Malgré la guerre, Poutine fait une démonstration de force dans un stade de Moscou

Vladimir Poutine prononce un discours au stade Luzhniki de Moscou (Photo, Reuters).
Vladimir Poutine prononce un discours au stade Luzhniki de Moscou (Photo, Reuters).
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Publié le Samedi 19 mars 2022

Malgré la guerre, Poutine fait une démonstration de force dans un stade de Moscou

  • Selon le conseil municipal de Marioupol, le bombardement a fait au moins un blessé grave, mais pas de morts
  • Vladimir Poutine a célébré vendredi, dans le stade Loujniki de Moscou plein à craquer, les huit ans de l'annexion de la Crimée ukrainienne

LVIV: Des "centaines" de personnes étaient toujours vendredi sous les décombres d'un théâtre bombardé par les forces russes à Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine, selon le président ukrainien, et des missiles russes ont frappé les abords de Lviv, grande ville de l'Ouest jusqu'ici épargnée.

Alors que les Occidentaux tentent d'augmenter encore la pression sur la Russie pour faire cesser la guerre, le président américain Joe Biden a eu un entretien téléphonique de près de deux heures avec son homologue chinois Xi Jinping. 

M. Biden a "décrit les implications et conséquences si la Chine fournissait un soutien matériel à la Russie alors qu'elle mène une attaque brutale contre les villes et civils ukrainiens", a indiqué la Maison Blanche.

Deux jours après le bombardement d'un théâtre à Marioupol, Volodymyr Zelensky a annoncé que "plus de 130 personnes ont pu être sauvées". "Mais des centaines d'habitants de Marioupol sont toujours sous les décombres", a-t-il ajouté dans une vidéo, alors même que l'armée russe a annoncé se battre désormais dans le centre-ville de ce port sur la mer d'Azov, assiégé depuis des jours.

Selon le conseil municipal de Marioupol, le bombardement a fait au moins un blessé grave, mais pas de morts. 

"Le dégagement des débris se poursuit dans la mesure du possible et les informations sur les victimes seront complétées", a précisé le conseil. 

Au moment de l'attaque, "jusqu'à un millier de personnes", essentiellement des "femmes, enfants et personnes âgées", s'étaient réfugiées dans ce bâtiment, selon la même source. 

L'armée russe a affirmé vendredi avoir réussi à pénétrer dans la ville et y mener des combats, aux côtés de troupes de la "république" séparatiste de Donetsk. Ces troupes "resserrent leur étau d'encerclement et combattent les nationalistes dans le centre de la ville", a affirmé à Moscou le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

La prise de Marioupol serait un important tournant dans le conflit et permettrait à la Russie d'assurer une continuité territoriale entre ses forces venues de la Crimée annexée (sud) et les troupes du Donbass (est).

Les autorités ukrainiennes avaient accusé mercredi l'aviation russe d'avoir "sciemment" bombardé le théâtre de Marioupol, ce que la Russie a démenti.

Des missiles contre Lviv

Près de Lviv, à des centaines de kilomètres à l'ouest, "des missiles ont frappé le quartier de l'aéroport", a écrit sur Facebook Andriy Sadovy, maire de cette grande ville située près de la frontière polonaise, jusque-là épargnée par les combats. 

Lviv pleure ses enfants tués dans la guerre contre la Russie

Disposés en rang, 109 landaus et paniers de bébés sont alignés sur la place du marché de Lviv, une tentative pour les habitants de cette ville de l'Ouest de l'Ukraine de faire leur deuil, trois semaines après le début du conflit contre la Russie.

Cent-neuf, c'est le nombre d'enfants tués en Ukraine depuis le 24 février, jour où la Russie a lancé une offensive sur le territoire de son voisin.

Depuis le début de l'"opération militaire spéciale" russe il y a trois semaines, il y a eu plusieurs frappes contre des cibles civiles abritant des enfants.

La semaine dernière, une maternité et un hôpital pédiatrique de Marioupol ont été touchés par une frappe russe, blessant 17 personnes.

"C'est une frappe sur la ville de Lviv, un hub humanitaire où se trouvent plus de 200.000 déplacés", et cela montre "qu'ils se battent non pas contre des militaires mais contre la population", a affirmé Maksym Kozytsky, le gouverneur régional de Lviv, faisant état d'un blessé léger.

"Nous avons entendu l'alarme. Nous avons été avertis mais (...) nous ne nous sommes pas mis à l'abri, car nous n'avons peur de rien", a affirmé Olga, 56 ans. "La nuit, nous prions pour toutes nos villes soumises à l'attaque vicieuse (du président russe Vladimir) Poutine."

Vendredi soir, le ministère russe de la Défense a publié un communiqué dans lequel il a précisé que "des armes de longue portée de haute précision ont frappé l'infrastructure militaire ukrainienne" à Lviv. "La frappe a détruit le lieu de stationnement des avions de combat ukrainiens de l'usine de réparation d'avions de Lviv, ainsi que des dépôts de munitions et des équipements militaires ukrainiens dans les banlieues de Nikolaïev et Voznessensk", a ajouté un porte-parole de l'armée russe. 

Les réfugiés d'Ukraine de plus en plus traumatisés et perdus, selon le HCR

Ceux qui ont pris tôt la décision de partir avaient souvent des relations à l'étranger, un projet en tête et un endroit où aller, alors que ceux qui fuient maintenant le pays en proie à la guerre sont perdus, ne sachant pas quoi faire, a souligné le HCR.

Le porte-parole du HCR Matthew Saltmarsh a souligné, à Rzeszow en Pologne près de la frontière avec l'Ukraine, que les réfugiés qui arrivent maintenant avaient un plus grand besoin d'aide.

"Ces réfugiés qui sont en train d'arriver ont été plus traumatisés. Beaucoup d'entre eux ont subi un choc. Il est juste de dire qu'ils ont moins de moyens que ceux qui sont arrivés lors de la première phase de cette crise", a-t-il ajouté.

Selon le HCR, 3,27 millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe le 24 février.

Entretien Xi-Biden

Lors de son entretien avec Joe Biden, le président chinois a assuré que la Chine et les Etats-Unis ont la responsabilité d'aider à la paix mondiale.

Un conflit "n'est dans l'intérêt de personne", a-t-il affirmé, selon la télévision chinoise. "La crise ukrainienne n'est pas quelque chose que nous souhaitions voir" arriver.

Depuis le début de l'invasion russe le 24 février, le régime communiste chinois, partageant avec la Russie une profonde hostilité envers les Etats-Unis, s'est abstenu d'exhorter Vladimir Poutine à retirer ses troupes d'Ukraine.

Mais la Chine a peut-être déjà commencé à prendre ses distances avec Moscou car, d'après des diplomates à l'ONU, la Russie a renoncé jeudi soir à tenir le lendemain un vote au Conseil de sécurité sur une résolution liée à la guerre en Ukraine, faute de soutien de ses plus proches alliés.

M. Biden n'a pas mâché ses mots à l'égard de M. Poutine, le traitant de "voyou" et de "dictateur sanguinaire" après l'avoir qualifié la veille de "criminel de guerre".

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a imploré une nouvelle fois jeudi les Occidentaux d'aider à "arrêter cette guerre", au moment où des frappes russes faisaient au moins 27 morts dans l'est du pays.

Outre Marioupol, les bombardements se poursuivent aussi à Kiev et à Kharkiv, deuxième ville du pays, dans le nord-est, où au moins 500 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre.

Selon le service d’urgence ukrainien, des tirs russes ont frappé "un établissement d’enseignement supérieur" et "deux immeubles d'habitations voisins", faisant un mort et 11 blessés à Kharkiv vendredi.

La capitale, Kiev, s'est vidée d'au moins la moitié de ses 3,5 millions habitants. Selon la mairie, 222 personnes, dont 60 civils, ont été tués dans la ville depuis le début de l'invasion.

Le Conseil de l'Europe accusé par le Kremlin d'être un instrument russophobe

La Russie a accusé vendredi le Conseil de l'Europe, qui l'a exclue officiellement mercredi, d'être un instrument "russophobe" au service des Occidentaux, assurant rejeter le "tutorat de Bruxelles" en matières de droits humains.

La Russie a été officiellement expulsée mercredi du Conseil de l'Europe, dont elle était membre depuis 1996. Moscou avait vu sa participation dans les principaux organes du Conseil suspendue depuis le 25 février, lendemain du lancement de l'offensive en Ukraine.

«Désinformation»

Aucun bilan global précis n'a été fourni, même si le président Zelensky a mentionné le 12 mars la mort d'"environ 1.300" militaires ukrainiens, tandis que Moscou a seulement rapporté près de 500 morts dans ses rangs le 2 mars.

D'après le décompte au 16 mars du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) en Ukraine consulté par l'AFP, au moins 780 civils - dont 58 enfants - ont été tués en Ukraine et plus de 1.250 blessés. Le HCDH souligne que ses chiffres sont probablement très inférieurs à la réalité.

Au siège de l'ONU, à New York (Etats-Unis), les six pays occidentaux membres du Conseil de sécurité ont dénoncé l'utilisation de cette instance par Moscou pour diffuser de "la désinformation" et de la "propagande", avant une dixième réunion du Conseil depuis l'invasion.

Trois semaines après le début de son offensive, Moscou ne donne aucun signe de répit dans son offensive et accuse Kiev de "faire traîner" les pourparlers entre les belligérants.

Le président Poutine a célébré vendredi, dans le stade Loujniki de Moscou plein à craquer, les huit ans de l'annexion de la Crimée ukrainienne. 

Au son des "Russie, Russie" scandés par la foule, il a salué "l'héroïsme" de soldats russes qui "combattent, qui agissent lors de cette opération militaire côte-à-côte, et qui, s'il le faut, couvrent de leur corps" leur camarade pour couper la trajectoire "d'une balle".

Lors d'un entretien téléphonique avec le président français Emmanuel Macron, M. Poutine a accusé l'Ukraine de "nombreux crimes de guerre", assurant que les forces dirigées par Moscou faisaient "tout leur possible" pour éviter des pertes civiles. 

M. Macron a pour sa part exprimé sa "préoccupation extrême" concernant la situation à Marioupol, pour qui il a réclamé "des mesures concrètes et vérifiables de levée du siège, l'accès humanitaire et le cessez-le-feu immédiat", selon la présidence française.

Les besoins humanitaires en Ukraine se font "de plus en plus urgents", avec plus de 200.000 personnes privées d'eau rien que dans la région de Donetsk et de "graves pénuries" de nourriture, d'eau et de médicaments dans des villes comme Marioupol ou Soumy, a déclaré vendredi un porte-parole du Haut Commissariat aux réfugiés, Matthew Saltmarsh


Les Etats-Unis frappent l'Iran qui réplique en visant une base américaine

Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
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  • Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib)
  • Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts

TEHERAN: Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu.

Quatre drones d'attaque qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" ont été abattus, a affirmé un responsable américain sous couvert d'anonymat, ajoutant que l'armée américaine avait aussi frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone."

"Ces actions étaient mesurées, uniquement défensives et menées avec l'intention de maintenir le cessez-le-feu", a-t-il affirmé.

Les médias iraniens avaient auparavant rapporté trois fortes explosions près de Bandar Abbas, ville portuaire sur le détroit stratégique d'Ormuz, vers 01h30 jeudi (22h00 GMT mercredi).

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé jeudi avoir visé une base américaine. Ils n'ont pas précisé laquelle, mais de son côté, l'armée koweïtienne a annoncé jeudi faire face à "des attaques menées par des missiles et des drones".

Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib), sans fournir de détails sur le type de navires ni sur leur nationalité.

Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts.

Frappes au Liban 

Bombardements et combats se poursuivent par ailleurs au Liban, malgré un autre cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé des cibles du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah à Tyr, dans le sud du pays, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière entre Israël et le Liban.

Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre un terme au conflit sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui a renchéri l'or noir et fait vaciller l'économie mondiale.

Mercredi, le président américain Donald Trump a une nouvelle fois agité la menace d'une reprise des hostilités.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...). Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a-t-il dit.

Dans les échanges matinaux jeudi en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence internationale, progressait de près de 2% pour s'établir à 96,13 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine du pétrole brut, gagnait 1,75 % à 90,23 dollars le baril.

Passer "du pire au mauvais" 

En Iran, l'accès à internet a été en partie rétabli après une coupure de près de trois mois. Les connexions restent erratiques, les données mobiles étant encore largement coupées, de nombreux sites filtrés et des services de messagerie difficilement accessibles.

"Ce n'est pas du bonheur ou de la joie (que je ressens, NDLR), j'ai juste l'impression qu'on est passé du pire au mauvais", a réagi auprès de l'AFP Bahareh, 32 ans, nutritionniste à Téhéran.

"On se demande tous les jours: +Y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?+", décrit Amir, un développeur de logiciel de 27 ans, également depuis la capitale iranienne.

L'Iran a affirmé être en train de finaliser un accord-cadre en 14 points avec les Etats-Unis, donnant la priorité à la fin de la guerre "sur tous les fronts", y compris au Liban.

"Le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Selon la télévision iranienne, le protocole en discussion prévoit notamment un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Mercredi, le Trésor américain a annoncé des sanctions à l'encontre de l'Autorité iranienne du détroit du golfe Persique, la nouvelle agence de Téhéran chargée de percevoir les droits de passage à Ormuz.

Téhéran cherche aussi à obtenir le déblocage de 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon l'agence iranienne Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.


L'Iran juge peu probable une reprise de la guerre, Trump demande plus de concessions pour un accord

L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran. (AFP)
L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran. (AFP)
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  • Avant cette intervention, soufflant le chaud et le froid comme M. Trump en a coutume, les marchés avaient cédé à regain d'optimisme sur un possible règlement, avec un recul des cours du pétrole
  • Dans le même temps, l'accès à internet a été en partie rétabli en Iran après une coupure de près de trois mois, lançant un signal de détente mais sans enthousiasmer les Iraniens au vu des restrictions maintenues

TEHERAN: L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...) Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a dit le président américain, lors d'un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Avant cette intervention, soufflant le chaud et le froid comme M. Trump en a coutume, les marchés avaient cédé à regain d'optimisme sur un possible règlement, avec un recul des cours du pétrole.

Dans le même temps, l'accès à internet a été en partie rétabli en Iran après une coupure de près de trois mois, lançant un signal de détente mais sans enthousiasmer les Iraniens au vu des restrictions maintenues.

Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui fait flamber les prix de l'or noir et vaciller l'économie mondiale.

"Des frappes ce soir?" 

Dans ce contexte, des Iraniens témoignent de leur désarroi.

"J'ai l'impression que rien n'est encore certain, même si le cessez-le-feu est toujours en vigueur et qu'il est question d'un possible accord. On se demande tous les jours: y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?", dit à l'AFP Amir, un développeur de logiciel de 27 ans dans la capitale iranienne.

Les Gardiens de la Révolution ont cependant jugé la probabilité d'une reprise de la guerre "faible en raison de la faiblesse de l'ennemi". Mais "les forces armées se tiennent en alerte", a prévenu Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales cité par l'agence de presse Tasnim.

Selon le ministère iranien du Renseignement, les Etats-Unis et Israël ont raté, avec leur attaque lancée le 28 février, leur "objectif de renverser et de diviser le pays", mais poursuivent désormais ce but "par d'autres moyens".

La veille, Téhéran avait accusé Washington d'avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays, après l'annonce américaine de frappes nocturnes sur des sites de lancement de missiles.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

Accès aux avoirs 

Mercredi, les cours du pétrole ont plongé: vers 15H45 GMT (17H45 à Paris), le cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, perdait 3,94% à 96,10 dollars.

"Il subsiste un air d'optimisme prudent quant à la signature et aux détails d'un protocole d'accord (MoU)", commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.

L'agence iranienne Isna a fait état de "négociations globalement positives" après la visite de hauts responsables iraniens au Qatar, une première depuis le début des hostilités marquées par des tirs de représailles iraniens sur ses voisins du Golfe.

L'enjeu était de discuter des "modalités d'accès" aux fonds gelés à l'étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

"Totale invention" 

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.

La télévision iranienne a fait état mercredi d'une ébauche du protocole d'accord en discussion, prévoyant notamment selon elle un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

"Cette information des médias d'Etat iraniens n'est pas vraie et le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Mercredi, les Gardiens de la Révolution ont insisté sur le fait que seuls les navires "prêts à se conformer aux ordres iraniens" seraient autorisés à passer le détroit, selon la télévision d'Etat.

Sur l'autre front du conflit, au Liban - dont Téhéran réclame l'inclusion dans tout accord de paix - Israël intensifie ses raids aériens et opérations terrestres contre le Hezbollah pro-iranien, qui poursuit aussi ses attaques, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a averti dans la soirée qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre les deux pays, appelant à son évacuation.


L'ONU condamne l'attaque d'un drone près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis

Le Conseil a fait référence aux résolutions du Conseil de sécurité et aux résolutions adoptées par la Conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui font état de la préoccupation internationale de longue date concernant les attaques contre les sites nucléaires civils. (Photo ONU)
Le Conseil a fait référence aux résolutions du Conseil de sécurité et aux résolutions adoptées par la Conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui font état de la préoccupation internationale de longue date concernant les attaques contre les sites nucléaires civils. (Photo ONU)
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  • La frappe du 17 mai a posé de sérieux risques pour la vie des civils, les infrastructures critiques et l'environnement, avertissent les membres du Conseil
  • Sans nommer l'Iran, ils décrivent l'incident comme "une violation flagrante du droit international" et une escalade dangereuse impliquant des infrastructures nucléaires civiles

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mardi ce qu'il a décrit comme une "attaque de drone flagrante" qui a visé un générateur d'électricité à l'extérieur du périmètre intérieur de la centrale nucléaire de Barakah, dans les Émirats arabes unis.

Cette attaque, qui a eu lieu le 17 mai, présente de graves risques pour la vie des civils, les infrastructures essentielles et l'environnement, a averti le Conseil.

Sans nommer l'Iran, les membres du Conseil ont déclaré que l'attaque constituait "une violation flagrante du droit international" et ont exprimé leur profonde inquiétude face à ce qu'ils décrivent comme une dangereuse escalade impliquant des infrastructures civiles et nucléaires.

"Les membres du Conseil de sécurité condamnent avec la plus grande fermeté l'attaque flagrante de drones", ont-ils déclaré dans un communiqué, ajoutant que les attaques ou les menaces contre des installations nucléaires pacifiques étaient inacceptables et devaient cesser immédiatement.

Ils ont également demandé "la cessation immédiate et permanente de toutes les attaques contre les civils et les infrastructures civiles dans les Émirats arabes unis".

Le Conseil a fait référence aux résolutions du Conseil de sécurité et aux résolutions adoptées par la Conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui font état des préoccupations internationales de longue date concernant les attaques contre les sites nucléaires civils.

La déclaration prend également acte des commentaires du directeur général de l'AIEA, Rafael Mariano Grossi, qui s'est déclaré "gravement préoccupé" par l'incident survenu dans les Émirats arabes unis et a averti que "les activités militaires qui menacent la sûreté nucléaire sont inacceptables".

Réaffirmant l'importance des normes de sécurité nucléaire, le Conseil a appelé tous les États à respecter les niveaux les plus élevés de sûreté, de sécurité et de garanties nucléaires, et à éviter toute action susceptible de compromettre les opérations nucléaires ou de créer une plus grande instabilité régionale.

Les membres du Conseil ont également souligné le fait que l'installation de Barakah a été "conçue, construite et exploitée conformément aux normes internationales les plus strictes", sous la supervision de l'autorité fédérale des Émirats arabes unis chargée de la réglementation nucléaire, et conformément aux exigences de l'AIEA en matière de sécurité.

La centrale, qui se trouve dans la région d'Al-Dhafra à Abou Dhabi et qui entrera officiellement en service en 2021, est la première centrale nucléaire commerciale du monde arabe et constitue un élément clé de la stratégie énergétique à long terme des Émirats arabes unis.