La «majorité des harkis est restée» en Algérie en 1962, selon un spécialiste

Sur cette photo d'archive prise le 31 mars 1961, deux gendarmes français se tiennent dans l'appartement dévasté du maire socialiste français (SFIO) d'Evian-les-Bains Camille Blanc, après qu’une bombe posée par l'Organisation Armée Secrète - OAS) a explosé, tuant le maire et blessant sa femme. Camille Blanc a été tué quelques semaines avant l'ouverture des négociations de paix entre le gouvernement français et le Front de libération nationale (FLN) algérien à Évian. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 31 mars 1961, deux gendarmes français se tiennent dans l'appartement dévasté du maire socialiste français (SFIO) d'Evian-les-Bains Camille Blanc, après qu’une bombe posée par l'Organisation Armée Secrète - OAS) a explosé, tuant le maire et blessant sa femme. Camille Blanc a été tué quelques semaines avant l'ouverture des négociations de paix entre le gouvernement français et le Front de libération nationale (FLN) algérien à Évian. (AFP)
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Publié le Mardi 22 février 2022

La «majorité des harkis est restée» en Algérie en 1962, selon un spécialiste

  • La «majorité des harkis est restée en Algérie» après l'indépendance en 1962, indique Pierre Daum, un spécialiste du dossier qui a écrit «Le Dernier Tabou»
  • Selon Daum, la plupart des harkis se sont engagés dans l’armée français parce que leur famille était en train de mourir de faim dans les camps de concentrations créés par cette armée

ALGER : Contrairement au «discours dominant», les harkis n'étaient pas engagés en soutien aux Français «par choix idéologique» et la «majorité est restée en Algérie» après l'indépendance en 1962, indique Pierre Daum, un spécialiste du dossier qui a écrit «Le Dernier Tabou», après deux ans d'enquête.

Quels sont les erreurs et tabous sur la question des harkis?

Après l'indépendance, la majorité des harkis est restée en Algérie et le FLN (Front de Libération nationale) n'a pas donné l'ordre de les exécuter. En France comme en Algérie, les discours dominants sont remplis d'erreurs.

La première grande erreur est de penser qu'ils se sont engagés dans l'armée française +par amour du drapeau tricolore+, par choix idéologique. L'extrême droite française les considère comme les «bons musulmans» opposés aux «méchants fellaghas». Même erreur en Algérie où ils sont considérés comme des «traîtres», à l'égal des «collabos» français de l'époque nazie.

Leurs motivations? Pour la plupart, c'est parce que leur famille était en train de mourir de faim dans +les camps de concentrations+ créés par l'armée française, qui déplaça de force (à partir de 1955 pour éviter leur soutien aux indépendantistes, ndlr) 2,5 millions de paysans sur un total de 8 millions.

D'autres étaient pris en étau entre la violence de l'armée française et de certains éléments de l'armée de libération (ALN). Et pour certains, à cause de vieilles rivalités claniques remontant à plusieurs générations.

Dans un sens restreint, le mot +harkis+ désigne les Algériens engagés comme auxiliaires civils de l'armée française, qui étaient en tout 250.000. Mais il est plus souvent utilisé dans un sens large et englobe aussi les militaires de carrière algériens, les appelés et les notables pro-français, ce qui donne un total de 450.000 hommes. Seuls 30.000 d'entre eux sont partis en France, souvent avec femmes et enfants, ce qui donne une +émigration harkie+ de 90.000 personnes en 1962.

Quel a été leur sort après l'indépendance?

C'est la seconde grande erreur. En France, on dit qu'ils ont été +tous massacrés+, ce qui permet aux défenseurs de l'OAS (Organisation de l'armée secrète) de prétendre que cette organisation terroriste voulait sauver les harkis et les pieds-noirs des +barbares+ du FLN.

Mon enquête démontre que l'immense majorité des harkis sont rentrés dans leurs villages. Mais beaucoup ont été arrêtés et torturés. Le FLN a mis en place des tribunaux populaires. Les harkis accusés de torture ou de viol étaient exécutés séance tenante. On parle d'entre plusieurs milliers et quelques dizaines de milliers de harkis assassinés.

En France, sur les 90.000 personnes arrivées en 1962, la moitié s'est éparpillée anonymement sur le territoire et l'autre a été internée dans des camps aux conditions de vie indignes: privation de liberté, séparation d'avec la société française, mauvaise éducation pour les enfants, soins médicaux déplorables, racisme des gardiens...

Les harkis ont été traités en tant que colonisés, de la même façon que la France avait traité les +indigènes+ de ses colonies pendant trois siècles.

De Gaulle a tout fait pour qu'ils ne franchissent pas la Méditerranée, d'où leur nombre réduit. Dès 1959, il disait à son ministre Alain Peyrefitte: +Nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche et de religion chrétienne. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français+.

Que peuvent faire Paris et Alger pour réconcilier les mémoires?

Sur les 30.000 hommes arrivés en 1962, très peu sont encore en vie. Les harkis dont on parle dans les médias français sont des associations d'enfants de harkis. Il y a aussi des centaines de milliers d'enfants de harkis en Algérie, dont certains sont encore victimes de relégation sociale.

En prévision de la présidentielle, le président Emmanuel Macron a entrepris une sorte de +tournée des popotes+, disant à chacun -aux harkis, aux pieds-noirs, aux enfants des pro-FLN jetés dans la Seine en 1961- qu'il reconnaît les souffrances passées. Il faut aller au-delà et reconnaître la vérité historique.

Toutes ces souffrances ont une origine commune: la colonisation comme entreprise structurellement criminelle. La France doit reconnaître que les Algériens sont de loin ceux qui ont le plus souffert des crimes de la colonisation. Ensuite, les Algériens devront admettre que les harkis étaient eux aussi des victimes de la colonisation. Alors, on pourra envisager une réparation et réconciliation de toutes ces mémoires blessées.


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
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  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
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  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.