Lafarge en Syrie: la mise en examen pour «complicité de crimes contre l'humanité» devant la cour d'appel

Lafarge SA est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), près de 13 millions d'euros à des groupes terroristes (Photo, AFP).
Lafarge SA est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), près de 13 millions d'euros à des groupes terroristes (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 24 mars 2022

Lafarge en Syrie: la mise en examen pour «complicité de crimes contre l'humanité» devant la cour d'appel

  • Lafarge SA est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria, près de 13 millions d'euros à des groupes terroristes
  • L'audience à la chambre de l'instruction, présidée par le juge Eric Halphen, a débuté peu après dix heures, en présence de très nombreux avocats

PARIS: La cour d'appel de Paris examine jeudi la validité de la mise en examen pour "complicité de crimes contre l'humanité" du groupe cimentier français Lafarge, soupçonné d'avoir versé de l'argent notamment au groupe État islamique (EI) pour maintenir jusqu'en 2014 l'activité de sa cimenterie en Syrie.

L'audience à la chambre de l'instruction, présidée par le juge Eric Halphen, a débuté peu après dix heures, en présence de très nombreux avocats.

Dans le cadre de cette information judiciaire ouverte en juin 2017, Lafarge SA est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), près de 13 millions d'euros à des groupes terroristes dont l'EI ainsi qu'à des intermédiaires afin de maintenir l'activité d'une cimenterie en Syrie alors que le pays s'enfonçait dans la guerre.

Le groupe avait investi 680 millions d'euros dans la construction de ce site, achevé en 2010.

Le groupe avait obtenu de la cour d'appel de Paris en novembre 2019 l'annulation sa mise en examen en 2018 pour "complicité de crimes contre l'humanité".

Mais en septembre 2021, la Cour de cassation, plus haute juridiction judiciaire française, avait cassé cette décision de la cour d'appel, ainsi que le maintien de la mise en examen du groupe pour "mise en danger de la vie d'autrui".

Elle avait renvoyé ces deux questions devant la chambre de l'instruction, dans une composition différente.

Dans ses réquisitions dont l'AFP a eu connaissance, le parquet général demande le maintien de la mise en examen pour "complicité de crimes contre l'humanité" de Lafarge : il estime que l'entreprise "a financé, via des filiales, les activités de l'EI à hauteur de plusieurs millions de dollars, en connaissance précise des agissements".

Le parquet a également requis l'annulation de la mise en examen de Lafarge pour "mise en danger de la vie d'autrui".

La décision sera mise en délibéré.

Le groupe Lafarge avait estimé en septembre que la décision en cassation "ne présumait en aucun cas d'une éventuelle culpabilité de Lafarge SA".

"Nous avons pris des mesures immédiates et fermes pour nous assurer que des événements similaires ne puissent plus se reproduire", avait-il assuré, précisant que Lafarge n'exerçait "plus aucune activité en Syrie depuis plus de six ans".

La Cour de cassation avait par ailleurs confirmé la mise en examen du cimentier pour "financement du terrorisme".


Après un Salon de l'agriculture chahuté, des braises encore «brûlantes»

Le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau (Photo, AFP).
Le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau (Photo, AFP).
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  • Le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau, a prévenu dimanche sur BFM TV qu'il y aurait encore «des actions sur le terrain»
  • Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a, lui, estimé sur la même chaîne que «le temps de la contestation (avait) eu lieu», invitant à «se mettre autour de la table» pour avancer

PARIS: Le feu couve encore sous des "braises brûlantes": le Salon de l'agriculture ferme ses portes dimanche au terme d'une 60e édition marquée par la colère des agriculteurs, qui promettent de rester mobilisés en attendant de voir dans leur ferme la traduction des multiples annonces gouvernementales.

Le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau, a prévenu dimanche sur BFM TV qu'il y aurait encore "des actions sur le terrain" après le Salon car "sur le plan politique, les choses ne sont clairement pas terminées". "Les braises sont brûlantes", a-t-il affirmé.

Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a, lui, estimé sur la même chaîne que "le temps de la contestation (avait) eu lieu", invitant à "se mettre autour de la table" pour avancer.

La puissante Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) avait donné le ton dès la veille de l'ouverture, le 23 février, en organisant une marche achevée en veillée d'armes devant l'entrée du Parc des expositions à Paris.

Au petit matin, des dizaines de manifestants forcent une grille et entrent, décidés à se faire entendre du chef de l'Etat.

Un premier jour "plus que chaotique", un "début violent", juge Arnaud Rousseau.

Au milieu des allées du Hall 1, l'incontournable pavillon des vaches, cochons et ovins, des empoignades ont lieu entre la sécurité - visiblement dépassée - et des militants arborant des signes distinctifs de trois syndicats, FNSEA, Jeunes agriculteurs et Coordination rurale.

Haute surveillance

Le programme de la visite d'Emmanuel Macron est chamboulé. Après une rencontre avec les représentants officiels des syndicats et filières, il débattra finalement avec quelques agriculteurs choisis dans les rangs des syndicats.

Le Salon ouvre au public avec une heure de retard, le Hall 1, six heures plus tard. "Du jamais vu" pour son directeur Arnaud Lemoine, qui confie dimanche à Ouest-France vouloir "réfléchir dans les semaines à venir sur l'accueil des politiques".

L'habituelle déambulation du président est maintenue, mais sous haute surveillance policière.

"On montre les muscles une fois de plus contre un peuple qui souffre et qui en a marre", tempête Moïse Blin, éleveur en Bretagne.

Après cette première journée tumultueuse, la vie du Salon reprend dans une ambiance bon enfant, mais ponctuée jusqu'au bout de sifflets ou "coups de gueule".

Les visiteurs s'empressent autour de son égérie, la vache Oreillette, se régalent des spécialités régionales, grimpent dans la moissonneuse-batteuse.

La fête donne lieu, comme toujours, à certains débordements mais loin des excès constatés l'an dernier grâce notamment à de nouvelles restrictions. Résultat: "un seul stand a été fermé pour ne pas avoir respecté le règlement" et "aucun coma éthylique contre 82 l'an dernier", relève Arnaud Lemoine.

Un premier bilan chiffré sera donné dimanche soir, mais "l'affluence est là", avec des centaines de milliers de visiteurs, saluent les organisateurs.

Après la mobilisation des campagnes et des engagements gouvernementaux, allant de centaines de millions d'aides d'urgence à la promesse d'un choc de simplification, le Salon a été l'occasion de présenter de nouveaux gages.

Jet d'oeufs

Accédant à une demande forte de la FNSEA, Emmanuel Macron s'est engagé à reconnaître l'agriculture "comme un intérêt général majeur de la nation française"; répondant à la Coordination rurale, il a évoqué "un plan de trésorerie d'urgence"; et à l'adresse de la Confédération paysanne, a ouvert un débat sur les "prix planchers".

Le gouvernement a aussi multiplié les annonces: plans pour l'élevage et le blé dur, 40 millions d'euros supplémentaires pour l'agriculture bio, 100 millions de plus pour la filière fruits et légumes. Ont aussi été publiés des décrets sur la dénomination des viandes ou les métiers en tension.

Mais pour Jérome Despey, premier vice-président de la FNSEA, ce salon a été "un rendez-vous manqué" avec l'exécutif: "On attendait du président de la République une stratégie et la définition d'un cap pour l'agriculture", a-t-il expliqué à l'AFP.

Ministres, élus ou candidats, le défilé des politiques a été permanent, sur fond de campagne pour les élections européennes.

Les ministres Christophe Béchu (Transition écologique) et Marc Fesneau (Agriculture) ont été la cible d'oeufs, tandis que Gabriel Attal a déambulé tranquillement; à l'extrême droite, Marion Maréchal a été aspergée de bière quand le président du RN Jordan Bardella a multiplié les selfies.

La Coordination rurale, accusée d'accointances avec le RN par le chef de l'Etat, a maintenu la pression dans la rue, avec vendredi matin un rassemblement surprise avec tracteurs et ballots de paille au pied de l'Arc de Triomphe.


Européennes: Bardella donne le coup d'envoi de la campagne avec un meeting géant à Marseille

Le président du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, tient une conférence de presse sur les élections européennes de 2024, à Paris, le 29 février 2024. (Photo, Stephane De Sakutin AFP)
Le président du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, tient une conférence de presse sur les élections européennes de 2024, à Paris, le 29 février 2024. (Photo, Stephane De Sakutin AFP)
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  • En moins de cinq ans, Jordan Bardella, président du RN depuis 2021 alors que Marine Le Pen se tient en réserve pour une candidature à la prochaine élection présidentielle, s'est imposé dans un paysage politique en plein renouvellement
  • Arrivé en tête (23,34%), il a ensuite méthodiquement investi le paysage politique et médiatique, porté par un talent de débatteur et une télégénie certaine

MARSEILLE : Près de 8.000 personnes attendues pour conforter une dynamique de campagne jusqu'ici prometteuse: Jordan Bardella tient dimanche après-midi à Marseille un meeting géant pour lancer la campagne des élections européennes du 9 juin.

Aux abords du stade Vélodrome, la tête de liste du Rassemblement national doit prendre la parole en conclusion de la grand messe: une première, alors que le privilège était jusqu'alors réservé à Marine Le Pen. Elle s'exprimera avant lui.

Le dispositif doit consacrer la Bardella-mania théorisée par les stratèges du RN, selon eux déjà vérifiée par les 28% à 30% de suffrages promis par les sondages, autant que la popularité du jeune homme mesurée au nombre de selfies réclamés lors de ses déplacements.

Le rendez-vous phocéen inaugure une série d'une dizaine de réunions publiques programmées au cours des trois prochains mois, dont l'une à Paris le 1er mai.

A Marseille, le meeting facturé 400.000 euros - sur un budget de campagne total de 4,32 millions - doit notamment est l'occasion d'éprouver un nouveau slogan: "La France revient", sous-titré "L'Europe revit", clin d'oeil à la formule de Ronald Reagan "America is back".

C'était déjà une référence aux années 80 que le parti d'extrême droite employait jusqu'alors, "Vivement le 9 juin",  pastiche d'un slogan du RPR de Jacques Chirac.

Sur le fond, le raout marseillais doit tracer les axes de la campagne.

Jeudi, lors d'une conférence de presse à Paris, Jordan Bardella a dévoilé une "stratégie tricolore" inspirée des feux de circulation, faisant le tri entre les coopérations communautaires qu'il "approuve" (en vert, par exemple Erasmus), celles pour lesquelles il réclame de "nouvelles conditions" (orange, comme pour Schengen) et des "lignes rouges", notamment l'immigration.

Une sortie de l'Union déguisée, telle que l'accuse la Macronie ? "Pas de +Frexit+, ni public, ni caché" jure-t-il, en se disant ne pas être "contre l'Europe" mais "contre l'Union européenne", renvoyée à un simple "modèle d'organisation politique comme il pourrait en exister plusieurs".

L'un de ses concurrents, Raphaël Glucksmann, qui porte la liste socialiste, lui a déjà répondu dimanche sur France 3 en qualifiant les lepénistes de "patriotes de pacotille (...) au service de Vladimir Poutine".


Corse: heurts entre indépendantistes et forces de l'ordre, deux ans après l'agression d'Yvan Colonna

Des manifestations pour les droits du peuple corse et marquant le deuxième anniversaire de la mort d'Yvan Colonna à Bastia le 2 mars 2024 sur l'île méditerranéenne française de Corse (Photo, AFP).
Des manifestations pour les droits du peuple corse et marquant le deuxième anniversaire de la mort d'Yvan Colonna à Bastia le 2 mars 2024 sur l'île méditerranéenne française de Corse (Photo, AFP).
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  • La manifestation a réuni 650 personnes, selon la préfecture de Haute-Corse
  • Ce rassemblement est intervenu au deuxième anniversaire de l'agression d'Yvan Colonna au sein du centre de détention d'Arles

BASTIA: Des affrontements ont éclaté en Corse samedi après-midi entre une dizaine de personnes encagoulées et les forces de l'ordre, en marge d'une manifestation à Bastia à l'appel de mouvements indépendantistes, deux ans après l'agression mortelle du militant indépendantiste Yvan Colonna dans sa cellule.

La manifestation a réuni 650 personnes, selon la préfecture de Haute-Corse.

Des jeunes hommes, vêtus de tenue de peintre en bâtiment ou encagoulés, ont lancé plusieurs cocktails Molotov sur les forces de l'ordre, positionnées en nombre à proximité de la préfecture de Haute-Corse, dans le centre-ville de Bastia.

Les forces de l'ordre ont répliqué avec des grenades lacrymogènes, au cours d'incidents qui ont duré environ deux heures dans deux rues adjacentes à la préfecture.

L'un des manifestants a été pris en charge par les pompiers et transporté au centre hospitalier de Bastia, pour des brûlures au second degré, selon le service d'incendie et de secours de la Haute-Corse.

La manifestation, partie du palais de justice, a été organisée à l'appel du collectif Patriotti et de l'Associu Sulidarità, qui milite pour les "prisonniers politiques corses", ou encore du parti indépendantiste Nazione, qui compte une élue à l'assemblée de Corse.

"Basta à a ripressione" (NDLR: stop à la répression) et "Per i diritti di u populu corsu" (NDLR:  pour les droits du peuple Corse) étaient les deux mots d'ordre de la manifestation.

Ce rassemblement est intervenu au deuxième anniversaire de l'agression d'Yvan Colonna au sein du centre de détention d'Arles (Bouches-du-Rhône), où il purgeait une peine pour son rôle dans l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998 à Ajaccio. Le militant indépendantiste était décédé 20 jours plus tard, un événement qui avait provoqué des violences en Corse.

Lors d'une prise de parole, devant la préfecture, Jean-Philippe Antolini, porte-parole du mouvement Nazione, a demandé "la fin des arrestations arbitraires stigmatisant les militants indépendantistes", mais aussi "la reconnaissance du peuple corse sur sa terre": "Sur cette terre, il n'y a qu'un seul peuple, c'est le peuple corse."

Le discours a également dénoncé "l'Etat français assassin, responsable de la mort d'Yvan Colonna."

Une banderole brandie par plusieurs jeunes manifestants a également visé les élus corses qui participent au processus de Beauvau, le ministère de l'Intérieur, sur une éventuelle autonomie pour l'île: "Nous avons mangé des lacrymos, pour vous voir vous gaver à Beauvau."

Lors d'un dîner lundi, une délégation d'élus corse et Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, s'étaient mis d'accord sur cinq propositions pour avancer vers une autonomie de la Corse, dans le cadre de discussions entamées depuis deux ans. Le prochain point d'étape aura lieu mi-mars, dans un format similaire.