Au procès du 13-Novembre, du «no comment» au «changez de métier !»

Ce croquis réalisé le 15 mars 2022 montre l'accusé Salah Abdeslam debout devant la cour d'assise spéciale de Paris lors du procès des attentats de novembre 2015. (Photo, AFP)
Ce croquis réalisé le 15 mars 2022 montre l'accusé Salah Abdeslam debout devant la cour d'assise spéciale de Paris lors du procès des attentats de novembre 2015. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 15 mars 2022

Au procès du 13-Novembre, du «no comment» au «changez de métier !»

Ce croquis réalisé le 15 mars 2022 montre l'accusé Salah Abdeslam debout devant la cour d'assise spéciale de Paris lors du procès des attentats de novembre 2015. (Photo, AFP)
  • Les réponses elliptiques du principal accusé Salah Abdeslam ont irrité les parties civiles et provoqué des tensions inédites en six mois d'audience
  • Il est environ 18H00 quand une nuée de robes noires se lève d'un coup dans le prétoire. Les avocats de la défense quittent la salle

PARIS: Du « no comment » au « changez de métier! » Au procès des attentats du 13-Novembre, les réponses elliptiques du principal accusé Salah Abdeslam ont irrité les parties civiles et provoqué des tensions inédites en six mois d'audience, jusqu'à entraîner une suspension des débats. 

Il est environ 18H00 quand une nuée de robes noires se lève d'un coup dans le prétoire. Les avocats de la défense quittent la salle. 

« La sérénité des débats est compromise », justifie l'un des avocats de Salah Abdeslam, Me Olivia Ronen. Elle venait de demander, en vain, que la série d'incidents qui avait causé une première interruption d'audience soit formellement actée. 

Au fil de plusieurs heures d'interrogatoire de son client, des questions parfois agressives des parties civiles, des évitements puis des réponses de plus en plus provocantes de l'accusé, l'ambiance s'est chargée d'électricité. 

Il est étrange, note par exemple Me Sylvie Topaloff, que les allers-retours pour récupérer des membres de la cellule jihadiste en Europe, contestés par Salah Abdeslam, soient « les plus difficiles à reconnaître »: le rapatriement des kamikazes du Stade de France et du Bataclan. 

« C'est une façon de réduire votre implication. Il ne sera pas dit que vous êtes allé chercher des gens qui se sont fait sauter dans les attentats », lance-t-elle. 

Silence. 

« Vous avez accouché? », lui lâche en retour Salah Abdeslam. 

« Dans la merde » 

Le président s'insurge, l'accusé invective l'avocate: « Ce que vous dites là, si ça rentre dans la tête de la cour, je suis dans la merde! » Me Topaloff crie à son tour, brouhaha général. 

Dans la salle d'audience, les applaudissements ironiques fusent. « 130 morts! », hurle une partie civile. Le président de la cour d'assises spéciale de Paris, Jean-Louis Périès, demande à l'accusé de « redescendre un peu ». 

Quelques questions plus tard, nouvelle question offensive d'avocats des parties civiles. La défense de Salah Abdeslam s'époumone pour réclamer le micro qui reste coupé. Nouvelle clameur collective, le président rappelle qu'il exerce seul la « police de l'audience ». 

Un avocat de l'accusé, Me Martin Vettes, proteste. « Et ben alors changez de métier! », vitupère M. Périès. Nouvelle salve d'applaudissements et de cris, le président suspend l'audience. 

A la reprise, vingt minutes plus tard, Jean-Louis Périès tente de calmer le jeu et rappelle que les manifestations du public « ne sont pas admissibles ». Pas assez pour contenter la défense. 

L'interrogatoire du seul membre encore en vie des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis en 2015 avait pourtant commencé sereinement. Même si, très vite, un étrange pas de deux s'est instauré entre le président et l'accusé, questionné sur son rôle dans les préparatifs des attaques jihadistes. 

La location des voitures, Salah Abdeslam, 32 ans, chemise à petits carreaux, gel dans les cheveux, masque noir sur le visage, ne les nie pas. Avec aisance, parfois à la limite de l'insolence, il reconnaît uniquement deux allers-retours pour aller chercher des « frères en islam ». « Ils vivaient en zone de guerre », justifie-t-il, un peu comme avec « aujourd'hui la guerre en Ukraine ». 

S'il n'était pas le chauffeur du premier des cinq trajets qui lui sont imputés, à qui a-t-il prêté le véhicule? Son ami d'enfance et voisin de box Mohamed Abrini? « Moi, je dis pas de noms, je balance pas », répond Salah Abdeslam.  

« Un peu susceptible »  

Le magistrat insiste, tente d'autres noms. « Je crois que vous ne m'avez pas bien entendu, Monsieur le président », persifle l'accusé. « J'ai l'impression que vous êtes un peu susceptible ». 

La tension commence à monter. Aux questions précises de la cour, l'accusé répond par des « no comment » obstinés et répète qu'il ne savait rien de la « mission » de ceux qu'il allait chercher. 

L'aurait-il fait s'il avait « su que ces personnes allaient participer de près ou de loin à des attentats? », demande une assesseure, Xavière Simeoni. 

« Franchement, c'est une bonne question », dit l'accusé. Il prend son temps et ajoute: « Dans l'état d'esprit dans lequel j'étais à l'époque, fêtard, j'allais me marier, je pense que je serais pas parti les chercher », même s'ils « avaient sans doute de bonnes raisons ».  

Mais « aujourd'hui, vous m'avez bousillé ma vie, la France, son gouvernement. La manière dont vous m'avez traité depuis six ans, ça laisse des traces », lance Salah Abdeslam. 

L'assesseure le coupe: ce ne sont pas « les réponses qu'attendent les parties civiles ». Le but du procès, « c'est la manifestation de la vérité », rétorque la défense de Salah Abdeslam. 

Reprise mercredi à midi. 


L'Elysée a proposé un hommage pour Bardot, la famille n'a pas donné suite

 L'Elysée a proposé à la famille de Brigitte Bardot d'organiser un hommage pour l'icône du cinéma français décédée dimanche mais ses proches n'ont pas donné suite, a indiqué mardi un proche d'Emmanuel Macron. (AFP)
L'Elysée a proposé à la famille de Brigitte Bardot d'organiser un hommage pour l'icône du cinéma français décédée dimanche mais ses proches n'ont pas donné suite, a indiqué mardi un proche d'Emmanuel Macron. (AFP)
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  • Eric Ciotti, président de l'UDR, allié au Rassemblement national dont était proche Brigitte Bardot, a demandé lundi à Emmanuel Macron d'organiser un hommage national, à l'image de celui rendu en 2017 au chanteur Johnny Hallyday
  • Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, tout en saluant "une actrice iconique", a en revanche estimé que les hommages nationaux étaient rendus pour "services exceptionnels à la Nation" et que l'artiste avait "tourné le dos aux valeurs républicaines"

PARIS: L'Elysée a proposé à la famille de Brigitte Bardot d'organiser un hommage pour l'icône du cinéma français décédée dimanche mais ses proches n'ont pas donné suite, a indiqué mardi un proche d'Emmanuel Macron à l'AFP.

"Il y a eu un échange avec la famille avec proposition qu’un hommage ait lieu sans que la famille ne donne suite", a déclaré ce proche, en rappelant qu'une telle démarche correspond à un "usage républicain" et que les hommages sont "systématiquement décidés d'un commun accord avec les proches du défunt".

Eric Ciotti, président de l'UDR, allié au Rassemblement national dont était proche Brigitte Bardot, a demandé lundi à Emmanuel Macron d'organiser un hommage national, à l'image de celui rendu en 2017 au chanteur Johnny Hallyday.

Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, tout en saluant "une actrice iconique", a en revanche estimé que les hommages nationaux étaient rendus pour "services exceptionnels à la Nation" et que l'artiste avait "tourné le dos aux valeurs républicaines".

Emmanuel Macron ne se rendra pas aux obsèques, qui se tiendront dans l’intimité le 7 janvier à Saint-Tropez, a également indiqué le proche du président.

En 2023, l'actrice avait adressé une lettre incendiaire au chef de l'Etat, lui reprochant son manque d'action contre la souffrance animale. "Je suis en colère face à votre inaction, votre lâcheté, votre mépris des Français, qui vous le rendent bien il est vrai", avait-elle notamment écrit.

Après une cérémonie à l'église retransmise sur grands écrans, l'inhumation privée de l'actrice et chanteuse au cimetière marin sera suivie d'"un hommage ouvert à tous les Tropéziens et à ses admirateurs", a précisé la Fondation de Brigitte Bardot, dédiée à la protection des animaux.

"À ce moment-là, tout le monde l'évoquera et partagera ses plus beaux souvenirs avec elle. Ce sera un grand moment de communion, simple, à son image", a précisé mardi la maire de Saint-Tropez, Sylvie Siri, dans une inteview au quotidien local Var-Matin.

"Mon rôle, c'est de lui organiser des obsèques dignes. Il faut tout mettre en œuvre pour que les Tropéziens et les admirateurs puissent se recueillir", a ajouté l'édile.

Interrogée sur le souhait exprimé il y a quelques années par Brigitte Bardot d’être enterrée à la Madrague, sa propriété en bord de mer, Sylvie Siri a affirmé avoir "respecté ses dernières volontés". "Seule la défunte avait décidé de son lieu d’enterrement", a souligné l'élue.

 


Agriculteurs: nouveaux rassemblements, bénédiction de tracteurs dans le Nord

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi en soutien aux agriculteurs à Cambrai (Nord), où l'archevêque a béni des tracteurs, tandis que des blocages se poursuivent en Occitanie pour protester contre de la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). (AFP)
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi en soutien aux agriculteurs à Cambrai (Nord), où l'archevêque a béni des tracteurs, tandis que des blocages se poursuivent en Occitanie pour protester contre de la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). (AFP)
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  • Les tracteurs ont ensuite quitté Cambrai à la nuit tombante, pour se rendre sur deux ronds points et les bloquer
  • Dans le Pas-de-Calais, quelques dizaines d'agriculteurs prévoient de bloquer à partir de lundi soir une base logistique de Leclerc près d'Arras, en réaction aux propos de Michel-Édouard Leclerc appelant à "promulguer le Mercosur

CAMBRAI: Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi en soutien aux agriculteurs à Cambrai (Nord), où l'archevêque a béni des tracteurs, tandis que des blocages se poursuivent en Occitanie pour protester contre de la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Mgr Vincent Dollmann et plusieurs prêtres ont célébré une messe sur un autel de paille en périphérie de Cambrai, en soutien aux agriculteurs "qui font face à des épreuves".

Il a salué la "dignité" des agriculteurs qui manifestent depuis plusieurs semaines contre l'accord de libre échange du Mercosur ou contre l'abattage systématique de troupeaux de bovins touchés par la DNC.

Une petite centaine de tracteurs ont été mobilisés, arborant des panneaux comme "Mercosur = mort de l'agriculture".

Jean Camier, 24 ans, jeune agriculteur d'Hermies qui doit reprendre l'exploitation familiale d'engraissement de bovins d'ici deux ans, se réjouit d'avoir fait bénir son tracteur et participé à la célébration qui selon lui "montre que tout le monde est avec [eux]".

Si les Hauts-de-France ne sont pas touchés par la DNC, il se dit "de tout cœur" avec les agriculteurs des régions concernées, soulignant avoir "un peu peur que la maladie remonte" vers le nord.

Les tracteurs ont ensuite quitté Cambrai à la nuit tombante, pour se rendre sur deux ronds points et les bloquer.

Dans le Pas-de-Calais, quelques dizaines d'agriculteurs prévoient de bloquer à partir de lundi soir une base logistique de Leclerc près d'Arras, en réaction aux propos de Michel-Édouard Leclerc appelant à "promulguer le Mercosur", a expliqué à l'AFP Louis Lacheré, des Jeunes Agriculteurs.

En Occitanie, plusieurs barrages emblématiques, à Carbonne Haute-Garonne) sur l'A64, Sévérac (Aveyron) ou Le Buisson (Lozère) sur l'A75, tiennent toujours, tandis que d'autres agriculteurs se remobilisent.

Ainsi, à Foix, une douzaine de tracteurs bloquaient depuis lundi midi l'entrée sud du tunnel de contournement de la ville et commençaient à installer un campement, a constaté un correspondant de l'AFP.

"On veut montrer à l’État qu'on est toujours autant mobilisés", a déclaré sur place Sébastien Durand, président de la Coordination rurale (CR) en Ariège. "Il n'y a pas de Noël, il n'y a pas de Premier de l'An; on sera là".

Depuis le début de l'épidémie de DNC en Savoie cet été, l'État tente de contenir la propagation par un abattage systématique des troupeaux touchés, la vaccination et les restrictions de mouvements.

Cette gestion fortement contestée par certains agriculteurs, notamment de la CR (deuxième syndicat agricole, classé à droite, voire à l’extrême droite) et de la Confédération paysanne (troisième, classé à gauche).

 


Colère agricole en France: Macron reçoit les syndicats, des blocages persistent

Des tracteurs lors d'une manifestation organisée par le syndicat agricole Coordination Rurale près du Mont-Saint-Michel, dans le nord-ouest de la France, le 18 décembre 2025. (AFP)
Des tracteurs lors d'une manifestation organisée par le syndicat agricole Coordination Rurale près du Mont-Saint-Michel, dans le nord-ouest de la France, le 18 décembre 2025. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a reçu les syndicats agricoles, opposés à l’accord UE-Mercosur, dans un contexte de forte colère liée aux crises sanitaires, notamment la dermatose bovine
  • Les blocages routiers se poursuivent dans le Sud-Ouest, alors que de nouveaux cas de la maladie sont confirmés et que la mobilisation agricole se prolonge

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a reçu mardi les syndicats agricoles pour parler de l'accord UE-Mercosur, auquel ils sont opposés, tandis que des axes routiers sont toujours bloqués pour protester contre le traitement par les autorités de l'épizootie de dermatose bovine.

"L'objet du rendez-vous, c'était d'essayer d'éteindre un peu le feu qui est partout dans les campagnes", a souligné Stéphane Galais, porte-parole national de la Confédération paysanne - un syndicat classé à gauche -, à la sortie de la rencontre, ajoutant qu'il fallait pour cela "des mesures structurelles fortes".

Les syndicats disent avoir par ailleurs rappelé au chef de l'Etat "l'extrême tension" et la "colère" du monde agricole et que des réponses étaient attendues "dès les premiers jours de janvier" sur le Mercosur mais aussi sur les crises sanitaires, au premier rang desquelles la dermatose bovine et la grippe aviaire.

C'était la première rencontre entre le chef de l'Etat et les syndicats agricoles depuis début décembre et l'amorce de la crise qui secoue l'élevage français, face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

C'était aussi la première depuis l'annonce, jeudi dernier, du report a priori au 12 janvier de la signature du traité décrié entre l'UE et des pays du Mercosur.

Cet accord faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui inquiète les filières concernées, lesquelles affirment que ces produits ne respectent pas les mêmes normes que les produits européens.

L'accord permettrait en revanche aux Européens d'exporter davantage de véhicules, machines, vins et spiritueux en Amérique du Sud.

Sur le terrain, la mobilisation a connu un léger regain mardi (53 actions mobilisant 1.600 personnes, selon le ministère de l'Intérieur) par rapport à lundi (35 actions mobilisant 1.200 personnes), mais elle reste nettement inférieure à celle de la semaine dernière (110 actions jeudi).

Certains agriculteurs sont mobilisés depuis plus de 10 jours, notamment contre l'abattage total des troupeaux dans lesquels des cas de DNC sont détectés dans le Sud-Ouest.

Mardi, le ministère de l'Agriculture a confirmé un nouveau cas de la maladie en Haute-Garonne, portant le bilan total à 115 foyers enregistrés depuis juin en France. Ce dernier troupeau concerné a été abattu.

Dans le Sud-Ouest, des blocages d'autoroute étaient notamment maintenus sur l'A63 près de Bordeaux ou sur l'A64 au sud de Toulouse ou près de Bayonne.

Au sud de Bordeaux, les manifestants de la branche locale du syndicat Coordination rurale - classé à droite - ont dit vouloir organiser un réveillon et une messe de Noël mercredi soir sur leur barrage, à l'instar des agriculteurs mobilisés près de Toulouse.