Ukraine: l'UE bannit le charbon russe, prévoit une nouvelle aide militaire

Le chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Josep Borrell à Strasbourg, le 6 avril 2022 (Photo, AFP).
Le chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Josep Borrell à Strasbourg, le 6 avril 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 08 avril 2022

Ukraine: l'UE bannit le charbon russe, prévoit une nouvelle aide militaire

  • Les représentants des Vingt-Sept ont décidé jeudi un embargo sur le charbon russe et la fermeture des ports européens aux navires russes
  • C'est la première fois que les Européens frappent le secteur énergétique russe, dont ils sont très dépendants en particulier pour le gaz

BRUXELLES: Les représentants des Vingt-Sept ont décidé jeudi un embargo sur le charbon russe et la fermeture des ports européens aux navires russes, dans le cadre d'une cinquième salve de sanctions contre Moscou, a annoncé la présidence française du Conseil de l'UE.

Dans le même temps, l'UE a proposé d'augmenter de 500 millions d'euros le financement pour fournir des armes à l'Ukraine, qui serait porté à un total d'1,5 milliard depuis le début de l'invasion russe le 24 février alors que les Occidentaux s'attendent à une offensive sur l'est de l'Ukraine.

Cette somme sert à rembourser les fournitures d'armements prélevées par les Etats membres sur leurs stocks. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a pressé jeudi les Alliés de fournir plus d'armes à son pays "maintenant" pour repousser l'armée russe.

Le paquet "très substantiel" de sanctions prévoit également l'interdiction d'exportations vers la Russie, notamment de biens de haute technologie, à hauteur de 10 milliards d'euros, et le gel des avoirs de plusieurs banques russes.

Ces nouvelles mesures ont été proposées par la Commission européenne après la découverte de dizaines de cadavres de civils le week-end dernier à Boutcha, près de Kiev, qui a suscité une onde de choc mondiale et des accusations de "crimes de guerre" contre Moscou.

C'est la première fois que les Européens frappent le secteur énergétique russe, dont ils sont très dépendants en particulier pour le gaz. L'UE importe 45% de son charbon de Russie pour une valeur de 4 milliards d'euros par an. Cet embargo entrera en vigueur début août, 120 jours après la publication du nouveau paquet au journal officiel de l'UE attendue vendredi.

La liste des produits russes interdits d'importation dans l'UE est également élargie à certaines "matières premières et matériaux critiques" pour une valeur estimée de 5,5 milliards d'euros par an, afin de stopper le financement de l'effort de guerre de Moscou. L'UE renforce aussi l'embargo sur les armes qui avait été décidé en 2014 après l'annexion de la Crimée.

Agriculteurs ukrainiens Kiev détaille ses besoins à l'UE avant la période des semis

Kiev a envoyé à Bruxelles "une liste mise à jour" des besoins les plus criants des agriculteurs ukrainiens, "incluant du carburant, des semences, des engrais, des pesticides, des médicaments vétérinaires et des machines agricoles", a indiqué le commissaire à l'Agriculture Janusz Wojciechowski.

"Il faut que cette aide leur soit apportée très vite, dans les prochaines semaines, à temps pour les semis de maïs et de tournesol", a-t-il insisté, en marge d'une réunion à Luxembourg des ministres européens de l'Agriculture, lors de laquelle est intervenu en visioconférence leur nouvel homologue ukrainien, Mykola Solsky.

Le commissaire a indiqué avoir transmis la semaine dernière aux Etats membres un courrier leur demandant quels dons ils pouvaient faire et leur précisant les canaux d'acheminement mis en place.

Liste noire élargie

En outre, les transporteurs routiers russes et bélarusses sont désormais frappés d'interdiction dans l'UE, précise la présidence française dans une série de tweets.

Les sanctions visent également "des oligarques, des acteurs de la propagande russe (...) et des entités" liés à l'agression russe contre l'Ukraine, selon la même source.

La proposition de la Commission soumise aux Vingt-Sept prévoit un élargissement de la liste noire de l'UE à de plus de 200 noms d'individus, dont des oligarques russes et les deux filles de Vladimir Poutine, ainsi que 18 entités, selon un document consulté par l'AFP. Les filles du président russe ont été sanctionnées par Washington mercredi.

Des oligarques ou hommes d'affaires, proches de Poutine, comme Oleg Deripaska, Sergueï Tchémézov (Rostec), Boris et Igor Rotenberg, frère et fils du milliardaire Arkadi Rotenberg, German Gref, le patron de la première banque russe Sberbank, figurent sur ce document en raison de leur soutien à des actions "qui menacent l'intégrité territoriale" de l'Ukraine. Une société de Deripaska qui produit des véhicules amphibies pour l'armée est également visée.

S'y ajoutent des dizaines de responsables des républiques séparatistes pro-russes de Lougansk et de Donetsk. 

Les personnes et entités qui figurent sur la liste noire européenne sont sanctionnées par une interdiction d'entrée dans l'UE et un gel de leurs avoirs. 

Cette liste, créée après l'annexion de la Crimée, contenait avant ce cinquième train de mesures les noms de 877 personnes et 62 entités. Celui de Vladimir Poutine, dont les avoirs sont gelés, y figure depuis fin février.


Joueur UEFA de l'année: Benzema, Courtois et De Bruyne nommés

Karim Benzema fait figure de grand favori. (Photo, AFP)
Karim Benzema fait figure de grand favori. (Photo, AFP)
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  • Cette distinction, qui récompense le meilleur joueur évoluant sur le continent quelle que soit sa nationalité, sera décernée le 25 août lors du tirage au sort de la phase de groupes de la Ligue des champions
  • Artisan principal du 14e sacre du Real en C1 et meilleur buteur de la compétition (15), Benzema fait figure de grand favori

PARIS : Les deux joueurs du Real Madrid Karim Benzema et Thibaut Courtois ainsi que Kevin De Bruyne (Manchester City) ont été nommés pour le prix du meilleur joueur UEFA de l'année, a annoncé vendredi l'instance européenne.

Cette distinction, qui récompense le meilleur joueur évoluant sur le continent quelle que soit sa nationalité, sera décernée le 25 août lors du tirage au sort de la phase de groupes de la Ligue des champions.

Artisan principal du 14e sacre du Real en C1 et meilleur buteur de la compétition (15), Benzema fait figure de grand favori pour succéder au palmarès à l'Italien Jorginho. En 2021/2022, le Français a inscrit 44 buts en 46 matches avec le club madrilène, remportant également le Championnat d'Espagne.

En doublant la mise face à Francfort (2-0) mercredi en Supercoupe d'Europe, Benzema (34 ans) est aussi devenu le 2e meilleur artificier de l'histoire du Real avec 324 réalisations, devant la légende madrilène Raul.

A ces exploits en club, Benzema a aussi ajouté la saison dernière un trophée en équipe nationale, la Ligue des nations, son unique titre avec l'équipe de France.

Son coéquipier belge Courtois a lui aussi été décisif lors du parcours du Real en C1 alors que son compatriote Kevin De Bruyne a raflé un 2e titre consécutif de champion d'Angleterre avec Manchester City mais a échoué en demi-finales de la Ligue des champions.

Chez les entraîneurs, ce sont Carlo Ancelotti (Real Madrid), Jurgen Klopp (Liverpool) et Pep Guardiola (Manchester City) qui vont tenter de succéder à l'Allemand Thomas Tuchel.


Nostalgie multiethnique: un musulman de Bosnie construit une église catholique

Cette photographie prise le 29 juillet 2022 montre une église catholique nouvellement construite à Bugojno. (Photo, AFP)
Cette photographie prise le 29 juillet 2022 montre une église catholique nouvellement construite à Bugojno. (Photo, AFP)
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  • Voici huit ans, en faisant construire un lac artificiel sur sa propriété, Husejn Smajic a découvert les fondations d'une église catholique médiévale
  • Il a cédé à l'Eglise catholique une partie du terrain hérité de ses parents, et lancé les travaux pour édifier une nouvelle église près des vestiges de celle qui fut probablement détruite lors de l'invasion ottomane du XVe siècle

BUGOJNO : A la sortie de l'église tout juste consacrée par une messe, les fidèles remercient chaleureusement un homme de bonne stature en chemise blanche. Husejn Smajic n'a pas assisté aux célébrations religieuses, mais l'édifice catholique n'existerait pas sans ce musulman qui pense qu'une Bosnie fraternelle est toujours possible.

Depuis la guerre intercommunautaire qui fit 100 000 morts dans les années 1990, la Bosnie est divisée selon des lignes de fractures ethniques, avec une entité serbe et une fédération croato-musulmane où les deux communautés cohabitent péniblement.

Bugojno n'est pas épargnée. La plupart des Croates catholiques, avant-guerre 34% des 47 000 habitants de cette localité de Bosnie centrale, furent expulsés en 1993 par les forces musulmanes bosniaques et moins d'un tiers sont revenus. Des crimes ont été commis des deux côtés.

Husejn Smajic, 68 ans, ne veut pas de cette Bosnie là.

Voici huit ans, en faisant construire un lac artificiel sur sa propriété, l'homme d'affaires retraité a découvert les fondations d'une église catholique médiévale. Le cardinal Vinko Puljic, alors chef de l'Eglise catholique de Bosnie, avait inspecté le site où furent retrouvés 12 squelettes ainsi que les lambeaux d'un habit doré, peut-être selon les archéologues celui de la reine Jelena Gruba, seule femme à avoir dirigé le royaume bosnien médiéval vers la fin du XIVe siècle.

Husejn Smajic décida alors de concrétiser sa vision de la Bosnie multiethnique.

Il a cédé à l'Eglise catholique une partie du terrain hérité de ses parents, et lancé les travaux pour édifier une nouvelle église près des vestiges de celle qui fut probablement détruite lors de l'invasion ottomane du XVe siècle.

Mariages mixtes

Propriétaire d'une scierie et de deux petites centrales hydroélectriques, il est relativement aisé et a financé en grande partie les opérations. Il a aussi fait appel à ses partenaires et bénéficié de dons d'argent et de matériel de Croates mais aussi de musulmans et de Serbes.

"J'ai fait ça pour que les gens voient qu'on peut vivre bien tous ensemble. Il ne peut pas y avoir ici de beauté sans mélange des communautés, c'est notre richesse", explique-t-il à l'AFP.

Il est marié à une catholique, Vesna, et sait de quoi il parle. "J'ai réussi depuis 45 ans déjà à vivre avec mon ennemie", ironise-il. Leurs trois enfants gèrent désormais les entreprises familiales.

"Sa famille, un mariage mixte, lui musulman et sa femme catholique, ses filles mariées à des catholiques, c'est la particularité de ce pays dans lequel nous vivons avec nos différences et où nous pouvons vivre ensemble si nous nous respectons les uns les autres", dit à l'AFP Mgr Puljic dans un sourire approbateur, après avoir consacré la nouvelle église.

Dans les années 1970, les mariages mixtes étaient fréquents dans le petit pays des Balkans de 3,5 millions d'habitants, des Bosniaques musulmans, Croates catholiques et Serbes orthodoxes. La guerre a largement déchiré les trois communautés, y compris les familles, et les coins multiethniques sont rares. Souvent, même dans des localités multiethniques, les enfants ne fréquentent pas les mêmes écoles.

En sortant de l'église, les larmes aux yeux mais "heureuse et fière", Zeljka Sistov Franjic, Croate de 61 ans qui vit aujourd'hui en Croatie, pense que le geste de Smajic est d'une "grande importance pour la cohabitation à Bugojno et en Bosnie".

Son père de 78 ans vit seul à Bugojno et des voisins musulmans s'en occupent. "C'est ça la vie ici", raconte-t-elle.

«Nous ferions une Suisse»

"Si nous étions tous comme lui, si nous avions tous cet amour pour l'autre, je pense que ce pays serait tellement heureux et que plus personne n'irait en Allemagne, en Autriche, en Suisse. Nous ferions une Suisse ici", dit Mihovil Klisanin, la soixantaine, parmi les centaines de fidèles qui ont assisté à la messe dans l'église et à l'extérieur.

Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de Bosniens fuient leur pays, l'un des plus pauvres d'Europe, pour des raisons économiques et à cause de l'absence de perspectives dans un système où des élites politiques accrochées au pouvoir n'ont pas intérêt au changement.

"Les gens comme Husejn sont rares en Bosnie, surtout après ces conflits tragiques. Il a un coeur grand comme une montagne", dit Frano Glavas, 58 ans, Croate originaire de Bugojno et qui vit lui aussi en Croatie.

L'intéressé invoque plutôt l'amour pour la Bosnie.

"Si on aime ce pays et si on aime ce peuple, je dis bien tout son peuple, il faut travailler contre les hommes politiques et vous êtes alors certainement sur la bonne voie. Ce qu'ils font ne mène nulle part", dit Husejn Smajic.

En attendant, la cérémonie se conclut autour de vastes tablées de cevapis, saucisses prisées dans tous les Balkans.


Un avocat indien gagne une bataille juridique de 22 ans... pour 25 centimes

L'année dernière encore, la société des chemins de fer arguait que le tribunal de la consommation n'était pas compétent pour juger son affaire. (Photo, AFP)
L'année dernière encore, la société des chemins de fer arguait que le tribunal de la consommation n'était pas compétent pour juger son affaire. (Photo, AFP)
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  • En 1999, Tungnath Chaturvedi avait acheté un billet au départ de sa ville natale de Mathura, dans l'Uttar Pradesh (nord) pour se rendre, le jour de Noël, à Moradabad, située à 300 km
  • Mais l'employé au guichet a facturé à l'avocat 90 roupies (1,09 euro) au lieu des 70 roupies (85 centimes) du tarif

NEW DELHI : Un avocat indien a gagné une bataille juridique de 22 ans contre la société des chemins de fer publique qui lui avait facturé un billet 20 roupies de trop, affirmant vendredi s'être battu pour que la vérité l'emporte.

En 1999, Tungnath Chaturvedi avait acheté un billet au départ de sa ville natale de Mathura, dans l'Uttar Pradesh (nord) pour se rendre, le jour de Noël, à Moradabad, située à 300 km.

Mais l'employé au guichet a facturé à l'avocat 90 roupies (1,09 euro) au lieu des 70 roupies (85 centimes) du tarif.

Ses demandes répétées de remboursement ayant toutes été refusées, M. Chaturvedi a saisi le tribunal de la consommation de Mathura qui a fini, ce mois-ci, par condamner la société des chemins de fer à lui verser 15 000 roupies (182 euros) de dommages et intérêts (12% par an).

"Il ne s'agissait pas d'argent mais de mes droits. En tant que citoyen, j'ai le droit de remettre en question les pratiques arbitraires et corrompues de l'État ou de ses mécanismes", a déclaré à l'AFP M. Chaturvedi, qui se représentait lui-même pour sa défense, devant le tribunal.

Cette affaire reflète la lenteur chronique du système judiciaire indien, aux tribunaux surchargés par quelque 50 millions d'affaires.

"J'ai été frustré par les délais des tribunaux, mais en tant qu'avocat, j'étais déterminé à me battre jusqu'au bout", a-t-il déclaré.

Mais selon lui, sa victoire lui a coûté bien plus cher. Il affirme avoir dû se battre férocement pour obtenir justice tout au long des 120 audiences qu'a nécessitées l'affaire en 22 ans, présidées par cinq juges différents.

Il assure aussi avoir dû débourser 20 000 roupies (244 euros) de frais administratifs et de justice, sans compter le temps et l'énergie dépensés pour obtenir justice.

L'année dernière encore, la société des chemins de fer arguait que le tribunal de la consommation n'était pas compétent pour juger son affaire. Il a fait valoir un jugement de la Cour suprême qui allait dans son sens.

Il s'est aussi heurté à l'adversité de sa famille et de ses amis, qui ont tenté de le dissuader de poursuivre sa bataille pour une si "petite somme".

Mais M. Chaturvedi refusait de capituler, sûr de gagner l'affaire se sachant du côté de la vérité, a-t-il raconté.

"En tant qu'avocat, il était de mon devoir de me battre pour mes droits", a-t-il souligné, "le plus important étant que la vérité prévale".