Strass Wars: l'Ukraine favorite de l'Eurovision, la Russie privée de micro

Malik Harris montre sa guitare lors du tour préliminaire allemand «Germany 12 Points» du concours Eurovision de la chanson (ESC) à Berlin, en Allemagne, le 4 mars 2022.
Malik Harris montre sa guitare lors du tour préliminaire allemand «Germany 12 Points» du concours Eurovision de la chanson (ESC) à Berlin, en Allemagne, le 4 mars 2022.
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Publié le Samedi 30 avril 2022

Strass Wars: l'Ukraine favorite de l'Eurovision, la Russie privée de micro

  • A deux semaines du grand soir, l'Ukraine a 42% de chances de gagner, loin devant le duo italien Mahmood et Blanco (14%) et la Suédoise Cornelia Jakobs (10%)
  • Slobodan Todorovic, rédacteur en chef du site de fans de l'Eurovision Evrovizija.rs en Serbie, estime que l'Eurovision ne doit pas se résumer à une arène politique

ROME: Strass Wars: aussi kitsch et populaire qu'à ses débuts, l'Eurovision s'est souvent aventurée sur la ligne de front des tensions géopolitiques agitant le Vieux continent. L'édition 2022 en est un tragique cas d'école, avec l'exclusion de la Russie et le statut d'ultra favori de l'Ukraine.

Le tube "Stefania" du Kalush Orchestra, une berceuse mêlant rap et musique traditionnelle, défendra les couleurs de l'Ukraine au concours européen Eurovision de la chanson, dont la finale aura lieu le 14 mai à Turin en Italie. "Je retrouverai toujours mon chemin vers la maison, même si toutes les routes sont détruites", dit le titre.

A deux semaines du grand soir, l'Ukraine a 42% de chances de gagner, loin devant le duo italien Mahmood et Blanco (14%) et la Suédoise Cornelia Jakobs (10%), selon le site eurovisionworld.com, qui agrège les principaux sites de pari en ligne.

Royaume-Uni, Espagne, Pologne, Grèce, Norvège, Pays-Bas et Australie complètent le top Dix. La France, représentée par le groupe breton Alvan et Ahez, est donnée en 13e position.

La guerre en Ukraine planera lourdement sur l'événement mais "ce n'est pas inédit", rappelle à l'AFP l'historien Dean Vuletic, chercheur à l'université de Vienne et auteur d'ouvrages sur la géopolitique de l'Eurovision.

En 1975, la Grèce boycotte le concours pour protester contre l'invasion de Chypre par la Turquie, puis en 1992, les guerres consécutives à la dislocation de la Yougoslavie s'invitent sur scène.

En 2004, l'Ukraine remporte le concours et l'année suivante, après la "Révolution orange", elle se présente avec une chanson très politique mais qui est finalement acceptée.

Et l'Ukraine double la mise en 2016 - deux ans après l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie - avec Jamala et le titre "1944", une chanson racontant la déportation des Tatars par Staline.

L'an dernier, l'Union européenne de Radio-Télévision (UER) exclut le Bélarus au motif que les paroles de sa chanson attaquent de front l'opposition démocratique au président pro-Russe Alexandre Loukachenko. C'est le groupe de rock italien Måneskin qui a remporté le titre.

Si l'Ukraine devrait recevoir un grand nombre de votes de sympathie, sa victoire n'est pas assurée.

"Le public montrera sûrement un fort soutien à l'Ukraine, cela ne signifie pas pour autant qu'elle gagnera. En 1993, la Bosnie et la Croatie n'avaient pas terminé très haut" alors que ces pays étaient sous le feu des troupes serbes, remarque Dean Vuletic.

Slobodan Todorovic, rédacteur en chef du site de fans de l'Eurovision Evrovizija.rs en Serbie, estime que l'Eurovision ne doit pas se résumer à une arène politique: "Une victoire de l'Ukraine [pour des raisons politiques] jetterait une ombre sur l'Eurovision et les valeurs qu'elle défend, la neutralité, l'indépendance de la politique, le respect et la promotion de la diversité".

Le vote des «blocs»

Le capital sympathie des Ukrainiens en Europe est énorme, reconnaît Benoît Blaszczyk, secrétaire de France-Eurofans, la branche française de l'Organisation générale des amateurs de l’Eurovision (OGAE).

"Mais quoi qu'il arrive ils ont une bonne chanson, et chaque année l'Ukraine, avant-gardiste, est très regardée', tempère-t-il.

Faut-il se fier au vote passé pour savoir quel pays vote pour quels autres? Certes il existe des "blocs" dans le vote des téléspectateurs: dans l'enfance de l'Eurovision, les pays francophones (France, Belgique, Suisse, Luxembourg) votaient ensemble et raflaient tout ou presque.

Le bloc nordique, votant comme un seul homme, a émergé par la suite, puis des "sous-blocs" sont apparus en Europe centrale et de l'est. "Mais ces blocs n'ont jamais été décisifs dans le choix du vainqueur", relève Dean Vuletic.

Et en effet le palmarès des vingt dernières années montre que les jeux ne sont jamais faits: Turquie (2003), Ukraine (2004), Russie (2008), Azerbaïdjan (2011) ou Israël (2018) sont venus damer le pion aux nations reines (Irlande, Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni).

Pas moins de 4.400 fans de l'Eurovision affiliés à l'OGAE ont voté pour établir leur classement avant l'événement de Turin: l'Ukraine ne termine qu'au 11e rang. La Suède est donnée (encore) victorieuse, devant l'Italie et l'Espagne.

Les fans ukrainiens de l'OGAE, eux, ont placé en tête la Pologne (premier pays d'accueil des réfugiés ukrainiens), puis l'Espagne, la France, la Norvège et la Suède.

Les fans russes, de leur côté, ont donné la note maximale (les fameux 12 points) à la très russophile Serbie, puis viennent la Lituanie (où vit une importante communauté russophone), l'Espagne et la Lettonie (également ex-république soviétique).

"Le simple fait d'être représentés sur scène, d'avoir pu quitter leur pays, de recevoir autant de soutien, avec en plus l'exclusion de la Russie, c'est déjà une victoire pour les Ukrainiens", note Dean Vuletic.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.