Emmanuel Macron salue la trêve entre Arménie et Azerbaïdjan

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan (à droite) assistant à une cérémonie d'adieu, à Erevan, d'un soldat arménien tué au Karabakh. (Service de presse du gouvernement arménien / AFP)
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Publié le Samedi 17 octobre 2020

Emmanuel Macron salue la trêve entre Arménie et Azerbaïdjan

  • La présidence française ajoute que cette trêve a été conclue « à l'issue d'une médiation française conduite au cours des derniers jours et des dernières heures en coordination avec les co-présidents du groupe de Minsk »
  • « Ce cessez-le-feu doit être inconditionnel et strictement respecté par les deux parties. La France y sera très attentive et restera engagée pour que les hostilités cessent durablement et que des discussions crédibles puissent rapidement s'engager »

PARIS : Le président français Emmanuel Macron a « salué » samedi soir la trêve humanitaire annoncée par l'Arménie et l'Azerbaïdjan, a indiqué l'Elysée dans un communiqué.

La présidence française ajoute que cette trêve a été conclue « à l'issue d'une médiation française conduite au cours des derniers jours et des dernières heures en coordination avec les co-présidents du groupe de Minsk ».

L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont annoncé samedi avoir convenu d'une trêve humanitaire à partir du 18 octobre.

« Ce cessez-le-feu doit être inconditionnel et strictement respecté par les deux parties. La France y sera très attentive et restera engagée pour que les hostilités cessent durablement et que des discussions crédibles puissent rapidement s'engager », ajoute la présidence française.

Le président français a eu plusieurs fois au téléphone ce samedi le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliev.

Depuis une semaine, un premier accord de trêve humanitaire négocié sous l'égide de Moscou pour mettre fin au conflit débuté le 27 septembre entre Azerbaïdjanais et séparatistes arméniens du Nagorny Karabakh n'avait jamais été appliqué.

Et l'Azerbaïdjan a juré samedi de « venger » la mort de treize civils dans le bombardement nocturne de Gandja, deuxième ville du pays, nouvelle escalade du conflit.

Washington et Paris, qui avec Moscou forment le groupe de Minsk, insistaient de nouveau depuis vendredi soir sur la nécessité d'arrêter les hostilités.

Le Nagorny Karabakh ou Haut-Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens chrétiens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, musulman chiite turcophone, peu avant la dislocation de l'URSS en 1991, entraînant une guerre ayant fait 30.000 morts. Un cessez-le-feu, émaillé de heurts, était en vigueur depuis 1994.


Sahel: dialogue possible avec certains groupes extrémistes, estime Antonio Guterres

António Guterres s'adresse à la réunion de haut niveau sur le financement de l'Agenda 2030 pour le développement durable à l'ère de COVID-19 et au-delà, lors de la 75e session de l'Assemblée générale des Nations Unies. (EskinderDEBEBE/UNITEDNATIONS/AFP)
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  • Le secrétaire général de l'ONU estime le dialogue possible avec certains groupes jihadistes au Sahel mais pas tous
  • «Il y aura des groupes avec lesquels on pourra parler, et qui auront intérêt à s'engager dans ce dialogue pour devenir des acteurs politiques dans le futur»

PARIS: Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, estime le dialogue possible avec certains groupes jihadistes au Sahel mais pas avec les plus «radicaux» comme l'Etat islamique (EI), alors qu'une telle question se pose avec de plus en plus d'insistance, notamment au Mali.

«Il y aura des groupes avec lesquels on pourra parler, et qui auront intérêt à s'engager dans ce dialogue pour devenir des acteurs politiques dans le futur», relève-t-il dans une interview au quotidien français Le Monde daté de mardi.

«Mais il reste ceux dont le radicalisme terroriste est tel qu'il n'y aura rien à faire avec eux», ajoute-t-il en citant l'exemple de l'EI, absent des discussions de paix en Afghanistan.

Le commissaire de l'Union africaine (UA) à la Paix et la Sécurité, Smaïl Chergui, a appelé le 14 octobre à «explorer le dialogue avec les extrémistes» dans le Sahel afin de «faire taire les armes», à l'image de l'accord conclu entre les Etats-Unis et les talibans afghans le 29 février.

Cette déclaration intervient alors qu'un récent échange par le gouvernement malien de quelque 200 détenus contre quatre otages - un dirigeant malien d'opposition, Soumaïla Cissé, la Française Sophie Pétronin et deux Italiens - a relancé les spéculations sur une reprise des contacts esquissés avec les jihadistes.

«En Afghanistan, il y a un groupe terroriste avec lequel le dialogue est impossible, c'est l'Etat islamique. Sa vision est tellement radicale qu'elle ne comporte aucune perspective de discussion possible», a souligné Antonio Guterres.

Le secrétaire général de l'ONU a par ailleurs relevé que le «dispositif sécuritaire en place n'est pas suffisant» au Sahel et appelé à «plus de solidarité internationale» envers cette région.

Les Nations unies espèrent mobiliser 2,4 milliards de dollars (deux milliards d'euros) d'aide, notamment humanitaire, lors d'une réunion ministérielle en visoconférence mardi.

La Minusma, force onusienne au Mali, a un mandat trop étroit pour permettre «un combat efficace contre la menace terroriste», a estimé Antonio Guterres.

Les possibilités de Barkhane (force française de plus de 5.000 hommes) «sont aussi limitées face à l'étendue du territoire à contrôler», a-t-il noté.

Quand à la force conjointe du G5 Sahel, elle «manque de moyens et de capacités pour répondre au défi gigantesque de sécurité», a-t-il pointé en déplorant le refus des Etats-Unis de la placer sous financement onusien.

«La réponse internationale doit être plus forte», a martelé le secrétaire général. «Il faut bien plus de solidarité de la communauté internationale" mais aussi «changer le cadre dans lequel les forces africaines opèrent», a-t-il insisté.


Au Karabakh, immersion dans une tranchée à cent mètres de l'ennemi

Des soldats arméniens se mettent à l’abri alors que dans le ciel, un drone de combat les survole (Photo, Aris MESSINIS/AFP).
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  • Des bombardements ont repris entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, chacun rejetant sur l'autre la responsabilité d'avoir violé une nouvelle « trêve humanitaire »
  • Ce que craignent le plus les soldats, ce sont les drones, comme celui qui vient de tourner dans la zone, obligeant à se mettre à l'abri

KARABAKH: Dans une tranchée sur la ligne de front, à travers la meurtrière apparaissent un champ d'herbe brulée par le soleil, des barbelés, et une rangée d'arbres à l'horizon. Le territoire ennemi est là, à moins de cent mètres : l'Azerbaïdjan.

En ce dimanche après-midi, le calme règne sur cette partie de la ligne de front du Nagorny Karabakh.

En d'autres endroits, des bombardements ont repris entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, chacun rejetant sur l'autre la responsabilité d'avoir violé une nouvelle « trêve humanitaire ».

Dans la tranchée c'est la relève.

Fusil kalachnikov à la main, un soldat de l'unité séparatiste arménienne prend son tour de garde, après avoir gravi quelques marches pour accéder à l'étroit poste d'observation fortifié.

Dans le petit espace, il n'y a de la place que pour un homme, debout. Les yeux rivés vers le territoire hostile.

Dans un autre poste de guet, quelques douilles de kalachnikov trainent sur le sol. Des balles ont été tirées récemment. 

« La nuit (de samedi à dimanche) a été relativement tendue. Mais l'esprit de combat et le moral des soldats sont très bons », assure le major Vladimir Nazloukhanian, commandant de l'unité. Il demande aux journalistes de l'AFP de ne pas mentionner le lieu où ils sont postés, pour des raisons de « sécurité ».

La tranchée en forme de V, profonde d'environ 3 mètres et assez large, a été bâtie juste après le premier conflit (1988-1994) avec l'Azerbaïdjan, qui tente de reprendre cette région peuplée d'Arméniens qui a fait sécession il y a une trentaine d'années.

Des rails de béton tapissent le chemin qui serpente. Les bords du labyrinthe sont en terre, parfois renforcés par des gros pneus empilés.

La partie cantonnement, bien ordonnée, est en pierre. Dans un petit bunker sont installés quelques lits en fer avec matelas et sac de couchage pour le repos après les temps de garde.

Dehors, juste à côté, des serviettes et des t-shirt sèchent sur des fils. Une casserole propre est posée à côté d'un évier scellé dans une table en pierre. 

Soldat à 61 ans

Au début et la fin de la zone occupée par l'unité, des boîtes de conserve rouillées sont enfilées comme des perles sur des fils rapprochés pendus à la verticale. Comme un grelot d'alerte.

Au débouché de certains boyaux, des mannequins troncs sont disposés sur les côtés, vêtus d'une veste de treillis. L'un d'eux est celui d'une femme, avec lunettes de soleil, bonnet kaki, rouge à lèvres et veste assez déboutonnée.

Les soldats sont âgés de 18 à... 61 ans.

Lendrouch Geghamian est l'exception. Retraité, combattant volontaire venu d'Erevan, la capitale de l'Arménie, il porte le treillis, la barbe et le cheveu gris, et des chaussures de ville noire un peu ternes.

« Je combats les Azerbaïdjanais depuis les années 90. Et à nouveau, je me bats contre eux. Alors leurs pieds pervers ne fouleront pas notre terre d'Arménie », assène-t-il.

« Peu importe de combien de pays ils font venir des mercenaires. Personne ne peut battre un soldat arménien (...) Personne ne peut entrer sur notre sol arménien », ajoute-t-il, le regard perçant.

Mais ce que craignent le plus les soldats, ce sont les drones, comme celui qui vient de tourner dans la zone, obligeant à se mettre à l'abri.

« On les appelle les ‘kamikazes’, ceux qui détectent des objets en mouvement, se rapprochent et explosent en touchant leur cible, dispersant des petites bombes », explique le soldat Armen Assatrian, 18 ans.

« La majorité des victimes sont causées par ces drones. La plupart des opérations (menées par l'Azerbaïdjan) pendant cette guerre se font avec des drones », ajoute-il.

Dans la partie cantonnement, au dessus de caisses de munitions, un petit sanctuaire abrite plusieurs croix arméniennes, une bougie, et une prière imprimée sur une sorte de parchemin.

« Nos soldats sont prêts psychologiquement et professionnellement pour contre-attaquer », insiste le major Vladimir Nazloukhanian.


La justice nord-coréenne traite les détenus «pire que des animaux»

Les jeunes avant-gardes de la Corée du Nord participent à un tournoi lors du 8e Congrès du Parti des travailleurs, pour marquer le début de la « campagne de quatre-vingts jours » au stade Kim Il-sung à Pyongyang, le 16 octobre 2020 (Photo, AFP)
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  • Accusée de violation à grande échelle des droits de l'homme, la Corée du Nord est un pays «fermé», et on connaît peu le fonctionnement de son système judiciaire
  • «Là-bas, tu es traité pire qu'un animal, ce que tu finis par devenir», a dit un ancien détenu Yoon Young Cheol

SEOUL: Torture, humiliation et confessions sous la contrainte sont légion dans le système judiciaire nord-coréen qui traite les détenus «pire que des animaux», a indiqué lundi Human Rights Watch (HRW) dans un rapport.

L'organisation de défense des droits de l'homme basée aux États-Unis affirme avoir interviewé des dizaines d'anciens détenus ainsi que des responsables nord-coréens et dénonce la situation dans les centres de détention en Corée du Nord, où la torture est souvent pratiquée.

Accusée de violation à grande échelle des droits de l'homme, la Corée du Nord est un pays «fermé», et on connaît peu le fonctionnement de son système judiciaire.

Les personnes interviewées affirment que la détention qui précède un procès est « particulièrement dure » et que les détenus sont maltraités, souvent battus.

«Le règlement dit que les détenus ne doivent pas être battus mais nous avons besoin de confessions durant l'enquête», explique un ancien officier de police. «Alors, il faut les frapper pour obtenir la confession», admet-il.   

Des ex-détenus déclarent avoir été obligés de rester agenouillés ou assis sur leurs jambes croisées sans bouger pendant parfois seize heures d'affilée, alors que tout geste entraînait une punition.

Ils étaient alors battus avec des battons, des ceintures en cuir voire à coups de poing et étaient obligés de courir jusqu'à mille tours de cour de la prison.

«Là-bas, tu es traité pire qu'un animal, ce que tu finis par devenir», a dit un ancien détenu Yoon Young Cheol.

Des femmes interviewées ont déclaré avoir été l'objet d'agressions sexuelles.  

Kim Sun Young, une ancienne commerçante d'une cinquantaine d'années qui a fui la Corée du Nord en 2015, a dit avoir été violée par son enquêteur dans un centre de détention.

Un autre officier de police s'est livré à des attouchements durant son interrogatoire, a-t-elle ajouté, affirmant n'avoir pas eu la force de s'opposer.

Dans son rapport, HRW demande à Pyongyang de «cesser la torture endémique et cruelle, ainsi que le traitement dégradant et inhumain dans les centres de détention».

HRW exhorte antre autres membres de l'ONU, la Corée du Sud et les États-Unis à faire «pression sur le gouvernement nord-coréen».

D'une manière générale, la Corée du Nord assure respecter les droits de l'homme et affirme que les critiques de la communauté internationale représentent une campagne de diffamation ayant pour but de «miner le système socialiste sacré».