Emploi : les « comptables du climat », des métiers très prisés

"Manager décarbonation", "chef de projet biodiversité" ou encore "chargé de reporting extra-financier" : les métiers "verts" sont de plus en plus recherchés et spécialisés. Photo d'illustration AFP.
"Manager décarbonation", "chef de projet biodiversité" ou encore "chargé de reporting extra-financier" : les métiers "verts" sont de plus en plus recherchés et spécialisés. Photo d'illustration AFP.
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Publié le Mercredi 20 avril 2022

Emploi : les « comptables du climat », des métiers très prisés

  • Mesurer l'empreinte environnementale de leur entreprise et la réduire : c'est le rôle des départements développement durable
  • Car les entreprises doivent prendre en compte la taxonomie "verte" européenne, une liste d'énergies jugées vertueuses pour le climat et qui facilitent certains financements

PARIS: "Manager décarbonation", "chef de projet biodiversité" ou encore "chargé de reporting extra-financier" : les métiers "verts" sont de plus en plus recherchés et spécialisés, et souvent partie intégrante de la stratégie des entreprises – pas seulement une affaire de communication.


Mesurer l'empreinte environnementale de leur entreprise et la réduire : c'est le rôle des départements développement durable, prisés avec le durcissement de la législation climatique.


"J'ai commencé comme assistante dans une boutique à Londres en 2004", raconte Ruth Andrade, qui gère la stratégie développement durable de la marque de cosmétique Lush pour le Royaume-Uni et l'Europe.


Vegan convaincue, elle persuade l'un des fondateurs de Lush, Mark Constantine, de passage par hasard dans son magasin, de s'intéresser de plus près à l'impact environnemental de ses produits, à l'époque toujours emballés dans du plastique. Jusqu'à finir en charge d'un département dédié, à Londres. 


L'un des membres de son équipe se consacre exclusivement à l'analyse de la chaîne de production. "Il a étudié l'empreinte carbone de tous nos matériaux et tous les risques : déforestation, problèmes de droits fonciers pour les populations locales, dégradation du sol ou impact sur la biodiversité", détaille Ruth Andrade.


À l'aide de logiciels d'analyse (Markersite, Altruistiq ou encore Maplecroft), la marque élabore un score de risque et en tire une liste de matériaux recommandés.


Les formules des savons ou encore des shampoings solides pour lesquels est connu Lush peuvent ensuite être adaptées : moins d'huile essentielle de rose, dont la production est gourmande en énergie, ou davantage d'huile essentielle de citron, qui absorbe plus de CO2 qu'elle n'en émet.


Le "verdissement" des emplois est en grande partie motivé par des changements législatifs, selon Dominique Mamcarz, directeur RSE (responsabilité sociétale des entreprises) chez DPDGroup, le réseau de livraison international du groupe La Poste.


Car les entreprises doivent prendre en compte la taxonomie "verte" européenne, une liste d'énergies jugées vertueuses pour le climat et qui facilitent certains financements.


Une directive européenne de 2014, révisée en 2020, impose également aux entreprises de divulguer leurs données environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). En 2023, cette obligation concernera toutes les structures qui emploient plus de 250 personnes, et non plus 500.


"Notre rôle c'est de détecter les signaux faibles, dans quel sens va évoluer la réglementation", les dernières innovations", explique Dominique Mamcarz.


Son entreprise veut par exemple déployer des véhicules à faibles émissions dans 350 villes européennes d'ici 2025.


Mais pour parvenir à équilibrer son bilan carbone en 2021 et compenser les 1,5 million de tonnes de CO2 qu'elle a émises en 2020, DPDGroup a été contrainte d'acheter des crédits carbone, notamment via des champs éoliens en Inde.

Carences techniques

À court terme, "les cabinets de conseil veulent multiplier leurs équipes +développement durable+ par deux", estime Caroline Renoux, du cabinet français Birdeo.


L'année dernière, la multinationale de conseil PwC annonçait vouloir embaucher 100.000 personnes d'ici cinq ans dans le domaine du changement climatique et de l'intelligence artificielle.


"Nous avons une incroyable ruée sur les talents et nous recevons des appels tous les jours de clients", renchérit Harco J. Leertouwer, qui dirige Acre, l'une des plus importantes agences européennes de recrutement en "responsables développement durable".


À l'origine, ces postes étaient issus de l'organisation elle-même. Aujourd'hui, ils sont souvent recrutés à l'extérieur, après des formations spécialisées. Mais il y a un manque de candidats compétents techniquement, explique le recruteur.


Dans tous les cas, pour avoir un véritable impact, il faut que la direction de l'entreprise fasse preuve de volontarisme sur les questions environnementales.


Or "il y a beaucoup d'inertie et de bureaucratie dans les grandes organisations, donc c'est vrai que c'est compliqué", constate Olivier Delbard, directeur académique d'un diplôme spécialisé en "sustainability" à l'ESCP Business School à Paris.


Mais le professeur reconnait que ces postes, autrefois souvent astreints à "des fonctions de communication, de relation publique", sont désormais liés "à l'opérationnel et à la stratégie".


"Vous avez même dans des grands groupes français aujourd'hui des responsables développement durable qui siègent au board, au comité" de direction, s'enthousiasme le chercheur. Un signal positif, si ce n'est symbolique.


Le pétrole accentue sa flambée après de nouvelles frappes en Iran

L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
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  • Le pétrole bondit après de nouvelles frappes en Iran et l'annonce du retour du blocus des ports iraniens
  • Les tensions autour d'Ormuz renforcent les craintes pour l'approvisionnement mondial

LONDRES: Les cours du pétrole accélèrent mardi leur ascension, après de nouvelles frappes en Iran, à quelques heures du rétablissement du blocus naval des ports iraniens annoncé par Donald Trump, qui a aussi dit vouloir de mettre en place un péage sur le détroit d'Ormuz.

En pleine escalade militaire entre Téhéran et Washington, les autorités locales ont rapporté de nouveaux bombardements américains sur la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, et au sud-ouest du pays, dans une zone pétrolifère proche de l'Irak et du Koweït.

Peu après avoir brièvement pris plus de 5%, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, montait de 4,93% à 87,41 dollars vers 10H55 GMT (12H55 à Paris). Celui de son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, progressait de 3,75% à 81,07 dollars.

Les deux références du brut ont atteint mardi des prix inédits depuis mi-juin, après s'être envolées jusqu'à plus de 10% la veille.

Le président américain a annoncé lundi sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, avec la mise en place d'un nouveau blocus des ports iraniens, qui doit entrer en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

"La perte de pétrole brut iranien, qui a représenté en moyenne 2% de la demande mondiale depuis la signature du protocole d'accord" entre Washington et Téhéran le 17 juin - qui s'était traduit par la levée du précédent blocus - "se fera sentir sur les marchés mondiaux", note Vivek Dhar, de CBA.

L'analyste estime qu'environ 40 à 50% du pétrole ayant quitté le détroit d'Ormuz depuis le 18 juin est attribuable à l'Iran, contre une part de 10 à 15% avant la guerre.

"La véritable inconnue est la réaction de l'offre non iranienne" selon lui, car la République islamique "est désormais fortement incitée à rétablir son propre blocus".

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, Donald Trump a aussi dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Pour l'association d'armateurs Bimco, "le surcoût qui en résulterait constituerait un frein supplémentaire au transit" via Ormuz.

"Un tournant extraordinaire des événements est en train de se jouer au Moyen-Orient", résume John Evans, de PVM Energy, qui constate que "cette dégradation de la diplomatie et cette accélération des échanges de tirs ont pris le marché quelque peu de court".

Mais Donald Trump tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible", les consultations avec les médiateurs se poursuivant selon la diplomatie iranienne.


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.