Zelensky demande à l'Otan « une aide militaire sans restriction », Biden arrive à Bruxelles

Aparté à Bruxelles entre le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Joe Biden. (AFP).
Aparté à Bruxelles entre le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Joe Biden. (AFP).
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Publié le Jeudi 24 mars 2022

Zelensky demande à l'Otan « une aide militaire sans restriction », Biden arrive à Bruxelles

  • Le président Zelensky, qui doit s'exprimer par vidéoconférence lors des sommets de Bruxelles, a appelé l'Otan à fournir des armes à son pays
  • La Suède et l'Allemagne ont annoncé pour leur part la livraison à l'Ukraine de 5 000 et 2 000 nouvelles armes antichar respectivement

KIEV: Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé jeudi aux pays de l'Otan de fournir "une aide militaire sans restriction" à son pays, pour qu'il puisse faire face à l'armée russe que Kiev affronte pour l'instant "dans des conditions inégales".


"Pour sauver les gens et nos villes, l'Ukraine a besoin d'une assistance militaire sans restriction. De même que la Russie utilise, sans restriction, tout son arsenal contre nous", a déclaré M. Zelensky dans un message vidéo publié sur son compte Telegram à l'attention des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Alliance atlantique, réunis en sommet extraordinaire à Bruxelles.


"L'armée ukrainienne résiste depuis un mois dans des conditions inégales ! Je répète la même chose depuis un mois maintenant", a-t-il souligné. 


Il a renouvelé notamment ses demandes d'avions de chasse et de chars,  notamment pour "débloquer" Marioupol, Berdiansk ou Melitopol, des villes du sud de l'Ukraine assiégées ou occupées par l'armée russe.  


"Vous avez des milliers d'avions de chasse. Mais on ne nous en a pas encore donnés", a-t-il lancé. 


"Vous avez au moins 20.000 chars (...) L'Ukraine a demandé un pour cent de tous vos chars ! Donnez-les nous ou vendez-les nous ! Mais nous n'avons toujours pas de réponse claire".


Le président ukrainien a par ailleurs accusé la Russie d'utiliser des bombes au phosphore sur des cibles ukrainiennes. 


"Ce matin (...) il y a eu des bombes russes au phosphore. Des adultes ont été tués et des enfants ont été tués à nouveau", a affirmé M. Zelensky, relayant des accusations émises jeudi par le gouverneur de la région de Lougansk (est) après des bombardements sur la localité de Roubijné. 


Un autre responsable local de Lougansk avait déjà accusé le 13 mars les forces russes d'utiliser des bombes au phosphore. Et un responsable d'Irpin, à la périphérie nord-ouest de Kiev, avait relayé mercredi sur les réseaux sociaux des accusations similaires concernant sa ville.

Il a aussi lancé un vibrant appel aux citoyens du monde entier à manifester contre l'invasion russe de son pays, un mois jour pour jour après son commencement et à quelques heures d'une série de sommets à Bruxelles jeudi entre dirigeants occidentaux.

"Allez-y avec des symboles ukrainiens pour défendre l'Ukraine, pour défendre la liberté, pour défendre la vie!", a lancé M. Zelensky dans la nuit de mercredi à jeudi via un message vidéo en anglais. "Retrouvez-vous sur les places, dans la rue, montrez-vous et faites-vous entendre!"

"Exprimez-vous, manifestez depuis vos bureaux, vos maisons, vos écoles et vos universités, manifestez au nom de la paix !", a martelé le président. "Le monde doit arrêter la guerre".

Il s'est également adressé aux Russes: "Si vous le pouvez, quittez la Russie et ne payez pas vos impôts pour cette guerre", a-t-il dit.

Alors que l'invasion russe entre dans son deuxième mois, trois sommets - Otan, G7 et Union européenne - attendent en un seul jour à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernement occidentaux.

Le président américain Joe Biden est arrivé à Bruxelles et a été accueilli par le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg. 

Selon la Maison Blanche, il s'agira surtout de consolider l'arsenal de sanctions déjà prises, pour éviter les tentatives de contournement de Moscou, et de renforcer dans la durée le positionnement de l'Otan en Europe de l'Est.

"Ce que nous aimerions entendre est que cette fermeté partagée que nous avons vue au cours du mois dernier durera autant qu'il le faudra", a déclaré Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden, arrivé mercredi soir dans la capitale belge et qui doit ensuite se rendre en Pologne vendredi.

Washington doit par ailleurs annoncer jeudi "un ensemble de sanctions qui concernent à la fois des personnalités politiques" et "des oligarques", a fait savoir M. Sullivan.

L'Otan va déployer quatre nouveaux groupements tactiques en Bulgarie, Roumanie, Hongrie et Slovaquie pour renforcer ses défenses contre la Russie sur son flanc oriental, a annoncé son secrétaire général Jens Stoltenberg.

 

Boris Johnson appelle à cibler les réserves d'or russes

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a appelé jeudi à accroître encore "la pression" sur le gouvernement du président russe Vladimir Poutine en raison de l'invasion de l'Ukraine, en empêchant notamment la Russie d'utiliser ses importantes réserves d'or.


"Nous devons faire plus et nous devons faire plus sur le plan économique", a déclaré le dirigeant à la radio LBC avant sa participation à un sommet extraordinaire de l'Alliance atlantique à Bruxelles, un mois après le début de la guerre. 


"Pouvons-nous faire plus pour l'empêcher d'utiliser ses réserves d'or, en plus de ses réserves de devises?", a-t-il poursuivi à propos du président russe Vladimir Poutine. 


Une partie des réserves de devises étrangères de la Banque centrale russe à l'étranger ont été gelées par les Occidentaux, limitant sa capacité d'action, mais celle-ci a accumulé d'importantes réserves d'or lui permettant de faire face aux sanctions économiques.


Après une vague de sanctions occidentales visant des intérêts russes, "mon message aujourd'hui à l'Otan est qu'il y a moyen pour le monde de continuer à intensifier la pression sur Poutine", a affirmé M. Johnson. 


"Plus nous faisons pression maintenant, surtout sur des choses comme l'or, plus je pense que nous pourrons abréger la guerre, abréger le massacre en Ukraine". 


Le sommet extraordinaire de l'Otan sera suivi jeudi par un sommet du G7 au siège de l'Alliance. Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se réuniront ensuite pour un sommet de deux jours.


Le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit intervenir en visioconférence durant les trois sommets, centrés sur la guerre lancée par la Russie contre l'Ukraine. 


"La machine de guerre russe est déjà coupable de crimes de guerre", a affirmé M. Johnson, estimant que la Russie devrait comparaître devant la Cour internationale de justice, et le président Poutine devant la Cour pénale internationale. 

Livraisons d'armes 

Le président Zelensky, qui doit s'exprimer par vidéoconférence lors des sommets de Bruxelles, a appelé l'Otan à fournir des armes à son pays. "Nettoyez notre sol des envahisseurs et restaurez la paix en Ukraine", a-t-il imploré.

Saluant la résistance "extraordinairement courageuse" des Ukrainiens, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait un peu plus tôt annoncé la livraison de 6 000 missiles antichar supplémentaires à Kiev. Londres a déjà livré à l'Ukraine 4 000 de ces armes.

La Suède et l'Allemagne ont annoncé pour leur part la livraison à l'Ukraine de 5 000 et 2 000 nouvelles armes antichar respectivement. Les forces ukrainiennes ont déjà reçu 1 000 armes antichar et 500 lance-missiles sol-air de type Stinger pris dans les réserves de la Bundeswehr, l'armée allemande.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a accusé la Russie d'avoir "commis des crimes de guerre en Ukraine".

"Nous avons vu de nombreux rapports crédibles d'attaques aveugles et d'attaques visant délibérément des civils, ainsi que d'autres atrocités", a-t-il déclaré dans un communiqué, en soulignant qu'il reviendra aux tribunaux de déterminer les responsabilités.

M. Zelensky avait affirmé mercredi que près de 100 000 personnes étaient encore piégées dans les ruines de Marioupol, grande ville assiégée du sud du pays, "sans nourriture, sans eau, sans médicaments, sous des bombardements constants".

Chandelles à l'hôpital

A l'hôpital numéro un de Marioupol, les patients sont soignés dans les sous-sols à la lueur des chandelles, a indiqué le conseil municipal.

"Les chandelles restent la principale source de lumière. Ils essaient d'économiser le carburant le plus possible, donc les générateurs diésel ne sont utilisés que pour les opérations complexes", a raconté le conseil sur Telegram, ajoutant qu'entre 600 et 700 habitants des environs se sont également réfugiés dans cet hôpital.

Le conflit est également meurtrier pour les forces russes, qui ont déjà perdu entre 7 000 et 15 000 soldats en Ukraine, selon un haut responsable de l'Otan, qui se base notamment sur des informations en provenance des autorités ukrainiennes et des services de renseignement occidentaux.

L'invasion russe "s'enlise malgré toutes les destructions qu'elle provoque jour après jour", a estimé le chancelier allemand Olaf Scholz.

Positions défensives

Selon Washington, l'offensive de l'armée russe piétine notamment dans les environs de la capitale Kiev.

"Les Ukrainiens ont réussi à repousser les Russes à 55 km à l'est et au nord-est de Kiev", a déclaré à la presse un haut responsable du Pentagone ayant requis l'anonymat. "Ce n'est pas qu'ils n'avancent pas, c'est qu'ils ne tentent pas d'avancer. Ils prennent des positions défensives", a-t-il ajouté.

Faute de réussir à s'emparer des grandes villes, l'armée russe continue de les bombarder de façon intense. L'état-major ukrainien a recensé 250 sorties aériennes russes mercredi, 60 de plus que mardi. "Les principales cibles de l'ennemi restent les infrastructures militaires et civiles dans les oblasts de Kiev, Tcherniguiv et Kharkiv", a-t-il indiqué jeudi sur sa page Facebook.

A Kiev, une nouvelle frappe sur le parking d'un centre commercial a fait un mort et deux blessés mercredi, selon le maire Vitali Klitschko. Plus tôt dans la journée, quatre personnes avaient été blessées dans des bombardements sur des immeubles.

Une journaliste russe, Oksana Baulina, a été tuée mercredi dans un bombardement sur Kiev, a annoncé le média en ligne pour lequel elle travaillait, The Insider.

Plus de 3,6 millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le 24 février, indique le décompte de l'ONU publié mercredi. Au total, quelque dix millions de personnes, soit un quart environ de la population du pays, ont été forcées de quitter leur foyer.

L'Assemblée générale de l'ONU regroupant 193 Etats devrait adopter jeudi une nouvelle résolution qui va "exiger" de la Russie un arrêt "immédiat" de la guerre en Ukraine.

En attendant, les ambassades des pays impliqués dans la crise continuent de se vider. La Russie a décidé mercredi d'expulser des diplomates américains, en représailles à l'expulsion par Washington de 12 membres de la mission russe auprès de l'ONU.

La Pologne a quant à elle expulsé 45 diplomates russes soupçonnés d'espionnage. Et le Bélarus va expulser la plupart des diplomates ukrainiens en poste sur son territoire, accusant Kiev d'actions "inamicales" et "d'ingérence" dans ses affaires.

En Russie, le régulateur des médias (Roskomnadzor) a restreint l'accès au service en ligne News.Google, accusé de fournir l'accès à de "fausses" informations sur la guerre.

Depuis le début de l'invasion le 24 février, le pouvoir russe a considérablement renforcé son contrôle des informations diffusées sur internet.

De nombreux médias russes et étrangers, dont la BBC, ont été interdits d'accès et les réseaux sociaux américains Facebook et Instagram ont été déclarés "extrémistes" par un tribunal moscovite. L'accès à Twitter a également été restreint.

La semaine dernière, Roskomnadzor avait accusé Google et son service vidéo YouTube d'activités "terroristes", première étape vers un possible blocage.

Kiev affirme avoir détruit un navire russe de transport de troupes en mer d'Azov

La marine ukrainienne a affirmé jeudi avoir détruit un navire de transport de troupes russes ancré dans le port de Berdiansk, ville proche de Marioupol sur la mer d'Azov.


"Le navire de transport de troupes Orsk a été détruit dans le port occupé de Berdiansk. Gloire à l'Ukraine!", a écrit la marine dans un message sur son compte Facebook, accompagné de trois photos: un gros plan du navire non endommagé, et deux photos montrant, de loin, de la fumée dans le port et un bateau en feu, sans qu'on y distingue clairement le bateau.


Selon l'agence Tass, qui citait la chaîne de télévision Zvezda du ministère russe de la Défense, ce navire de transport de troupes et de matériel appartenant à la Flotte de la mer Noire était le premier navire russe de guerre russe à arriver à Berdiansk, le 21 mars. 


"L'arrivée de ce grand navire de débarquement dans le port de Berdiansk est un événement important, qui ouvre des possibilités pour la mer Noire en termes de logistique en utilisant pleinement l'infrastructure de Berdiansk", disait Zvezda en citant un officier de la flotte russe. 


Le navire, qui peut transporter jusqu'à 1.500 tonnes de cargaison, "est en train de décharger sous nos yeux des véhicules blindés qui renforceront notre déploiement", ajoutait la même source.


L'information était invérifiable dans l'immédiat. L'armée russe ne donne que très rarement des informations sur ses pertes.


Le port de Berdiansk est situé à 80 km à l'ouest du port stratégique de Marioupol, dont les Russes tentent de s'emparer depuis le début de l'invasion de l'Ukraine le 24 février. Marioupol est assiégée depuis la fin février et pilonnée sans répit.


Si des milliers de véhicules chargés de civils ont pu quitter la ville la semaine dernière, quelque 100.000 personnes y sont toujours coincées dans des conditions de dénuement total, selon Kiev, et plus de 2.500 personnes y ont déjà péri.


Cette région du sud-est de l'Ukraine est l'une de celles où les forces russes ont le plus progressé depuis le début du conflit, même s'ils ne peuvent revendiquer le contrôle total que d'une seule ville d'importance, Kherson.


Vénézuéla: après la capture de Maduro, la diaspora libanaise entre souvenirs douloureux et espoir

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
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  • Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil
  • À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne

PARIS: La présence arabe en Amérique du Sud ne date pas d’hier. Elle remonte au XIXᵉ siècle, lorsque des commerçants libano-syriens, majoritairement chrétiens, quittent l’Empire ottoman pour tenter leur chance sur le continent latino-américain.

Au fil des décennies, cette immigration s’enracine durablement, se structure et s’élargit. Après la Seconde Guerre mondiale et la fin du mandat français en Syrie et au Liban, de nouvelles vagues migratoires viennent renforcer cette diaspora, notamment au Venezuela, devenu l’un de ses principaux foyers.

Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil. À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne.

Cette politisation progressive s’accentue avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, puis de son successeur, Nicolás Maduro. Certaines figures issues de cette diaspora ont accédé aux plus hautes sphères du pouvoir vénézuélien, à l’image de l’ancien vice-président Tareck El Aissami, d’origine libano-syrienne. Fils du fondateur du parti Baas au Venezuela et petit-neveu de l’un de ses fondateurs en Syrie, il incarne cette porosité entre trajectoires migratoires, idéologies moyen-orientales et pouvoir chaviste. Aujourd’hui, il est visé par des sanctions américaines pour blanchiment d’argent et liens présumés avec le Hezbollah. Son parcours cristallise les soupçons pesant sur certaines connexions politico-sécuritaires entre Caracas et le Moyen-Orient.

Autre nom cité par Washington : celui du diplomate Ghazi Nasr al-Din, accusé d’avoir facilité le financement du Hezbollah et la délivrance de faux passeports vénézuéliens.

Pourtant, réduire la diaspora libanaise du Venezuela à ces figures controversées serait profondément réducteur. Dans l’ombre des scandales et des sanctions, cette communauté est avant tout composée d’entrepreneurs, de commerçants, de médecins, d’ingénieurs et de familles qui ont contribué de manière décisive au développement économique du pays.

Rodríguez Khalaf, entrepreneur dans le bâtiment public, interrogé par téléphone par Arab News en français, est d’origine libanaise mais natif de Caracas, où sa famille s’est installée il y a plusieurs décennies. Il se souvient avec amertume de la rupture provoquée par le chavisme :
« Il y avait quarante ans de démocratie. Et puis, en 1998, tout a basculé. Ils ont perdu, mais ils ont volé l’accord. »

Cet ingénieur a longtemps travaillé avec les autorités sur de grands projets d’infrastructures. « Il y a quinze ans, j’ai décidé de ne plus travailler avec le gouvernement. La corruption était partout. On ne pouvait plus obtenir un contrat sans intermédiaire. »

Comme beaucoup, il pointe l’effondrement d’un État rongé par la corruption, le narcotrafic et la mauvaise gestion des ressources pétrolières. « Le Venezuela n’est pas un pays producteur de drogue, mais un pays de transit. Et tout le monde le sait », assure-t-il. Le résultat est une crise économique et sociale d’une ampleur inédite, qui a poussé près de six millions de Vénézuéliens à l’exil, y compris au sein de la diaspora libanaise, pourtant historiquement bien intégrée.

Magali Chahine, ancienne journaliste, également née à Caracas dans une famille libanaise, évoque avec émotion le Venezuela de son enfance : « C’était un pays libre, prospère. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui. »

Si elle a étudié à l’étranger avant de s’installer aux États-Unis, elle reste profondément attachée à son pays natal. « Toute ma famille est partie à cause de la situation. Mais dès que je pourrai y retourner, j’irai. J’en ai très envie. » Malgré tout, elle refuse le fatalisme : « Rien ne peut être pire que Maduro. J’ai beaucoup d’espoir, même si cela prendra du temps. »

L’annonce spectaculaire, début 2026, de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé ces espoirs mêlés d’effroi parmi les Vénézuéliens, dont fait partie cette diaspora.

Giorgio Nahas, jeune étudiant, décrit une communauté marquée par la peur : « On vit avec cette psychose permanente. Si le régime apprend que vous parlez, ce sont vos proches qui paient. »

Le fracas des bombes et les premières heures de l’opération américaine ont d’abord suscité la terreur, puis, pour certains, un soulagement inattendu. « Je ne soutiens pas Trump, mais pour cet acte précis, je suis d’accord. On n’a jamais été écoutés pendant presque trente ans. »

Pour Nohad Achkar, elle aussi étudiante, l’essentiel est ailleurs : « Après trente années comme celles-là, les Vénézuéliens méritent au moins une chose : choisir eux-mêmes leur président. »

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance.


Le droit de manifester "attaqué" au Royaume-Uni, déplore Human Rights Watch

Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
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  • Human Rights Watch alerte sur une érosion du droit de manifester au Royaume-Uni, dénonçant des lois jugées répressives et contraires aux obligations internationales en matière de droits humains
  • L’ONG critique l’inaction du gouvernement de Keir Starmer et s’inquiète de nouvelles restrictions visant les manifestations pacifiques, y compris via l’usage de lois antiterroristes

LONDRES: Le droit de manifester est "attaqué" au Royaume-Uni après l'adoption de mesures "répressives" qui ont progressivement durci les conditions et les sanctions appliquées aux manifestations pacifiques, dénonce l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi.

Intitulé "Faire taire la rue: le droit de manifester attaqué au Royaume-Uni", ce rapport déplore la mise en place de "restrictions antidémocratiques" au droit de manifester "en violation des obligations internationales en matière de droits humains" du pays.

"Nous voyons une érosion des droits démocratiques fondamentaux se produire sous nos yeux" et "il est absolument crucial d'enrayer cette spirale", a déclaré à l'AFP Yasmine Ahmed, directrice de HRW au Royaume-Uni.

L'ONG déplore que le gouvernement travailliste de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, ne soit pas revenu sur deux lois adoptées sous les précédents gouvernements conservateurs en 2022 et 2023, qui ont par exemple baissé le seuil de définition du trouble à l'ordre public afin de faciliter les arrestations, ou encore permis des arrestations préventives.

Ces lois faisaient suite notamment à la multiplication des actions des groupes écologistes Extinction Rebellion et Just Stop Oil, durant lesquelles leurs militants bloquaient des axes routiers ou s'attachaient à des bâtiments.

Elles ont abouti à davantage d'arrestations, d'inculpations et dans certains cas à l'imposition de peines de prison de plusieurs années, là où précédemment les manifestants n'auraient écopé que d'amendes ou de peines avec sursis, souligne HRW.

Et l'ONG s'inquiète des nouvelles restrictictions prévues dans le projet de loi sur la criminalité et la police (en cours d'examen au Parlement, ndlr) du gouvernement de Keir Starmer, lui-même ancien avocat des droits humains.

Ce texte prévoit des mesures pour réprimer les personnes dissimulant leur visage durant une manifestation, ou encore pour restreindre les rassemblements devant les lieux de culte.

HRW dénonce aussi "le détournement sans précédent de la législation sur le terrorisme, pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques".

En juillet dernier, le gouvernement a interdit le groupe propalestinien Palestine Action en l'inscrivant sur la liste des organisations terroristes, après qu'il a vandalisé une base de l'armée de l'air. Plus de 2.300 personnes ayant manifesté contre cette décision ont depuis été arrêtées.

En octobre, le Conseil de l'Europe a appelé le Royaume-Uni à préserver la liberté de manifester et recommandé un examen complet du cadre juridique relatif aux manifestations afin de s'assurer de sa conformité avec ses obligations internationales.


CNN suggère que de «fausses informations» pourraient être à l'origine des tensions entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite

Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
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  • Abou Dhabi a mobilisé le STC après avoir été faussement informé que Riyad avait demandé des sanctions contre les Émirats arabes unis
  • Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition

RIYAD: Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi pourraient avoir été déclenchées par de fausses informations fournies aux Émirats arabes unis au sujet de la récente visite du prince héritier saoudien à Washington, a rapporté CNN.

La chaîne d'information américaine dit avoir appris de ses sources que l'Arabie saoudite pense qu'Abou Dhabi a mobilisé les forces séparatistes du Conseil transitoire du Sud (CTS), qu'elle soutient, dans les provinces limitrophes du royaume, après avoir été faussement informée que le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman avait demandé au président américain Donald Trump, lors d'une visite à la Maison Blanche en novembre, d'imposer des sanctions à Abou Dhabi en raison de son soutien présumé à une partie belligérante dans la guerre civile au Soudan.

Le reportage de CNN suggère également que Riyad a tendu la main aux Émirats arabes unis pour expliquer qu'il n'avait pas fait une telle demande.

Par ailleurs, la chaîne américaine affirme que le fonctionnaire des Émirats arabes unis qui lui a parlé sous le couvert de l'anonymat n'a pas abordé directement la question lorsqu'il a été interrogé sur les allégations de fausses informations.

Lors de sa visite en novembre, le président Trump a annoncé publiquement qu'il avait demandé à son gouvernement d'intervenir pour tenter de résoudre le conflit sanglant en cours au Soudan, à la demande de la Couronne saoudienne.

saoudien. Toutefois, ni les déclarations du président, ni celles du prince héritier, ni aucun rapport publié par les médias saoudiens ou américains n'ont fait référence aux Émirats arabes unis à l'époque.

Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition.

Le Royaume a également soutenu l'appel du gouvernement yéménite demandant aux forces des Émirats arabes unis de quitter le pays, ce qu'Abu Dhabi a accepté d'honorer en publiant une déclaration qui insinue qu'il l'a fait de son propre chef.

La déclaration des Émirats arabes unis fait également état d'un engagement inébranlable de la part d'Abou Dhabi en faveur de la sécurité et de la souveraineté de l'Arabie saoudite, rejetant toute action susceptible de menacer le Royaume ou de nuire à la stabilité régionale.

Par ailleurs, CNN croit savoir que de nouvelles frappes saoudiennes visant le STC sont toujours envisagées si les séparatistes ne se retirent pas. Après que les Émirats arabes unis ont retiré leurs troupes du Yémen la semaine dernière, le STC s'est engagé sur la voie de la sécession, mais sous la pression militaire intense de Riyad et de ses alliés locaux, il a perdu des territoires et affirme désormais qu'il est heureux d'entamer un dialogue avec d'autres parties yéménites.

Le Royaume, pour sa part, a réaffirmé à de nombreuses reprises sa conviction que la cause du Sud était juste et a demandé que les différentes parties en discutent à la table des négociations, loin du champ de bataille. L'Arabie saoudite a appelé à un dialogue à Riyad pour discuter de la question de la séparation du Sud, et son appel a été salué par le gouvernement yéménite, les différentes factions yéménites - y compris le CTS lui-même, comme mentionné - et la majorité des pays arabes et musulmans.

Aidarous Al-Zubaidi, président du CTS, est un personnage problématique dans cette équation. Il aurait la double nationalité et de nombreux Yéménites ont publié sur les médias sociaux des images de son passeport des Émirats arabes unis et l'ont dénoncé comme étant inapte à gouverner, affirmant qu'il servait un programme étranger. D'autres ont également publié des vidéos de lui déclarant qu'il serait heureux d'établir des liens avec Israël si le Yémen du Sud obtenait son indépendance. Plus récemment, un message du ministre yéménite des médias, Moammar Eryani, a accusé le STC d'avoir permis le vol et la diffusion d'armes dans les provinces de l'Est.

M. Eryani a ajouté que le STC avait délibérément provoqué le chaos et "utilisé Al-Qaïda comme un épouvantail pour réaliser ses propres gains politiques aux dépens du peuple yéménite". CNN dit également avoir appris que

les préoccupations saoudiennes vont au-delà de l'implication des Émirats arabes unis au Yémen et au Soudan. Selon le rapport, Riyad se méfie également des politiques des EAU dans la Corne de l'Afrique et en Syrie, où il pense qu'Abu Dhabi a cultivé des liens avec des éléments de la communauté druze, dont certains dirigeants ont ouvertement discuté de la sécession.

Bien qu'aucune source saoudienne n'ait été mentionnée dans le reportage, le récit de CNN est conforme à plusieurs déclarations publiques saoudiennes, qui se sont opposées à la récente reconnaissance et à l'approbation par Israël de la séparation du Somaliland de la Somalie, aux tentatives israéliennes de saper et d'attaquer le nouveau gouvernement syrien et à toute tentative d'imposer un État du Yémen du Sud par des moyens militaires.

Israël entretient des relations étroites avec Abou Dhabi, encore plus étroites depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, tandis que l'Arabie saoudite refuse toute normalisation avec Tel-Aviv tant que ce dernier ne reconnaît pas un État palestinien et n'adhère pas à une voie crédible et irréversible pour parvenir à une solution à deux États. Cette position saoudienne a été réitérée une fois de plus lors de la visite du prince héritier à Washington en novembre.