Législatives en Colombie, en attendant la présidentielle

Le président colombien Ivan Duque s'exprime après avoir voté à Bogota, le 13 mars 2022, pour élire un nouveau Parlement. (AFP).
Le président colombien Ivan Duque s'exprime après avoir voté à Bogota, le 13 mars 2022, pour élire un nouveau Parlement. (AFP).
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Publié le Dimanche 13 mars 2022

Législatives en Colombie, en attendant la présidentielle

  • Dans un pays où la violence des groupes armés s'est accrue, le gouvernement a mis en place des «garanties complètes» pour le bon déroulement des élections
  • «Le triomphe de la démocratie est aussi un rejet de la violence», a commenté dimanche matin le président Duque

BOGOTA: Près de 39 millions de Colombiens votent dimanche pour renouveler les deux chambres du Parlement et désigner les candidats qui s'affronteront le 29 mai à la présidentielle, où la gauche, pour la première fois dans l'histoire du pays, part favorite.

Les électeurs renouvellent pour quatre ans les 296 membres du Sénat et de la Chambre basse, un parlement sortant contrôlé par une droite au pouvoir à bout de souffle, et a l'image considérablement ternie par les affaires de corruption.

Les bureaux de vote ont ouvert à 8H00 locales (13H00 GMT), et fermeront à 16H00 (21H00 GMT), avec les premiers résultats attendus dans la foulée.

Dans un pays où la violence des groupes armés s'est accrue de façon alarmante ces dernières années, le gouvernement conservateur du président Ivan Duque a assuré avoir mis en place les "garanties complètes" pour le bon déroulement du processus électoral.

«Sortez en masse»

"Nous voulons que les citoyens sortent en masse aujourd'hui (pour aller voter). (...) Le triomphe de la démocratie est aussi un rejet de la violence", a commenté dimanche matin le président Duque.

Alors que la Colombie est sortie accablée par les ravages économiques de la pandémie et blessée par la répression des manifestations massives du printemps 2021 contre le gouvernement, les analystes prévoient un vote de sanction contre le gouvernement sortant.

Le parti de droite du "Centre démocratique va très probablement cesser d'être la première force politique du pays", pronostique Alejo Vargas, politologue à l'Université nationale.

Un large éventail de mouvements sociaux, issus notamment de la contestation populaire de 2021, vont également pouvoir mesurer leur force face aux partis traditionnels, à l'égard desquels beaucoup de Colombiens disent leur lassitude. Ceci alors que les législatives mobilisent peu d'habitude, avec un taux d'abstention de près de 50%.

Nouveauté du scrutin, les victimes du conflit avec l'ex-guérilla marxiste des FARC, qui a déposé les armes grâce à l'accord de paix de 2016, auront leurs propres représentants au Parlement.

Seize sièges leur sont spécialement réservés pour les deux prochaines législatures dans 167 municipalités, où le regain de violence fait cependant craindre pour la transparence du scrutin et alimente les soupçons de possible corruption.

Trois tours

Dimanche, les électeurs auront également la possibilité de prendre part aux primaires des principaux partis pour choisir leur candidat respectif à la présidentielle du 29 mai, à laquelle le chef de l'Etat sortant ne peut se représenter.

Dans ce système original, ils auront la possibilité de désigner, au choix, le candidat d'une des trois coalitions de centre-droit ("Equipe Colombie"), de centre-gauche ("Coalition Centre-espérance"), ou de gauche ("Pacte historique").

La désignation du candidat de la gauche Gustavo Petro, un guérillero reconverti au "progressisme" social-démocrate, ne fait aucun doute. Selon tous les sondages, M. Petro, 61 ans, fait actuellement figure de favori face au camp conservateur divisé, miné par l'impopularité du gouvernement Duque et l'usure de son vieux champion, l'ex-président Alvaro Uribe, empêtré dans les démêlés judiciaires.

Candidat en 2018, Petro avait perdu au second tour face à M. Duque. Son accession au pouvoir constituerait un séisme politique en Colombie, historiquement toujours dirigée par la droite conservatrice.

L'ancien maire de Medellin Federico Gutierrez est en bonne place pour remporter l'investiture du centre-droit, tandis qu'au centre-gauche, l'ex-gouverneur du puissant département d'Antoquia Sergio Fajardo est le favori.

Sept autres candidats sont d'ores-et-déjà inscrits pour la présidentielle, dont celui de droite Oscar Zuluaga, l'indépendant Rodolfo Hernandez, et l'ex-otage Franco-colombienne Ingrid Betancourt, créditée d'à peine 3% des intentions de vote.

Pour le site d'analyse politique "La Silla Vacia", "les consultations pour la présidentielle ont monopolisé presque toute l'attention", éclipsant les débats des législatives, pour lesquelles aucune figure politique majeure n'est en lice.

"Le principal sujet de la campagne jusqu'à présent a été Petro", observe ce site. "Au centre de l'attention, celui-ci a réussi comme personne à parler aux gens et aux médias, et a concentré le débat autour de ses propositions".

Et "pour la première fois depuis vingt ans", le leader historique de la droite Alvaro Uribe "n'est pas sous les feux de la rampe, son discours n'a aucun écho, son image est au plus bas, et son candidat Oscar Zuluaga n'a aucune visibilité".

"Elections 2022 : tout va commencer le 14 mars", au lendemain du scrutin législatif, a jugé de son côté la revue en ligne Cambio.

"La Colombie n'a jamais été confrontée à un scénario dans lequel" un si grand nombre "de candidats présidentiels étaient encore en lice au moment des législatives", selon Cambio, qui voit dans ce vote pour les parlementaires un premier tour avant la présidentielle. 


USA: Manifestations après la vidéo d'un homme noir criblé de balles par la police

Jayland Walker sort de son véhicule et court avant d'être abattu par jusqu'à huit officiers à Akron, Ohio, le 25 juin 2022 (Photo, Reuters).
Jayland Walker sort de son véhicule et court avant d'être abattu par jusqu'à huit officiers à Akron, Ohio, le 25 juin 2022 (Photo, Reuters).
Des policiers d'Akron tirent sur Jayland Walker alors qu'il tente de fuir sa voiture après une poursuite le 25 juin 2022 (Photo, Reuters).
Des policiers d'Akron tirent sur Jayland Walker alors qu'il tente de fuir sa voiture après une poursuite le 25 juin 2022 (Photo, Reuters).
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  • Jayland Walker, 25 ans, a été tué le 27 juin alors qu'il fuyait des policiers à pied
  • Ces rassemblements sont restés pacifiques

WASHINGTON: Des centaines de personnes ont manifesté dimanche à Akron, dans l'Ohio (nord des Etats-Unis), après la diffusion d'une vidéo montrant l'homicide par des policiers d'un homme noir qui, selon son avocat, a été atteint par 60 balles.

Alors que les autorités ont appelé au calme, une foule a défilé en direction de l'hôtel de ville avec des banderoles réclamant "Justice pour Jayland".

Jayland Walker, 25 ans, a été tué le 27 juin alors qu'il fuyait des policiers à pied après une poursuite en voiture consécutive à une tentative d'interpellation pour infraction routière. Une vidéo très violente diffusée dimanche par la police montre le jeune homme être criblé de balles.

Des associations antiracistes avaient appelé à une quatrième journée de manifestation dimanche dans cette ville de 190.000 habitants proche de Cleveland.

Ces rassemblements sont restés pacifiques, à l'exception d'un moment de tension lorsque des manifestants se sont approchés d'un cordon de policiers et les ont invectivés.

A l'issue du premier rassemblement, une foule était restée dans la rue pour protester à la tombée de la nuit. Aucune violence n'avait été signalée.

Cependant, par crainte de troubles, les autorités ont placé des équipements lourds, comme des chasse-neige, autour du commissariat de police pour le protéger.

D'abord avares d'informations sur l'incident, les autorités d'Akron ont finalement dévoilé dimanche deux vidéos.

L'une est une compilation de vidéos et de captures d'écran de caméras individuelles de policiers, accompagnée d'un commentaire. La seconde est une séquence complète de la poursuite et de la fusillade, issue également d'une caméra de policier.

Le commentaire avance que Walker n'a pas arrêté sa voiture et a pris la fuite au volant, que la police a commencé une course-poursuite et que plusieurs agents ont affirmé qu'un coup de feu avait été tiré du véhicule de Walker.

Après plusieurs minutes de course-poursuite, Walker est sorti de sa voiture encore en mouvement et s'est enfui à pied. Les policiers ont alors tenté en vain de le maîtriser avec des tasers.

60 blessures 

Plusieurs d'entre eux l'ont suivi sur un parking. Les images sont trop floues pour distinguer clairement ce qu'il s'est passé ensuite mais la police a assuré dans un communiqué que l'homme de 25 ans s'était comporté d'une façon ayant fait craindre une "menace mortelle".

Tous les policiers présents ont ouvert le feu, tirant de nombreuses balles. Walker a été déclaré mort sur place.

Cet incident rappelle d'autres morts d'hommes noirs lors d'interactions avec la police, des drames qui ont déclenché un grand mouvement contre le racisme et les violences policières.

"Beaucoup voudront exprimer leurs griefs en public et je soutiens pleinement le droit de nos résidents à se réunir pacifiquement", a déclaré le maire de la ville Dan Horrigan, assurant avoir "le coeur brisé".

"Mais j'espère que la population sera d'accord sur le fait que la violence et la destruction ne sont pas la solution", a-t-il plaidé lors d'une conférence de presse.

L'édile a aussi annoncé l'ouverture d'une enquête indépendante.

"Je suis avocat depuis 22 ans et je n'ai jamais vu quoi que ce soit qui s'approche de ce que cette vidéo montre", a déclaré Bobby DiCello, un avocat de la famille de la victime, au New York Times.

Selon le chef de la police Steve Mylett, un rapport du médecin légiste fait état de 60 blessures sur le corps de Jayland Walker. M. DiCello assure que l'homme a été touché par 60 balles.

Les huit policiers impliqués dans sa mort ont été suspendus administrativement avec salaire en attendant la fin de l'enquête judiciaire.

Dans un tweet dimanche, la superstar du basketball LeBron James, originaire d'Akron, a dit prier pour sa ville.


Deux jours de conférence internationale en Suisse pour penser la reconstruction de l'Ukraine

Des policiers marchent à côté de l'entrée du Palazzo dei Congressi à Lugano le 3 juillet 2022 (Photo, AFP).
Des policiers marchent à côté de l'entrée du Palazzo dei Congressi à Lugano le 3 juillet 2022 (Photo, AFP).
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  • Au total, la délégation ukrainienne comptera une centaine de personnes
  • La Banque européenne d'investissement doit proposer  la création d'un nouveau fonds pour l'Ukraine

LUGANO, Suisse: La Conférence de Lugano va tenter lundi et mardi de dessiner les contours de la future reconstruction de l'Ukraine, où la Russie continue de mener une guerre destructrice depuis plus de quatre mois.

La "tâche est vraiment colossale" ne serait-ce que dans les territoires libérés, a reconnu dimanche le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont les hôtes suisses espéraient la venue en personne mais qui participera -comme il en a désormais l'habitude- par visioconférence.

Et "il nous faut libérer 2.000 villages et villes dans l'est et le sud de l'Ukraine", a-t-il ajouté, dans un conflit dont l'issue reste incertaine malgré une aide militaire et financière conséquente des alliés de l'Ukraine.

Son Premier ministre Denys Schmigal est arrivé sur place dès dimanche -costume cravate- en compagnie du président du parlement, Rouslan Stefantchouk -polo et pantalon kaki- dans un appareil de l'armée de l'air suisse. Les deux hommes ont été accueilli par le président de la Confédération helvétique Ignazio Cassis.

Au total, la délégation ukrainienne comptera une centaine de personnes pour rencontrer responsables politiques, institutions internationales et représentants du secteur privé.

La présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, dont le pays vient de prendre la présidence de l'UE pour six mois, ainsi que son homologue Mateusz Morawiecki, de Pologne, pays qui accueille de loin le plus de réfugiés ukrainiens, seront à Lugano pour dessiner l'ébauche d'une sorte de "Plan Marshall", du nom du programme économique américain qui avait permis de relever l'Europe occidentale des ruines de la Deuxième guerre mondiale.

La conférence avait été planifiée bien avant que la Russie n'envahisse le pays et devait initialement discuter des réformes en Ukraine et notamment la lutte contre la corruption endémique avant d'être réorientée vers la reconstruction.

Feuille de route 

Il ne s'agira pas d'une conférence de donateurs mais plutôt de définir les principes et les priorités d'un processus de reconstruction.

La question s'est posée de l'intérêt de discuter de la reconstruction alors qu'il n'y a pas de fin en vue à la guerre et que les chiffrages vont de dizaines à des centaines de milliards de dollars.

Pour Robert Mardini, le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge, si la reconstruction à proprement parler devra attendre la fin des combats, il est vital de donner "une perspective positive aux civils", a-t-il expliqué à la chaîne publique RTS.

La Kyiv School of Economics (KSE) a estimé les dommages causés jusqu'à présent aux bâtiments et aux infrastructures à près de 104 milliards de dollars. L'économie du pays aurait déjà perdu 600 milliards de dollars selon certaines estimations.

Pour Simon Pidoux, l'ambassadeur suisse en charge de la conférence, il est trop tôt pour essayer d'estimer tous les besoins, insistant sur le fait que Lugano devrait plutôt fournir "une boussole" pour le travail à venir.

"Je pense que l'effort durera des années, voire des décennies", a-t-il déclaré.

La Banque européenne d'investissement doit proposer  la création d'un nouveau fonds pour l'Ukraine, qui pourrait éventuellement atteindre 100 milliards d'euros, selon des sources au fait du plan.

Le Royaume-Uni, l'un des alliés les plus actifs de l'Ukraine, soutiendra notamment la reconstruction de la ville et de la région de Kiev, à la demande du président Zelensky, indique le Foreign office britannique dimanche.

Londres compte également travailler avec Kiev et ses alliés pour accueillir la conférence sur la relance de l'Ukraine en 2023 et établira un bureau à Londres pour aider à coordonner ces efforts de reconstruction.

Sécurité

Si Lugano est le troisième centre financier de Suisse et un lieu de villégiature très prisé, y compris de très nombreux riches russes, elle n'a pas l'habitude de recevoir ce type de réunion diplomatique internationales. Mais le président de la Confédération est originaire d'ici et les hôtes veulent éviter tout incident.

Sous un soleil écrasant, les forces de l'ordre patrouillaient dimanche le périmètre de sécurité autour du palais des Congrès, qui doit accueillir les délégations pendants deux jours, à quelques pas du lac de Lugano enserré dans l'écrin d'un cirque montagneux majestueux. Toute l'après-midi une vedette de la police y inspectait un à un les passagers des nombreux pédalos, venus se rafraîchir sur l'eau.


Londres annonce des mesures de soutien pour la reconstruction de l'Ukraine

Un policier se tient devant l'entrée du Palazzo dei Congressi à la veille d'une conférence internationale de deux jours sur la reconstruction de l'Ukraine à Lugano le 3 juillet 2022 (Photo, AFP).
Un policier se tient devant l'entrée du Palazzo dei Congressi à la veille d'une conférence internationale de deux jours sur la reconstruction de l'Ukraine à Lugano le 3 juillet 2022 (Photo, AFP).
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  • Londres soutiendra notamment la reconstruction de la ville et de la région de Kiev
  • Ces nouveaux fonds vont porter l'aide militaire britannique à Kiev à 2,3 milliards de livres

LONDRES: La ministre des Affaires étrangères britannique Liz Truss présentera lundi un vaste plan de soutien pour aider l'Ukraine à long terme et participer à la reconstruction du pays une fois la guerre avec la Russie terminée.

Lors de la conférence sur la reconstruction de l'Ukraine à Lugano, en Suisse, Mme Truss exposera les projets du Royaume-Uni pour soutenir le pays à court terme, à travers l'aide humanitaire, mais aussi à plus long terme pour relancer l'économie ukrainienne en apportant l'expertise financière et économique britannique, a indiqué son ministère dans un communiqué dimanche.

Londres soutiendra notamment la reconstruction de la ville et de la région de Kiev, à la demande du président Zelensky, indique le Foreign office.

Le Royaume-Uni compte également travailler avec Kiev et ses alliés pour accueillir la conférence sur la relance de l'Ukraine en 2023 et établira un bureau à Londres pour aider à coordonner ces efforts.

"Le redressement de l'Ukraine après la guerre d'agression de la Russie sera le symbole du pouvoir de la démocratie sur l'autocratie. Cela montrera à Poutine que ses tentatives de détruire l'Ukraine n'ont abouti qu'à une nation plus forte, plus prospère et plus unie", a déclaré la cheffe de la diplomatie britannique, en amont de la conférence.

"Nous avons été en tête en termes de soutien à l'Ukraine pendant la guerre et continuerons à être en tête du soutien au plan de reconstruction et de développement du gouvernement ukrainien", a-t-elle affirmé.

Mercredi, le gouvernement britannique avait annoncé débloquer un milliard de livres (1,16 milliard d'euros) d'aide militaire supplémentaire à l'Ukraine pour répondre à l'invasion russe, comprenant des systèmes de défense anti-aérienne et des drones.

Ces nouveaux fonds vont porter l'aide militaire britannique à Kiev à 2,3 milliards de livres.