Les meilleurs moments du ramadan sur petit écran

Faten Amal Harby met en vedette Nelly Karim, Fadia Adel Ghany et Mohamed al-Tagy. (Fourni)
Faten Amal Harby met en vedette Nelly Karim, Fadia Adel Ghany et Mohamed al-Tagy. (Fourni)
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Publié le Jeudi 31 mars 2022

Les meilleurs moments du ramadan sur petit écran

  • William Mullally passe en revue les programmes dont tout le monde parlera pendant le mois sacré
  • Bab Al Hara, l'une des séries les plus populaires de l'histoire de la télévision arabe, revient pour sa 12e saison

Faten Amal Harby
feuilletonAvec Nelly Karim, Fadia Adel Ghany, Mohamed al-Tagy
À voir sur MBC Shahid

Lorsque l'on examine le paysage télévisuel du ramadan – bien qu’il soit difficile d’obtenir des informations sur chaque série avant qu'elle ne soit diffusée au début du mois sacré –, une question pertinente pourrait être: qui est la vedette? Après tout, il s'agit d'un business de stars et, en règle générale, les séries qui mettent en vedette les acteurs les plus populaires et les plus respectés de la région sont celles qui méritent d'être suivies. L'année dernière, Newton's Cradle, avec Mona Zaki, s'est révélée de loin la série en langue arabe la plus populaire de l'année. Programmée sur Netflix à la fin de l'année, elle a connu un succès renouvelé. Cette année, c’est une autre star égyptienne tout aussi appréciée, Nelly Karim, qui pourrait s’imposer. Faten Amal Harby retrace le parcours d’une mère divorcée qui entre en conflit avec son ancienne belle-mère au sujet de la garde de ses deux filles alors qu'elle tente de se remarier. Cette histoire semble poser un regard honnête sur les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes dans l'Égypte moderne.

Bab Al Hara

bab
Avec Najah Safkouni, Jalal Shammout, Salma al-Masri
À voir sur Starzplay

L'une des séries les plus populaires de l'histoire de la télévision arabe revient pour sa 12e saison. Bab Al Hara est une saga qui s'étend sur plusieurs décennies et qui suit une famille de Damas, en Syrie, pendant l'entre-deux-guerres, alors que le pays luttait pour se libérer de la domination coloniale française. La série fut un phénomène au milieu des années 2000; sa deuxième saison aurait été regardée par 50 millions de téléspectateurs, et elle a conservé sa popularité pendant plus de quinze ans après ses débuts en 2006. La dernière saison suit la même famille dans le quartier d'Al-Dabe. Bien que le casting se soit diversifié au fil des saisons – ce qui est rare avec les séries du ramadan –, la série, malgré ses hauts et ses bas, reste un rendez-vous incontournable pour de nombreuses familles de la région.

Al-Asouf

asouf
Avec Nasser al-Qasabi, Abdallah al-Sinani, Habib al-Habib, Reem Abdallah
À voir sur MBC Shahid

Le drame populaire saoudien revient pour sa troisième saison. Jusqu'à présent, chaque saison a donné vie à une décennie différente. La première série abordait les changements survenus dans le Royaume dans les années 1970; la deuxième se concentrait sur les années 1980. Cette fois, c'est au tour des années 1990, une décennie au cours de laquelle des événements politiques et culturels ont bouleversé la vie des habitants de Riyad et d'ailleurs. Si la série a braqué les projecteurs sur les luttes intergénérationnelles qui ont contribué à façonner l'Arabie saoudite d'aujourd'hui, elle a également suscité de nombreux débats sur les médias sociaux saoudiens, qui ont conduit à une dissection élargie de l'histoire récente du Royaume. Alors que la série se rapproche du présent, la troisième saison promet d'être la plus discutée. Elle est en tout cas racontée avec un style et un talent qui ont fait de la série un phénomène dans le Royaume.

El Meshwar

meshwar
Avec Mohamed Ramadan, Dina el-Sherbiny, Ahmed Magdy
À voir sur MBC Shahid

Mohamed Ramadan est sans doute la superstar la plus controversée de tout le monde arabe. Pourtant, cet acteur et rappeur égyptien est indéniablement l'une des personnalités les plus populaires de la télévision arabe. Chaque année, à l'occasion du ramadan, le jeune homme de 33 ans tend à se réinventer et à s'aventurer sur de nouveaux terrains. Dans Zelzal, en 2019, il jouait un homme qui a tout perdu dans un tremblement de terre. Dans The Prince, en 2020, il interprétait le rôle du nouveau chef réticent d'une famille tentaculaire après la mort de ses parents. Mousa, en 2021, explorait l'Égypte des années 1940, avec une trame pesante et un regard parfois comique. Dans El Meshwar, Ramadan a trouvé son partenaire le plus intéressant à l'écran à ce jour: il fait équipe avec l'actrice égyptienne Dina el-Sherbiny (Horoob Etirari: Forced Escape, Detention Letter). Il campe un mari qui fait face à une femme frappée d’une malédiction dans ce qui est présenté comme une série d'horreur et de suspense signée par la célèbre scénariste Mariam Naoum. Cette dernière est d’ailleurs en train d’écrire l’histoire de la série The Alexandria Killings, qui sortira bientôt.

Sanawat Al-Jarish

sanawat
Avec Hayat al-Fahad, Hamad al-Omani, Laila al-Samman
À voir sur Dubai TV

En 2020, la série koweïtienne Umm Haroun fut la série du ramadan qui a suscité le plus de débats. Cette année, tous les regards sont tournés vers la première dame de la fiction koweïtienne, Hayat al-Fahad, qui, à 73 ans, explore encore une fois les moments les moins connus de l'histoire du Golfe. Sanawat Al-Jarish («Les Années d'Al-Jarish») relate les années de sécheresse auxquelles la région du Golfe a été confrontée pendant la Seconde Guerre mondiale. Al-Fahad a affirmé elle-même que cette histoire s’inspirait de la réalité et qu'elle avait pour objectif d’informer les jeunes générations du Golfe sur la vie de leurs ancêtres, les difficultés qu'ils ont rencontrées et la tragédie que peuvent représenter les guerres. L'affiche du spectacle évoque les écrits du célèbre écrivain palestinien Mahmoud Darwich, avec son poème The War Will End: «La guerre prendra fin/Les dirigeants se serreront la main/Et cette femme continuera d’attendre son fils martyr.»

Suits Arabia

suits
Avec Asser Yassin, Ahmed Dawoud, Tara Emad, Saba Moubarak
À voir sur OSN

Une version de Suits faite sur mesure pour le monde arabe? Une adaptation de la série américaine populaire qui a connu un vif succès pendant neuf saisons de 2011 à 2019, Suits Arabia réunit certains des plus grands noms de la région devant et derrière la caméra, notamment Asser Yassin et Ahmed Dawoud dans le rôle du duo de tête de la série et, dans le rôle de Rachel, Tara Emad (photo). Cette dernière a un jour présenté Megan Markle au monde et au prince Harry lui-même. La série, coécrite par le producteur vedette Mo Hefzy (Perfect Strangers, Paranormal, Sheikh Jackson), se concentre sur deux hommes dans un cabinet d'avocats impitoyable; l'un est bardé de fausses qualifications et doté d’une mémoire photographique et l'autre, proche de l'élite, est déterminé à garder le secret de son ami. Les deux premières saisons de la série, dont l'avenir est planifié à long terme, seront diffusées sur trente épisodes pendant le ramadan. Le format du scénario original sera légèrement modifié afin d'offrir de nouvelles surprises tout en conservant ce que les téléspectateurs du monde entier ont aimé.

Lahme w Bas

lahme
Avec Mohammed Orfali
À voir sur Discovery+

Besoin d'une pause avec les séries télévisées? Le chef syrien Mohammed Orfali est là pour vous. Après tout, comment parler du mois de ramadan sans mettre en avant les formidables et incomparables saveurs qu’apportent l’iftar et le sahur? Dans l'émission Lahme w Bas, le chef primé et cofondateur de l'Orfali Bros Bistro – nommé en 2021 sixième meilleur restaurant de la région Mena par le classement 50 Best – emmène les téléspectateurs dans un voyage pour lequel il prépare un mélange de plats à base de viande à la fois traditionnels et internationaux.
Cette émission de cuisine proposera plusieurs cours sur les entrées, les salades, les accompagnements et les plats principaux. Tous sont conçus pour inspirer l'iftar et le sahur du lendemain. C'est l'occasion de découvrir l'une des étoiles montantes les plus remarquables de la région, qui vous aidera à imiter un style qui lui est propre.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


À l’IMA, deux historiens s’accordent: la Palestine n’est pas un conflit mais une guerre coloniale

Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
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  • Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle
  • Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées

PARIS: Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ».

D’emblée, une grande complicité et une admiration réciproque se dégagent entre Laurens, spécialiste du monde arabe et auteur de l’ouvrage intitulé « Question juive, problème arabe », et Khalidi, de passage à Paris à l’occasion de la publication en français de « Cent ans de guerre contre la Palestine », paru aux États-Unis en 2020.

IMA

C’est ce lien personnel entre les deux intervenants qui a donné lieu à un dialogue fluide, dense mais sans concessions, qui ne se contente pas de revisiter l’histoire, mais propose un changement de regard.

IMA

Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle.

Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées.

Il ne s’agit pas simplement d’une rivalité nationale entre deux peuples vivant sur une même terre, mais d’un projet d’implantation soutenu par des puissances extérieures, inscrit dans une logique coloniale classique.

Loin d’être un accident de l’histoire, ce processus répond à une dynamique structurée, progressive et profondément politique, dont le moment fondateur reste la Déclaration Balfour.

Avec le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, cette déclaration transforme une aspiration politique en projet réalisable. Khalidi insiste : sans cet appui impérial, le mouvement sioniste n’aurait pas pu s’imposer de cette manière. Il rappelle les démarches antérieures de Theodor Herzl auprès des grandes puissances, restées infructueuses, jusqu’à ce que Chaim Weizmann obtienne le soutien britannique.

IMA
Les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. (Arlette Khouri)

À cette lecture, Henry Laurens n’oppose pas un refus, mais une mise en perspective. Il propose de remonter à 1908, moment charnière où émergent à la fois une conscience politique palestinienne et les premières tensions ouvertes autour de la présence sioniste.

Laurens insiste sur un point fondamental : le conflit est international dès l’origine. Il ne se joue pas seulement sur le territoire de la Palestine mandataire, mais aussi dans les capitales européennes, au sein des institutions internationales et, plus tard, dans les équilibres de la guerre froide.

Sur ce point, les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. La période du mandat britannique illustre parfaitement cette imbrication, notamment à travers la répression des révoltes palestiniennes — en particulier celle de 1936-1939 — menée en grande partie par les forces britanniques.

Pour Khalidi, cela confirme que la guerre n’oppose pas seulement deux acteurs locaux, mais qu’elle met en jeu une alliance entre projet sioniste et puissance impériale.

Laurens souligne pour sa part un aspect lié au langage : la Déclaration Balfour ne mentionne pas les Palestiniens en tant que peuple, évoquant simplement des « communautés non juives ». De même, le mandat britannique parle des « indigènes », un vocabulaire qui traduit une invisibilisation politique caractéristique des contextes coloniaux. Selon lui, le peuple palestinien, en tant que sujet politique, mettra des décennies à être reconnu comme tel, y compris dans le monde arabe.

Les deux historiens s’accordent également à souligner la coexistence de ruptures et de continuités. Les accords d’Oslo, par exemple, apparaissent comme un moment charnière.

Pour Khalidi, ils constituent à la fois une rupture — avec la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP — et l’aboutissement d’un processus engagé dès les années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens prennent acte de l’impossibilité d’une solution militaire régionale.

Cette tension entre continuité et rupture se retrouve dans l’analyse des événements les plus récents. Le 7 octobre 2023 marque, selon Khalidi, une rupture par l’ampleur de la violence et le nombre de victimes, tout en s’inscrivant dans une logique ancienne de confrontation.

Double regard

Ce double regard permet d’éviter les simplifications et rappelle que, si rien n’est totalement nouveau, rien n’est strictement identique non plus.

Ainsi, la figure de l’ancien président palestinien Yasser Arafat illustre bien cette complexité. À la fois acteur de la lutte et artisan de compromis, il incarne une période où un certain équilibre interne était encore possible. Sa disparition marque une rupture majeure.

Laurens souligne qu’il était sans doute le seul capable d’éviter une guerre civile palestinienne. Celle-ci éclatera quelques années plus tard, opposant notamment le Hamas à l’Autorité palestinienne, accentuant la fragmentation déjà profonde des rangs palestiniens.

Cette fragmentation constitue l’un des obstacles majeurs à l’écriture d’une histoire cohérente. À ce propos, Khalidi insiste sur l’absence d’archives nationales centralisées, conséquence directe de la dispersion du peuple palestinien.

L’historien doit alors recomposer le récit à partir de sources éparses : archives familiales, témoignages, documents internationaux. Il évoque aussi, plus personnellement, le recours à sa propre expérience — une démarche inhabituelle dans son parcours académique, mais rendue nécessaire par les lacunes documentaires.

Enfin, l’échange s’ouvre sur le présent et ses évolutions. Khalidi observe un changement notable dans l’opinion publique occidentale, en particulier aux États-Unis, où les mobilisations étudiantes, les débats académiques et les campagnes de boycott ont contribué à transformer le regard porté sur la Palestine.

Mais cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une réaction tout aussi forte : une restriction croissante de la liberté d’expression, qu’il n’hésite pas à comparer au climat du maccarthysme.

Le dialogue s’achève sur une question plus large : que révèle la question de la Palestine pour le monde contemporain ?

Pour Khalidi, elle constitue l’un des derniers avatars d’une histoire coloniale que l’on croyait révolue. Pour Laurens, elle reflète un conflit profondément inscrit dans les dynamiques internationales.


Chez le chef français Alain Passard, le végétal radical

Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
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  • "Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef
  • "Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans

PARIS: Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive.

"Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef.

"Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans, quelques mois après avoir annoncé tourner une page dans l'histoire de son mythique restaurant parisien l'Arpège, ouvert il y a 40 ans dans le quartier des ministères.

La protéine animale était déjà devenue discrète dans les assiettes du chef, qui avait banni la viande rouge en 2001. Alain Passard, qui avait pourtant bâti sa carrière et sa réputation sur la grande tradition de la rôtisserie française, se disait "dés-inspiré".

Sa nouvelle religion, il la fonde depuis 2001 en cultivant ses potagers privés à travers la France, et dans la saisonnalité.

"La nature a tout écrit. Par exemple, le poireau en hiver, c'est un produit de la nature fait pour réchauffer. Une tomate, c'est un verre d'eau, c'est fait pour désaltérer", assure-t-il, l'œil bleu pétillant.

En cuisine, une heure avant le service, c'est l'heure des "potions magiques" : six chaudrons et casseroles, remplies à ras bord de légumes, fanes, herbes, jus et réductions, viennent former le rituel de base de cette cuisine végétale.

Bien-être animal 

En maître des lieux, le "consommé" : une marmite de 10 litres d'un peu tous les végétaux de saison, avec "très peu d'eau, à niveau", la manne qui viendra délayer et faire vivre les sauces du midi.

Ce jour-là, cela viendra nourrir un consommé de céleri, qui fait presque sentir la viande ou une sauce au vin jaune, grasse, épaisse, à en rappeler le beurre, et un velouté de cresson bien iodé, sans avoir jamais connu la moindre goutte d'eau de mer.

Dans la nouvelle cuisine d'Alain Passard, très peu d'épices. Aucune "poudre de perlimpinpin", dit-il, peu de condiments et, en dehors des légumes, feuilles et fruits du potager, quasiment pas de céréales ou légumineuses.

Alain Passard plonge dans cet inconnu au moment exact, l'été dernier, où le seul chef triplement étoilé vegan au monde, Daniel Humm, à New York, remet la protéine au menu.

"Le moment est bon, la société est réceptive au respect des saisons, à la lutte contre le gaspillage alimentaire ou le bien-être animal", répond Alain Passard.

"Mais ce n'est pas politique, c'est artistique", ajoute le patron de l'Arpège, collectionneur d'art et peintre à ses rares heures perdues.

Nouvelles bases 

Mais dans la profession, ce modèle de restaurateur indépendant qui travaille seul et ne quitte jamais son établissement, devient parfois incompris. "Ils ne m'ont pas épargné : à la cérémonie du (guide gastronomique) Michelin, il y en a que je connais depuis 40 ans qui ont refusé de me saluer", dit-il en serrant les lèvres.

"Ce n'est pas leur conception de la cuisine", poursuit-il, alors que s'affirme en France un courant de chefs plus "identitaire", replié sur les traditions culinaires.

"Quand on va chez Alain, il faut oublier tout ce que l'on sait, il faut arriver vierge et être prêt à vivre quelque chose d'unique", le défend auprès de l'AFP le chef triplement étoilé Emmanuel Renaut.

En octobre, le critique Stéphane Durand-Souffland repart de l'Arpège "furieux qu'on ait essayé, moyennant une addition à 495 euros pour un couvert, de nous faire prendre des rince-doigts pour des lanternes", écrit-il dans le Figaro.

À l'AFP, il explique quelques mois plus tard avoir attendu dans le médiatique parti-pris de l'Arpège "un manifeste, sans avoir la révolution espérée".

"Quand on change autant de paradigme, il faut remonter une cuisine, prendre d'autres bases", dit le chroniqueur, citant les traditions culinaires végétaliennes de l'Inde au Japon.

"Je suis dans ce métier depuis 40 ans, je connais ma musique, mon solfège", répond Alain Passard, persuadé qu'il faut qu'on "fasse une place" dans la cuisine française au végétalisme.


Azzedine Alaïa et Christian Dior : aux racines d’un maître tunisien de la haute couture

Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
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  • Le livre met en lumière un dialogue esthétique et technique entre Alaïa et Dior, fondé sur une vision commune de la forme et du savoir-faire
  • L’expérience fondatrice d’Alaïa chez Dior et son admiration durable ont profondément influencé son parcours et inspiré l’exposition et l’ouvrage

DHAHRAN : Le livre de table publié par Damiani, « Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture », tisse avec élégance un dialogue visuel entre ces couturiers emblématiques du XXe siècle.

À travers des photographies capturant ces vêtements sculpturaux, l’ouvrage offre un festin visuel d’une grande élégance, ponctué de quelques pages de textes soigneusement sélectionnés.

Disponible uniquement en anglais, le livre, paru ce mois-ci, se lit aisément, avec une préface de l’éditrice et galeriste italienne Carla Sozzani, qui écrit : « Il ne s’agit pas simplement d’un dialogue entre deux maîtres de la haute couture, mais d’un retour à une origine profondément humaine et formatrice.

Christian Dior et Azzedine Alaïa ont développé un langage commun fondé sur une discipline intérieure et un respect de la forme, un langage qui a inspiré, inspire encore et continuera d’inspirer des générations. » 

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Le livre est sorti le 21 avril. (Publié par et avec l’autorisation de Damiani Books)

D’autres éclairages sont apportés par des figures telles qu’Olivier Saillard, historien de la mode français et directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, ainsi qu’Olivier Flaviano, directeur de La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022, entre autres.

L’ouvrage présente également 70 pièces textiles impeccablement mises en scène, issues des archives des années 1950 et conservées à la Fondation Alaïa.

L’histoire commence en Tunisie, où le jeune Alaïa (1935-2017) découvre pour la première fois les créations de Dior (1905-1957) en feuilletant des magazines de mode français fournis par Madame Pinault, une sage-femme locale qui l’avait pris sous son aile.

Fils d’agriculteurs céréaliers, Alaïa est envoyé vivre chez ses grands-parents avec sa sœur jumelle, Hafida. À 15 ans, il ment sur son âge pour intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Tunis en tant qu’apprenti sculpteur.

Il finance ses études en aidant une couturière qui vendait des reproductions de créations de grands couturiers parisiens à une clientèle tunisienne aisée.

Encouragé par Habiba Menchari, figure de l’émancipation féminine en Tunisie, il approche Madame Zeineb Levy-Despas, cliente de la maison Dior alors dirigée par Yves Saint Laurent, qui lui obtient un stage intensif de quatre jours à la Maison Dior.

En juin 1956, Alaïa, âgé de 21 ans, arrive dans l’atelier de Christian Dior, alors âgé de 51 ans, situé rue François 1er, au cœur du Triangle d’Or, épicentre du luxe parisien.

Bien que trois décennies les séparent, leurs esthétiques et leurs silhouettes présentent des similitudes, renforcées par leur goût intemporel.

Tous deux discrets, ils étaient fascinés par un artisanat minutieux et somptueux, laissant leurs œuvres — véritables sculptures à porter — s’exprimer d’elles-mêmes. Ils partageaient un goût pour les textures, les constructions ingénieuses et une architecture du vêtement à la fois douce et puissante.

Cette expérience brève mais fondatrice — ainsi que des décennies de collection des chefs-d’œuvre de Dior — a largement contribué à cette exposition.

Si l’exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris s’achève le 21 juin, près de 70 ans après ce stage, les images et les chefs-d’œuvre détaillés présentés dans le livre, eux, perdureront toute une vie. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com