Pandémie: les effets économiques « exacerbés » pour les femmes marocaines

Des femmes marocaines confinées à la maison, jettent un œil par une fenêtre dans la ville portuaire de Safi, dans le sud du pays, le 9 juin 2020. (Fadel SENNA/AFP)
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Publié le Jeudi 16 juillet 2020

Pandémie: les effets économiques « exacerbés » pour les femmes marocaines

  • Les femmes marocaines subit de manière disproportionnée les répercussions de la crise sur plus d’un aspect de la vie, révèle un rapport du Policy Center for the New South
  • Selon le rapport, elles sont « surreprésentées » dans les métiers constituant la première ligne de défense contre la Covid-19

RABAT: Les effets économiques de la Covid-19 sont « exacerbés » pour les femmes et les filles, au Maroc mais aussi ailleurs, révèle un rapport du Policy Center for the New South.

« Cette catégorie de la société marocaine, et mondiale, subit de manière disproportionnée les répercussions de la crise de la Covid-19, sur plus d’un aspect de la vie », selon le rapport publié par le groupe de réflexion, intitulé « L’autonomisation économique des femmes au temps de la Covid-19 et d’ailleurs: comprendre pour agir ».

Les experts du groupe de réflexion marocain observent ainsi que les retombées de la crise de la Covid-19 se manifestent à plusieurs niveaux, dont l'emploi et les revenus, la santé et l’éducation, soulignant que les femmes au Maroc sont « surreprésentées » dans les métiers constituant la première ligne de défense contre la Covid-19.

« Elles représentent, en effet, 57% du personnel médical, 66% du personnel paramédical et 64% des fonctionnaires du secteur social », notent les auteurs du rapport, signalant qu'elles jouent un rôle « disproportionné » dans la réponse à la maladie.

Évoquant le travail dans les secteurs très touchés par la crise, les auteurs du rapport relèvent que les femmes sont « considérablement présentes » dans ces secteurs, « y compris l’industrie qui compte pour un dixième des emplois féminins, le commerce qui totalise environ 5% des emplois féminins, et 1/10 des emplois des femmes diplômées, ainsi que la restauration et l’hôtellerie dont 20% des effectifs sont de sexe féminin ».

Réparti en trois grandes parties traitant principalement de l'effet de la crise sur la vie des femmes en société, le rapport rappelle que le Maroc s'est engagé dans une longue démarche afin d'atteindre l'objectif de l'autonomisation des femmes. Il salue, dans ce sens, les « grands » efforts déployés en matière des droits des femmes.

« Au niveau international, le Maroc a ratifié la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes puis a accepté la levée des réserves la concernant. Au niveau constitutionnel, le pays a institué l’égalité, la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination dans la Constitution du 1er juillet 2011 », rappelle le rapport.

Revenant sur le taux d'analphabétisme féminin, les chercheurs font remarquer que celui-ci a connu une baisse « remarquable » au Maroc, diminuant de moitié ces 50 dernières années, pour se situer autour de 40% en 2015, contre 96% en 1960.

Le document s'arrête par ailleurs sur le taux de participation des femmes à l'activité économique qui, avec 22,2% en 2018, reste l'un des « plus faibles » dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, relevant que la tendance à la baisse de la participation des femmes à l’activité économique "se confirme d’une année à l’autre alors que leur taux d’activité est passé de 28% en 2005, à 22.2% en 2018 ».


Algérie: un nouveau fonds d’investissement pour financer les start-up

Startups et entrepreneuriat sont deviennent de vrais atouts pour les economies (Alain JOCARD / AFP)
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  • « Ce fonds sera opérationnel au cours des prochains jours, apportera le soutien nécessaire aux start-up et aura pour mission de les accompagner durant leur parcours économique », explique le ministre délégué chargé des start-up
  • L’incubateur de l’université de M’sila a permis la formation de plus de 700 chefs d’entreprise grâce à un certificat de management d’affaires

Yacine El-Mahdi Oualid, ministre délégué chargé des start-up, a annoncé, le 28 juillet dernier, qu’un fonds d’investissement visant à financer les start-up serait mis en œuvre dans les jours qui viennent.

« Ce fonds sera opérationnel au cours des prochains jours, apportera le soutien nécessaire aux start-up et aura pour mission de les accompagner durant leur parcours économique », a-t-il annoncé lors d’une visite de travail à l’université de M’sila. L’incubateur de cette université, au nord-est de l’Algérie, a permis la formation de plus de 700 chefs d’entreprise grâce à un certificat de management d’affaires, une formation proposée par l’institution après l’obtention d’un master.

« Le travail de l’incubateur local des entreprises se focalise actuellement sur l’évaluation de trois années de formation dans le domaine du management d’affaires afin de déceler les lacunes et les difficultés auxquelles sont confrontés les patrons de start-up sur le terrain », a expliqué Kamel Bedari, le recteur de l’université.

Aussi, le ministre a-t-il annoncé la création d’une plate-forme numérique qui sera supervisée par le ministère de tutelle. Yacine El-Mahdi Oualid, qui a salué l’importance des incubateurs au sein des universités, a précisé que le rôle de la plate-forme, qui sera opérationnelle prochainement, sera d’établir « un lien entre les opérateurs et les acteurs du domaine ».

Les incubateurs sont une « source importante de l’économie de la connaissance », précise le ministre. Il ajoute : « Mon département ministériel se concentre actuellement sur l’amélioration de l’aspect juridique relatif à la promotion des start-up afin de l’adapter aux spécificités de ces entreprises. »

Le ministre a souhaité rassurer les porteurs de projets en indiquant que son département compte introduire « une méthodologie visant à améliorer les performances des start-up en accompagnant les jeunes entrepreneurs sur les plans juridique, financier et fiscal, y compris en ce qui concerne un allègement des charges. »
    
« La structuration et la réglementation de l’écosystème autour du numérique permettra au pays d’avancer dans le domaine de la recherche et de l’innovation », souligne Amel, étudiante à l’université des sciences et de la technologie Houari Boumediene (USTHB) de Bab Ezzouar, située à une quinzaine de kilomètres à l’est d’Alger. La jeune femme souhaite se lancer dans la création d’une start-up après l’obtention de son diplôme d’ingénieur.


 


HSBC: une chute des profits en raison de la pandémie et des tensions sino-américaines

HSBC, comme les autres grandes banques mondiales, n’a pas échappé aux conséquences économiques du coronavirus. (Daniel LEAL-OLIVAS)
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  • La banque basée à Londres signale une chute de 69% de ses profits nets et prévoit de supprimer 35000 emplois
  • La banque a davantage souffert que d’autres grandes banques mondiales en raison de la relation très tendue entre Pékin et Washington

LONDRES: La banque HSBC a signalé lundi une chute de 69% de ses profits nets. Le géant bancaire a annoncé un profit de 3,1 milliards de $, contre près de 10 milliards de $ au cours des six premiers mois de 2019.

« Notre performance du premier semestre a été affectée par la pandémie de Covid-19, la baisse des taux d’intérêt, l’augmentation du risque géopolitique et l’accroissement de la volatilité des marchés », a déclaré le directeur général de la banque, Noel Quinn.

HSBC a déclaré que son profit avant impôts avait glissé de 64% à 4,3 milliards de $ au premier semestre, tandis que ses revenus étaient en baisse de 9% à 26,7 milliards de $. La banque basée à Londres estime désormais que ses provisions pour créances douteuses pourraient atteindre 13 milliards de $ pour 2020, contre 8 milliards envisagés précédemment. Elles ont grimpé à 3,83 milliards de $ sur le trimestre clos fin juin. 

HSBC, comme les autres grandes banques mondiales, n’a pas échappé aux conséquences économiques du coronavirus. La première banque française Société Générale a aussi annoncé lundi une perte de plus d'un milliard d'euros au deuxième trimestre, la pandémie l'obligeant à constituer davantage de provisions pour créances douteuses. Les banques britanniques Barclays, Lloyds et NatWest ont également déclaré que la pandémie avait eu d’énormes retombées financières pour elles. 

Dans le marasme général, on a toutefois pu déceler quelques signes positifs: la banque française BNP Paribas a résisté à la tempête du coronavirus au deuxième trimestre, annonçant seulement une légère baisse des profits nets grâce à des bons chiffres de la banque d'investissement. Le Crédit Suisse a quant à lui vu son profit net bondir de près d'un quart entre avril et juin, également grâce aux gains de la banque d'investissement.

« Les annonces d’HSBC n’a rien fait pour remonter le moral des investisseurs, et ont conclu un semestre très morose pour les banques en général. Même si elles sont bien mieux préparées à cette crise que lors de la crise financière d'il y a plus de dix ans, les perspectives immédiates restent sombres », note Richard Hunter, responsable des marchés chez Interactive Investor.

Mais dans la tempête économique, HSBC a peut-être encore plus souffert que d’autres banques. Déjà avant l’émergence de la crise, elle connaissait une croissance décevante de ses profits, affectée par les incertitudes de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. La banque a annoncé mi-juin la reprise de son vaste plan de restructuration. Celui prévoit la suppression de 35.000 emplois en trois ans (soit 15% des effectifs), essentiellement en Europe et aux Etats-Unis. La banque avait déjà annoncé la suppression de 4000 postes en août 2019. La mise en œuvre de ce programme annoncé en février avait été suspendue en mars au plus fort de la crise sanitaire, afin de protéger les salariés du groupe.

Dans l’immédiat, HSBC a un autre casse-tête à résoudre: les tensions géopolitiques entre la Chine et l’Occident. La banque réalise en effet 90% de ses profits en Asie, la Chine et Hong Kong étant les principaux moteurs de la croissance. Elle s’est retrouvée prise entre les tirs croisés entre Washinghton et Pékin.

La banque a essayé de rester dans les bonnes grâces de Pékin. Elle a vigoureusement soutenu une loi draconienne sur la sécurité nationale que Pékin a imposée à Hong Kong en juin pour mettre fin à une année de troubles et de manifestations en faveur de la démocratie. Cette décision a suscité des critiques à Washington et à Londres, mais les analystes y ont vu une tentative de protéger son accès à la Chine, qui a déjà puni les entreprises qui ne suivent pas la ligne de Pékin.

Mais cette attitude ne l’a pas protégé de la colère de Pékin. Quinn a fait référence à la vulnérabilité politique croissante de la banque lors de la révélation de ses résultats lundi. « Les tensions actuelles entre la Chine et les États-Unis créent inévitablement des situations difficiles pour une organisation portant l'empreinte d’ HSBC, a-t-il déclaré. Cependant, une banque capable de faire le lien entre les économies de l'Est et de l'Ouest reste indispensable, et nous sommes particulièrement  bien placés pour remplir ce rôle. »

Ce texte est la traduction d'un article paru sur ArabNews.com


Le vétéran et l'irrévérence, ou la possibilité d'une union Microsoft-TikTok

"Le seul chevalier blanc potentiel de la situation, c'est Microsoft", estime l'analyste Dan Ives de Wedbush Securities. L'acquisition serait un "tour de force, surtout à la valeur actuelle d'environ 40 milliards de dollars". (Photo AFP).
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  • Microsoft négocie avec ByteDance, la maison-mère chinoise, pour racheter TikTok
  • Facebook ou Google auraient pu faire partie des repreneurs potentiels, mais ils font face à des enquêtes multiples sur leurs pratiques potentiellement anti-concurrentielles

SAN FRANCISCO : "Hello ‘brioche à la cannelle’ (...), tu peux bannir cette appli, il y en aura une nouvelle, c'est l'offre et la demande", rappe Maya2960 sur TikTok, en s'adressant au président Donald Trump, qui menace d'interdire le réseau social aux Etats-Unis.

Microsoft négocie avec ByteDance, la maison-mère chinoise, pour racheter TikTok. Le vétéran de l'informatique sauverait ainsi la jeune appli en danger, et s'assurerait une place de choix dans l'univers fructueux des réseaux sociaux grand public.

La plateforme de partage de vidéos courtes, généralement musicales, décalées ou humoristiques, a connu une trajectoire ascensionnelle. Elle compte un milliard d'utilisateurs.

Mais Washington l'accuse, avec une ferveur renouvelée ces derniers jours, de communiquer des infos personnelles aux autorités chinoise - ce que TikTok a toujours fermement nié.

Depuis les premières menaces d'interdiction proférées par le locataire de la Maison blanche, des créateurs assidus expriment leur désarroi avec humour.

"Tu peux essayer de nous censurer, tu peux faire un caprice, mais la constitution est de notre côté (...) la liberté d'expression ne peut pas être bannie", continue Maya2960, dans sa vidéo visionnée 1,8 million de fois.

Elle estime, comme d'autres utilisateurs, que Donald Trump cherche à se venger des rangées de sièges vides lors de son meeting de campagne à Tulsa (Oklahoma) fin juin.

Des adolescents avaient proclamé sur TikTok qu'ils avaient commandé de nombreux billets d'entrée avec la ferme intention de ne pas y aller.

- Idéalisme et capitalisme [email protected], de son côté, a posté un clip intitulé "Moi en train de convaincre Trump de nous laisser garder TikTok", où elle s'étale de la peinture orange sur le visage (une référence au teint du président) et construit un mur en brique (allusion à la frontière mexicaine).

D'autres ont affiché leurs comptes Instagram ou YouTube, afin de ne pas perdre leurs fans, sources de revenus publicitaires.

Le comédien et rappeur Elijah Daniel assure que "tout le monde s'est précipité sur Clash", une application de création, visionnage et monétisation de vidéos.

Le président, qui s'était opposé à une cession de l'application, s'est ravisé ce weekend. 

Lundi, il a publiquement soutenu un rachat par une entreprise américaine, comme Microsoft - mais avant le 15 septembre, ou il bloquera l'appli.

Une solution qu'approuve un groupe de créateurs de contenu, signataires d'une lettre à Donald Trump publiée sur le site Medium dimanche.

"Nous ne nous attendons pas à ce que la génération de nos parents comprenne (le succès de TikTok). Ils pensent sans doute que nous sommes naïfs et désespérés à l'idée de perdre nos fans", remarquent Max Beaumont et une vingtaine d'autres créateurs.

Selon eux, la plateforme n'a rien à voir avec ses grandes rivales, où les interactions sont déterminées par son entourage. "Cela crée un environnement où les utilisateurs sont seulement exposés à des personnes qui partagent leurs idées", rappellent-ils.

"TikTok est différent : les contenus que vous consommez peuvent venir de n'importe qui".

"Chevalier blanc" 

Si la transaction aboutit, Microsoft saura-t-il faire grandir ce modèle sans le dénaturer ?

Le rachat assurera l'avenir de la plateforme aux Etats-Unis, "mais elle ne progressera peut-être pas aussi vite sans les technologies d'intelligence artificielle développées par byteDance pour la recommendation de contenus", pointe Josh Constine, investisseur chez SignalFire et ancien de techCrunch.

La société de Redmond (Etat de Washington), fondée il y a 45 ans, s'est construite sur le succès des logiciels de bureautique (comme Word) et, plus récemment, sur le cloud (informatique dématérialisée).

Les aventures du groupe hors des marchés professionnels "ont eu des résultats mitigés, au mieux", remarque Rich Greenfield, analyste chez LightShed. 

"Pensez à Skype, Mixer, Hololens, Linkedin et même Minecraft, qui n'a pas pris l'ampleur qu'il aurait pu avec un autre acheteur".

Certes, Microsoft, c'est aussi les jeux vidéo, avec la Xbox. Mais fin juin, la société a fermé sa plateforme de streaming de jeux vidéo Mixer, laissant le champ libre au géant du secteur Twitch (Amazon) et à ses deux rivaux, YouTube Gaming et Facebook Gaming.

Facebook ou Google auraient pu faire partie des repreneurs potentiels, mais ils font face à des enquêtes multiples sur leurs pratiques potentiellement anti-concurrentielles.

"Le seul chevalier blanc potentiel de la situation, c'est Microsoft", estime l'analyste Dan Ives de Wedbush Securities. L'acquisition serait un "tour de force, surtout à la valeur actuelle d'environ 40 milliards de dollars".

"Si TikTok est bien manoeuvrée, sa valeur pourrait atteindre les 200 milliards d'ici quelques années, étant donné le parcours fulgurant de l'appli en termes d'utilisateurs et d'engagement".