Le sort de l'Ukraine remet en question les efforts en faveur du désarmement nucléaire

Les analystes en sécurité ont averti que le conflit en Ukraine pourrait enhardir Téhéran et le régime de la Corée du Nord dans leur course à l'arme nucléaire (AFP).
Les analystes en sécurité ont averti que le conflit en Ukraine pourrait enhardir Téhéran et le régime de la Corée du Nord dans leur course à l'arme nucléaire (AFP).
Des décombres et des flammes visibles à Boutcha, en Ukraine, le 27 février 2022. (Mairie de Boutcha/Handout via Reuters)
Des décombres et des flammes visibles à Boutcha, en Ukraine, le 27 février 2022. (Mairie de Boutcha/Handout via Reuters)
Un immeuble résidentiel endommagé par les récents bombardements à Kiev, en Ukraine, le 26 février 2022. (Reuters/Gleb Garanich)
Un immeuble résidentiel endommagé par les récents bombardements à Kiev, en Ukraine, le 26 février 2022. (Reuters/Gleb Garanich)
Des réfugiés ukrainiens fuient l'invasion russe à la gare de Nyugati, à Budapest, en Hongrie, le 27 février 2022. (Reuters/Marton Monus)
Des réfugiés ukrainiens fuient l'invasion russe à la gare de Nyugati, à Budapest, en Hongrie, le 27 février 2022. (Reuters/Marton Monus)
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Publié le Lundi 28 février 2022

Le sort de l'Ukraine remet en question les efforts en faveur du désarmement nucléaire

  • Selon les analystes, le triste sort de l'Ukraine pourrait avoir des répercussions à long terme sur les efforts à venir en faveur du désarmement nucléaire, notamment au Moyen-Orient
  • Les chars russes avancent aujourd’hui vers Kiev dans le but de renverser le gouvernement ukrainien démocratiquement élu, de toute évidence en raison son orientation pro-occidentale

ERBIL (Kurdistan irakien): À l'aube du quatrième jour de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, il est désormais certain que les retombées géopolitiques se feront sentir bien plus loin que le théâtre opérationnel européen. Selon les analystes, le triste sort de l'Ukraine pourrait avoir des répercussions à long terme sur les efforts à venir en faveur du désarmement nucléaire, notamment au Moyen-Orient.

L'Ukraine a obtenu son indépendance au moment de la chute de l'Union soviétique, en 1991. Avec la Biélorussie et le Kazakhstan, l'Ukraine a hérité d'un arsenal impressionnant de missiles balistiques intercontinentaux, de bombardiers et, surtout, d'ogives nucléaires, auquel elle a renoncé.

En 1994, le gouvernement de l'ancien président Leonid Kravtchouk avait pris la décision de démanteler cet arsenal – l’un des plus importants du monde à l'époque – dans le cadre du Mémorandum de Budapest. En contrepartie, l’accord prévoyait des garanties sécuritaires pour la protection de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de l'Ukraine.

Officiellement, cet accord était intitulé «Mémorandum relatif aux garanties de sécurité dans le cadre de l’adhésion de l’Ukraine au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires».

Malgré cela, les chars russes avancent aujourd’hui vers Kiev dans le but de renverser le gouvernement ukrainien démocratiquement élu, de toute évidence en raison de son orientation pro-occidentale. L'Ukraine, qui aspire à devenir membre de l'Union européenne (UE) et de l'Otan, ne reçoit pas aujourd’hui suffisamment de soutien ni d'assistance de la part des pays occidentaux pour stopper le rouleau compresseur militaire russe.

Un véhicule blindé de l'armée russe progresse dans une rue d'Armiansk, en Crimée, après que le président russe, Vladimir Poutine, a autorisé une opération militaire en Ukraine, le 24 février 2022. (Reuters)
Un véhicule blindé de l'armée russe progresse dans une rue d'Armiansk, en Crimée, après que le président russe, Vladimir Poutine, a autorisé une opération militaire en Ukraine, le 24 février 2022. (Reuters)

Certains observateurs estiment que l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi a commis la même erreur en remettant à l'Occident son important stock d'armes de destruction massive en 2003 avant d'être destitué et tué moins de dix ans plus tard par un soulèvement populaire armé qui a bénéficié d'un soutien aérien décisif de l'Otan.

L'Ukraine pourrait toutefois créer un précédent tout à fait différent de celui des États réprouvés pour leurs violations systématiques des droits de l’homme, comme la Libye de Kadhafi, l'Irak de Saddam Hussein ou la Corée du Nord. Il s'agit d'un pays démocratique et véritablement pro-occidental.

Si l'Occident ne parvient pas à garantir la sécurité de Kiev en échange de la poursuite des efforts pour le désarmement nucléaire, pourquoi des gouvernements impopulaires et non démocratiques feraient-ils confiance à des garanties de sécurité similaires en échange du démantèlement de leurs stocks (ou de leur engagement à ne jamais développer de telles armes) à l'avenir?

«De manière générale, l'invasion de l’Ukraine vient consolider l'utilité des armes nucléaires dans la protection des États. L'Ukraine a renoncé à ses armes nucléaires et a été attaquée, mais les États baltes, bien plus vulnérables, sont [pour l'instant, en tout cas] en sécurité grâce à la garantie nucléaire de l’Otan», souligne Kyle Orton, analyste indépendant du Moyen-Orient, à Arab News.

«Prenez le précédent de Kadhafi. S'il avait conservé son programme nucléaire et l'avait mené à terme, de telles armes n'auraient certes pas pu empêcher une rébellion d'éclater contre lui en 2011, mais la vérité crue, c’est qu’elles auraient pu empêcher le soutien de l'Otan à la rébellion. Sans soutien extérieur, cette dernière aurait bien pu échouer et Kadhafi aurait survécu», ajoute-t-il.

Feu le dirigeant libyen Moammar Kadhafi prononce un discours devant l'Assemblée générale des nations unies, à New York, le 23 septembre 2009. (Photo d'archive AFP)
Feu le dirigeant libyen Moammar Kadhafi prononce un discours devant l'Assemblée générale des nations unies, à New York, le 23 septembre 2009. (Photo d'archive AFP)

Shashank Joshi, rédacteur en chef de la section défense de l’hebdomadaire The Economist, estime également que «la violation du Mémorandum de Budapest montre que de tels accords diplomatiques, plus particulièrement les garanties de sécurité négatives – c’est-à-dire la promesse de ne pas attaquer – sont difficiles, voire impossibles à faire respecter sur une période de plusieurs décennies».

«Bien que Kadhafi n'ait pas reçu de telles assurances de manière explicite, le rôle catalyseur de l’Otan dans l'effondrement de son régime, qui a mené à son assassinat, est également un précédent que les États autoritaires nucléaires en puissance garderont à l’esprit», explique M. Joshi à Arab News.

En échange de la remise de son stock «d’armes de destruction massive», Kadhafi s'est vu promettre de meilleures relations entre la Libye, qui était alors un État paria appauvri, et l'Occident, ainsi que la levée des sanctions économiques contre son pays. Néanmoins, en 2009, il semble qu’il ait regretté sa décision. Lors d’une visite en Italie, il déplore la situation en ces termes: «Nous avions espéré que la Libye serait un exemple pour les autres pays [...] mais le monde ne nous a pas récompensés.»

Selon Joshi, si de tels précédents «rendent sans doute plus difficile l'obtention du désarmement de la Corée du Nord, il est important de garder à l'esprit que Pyongyang ne céderait probablement pas son arsenal, même en contrepartie de garanties». Les avis sont unanimes: Kim Jong-un, et son père avant lui, dirigeants de l'un des pays les plus isolés et les plus secrets de la planète aujourd'hui, ont dûment pris note de l'épisode Kadhafi.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un (au centre) passe en revue un exercice de lancement de missiles balistiques par l'Armée populaire de Corée, le 21 juillet 2016. (KCNA via KNS/AFP)
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un (au centre) passe en revue un exercice de lancement de missiles balistiques par l'Armée populaire de Corée, le 21 juillet 2016. (KCNA via KNS/AFP)

Aujourd'hui, l'incapacité collective de l'Occident à joindre le geste à la parole, dans le cas d'un pays aussi bienveillant et aussi intégré à l’échelle internationale que l'Ukraine, pourrait éloigner davantage l’éventualité – déjà hautement improbable – que Pyongyang envisage sérieusement un jour un désarmement nucléaire en échange de garanties internationales et d'un allègement des sanctions.

Cependant, le fiasco ukrainien pourrait-il également avoir une incidence sur les négociations en cours entre l'Iran et la communauté internationale pour relancer l'accord nucléaire de 2015? L'Iran dispose désormais d'un temps de sortie du nucléaire estimé à cinq semaines seulement, ce qui signifie qu'il pourrait fabriquer une bombe dans ce laps de temps s'il en décide ainsi.

Il n'est pas certain que l'échec incontestable du Mémorandum de Budapest ait davantage convaincu certaines figures à Téhéran de la futilité de l’éventuelle restauration du Plan d’action global conjoint (PAGC). Orton, pour sa part, doute fortement que la crise ukrainienne ait, aujourd’hui ou demain, une incidence notable sur la prise de décision de l'Iran au sujet de son programme nucléaire.

Le chef du Corps des gardiens de la révolution iranienne, Hossein Salami, observe un lancement de missiles lors d'un exercice qui se déroulait l'année dernière. (AFP/File)
Le chef du Corps des gardiens de la révolution iranienne, Hossein Salami, observe un lancement de missiles lors d'un exercice qui se déroulait l'année dernière. (AFP/File)

«Dans les faits, l’invasion de l'Ukraine n’a qu’une incidence indirecte sur les négociations sur le nucléaire iranien», fait-il savoir à Arab News. «La Russie et le régime clérical sont des partenaires stratégiques. Par conséquent, si la conquête de l’Ukraine permet à la Russie de s’enhardir contre un Occident faible et inefficace, cela semble ouvrir la voie à des conditions encore plus favorables à l'Iran dans l'accord sur le nucléaire».

Orton ajoute: «Toutefois, il ne s’agit pas là d’un précédent: l'avancée de Téhéran vers l’acquisition de la bombe nucléaire lui est propre. À cet égard, l’Iran a ses propres raisons et son propre calendrier.»

Les analystes ajoutent qu'il est important de noter que, si l'Iran choisit finalement de développer des armes nucléaires, il pourrait ne pas les utiliser uniquement pour asseoir le pouvoir du régime et dissuader les menaces extérieures.

«Une grande partie du débat autour du programme nucléaire iranien consiste à savoir si l'Iran développe des armes nucléaires en vue de contraindre ses voisins à se soumettre à lui ou pour défendre l’Iran», déclare à Arab News Nicholas Heras, directeur adjoint de l'unité de sécurité humaine au sein du Newlines Institute for Strategy and Policy.

D'une manière ou d'une autre, le régime de Téhéran pourrait conclure que le développement d'armes nucléaires mérite d’être poursuivi en dépit des risques et des conséquences.

Selon Orton, même s'il existe des «coûts réels» que doivent payer les États qui «franchissent ouvertement le seuil nucléaire», comme la Corée du Nord, certains pays ont conclu que ces coûts en valaient la peine.

«L'Inde, le Pakistan et Israël ont vu leur statut et leur sécurité renforcés par les armes nucléaires», souligne-t-il. «Vous pouvez diriger un réseau mondial d’islamistes radicalisés qui tuent des milliers de soldats occidentaux; vous serez à l'abri des conséquences grâce à votre diplomatie nucléaire coercitive.»

Le RS-24 Yars de la Russie, un missile balistique intercontinental équipé d'un Mirv (technique qui consiste à équiper un missile de plusieurs têtes qui suivent chacune une trajectoire indépendante, NDLR) et d'une arme thermonucléaire, exposé lors de la célébration de la victoire de la Seconde Guerre mondiale à Moscou. (Photo Shutterstock)
Le RS-24 Yars de la Russie, un missile balistique intercontinental équipé d'un Mirv (technique qui consiste à équiper un missile de plusieurs têtes qui suivent chacune une trajectoire indépendante, NDLR) et d'une arme thermonucléaire, exposé lors de la célébration de la victoire de la Seconde Guerre mondiale à Moscou. (Photo Shutterstock)

Orton résume son argument en ces termes: «Les incitations que nous avons mises en place poussent malheureusement les États à acquérir des armes nucléaires et à les conserver. L'expertise technique, l'argent, les intentions des États et la vulnérabilité aux sanctions américaines constitueront probablement les principales contraintes à la prolifération à l'avenir, et non les instruments diplomatiques de l’ONU.»

Dans le même ordre d'idées, M. Heras a décrit les armes nucléaires comme «la menace dissuasive la plus efficace contre l'invasion qu'un État puisse posséder dans le monde moderne».

«Tous les États qui possèdent des armes nucléaires ont des stratégies de sécurité nationale claires qui permettent le recours à ces armes pour se défendre», précise-t-il à Arab News. «C'est un fait universel de la politique d'État dans notre monde moderne.»

Pour conclure, a déclaré M. Heras, le débat sur les armes nucléaires découle de la crainte suivante: plus il y a d'États, ou même d'acteurs non étatiques, qui les possèdent, plus grande est la probabilité que ces armes soient utilisées dans de futurs conflits.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Les principaux points de l'accord Iran-Etats-Unis

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
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  • Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban"
  • Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban"

TEHERAN: Voici les principaux points du protocole d'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-orient, dont le contenu a été rendu public par Washington et Téhéran:

Cessation permanente des hostilités 

Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban".

Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban".

Accord final sous 60 jours 

L'Iran et les Etats-Unis "s'engagent à négocier et à conclure l'accord final dans un délai maximum de 60 jours, extensible d'un commun accord".

Levée du blocus naval américain 

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours.

Les Etats-Unis s'engagent en outre "à retirer leurs forces des abords de la République islamique d'Iran dans les 30 jours suivant l'accord final".

Réouverture du détroit d'Ormuz 

L'Iran s'engage à "assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais pendant 60 jours uniquement, du golfe Persique vers la mer d'Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement" et sera pleinement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois le détroit d'Ormuz déminé.

Plan de 300 milliards de dollars pour l'Iran 

Les Etats-Unis et leurs partenaires régionaux élaboreront un plan "d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique" de l'Iran.

Levée des sanctions 

Les Etats-Unis "s'engagent à mettre fin à tous les types de sanctions" unilatérales et internationales contre l'Iran, selon un calendrier qui sera convenu dans l'accord final.

En attendant, les Etats-Unis "s'engagent à rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d'Iran gelés ou soumis à des restrictions dès la mise en œuvre du présent protocole d'accord".

De façon immédiate et jusqu'à la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivrera "des dérogations pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc".

Nucléaire 

L'Iran réaffirme qu'il "ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires".

Le sort de l'uranium enrichi accumulé par l'Iran sera réglé "selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (...) la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA" (Agence internationale de l'énergie atomique).

En attendant cet accord final, l'Iran "maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire", et les Etats-Unis "n'imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région".

Signature 

Selon le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation a été cruciale, l'accord a été signé électroniquement et à distance jeudi, heure d'Islamabad, par les présidents iranien Massoud Pezeshkian et américain Donald Trump.

Une cérémonie de signature est confirmée vendredi en Suisse "pour commémorer cet événement marquant et donner le coup d'envoi des discussions techniques".

Résolution de l'ONU 

L'accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU.


Les présidents américain et iranien signent à distance le protocole d'accord

Les présidents américain et iranien ont chacun signé à distance mercredi soir le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à diluer son uranium enrichi dans le cadre de futures négociations, en échange de la levée des sanctions de Washington. (AFP)
Les présidents américain et iranien ont chacun signé à distance mercredi soir le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à diluer son uranium enrichi dans le cadre de futures négociations, en échange de la levée des sanctions de Washington. (AFP)
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  • Le protocole d'accord, qui inclut le front libanais, a été signé par Donald Trump, en visite en France
  • "Je viens de le signer", a-t-il dit à la presse en quittant le château de Versailles. Un responsable de la Maison Blanche a par la suite publié une vidéo sur X où l'on voit le républicain signer l'accord aux côtés d'Emmanuel Macron

WASHINGTON: Les présidents américain et iranien ont chacun signé à distance mercredi soir le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à diluer son uranium enrichi dans le cadre de futures négociations, en échange de la levée des sanctions de Washington.

Washington et Téhéran sont convenus cette semaine d'un accord pour mettre fin au conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Le protocole d'accord, qui inclut le front libanais, a été signé par Donald Trump, en visite en France.

"Je viens de le signer", a-t-il dit à la presse en quittant le château de Versailles. Un responsable de la Maison Blanche a par la suite publié une vidéo sur X où l'on voit le républicain signer l'accord aux côtés d'Emmanuel Macron, le pouce levé et sourire aux lèvres.

Le texte a été signé par le président iranien Massoud Pezeshkian et son homologue américain, a déclaré de son côté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï.

Réouverture d'Ormuz 

Cela signifie que le détroit d'Ormuz sera "instantanément" rouvert et que le blocus américain des ports iraniens prendra fin "immédiatement", a affirmé le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.

Il a par ailleurs confirmé qu'une cérémonie aura lieu vendredi en Suisse pour "commémorer cet événement marquant et donner le coup d'envoi des discussions techniques".

Une signature formelle par le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, était initialement prévue en Suisse à la fin de la semaine.

"Cet accord acte l'échec des Etats-Unis" face à l'Iran, a déclaré mercredi soir M. Ghalibaf à la télévision d'Etat.

Le secrétaire général du Hezbollah chiite libanais pro-Téhéran, Naïm Kassem, a lui qualifié cet accord de "grande victoire" pour l'Iran, qu'il a remercié d'avoir insisté pour y inclure le front libanais.

Dans un message télévisé, il a appelé à "tirer profit" de cet accord pour "expulser Israël" du Liban. Le Liban a été entraîné dans le conflit lorsque le Hezbollah a tiré le 2 mars des roquettes contre Israël en soutien à l'Iran.

Le chef du Hezbollah a également appelé le gouvernement libanais à arrêter les négociations directes avec Israël, engagées depuis avril sous l'égide de Washington. Le président libanais Joseph Aoun avait auparavant assuré que le processus était "indépendant" de l'accord américano-iranien.

Période de négociations de deux mois 

Le texte du protocole d'accord, lu mercredi par un haut responsable américain à des journalistes, prévoit que les Etats-Unis suspendent, dès sa signature, leurs sanctions sur la vente de pétrole iranien. Ils s'engagent également à lever l'ensemble de leurs sanctions contre Téhéran en cas de conclusion d'un accord définitif, au terme d'une période de négociations de 60 jours.

Au cours de ces deux mois, les deux pays discuteront d'un mécanisme permettant de traiter les stocks iraniens "en recourant, au minimum, à une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique)", a souligné ce responsable, voulant y voir une "victoire majeure" pour Washington.

Selon la même source, l'Iran devra permettre de son côté, dans un délai de 30 jours, le plein rétablissement de la circulation maritime dans le stratégique détroit d'Ormuz, dont le blocage persistant pèse sur l'économie mondiale.

Les Etats-Unis s'engagent par ailleurs, en cas d'accord définitif, à faciliter "avec leurs partenaires régionaux", notamment du Golfe, le déblocage d'un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l'Iran, sans que cela implique une quelconque participation financière américaine.

L'Iran a publié mercredi le texte de l'accord, via l'agence de presse gouvernementale Irna.

Les pays membres du G7, réunis en France pour un sommet, ont salué dans une déclaration commune "une opportunité historique d'empêcher l'Iran d'acquérir toute arme nucléaire et de s'attaquer aux menaces liées à ses activités régionales et balistiques".

La Chine a de son côté estimé "essentiel" que "toutes les parties" appliquent scrupuleusement cet accord et évitent les "ingérences" extérieures, lors d'un entretien téléphonique de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, avec son homologue iranien, Abbas Araghchi, selon Pékin.

Le chef de la diplomatie chinoise, dont le pays est largement dépendant des importations de pétrole du Golfe, a insisté sur la nécessité que la navigation dans le détroit d'Ormuz soit "correctement gérée, en répondant avec prudence aux vives préoccupations de la communauté internationale".

Les cours du pétrole ont terminé en légère progression mercredi, les opérateurs se montrant prudents quant à la signature du protocole d'accord, le Brent, référence mondiale du brut, progressant de 0,75 %, à 79,55 dollars le baril.


Le G7 «uni» pour faire monter la pression sur la Russie et revenir à la stabilité au Moyen-Orient

Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.  Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine. Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
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  • Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine
  • Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février

EVIAN: Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.

Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington.

L'annonce la plus attendue est venue du président américain, qui a dit vouloir rétablir certaines sanctions pesant sur le pétrole russe, un temps suspendues pour contrer la flambée des cours du brut occasionnée par le conflit contre l'Iran.

"Nous serons bientôt en mesure" de les réintroduire, a-t-il assuré, alors que le trafic dans le détroit, par lequel transite un cinquième des exportations mondiales d'hydrocarbures, reprend timidement. Ces exportations constituent la principale source de financement de l'effort de guerre russe depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février.

Autant de déclarations accueillies avec soulagement par ses pairs, alors que le président américain  s'est souvent montré plus à l'écoute du Russe Vladimir Poutine que de l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il avait accueilli avec une rudesse sans pareille en février 2025 dans le Bureau Ovale.

Zelensky félicité 

Les dirigeants du G7 sont "unis", "ils font le constat qu'il y a une dynamique sur le terrain" en faveur de l'Ukraine et sont d'accord pour "augmenter la pression" sur la Russie et livrer plus de moyens de défense antiaérienne à Kiev, avait esquissé auparavant une source diplomatique française.

Signe de sa bonne disposition, Donald Trump a aussi rencontré une vingtaine de minutes en aparté le président ukrainien et devait le revoir dans l'après-midi. Leur dernière rencontre remontait au 28 décembre aux Etats-Unis.

Le président américain l'a félicité pour la "performance" de l'armée ukrainienne sur le terrain et il a reconnu que la "dynamique" était ukrainienne, selon un participant.

"C'est formidable que tout le monde comprenne que la Russie ne va pas gagner et que nous devons faire pression sur Poutine pour qu'il mette un terme à cette guerre", s'est félicité le président ukrainien, qu'Emmanuel Macron a invité à rester jusqu'à la fin du sommet mercredi.

Multipliant les marques d'attention, le président français est allé à sa rencontre à son arrivée à l'hôtel Royal, sur les bords du Lac Léman, où se tenait cette année la grand-messe de ce club de grandes puissances industrialisées.

"Déminage" 

Le président américain, lui, aura les honneurs du château de Versailles mercredi pour un dîner. "Et Versailles, c'est pas du plaqué or, c'est du lourd", s'est-il réjoui.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé que le Royaume-Uni allait fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie.

Le chef du gouvernement canadien a fait de même avec des sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers au service de la Russie, ses revenus énergétiques, son industrie de défense et les acteurs de la désinformation.

Et Friedrich Merz a offert un maillot de football allemand floqué à son nom au président américain, deux jours après son anniversaire.

Les dirigeants du G7 et leurs homologues d'Egypte, du Qatar et des Emirats arabes unis se sont ensuite félicités lors d'un déjeuner de l'accord irano-américain, un "très beau deal" selon une source diplomatique.

Ils ont insisté sur la "nécessité d'avoir de la visibilité sur la menace iranienne", de diversifier les routes d'approvisionnement en hydrocarbures pour réduire la dépendance au détroit d'Ormuz, cartes à l'appui, et d'un "effort multinational pour soutenir l'armée libanaise".

Les Etats-Unis nous "demandent de mettre des capacités de déminage" à disposition dans le détroit d'Ormuz, a indiqué une source européenne, précisant que des bateaux français et allemands étaient notamment mobilisés à cette fin.

Donald Trump s'était pourtant montré assez peu intéressé la veille par la mission maritime internationale mise en place par Paris et Londres pour garantir le retour à la liberté de circulation dans la région, une fois la paix revenue.

Mercredi, au dernier jour du sommet, le G7 recevra plusieurs "leaders de la tech mondiale" pour un déjeuner où il sera question de régulation, ou encore d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans. Des débats qui s'annoncent tendus avec Donald Trump.