflit mais une guerre coloniale

Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
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  • Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle
  • Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées

PARIS: Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ».

D’emblée, une grande complicité et une admiration réciproque se dégagent entre Laurens, spécialiste du monde arabe et auteur de l’ouvrage intitulé « Question juive, problème arabe », et Khalidi, de passage à Paris à l’occasion de la publication en français de « Cent ans de guerre contre la Palestine », paru aux États-Unis en 2020.

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C’est ce lien personnel entre les deux intervenants qui a donné lieu à un dialogue fluide, dense mais sans concessions, qui ne se contente pas de revisiter l’histoire, mais propose un changement de regard.

IMA

Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle.

Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées.

Il ne s’agit pas simplement d’une rivalité nationale entre deux peuples vivant sur une même terre, mais d’un projet d’implantation soutenu par des puissances extérieures, inscrit dans une logique coloniale classique.

Loin d’être un accident de l’histoire, ce processus répond à une dynamique structurée, progressive et profondément politique, dont le moment fondateur reste la Déclaration Balfour.

Avec le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, cette déclaration transforme une aspiration politique en projet réalisable. Khalidi insiste : sans cet appui impérial, le mouvement sioniste n’aurait pas pu s’imposer de cette manière. Il rappelle les démarches antérieures de Theodor Herzl auprès des grandes puissances, restées infructueuses, jusqu’à ce que Chaim Weizmann obtienne le soutien britannique.

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Les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. (Arlette Khouri)

À cette lecture, Henry Laurens n’oppose pas un refus, mais une mise en perspective. Il propose de remonter à 1908, moment charnière où émergent à la fois une conscience politique palestinienne et les premières tensions ouvertes autour de la présence sioniste.

Laurens insiste sur un point fondamental : le conflit est international dès l’origine. Il ne se joue pas seulement sur le territoire de la Palestine mandataire, mais aussi dans les capitales européennes, au sein des institutions internationales et, plus tard, dans les équilibres de la guerre froide.

Sur ce point, les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. La période du mandat britannique illustre parfaitement cette imbrication, notamment à travers la répression des révoltes palestiniennes — en particulier celle de 1936-1939 — menée en grande partie par les forces britanniques.

Pour Khalidi, cela confirme que la guerre n’oppose pas seulement deux acteurs locaux, mais qu’elle met en jeu une alliance entre projet sioniste et puissance impériale.

Laurens souligne pour sa part un aspect lié au langage : la Déclaration Balfour ne mentionne pas les Palestiniens en tant que peuple, évoquant simplement des « communautés non juives ». De même, le mandat britannique parle des « indigènes », un vocabulaire qui traduit une invisibilisation politique caractéristique des contextes coloniaux. Selon lui, le peuple palestinien, en tant que sujet politique, mettra des décennies à être reconnu comme tel, y compris dans le monde arabe.

Les deux historiens s’accordent également à souligner la coexistence de ruptures et de continuités. Les accords d’Oslo, par exemple, apparaissent comme un moment charnière.

Pour Khalidi, ils constituent à la fois une rupture — avec la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP — et l’aboutissement d’un processus engagé dès les années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens prennent acte de l’impossibilité d’une solution militaire régionale.

Cette tension entre continuité et rupture se retrouve dans l’analyse des événements les plus récents. Le 7 octobre 2023 marque, selon Khalidi, une rupture par l’ampleur de la violence et le nombre de victimes, tout en s’inscrivant dans une logique ancienne de confrontation.

Double regard

Ce double regard permet d’éviter les simplifications et rappelle que, si rien n’est totalement nouveau, rien n’est strictement identique non plus.

Ainsi, la figure de l’ancien président palestinien Yasser Arafat illustre bien cette complexité. À la fois acteur de la lutte et artisan de compromis, il incarne une période où un certain équilibre interne était encore possible. Sa disparition marque une rupture majeure.

Laurens souligne qu’il était sans doute le seul capable d’éviter une guerre civile palestinienne. Celle-ci éclatera quelques années plus tard, opposant notamment le Hamas à l’Autorité palestinienne, accentuant la fragmentation déjà profonde des rangs palestiniens.

Cette fragmentation constitue l’un des obstacles majeurs à l’écriture d’une histoire cohérente. À ce propos, Khalidi insiste sur l’absence d’archives nationales centralisées, conséquence directe de la dispersion du peuple palestinien.

L’historien doit alors recomposer le récit à partir de sources éparses : archives familiales, témoignages, documents internationaux. Il évoque aussi, plus personnellement, le recours à sa propre expérience — une démarche inhabituelle dans son parcours académique, mais rendue nécessaire par les lacunes documentaires.

Enfin, l’échange s’ouvre sur le présent et ses évolutions. Khalidi observe un changement notable dans l’opinion publique occidentale, en particulier aux États-Unis, où les mobilisations étudiantes, les débats académiques et les campagnes de boycott ont contribué à transformer le regard porté sur la Palestine.

Mais cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une réaction tout aussi forte : une restriction croissante de la liberté d’expression, qu’il n’hésite pas à comparer au climat du maccarthysme.

Le dialogue s’achève sur une question plus large : que révèle la question de la Palestine pour le monde contemporain ?

Pour Khalidi, elle constitue l’un des derniers avatars d’une histoire coloniale que l’on croyait révolue. Pour Laurens, elle reflète un conflit profondément inscrit dans les dynamiques internationales.


Chez le chef français Alain Passard, le végétal radical

Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
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  • "Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef
  • "Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans

PARIS: Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive.

"Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef.

"Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans, quelques mois après avoir annoncé tourner une page dans l'histoire de son mythique restaurant parisien l'Arpège, ouvert il y a 40 ans dans le quartier des ministères.

La protéine animale était déjà devenue discrète dans les assiettes du chef, qui avait banni la viande rouge en 2001. Alain Passard, qui avait pourtant bâti sa carrière et sa réputation sur la grande tradition de la rôtisserie française, se disait "dés-inspiré".

Sa nouvelle religion, il la fonde depuis 2001 en cultivant ses potagers privés à travers la France, et dans la saisonnalité.

"La nature a tout écrit. Par exemple, le poireau en hiver, c'est un produit de la nature fait pour réchauffer. Une tomate, c'est un verre d'eau, c'est fait pour désaltérer", assure-t-il, l'œil bleu pétillant.

En cuisine, une heure avant le service, c'est l'heure des "potions magiques" : six chaudrons et casseroles, remplies à ras bord de légumes, fanes, herbes, jus et réductions, viennent former le rituel de base de cette cuisine végétale.

Bien-être animal 

En maître des lieux, le "consommé" : une marmite de 10 litres d'un peu tous les végétaux de saison, avec "très peu d'eau, à niveau", la manne qui viendra délayer et faire vivre les sauces du midi.

Ce jour-là, cela viendra nourrir un consommé de céleri, qui fait presque sentir la viande ou une sauce au vin jaune, grasse, épaisse, à en rappeler le beurre, et un velouté de cresson bien iodé, sans avoir jamais connu la moindre goutte d'eau de mer.

Dans la nouvelle cuisine d'Alain Passard, très peu d'épices. Aucune "poudre de perlimpinpin", dit-il, peu de condiments et, en dehors des légumes, feuilles et fruits du potager, quasiment pas de céréales ou légumineuses.

Alain Passard plonge dans cet inconnu au moment exact, l'été dernier, où le seul chef triplement étoilé vegan au monde, Daniel Humm, à New York, remet la protéine au menu.

"Le moment est bon, la société est réceptive au respect des saisons, à la lutte contre le gaspillage alimentaire ou le bien-être animal", répond Alain Passard.

"Mais ce n'est pas politique, c'est artistique", ajoute le patron de l'Arpège, collectionneur d'art et peintre à ses rares heures perdues.

Nouvelles bases 

Mais dans la profession, ce modèle de restaurateur indépendant qui travaille seul et ne quitte jamais son établissement, devient parfois incompris. "Ils ne m'ont pas épargné : à la cérémonie du (guide gastronomique) Michelin, il y en a que je connais depuis 40 ans qui ont refusé de me saluer", dit-il en serrant les lèvres.

"Ce n'est pas leur conception de la cuisine", poursuit-il, alors que s'affirme en France un courant de chefs plus "identitaire", replié sur les traditions culinaires.

"Quand on va chez Alain, il faut oublier tout ce que l'on sait, il faut arriver vierge et être prêt à vivre quelque chose d'unique", le défend auprès de l'AFP le chef triplement étoilé Emmanuel Renaut.

En octobre, le critique Stéphane Durand-Souffland repart de l'Arpège "furieux qu'on ait essayé, moyennant une addition à 495 euros pour un couvert, de nous faire prendre des rince-doigts pour des lanternes", écrit-il dans le Figaro.

À l'AFP, il explique quelques mois plus tard avoir attendu dans le médiatique parti-pris de l'Arpège "un manifeste, sans avoir la révolution espérée".

"Quand on change autant de paradigme, il faut remonter une cuisine, prendre d'autres bases", dit le chroniqueur, citant les traditions culinaires végétaliennes de l'Inde au Japon.

"Je suis dans ce métier depuis 40 ans, je connais ma musique, mon solfège", répond Alain Passard, persuadé qu'il faut qu'on "fasse une place" dans la cuisine française au végétalisme.


Azzedine Alaïa et Christian Dior : aux racines d’un maître tunisien de la haute couture

Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
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  • Le livre met en lumière un dialogue esthétique et technique entre Alaïa et Dior, fondé sur une vision commune de la forme et du savoir-faire
  • L’expérience fondatrice d’Alaïa chez Dior et son admiration durable ont profondément influencé son parcours et inspiré l’exposition et l’ouvrage

DHAHRAN : Le livre de table publié par Damiani, « Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture », tisse avec élégance un dialogue visuel entre ces couturiers emblématiques du XXe siècle.

À travers des photographies capturant ces vêtements sculpturaux, l’ouvrage offre un festin visuel d’une grande élégance, ponctué de quelques pages de textes soigneusement sélectionnés.

Disponible uniquement en anglais, le livre, paru ce mois-ci, se lit aisément, avec une préface de l’éditrice et galeriste italienne Carla Sozzani, qui écrit : « Il ne s’agit pas simplement d’un dialogue entre deux maîtres de la haute couture, mais d’un retour à une origine profondément humaine et formatrice.

Christian Dior et Azzedine Alaïa ont développé un langage commun fondé sur une discipline intérieure et un respect de la forme, un langage qui a inspiré, inspire encore et continuera d’inspirer des générations. » 

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Le livre est sorti le 21 avril. (Publié par et avec l’autorisation de Damiani Books)

D’autres éclairages sont apportés par des figures telles qu’Olivier Saillard, historien de la mode français et directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, ainsi qu’Olivier Flaviano, directeur de La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022, entre autres.

L’ouvrage présente également 70 pièces textiles impeccablement mises en scène, issues des archives des années 1950 et conservées à la Fondation Alaïa.

L’histoire commence en Tunisie, où le jeune Alaïa (1935-2017) découvre pour la première fois les créations de Dior (1905-1957) en feuilletant des magazines de mode français fournis par Madame Pinault, une sage-femme locale qui l’avait pris sous son aile.

Fils d’agriculteurs céréaliers, Alaïa est envoyé vivre chez ses grands-parents avec sa sœur jumelle, Hafida. À 15 ans, il ment sur son âge pour intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Tunis en tant qu’apprenti sculpteur.

Il finance ses études en aidant une couturière qui vendait des reproductions de créations de grands couturiers parisiens à une clientèle tunisienne aisée.

Encouragé par Habiba Menchari, figure de l’émancipation féminine en Tunisie, il approche Madame Zeineb Levy-Despas, cliente de la maison Dior alors dirigée par Yves Saint Laurent, qui lui obtient un stage intensif de quatre jours à la Maison Dior.

En juin 1956, Alaïa, âgé de 21 ans, arrive dans l’atelier de Christian Dior, alors âgé de 51 ans, situé rue François 1er, au cœur du Triangle d’Or, épicentre du luxe parisien.

Bien que trois décennies les séparent, leurs esthétiques et leurs silhouettes présentent des similitudes, renforcées par leur goût intemporel.

Tous deux discrets, ils étaient fascinés par un artisanat minutieux et somptueux, laissant leurs œuvres — véritables sculptures à porter — s’exprimer d’elles-mêmes. Ils partageaient un goût pour les textures, les constructions ingénieuses et une architecture du vêtement à la fois douce et puissante.

Cette expérience brève mais fondatrice — ainsi que des décennies de collection des chefs-d’œuvre de Dior — a largement contribué à cette exposition.

Si l’exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris s’achève le 21 juin, près de 70 ans après ce stage, les images et les chefs-d’œuvre détaillés présentés dans le livre, eux, perdureront toute une vie. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com