Femmes et cailloux, les «étoiles» de Ma Desheng, compagnon d'armes d'Ai Weiwei

L'artiste chinois Ma Desheng pose dans son atelier lors d'une séance photo à Paris le 17 mars 2022. (Joël Saget / AFP)
L'artiste chinois Ma Desheng pose dans son atelier lors d'une séance photo à Paris le 17 mars 2022. (Joël Saget / AFP)
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Publié le Mardi 22 mars 2022

Femmes et cailloux, les «étoiles» de Ma Desheng, compagnon d'armes d'Ai Weiwei

  • Réfugié en Occident en 1986, Ma Desheng passe par la Suisse et la France avant de se rendre aux États-Unis où son accident met un coup d'arrêt à sa vie et sa création
  • Ses amis Ziwei et Anthony Phuong, qui lui consacrent une exposition à partir du 2 avril dans leur galerie parisienne, A2Z

PARIS : Empilées par dizaines dans son atelier, ses toiles sont ses «enfants». Elles parlent de «femmes», de «vie», de cailloux, des «étoiles de vie» que Ma Desheng, artiste dissident chinois de la première heure, cultive avec tendresse.

En 1979, il a fait partie des fondateurs du groupe Xing Xing, «les étoiles» en chinois, avec Ai Weiwei, prônant l'expérimentation individuelle et la liberté d'expression, à l'origine du premier happening artistique en Chine, sévèrement réprimé. 

A bientôt 70 ans, Ma Desheng a gardé des «contacts amicaux» avec ses compagnons mais c'est dans un atelier du 19e arrondissement de la capitale qu'il cultive désormais ses «étoiles de vie», immobilisé dans un fauteuil roulant, suite à «un accident de voiture en 1992», dit-il.

La peinture c'est toute sa vie. Elle lui donne «l'énergie» et le «souffle» dont il «a besoin» et qu'il s'applique à «faire circuler sans cesse» entre une grande table et un chevalet, cerné par une forêt de tableaux qui ne lui laissent que peu d'espace pour se mouvoir.

Composée de formes abstraites d'où surgissent des méandres noirs, blancs et gris, cette forêt parle aussi de pierres ovales, empilées et dessinées en grand sur fonds fluorescents, presque turgescents.

Ma Desheng a commencé par la gravure sur bois tout en travaillant à l'usine. Il s'est fait connaître par ses encres sur papier de riz.

Réfugié en Occident en 1986, il passe par la Suisse et la France avant de se rendre aux États-Unis où son accident met un coup d'arrêt à sa vie et sa création. Pendant dix ans, il disparaît et se rééduque grâce au dessin.       

Femmes

Il se remet à peindre en 2002, à Paris, adapte sa technique à son handicap en utilisant désormais l'acrylique, un travail qu'il «ne peut arrêter» et qui a intégré nombre de musées en France et à l'international.

C'est aussi devenu «un combat permanent contre une maladie dégénérative qui le fait souffrir depuis l'enfance», précisent, en aparté, ses amis Ziwei et Anthony Phuong, qui lui consacrent une exposition à partir du 2 avril dans leur galerie parisienne, A2Z.

Des photos datées de 1979 montrent Ma Desheng, casquette vissée sur la tête et main tournée vers le ciel tenant un discours sur l'art et la liberté devant le Mur de la Démocratie, ou appuyé sur des béquilles lors d'une manifestation aux côtés de Wang Keping, célèbre sculpteur de la même avant-garde artistique.

«M. Ma» n'en parle pas. Il garde aussi le silence sur ce qui le fait souffrir. Il préfère parler de «la vie, dont il faut profiter à chaque instant» et «des femmes !», lance-t-il, le regard plein de malice, encadré par sa longue chevelure argentée.


Moselle: l'Algérie à l'honneur du Festival du film arabe de Fameck

L'Algérie est à l'honneur de la 33e édition du Festival du film arabe de Fameck (Photo, Twitter).
L'Algérie est à l'honneur de la 33e édition du Festival du film arabe de Fameck (Photo, Twitter).
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  • Les organisateurs ont sélectionné neuf films «qui traitent de l'Algérie», notamment «Soula», de Salah Issaad, ou «Nardjes A.», un documentaire de Karim Aïnouz sur une jeune Algérienne qui participe au «hirak»
  • Au total, le festival présente 32 long-métrages, dont huit en avant-première, ainsi que dix court-métrages

UCKANGE, France: L'Algérie est à l'honneur de la 33e édition du Festival du film arabe de Fameck (Moselle), pour marquer les 60 ans de son indépendance proclamée le 5 juillet 1962, après 132 ans de colonisation française, et mettre en lumière les jeunes réalisateurs qui "amènent un nouveau souffle" au cinéma algérien.

"Depuis quelques années, nous avons des propositions fortes de productions algériennes, et surtout des jeunes réalisateurs qui amènent un nouveau souffle dans l'écriture et les thématiques" abordées, souligne Mahjouba Galfout, coordinatrice du festival.

"Nous avions envie de ne pas nous focaliser sur l'histoire, le passé et les moments douloureux: on voulait surtout parler de l'Algérie contemporaine, de la vie quotidienne à travers des histoires simples, poétiques et percutantes" auxquelles "le public peut s'attacher", ajoute-t-elle.

Les organisateurs ont sélectionné neuf films "qui traitent de l'Algérie", notamment "Soula", de Salah Issaad, ou "Nardjes A.", un documentaire de Karim Aïnouz sur une jeune Algérienne qui participe au "hirak", mouvement de contestation qui a secoué le pays en 2019.

Au total, le festival présente 32 long-métrages, dont huit en avant-première, ainsi que dix court-métrages.

Parmi les avant-premières, "La conspiration du Caire", nouveau film du réalisateur suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh, primé aux César et au festival de Sundance pour son thriller "Le Caire Confidentiel" sorti en 2017.

Sept conférences avec des cinéastes sont également organisées en marge des films, des "temps de rencontre indispensables" pour "faire revenir les gens au cinéma" après la pandémie de Covid-19, explique Mahjouba Galfout. En 2019, le festival avait accueilli 14 000 personnes.

Fameck décernera aussi cinq prix, parmi lesquels le Grand prix dont le jury est présidé par la réalisatrice franco-algérienne Mounia Meddour, César du Meilleur premier film en 2020 pour le très remarqué "Papicha".

Le réalisateur belge Luc Dardenne est quant à lui l'invité d'honneur de cette édition, où son dernier film, "Tori et Lokita", en salles mercredi et réalisé avec son frère Jean-Pierre, fait partie de la programmation.


Les journalistes déplorent la fermeture prévue des services de la BBC en langue étrangère

Les effectifs seront réduits de manière drastique avec le passage de la station BBC Arabic à la version numérique. Photo fournie.
Les effectifs seront réduits de manière drastique avec le passage de la station BBC Arabic à la version numérique. Photo fournie.
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  • Au total, trois cent quatre-vingt-deux employés du BBC World Service devraient perdre leur emploi
  • La société propose de mettre fin à ses services radio en arabe, en persan, en kirghize, en ouzbek, en hindi, en bengali, en chinois, en indonésien, en tamoul et en ourdou

DUBAÏ: La BBC a annoncé qu’elle était sur le point de mettre fin à plusieurs de ses services en langue étrangère, comme la station de radio BBC Arabic. Cette décision a entraîné une vague de mécontentement à travers le monde.
Lindsey Hilsum, rédactrice en chef internationale de Channel 4 News, déclare sur Twitter que «les gens comptent sur ces services linguistiques radio pour obtenir des informations justes et équilibrées qu’ils ne peuvent obtenir ailleurs».
Elle ajoute que c’était particulièrement important dans les pays où les gouvernements limitent l’accès aux services Internet.


Yaser Atrash, journaliste chez Syria TV, déplore sur Twitter que «la mémoire des générations» se soit «éteinte».
Les réactions interviennent après l’annonce faite par la société la semaine dernière. En effet, elle prévoit de fermer sa station BBC Arabic après quatre-vingt-quatre ans d’activité dans le cadre d’une opération de réduction des coûts et de passer à la diffusion numérique, qui causera également la disparition de plusieurs autres services en langue étrangère.


Au total, trois cent quatre-vingt-deux employés du BBC World Service devraient perdre leur emploi dans un contexte de hausse des coûts, de gel des frais de licence et de passage aux plates-formes numériques, indique la société.
Les services internationaux de la société devaient réaliser des économies de 28,5 millions de livres sterling, soit 31 millions de dollars (1 dollar = 1,01 euro) dans le cadre de réductions plus larges de 500 millions de livres sterling, ajoute-t-elle.
Ali al-Ahmed, fondateur et directeur de l’Institut des affaires du Golfe et expert en affaires politiques saoudiennes, déclare sur Twitter: «En mai 2000, j’ai visité #BBCArabicRadio pour la première fois et j’ai dit à son directeur de l’époque, Gamon McLellan, de planifier la fermeture du service radio et de se concentrer sur la télévision.»


Liliane Landor, directrice de BBC World Service, affirme que les réductions d’effectifs et les fermetures n’altéreraient pas la qualité du service.
«Nous continuerons d’offrir le meilleur du journalisme en anglais et dans plus de quarante langues, en plus d’accroître l’incidence et l'influence de notre journalisme en faisant en sorte que nos histoires aient une plus grande portée», précise-t-elle.
Le service mondial opère actuellement dans plus de quarante langues à travers le monde et a une audience hebdomadaire d’environ trois cent soixante-quatre millions de personnes. Mais la société soutient que les habitudes du public changent et que de plus en plus de personnes accèdent aux informations en ligne.
La société propose de mettre fin à ses services radio en arabe, en persan, en kirghize, en ouzbek, en hindi, en bengali, en chinois, en indonésien, en tamoul et en ourdou.
Les services linguistiques qui seront désormais proposés en version numérique uniquement sont: le chinois, le gujarati, l’igbo, l’indonésien, le pidgin, l’ourdou et le yoruba.
Onze services linguistiques – azerbaïdjanais, brésilien, marathi, mundo, pendjabi, russe, serbe, cinghalais, thaï, turc et vietnamien – sont déjà uniquement disponibles en version numérique.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des champions de la lumière? La physique attend son Nobel

Une statue d'Alfred Nobel est photographiée avant une conférence de presse pour annoncer le lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 2022 à Stockholm, en Suède, le 3 octobre 2022. (Jonathan NACKSTRAND / AFP)
Une statue d'Alfred Nobel est photographiée avant une conférence de presse pour annoncer le lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 2022 à Stockholm, en Suède, le 3 octobre 2022. (Jonathan NACKSTRAND / AFP)
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  • Comme le prix d'économie et les autres prix scientifiques, le Nobel de physique souffre d'un déficit en lauréates, mais peu de noms de femmes figurent parmi les spéculations cette année
  • Décernée par l'Académie suédoise des Sciences, la récompense avait été attribuée l'an dernier à deux experts de la modélisation du changement climatique

STOCKHOLM: Qui pour rejoindre Svante Pääbo, père de l'homme de Denisova auréolé lundi en médecine? Deuxième épisode du millésime, le prix Nobel de physique est attribué mardi, avec plusieurs chercheurs liés à la lumière parmi les pressentis.

Un expert de l'invisibilité, des spécialistes de "cristaux" capable de modifier la propagation des ondes, des pionniers de l'énergie photovoltaïque ou des champions du monde quantique? Réputé le plus ardu, le prix de Physique est annoncé vers 11H45 (09H45 GMT) à Stockholm.

Décernée par l'Académie suédoise des Sciences, la récompense avait été attribuée l'an dernier à deux experts de la modélisation du changement climatique, l'Américano-Japonais Syukuro Manabe et l'Allemand Klaus Hasselmann ainsi qu'à l'Italien Giorgio Parisi, spécialiste des systèmes physiques complexes.

Après des prix liés à l'espace en 2017, 2019 et 2020, certains pensent qu'il est un peu tôt pour voir la discipline sacrée à nouveau.

"Il y a tellement eu de prix en astrophysique et en cosmologie ces cinq dernières années. Je ne pense pas que ce soit à l'ordre du jour cette année", assure à l'AFP David Pendlebury de l'organisation Clarivate, qui tient une base de données de Nobélisables en sciences et économie.

Souvent cité parmi les favoris ces dernières années, le Britannique John B. Pendry pourrait selon lui voir son heure arrivée cette année.

Capable de rendre des objets invisibles grâce à l'utilisation de "métamatériaux" dont la structure permet de manipuler la lumière, il s'est fait une notoriété avec une "cape d'invisibilité" à la Harry Potter.

Selon David Pendlebury, d'autres experts de la lumière, le Canadien John Sajeev et l'Américain Eli Yablonovitch feraient également de beaux Nobel.

En 1987, ils ont développé indépendamment l'un de l'autre les "cristaux photoniques", permettant de modifier la propagation des ondes électromagnétiques.

Toujours pour la lumière, un secteur de l'énergie moderne - le photovoltaïque - mériterait assurément un Nobel, selon les spécialistes.