Présidentielle: l'éternelle question des parrainages sème l'inquiétude

Dimanche, la campagne présidentielle prenait des airs de faux plat, sans meeting, respiration avant une semaine dont le point d'orgue sera l'ouverture du Salon international de l'agriculture à Paris samedi, incontournable rendez-vous de toute la classe politique. (Photo, AFP)
Dimanche, la campagne présidentielle prenait des airs de faux plat, sans meeting, respiration avant une semaine dont le point d'orgue sera l'ouverture du Salon international de l'agriculture à Paris samedi, incontournable rendez-vous de toute la classe politique. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 20 février 2022

Présidentielle: l'éternelle question des parrainages sème l'inquiétude

  • Le Conseil constitutionnel a fixé au vendredi 4 mars, 18H00, la date butoir pour présenter ses 500 parrainages et se déclarer formellement candidat
  • Au jeu des signatures, c'est la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, qui fait la course en tête avec près de 2 000 parrainages, devant Emmanuel Macron (1 345 paraphes)

PARIS : Combien seront-ils sur la ligne de départ ? A douze jours du coup de gong du Conseil constitutionnel qui arrêtera les candidatures à la présidentielle, Emmanuel Macron se fait toujours attendre, alors qu'Eric Zemmour et Marine Le Pen alertent sur leurs difficultés à recueillir les 500 parrainages.

Dimanche, la campagne présidentielle prenait des airs de faux plat, sans meeting, respiration avant une semaine dont le point d'orgue sera l'ouverture du Salon international de l'agriculture à Paris samedi, incontournable rendez-vous de toute la classe politique.

L'occasion pour Emmanuel Macron de franchir le pas ? Le président de la République n'en finit plus de repousser son annonce de candidature, initialement imaginée début février, puis reportée dans l'attente du pic de l'épidémie de Covid (depuis atteint), avant que le chef de l'Etat ne conditionne son entrée en campagne à une baisse de tension dans la crise russo-ukrainienne (toujours pas observée).

Dimanche matin, il s'est à nouveau entretenu par téléphone avec Vladimir Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour tenter d'éviter une guerre majeure en Europe, près de deux semaines après la rencontre des deux dirigeants au Kremlin.

Porté par sa posture internationale, le chef de l'Etat semble en récolter les fruits: il recueille 39% de satisfaits dans le baromètre Ifop pour le JDD paru dimanche, deux points de plus en un mois et a pu s'enorgueillir de nouveaux soutiens publics venus de la gauche, l'ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine et l'ex-garde des Sceaux Elisabeth Guigou.

Son horizon n'en est pour autant pas totalement dégagé. En estimant urgent d'attendre de se déclarer, Emmanuel Macron limite d'autant ses "fenêtres de tir", alors que l'exercice du Salon de l'agriculture s'annonce d'autant plus périlleux s'il n'est alors toujours pas officiellement candidat.

Le Conseil constitutionnel a de toute façon fixé au vendredi 4 mars, 18H00, la date butoir pour présenter ses 500 parrainages et se déclarer formellement candidat.

Les consolations de Pécresse

Combien de prétendants y parviendront ?

Dimanche, le candidat d'extrême droite Éric Zemmour a assuré qu'il était "très possible" qu'il ne les obtienne pas. Au dernier comptage jeudi dernier, il n'en avait recueilli que 291 et il a annulé un déplacement à la Réunion pour se consacrer à la tâche.

"Je n'ai aucune certitude, c'est très dur, on passe des heures à téléphoner, mon ami Philippe de Villiers parle des heures avec les maires, Guillaume Peltier parle des heures avec les maires, moi-même je téléphone aux maires pour essayer de les convaincre", a insisté l'ex-polémiste sur Europe 1 et CNews, en faisant valoir que s'il devait être empêché, cela rendrait, selon lui, l'"élection illégitime".

"C'est une situation qui, démocratiquement est terrifiante", a abondé Marine Le Pen sur France Inter, en affirmant n'avoir "jamais été aussi inquiète".

A la recherche d'une cinquantaine de signatures manquantes, celle qui fut déjà candidate en 2012 et 2017 a jugé que son absence sur la ligne de départ "pour des raisons administratives" serait "inouï, scandaleux, gravissime" et a appelé "tous les maires" à se mobiliser.

Christiane Taubira (seulement 86 signatures) a elle aussi pointé sur BFMTV un "dispositif administratif" qui, selon elle, provoque une "interrogation démocratique". Elle affirme disposer de "plus de 600 promesses de parrainages" mais dont la plupart n'ont pas été concrétisées.

La question des parrainages, antienne de chaque élection présidentielle bien qu'aucun candidat bien placé dans les sondages n'ait jamais échoué à les recueillir, concerne également Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pour l'instant que 370 paraphes malgré ses 10% d'intentions de vote.

A contrario, Anne Hidalgo a passé l'étape sans difficultés (plus de 1 000 signatures), et a dès lors revendiqué dimanche d'être "cette gauche qui peut conduire au pouvoir et au gouvernement", appelant notamment les électeurs de Christiane Taubira à se joindre à elle.

Celle qui oscille entre 1,5 et 3% dans les intentions de vote a revendiqué représenter le "vote utile".

Au jeu des signatures, c'est la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, qui fait la course en tête avec près de 2 000 parrainages, devant Emmanuel Macron (1 345 paraphes).

Une petite consolation pour celle qui a connu une semaine "horribilis" après un meeting jugé raté, prélude à un tassement dans les intentions de vote qui la placent à touche-touche avec Eric Zemmour, derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

A défaut de Nicolas Sarkozy, toujours silencieux, Mme Pécresse a reçu dimanche le soutien du successeur de l'ex-chef de l'Etat à la mairie de Neuilly (Hauts-de-Seine), le DVD Jean-Christophe Fromantin.


Agriculture: pour ses cantines, l'Etat ne devra plus se fournir en produits hors UE, promet Lecornu

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement veut que la restauration collective de l’État s’approvisionne exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne, afin de soutenir les filières locales et réduire l’empreinte carbone
  • Sébastien Lecornu affiche son soutien aux « contrats d’avenir » pour aider les agriculteurs à adapter leurs productions au changement climatique

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en déplacement dans une ferme de l'Eure-et-Loir, a souhaité vendredi que la restauration collective dépendant de l'Etat se fournisse exclusivement en produits agricoles et alimentaires venus de l'Union européenne.

"Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles, alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne", a-t-il dit à la presse.

Sur quelque 900 millions à un milliard d'euros de commandes de cantines de l'Etat (armées, universités, etc.), "j'ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien reste en France, et on n'a toujours pas la réponse", a-t-il admis.

"Cela va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs" et "nous l'inscrirons (...) dans les lois à venir de décentralisation comme la loi agricole que nous préparons", a-t-il ajouté.

Les agriculteurs, et notamment les éleveurs, largement mobilisés contre le traité commercial UE-Mercosur, accusent régulièrement la puissance publique, qui sous-traite parfois sa restauration collective, de ne pas respecter les quotas de produits locaux ou biologiques figurant dans ses engagements voire dans la loi.

"Certains disent préférence nationale. Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne", a précisé M. Lecornu vendredi.

"En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous vivons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient du bout du monde".

Le chef du gouvernement a aussi exprimé son appui aux "contrats d'avenir", projet porté par le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) et destiné à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

"On est dans un moment dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions", a estimé M. Lecornu.

Le Premier ministre qui, chaussé de bottes kaki, a visité une exploitation céréalière diversifiée dans la production d'amandes, n'a cependant pas abordé la mise en action ou le financement de tels "contrats".

Pierrick Horel, le président des JA, a salué "une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases".

Les "transitions jusqu'à aujourd'hui se sont opérées de façon individuelle, sur des fonds propres, cela ne répond pas à l'enjeu des dérèglements climatiques. L'agriculteur seul ne peut supporter ces transitions", a-t-il dit à l'AFP, exprimant sa satisfaction "à quelques jours du lancement du Salon de l'agriculture", le 21 février.


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".


Le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris fait "chevalier" par Macron

Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a décoré Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, chevalier de l'Ordre national du mérite, saluant son parcours exemplaire d’intégration et sa contribution culturelle au VIe arrondissement
  • À plus de 70 ans, Ali Akbar continue de vendre des journaux et de partager son humour satirique dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, symbole vivant de la tradition de la presse à la criée

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a décoré mercredi des insignes de chevalier de l'Ordre national du mérite Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, un "magnifique exemple" d'intégration "qui rend notre pays plus fort et plus fier".

"Très ému", ce Pakistanais âgé de plus de 70 ans, arrivé en France quand il n'en avait que vingt, a expliqué avoir déjà en tête la fausse manchette de journal qu'il criera dans les prochains jours, lui qui aime clamer des titres parodiques: "ça y est, je suis chevalier! J'ai réussi!".

"Vous êtes l'accent du VIe arrondissement, la voix de la presse française", lui a dit le chef de l'État dans la salle des fêtes de l'Élysée, saluant cette figure incontournable du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où a longtemps vibré le Tout-Paris littéraire.

Il a souligné qu'après avoir affronté "la pauvreté, le travail imposé, les violences" dans son pays de naissance, "le sol français" lui avait donné "l'espoir d'une vie meilleure".

"C'est un magnifique exemple dans un moment où nous entendons si souvent les vents mauvais (...) il y a aussi beaucoup d'histoires comme Ali qui s'écrivent, de femmes et d'hommes qui ont fui la misère pour choisir un pays de liberté et qui y ont construit une vie qui rend notre pays plus fort et plus fier", a insisté le président.

- "Irrévérence tricolore" -

Dès ses débuts de crieur dans les années 1970, grâce à une rencontre avec le cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, Ali Akbar a jeté son dévolu sur le quartier de Sciences Po.

Là, il raconte avoir croisé de nombreux étudiants devenus depuis ministres ou députés. Voire président de la République, à l'instar d'Emmanuel Macron.

Svelte, le visage fin, avec ses journaux sous le bras - essentiellement Le Monde aujourd'hui -, il sillonne encore ces rues de la rive gauche de la capitale en déclamant des manchettes humoristiques. Une manière de parodier les événements politiques avec le sourire.

Le français est "devenu votre langue", "vous apprenez à jouer avec, faisant vôtre, par là, une forme d'irrévérence tricolore", lui a glissé le chef de l'État.

"Vous avez porté, si je puis dire, le monde à bout de bras et la France dans votre cœur", lui a-t-il encore affirmé, dans un clin d'œil au quotidien du soir.

Il y a cinquante ans, Paris comptait une quarantaine de vendeurs de journaux à la criée, postés à des endroits stratégiques comme les bouches de métro. Lui s'était démarqué en choisissant de déambuler puis, dans les années 1980, en commençant à inventer des titres parodiques... et racoleurs.

Il perçoit 1.000 euros de retraite par mois mais continue à travailler de 15H00 à 22H00. À l'heure du tout numérique, il écoule en moyenne une trentaine de journaux par jour, contre 150 à 200 à ses débuts.

Et maintenant? "Je vais rester, je vais continuer à vendre les journaux", confie Ali Akbar, et "amuser les gens avec mes blagues".