Fin de semaine décisive pour la Finlande et la Suède sur l'Otan

Une photo prise le 28 avril 2022 au Parlement européen à Bruxelles montre un drapeau de l'OTAN et les étoiles de l'Union européenne. (AFP)
Une photo prise le 28 avril 2022 au Parlement européen à Bruxelles montre un drapeau de l'OTAN et les étoiles de l'Union européenne. (AFP)
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Publié le Mardi 10 mai 2022

Fin de semaine décisive pour la Finlande et la Suède sur l'Otan

  • En Finlande comme en Suède, la guerre initiée par Moscou en Ukraine a fait complètement basculer l'opinion publique, jusque-là très partagée
  • L'adhésion de la Finlande doublerait aussi la frontière terrestre de l'Otan avec la Russie, la portant à environ 2 600 kilomètres

 

STOCKHOLM: La Finlande et la Suède arrivent à l'heure des choix pour leurs probables candidatures à l'Otan, avec une officialisation attendue dans les prochains jours, a minima côté finlandais.


Moins de trois mois après l'invasion de l'Ukraine, les deux pays nordiques se retrouvent aux portes de l'alliance militaire occidentale, en quête de son parapluie de sécurité - notamment des Etats-Unis - face à la menace russe.


"Il est sûr à 100% que la Finlande va être candidate, et assez probable qu'elle soit membre d'ici la fin de l'année", affirme à l'AFP Charly Salonius-Pasternak, chercheur à l'Institut finlandais des affaires internationales.


En Finlande comme en Suède, la guerre initiée par Moscou en Ukraine a fait complètement basculer l'opinion publique, jusque-là très partagée.
 

Ce qu'il faut savoir sur la possible adhésion de la Finlande et de la Suède à l'Otan

Après des années à l'écart des alliances militaires, la Suède et la Finlande se préparent à une possible candidature à l'Otan pour tenter de dissuader leur voisin russe de les agresser, après l'invasion de l'Ukraine.

Un tournant historique  

Pendant des décennies, la plupart des Suédois et des Finlandais ont été attachés à leur longue politique de non-alignement militaire. 


Mais l'invasion de l'Ukraine le 24 février a marqué un tournant drastique, notamment pour la Finlande qui partage une frontière de près de 1 300 kilomètres avec la Russie. 


Alors que le soutien à une intégration tournait autour de 20 à 30% depuis 20 ans, les derniers sondages suggèrent aujourd'hui que plus de 70% des Finlandais et 50% des Suédois soutiennent une adhésion.


Dans les deux pays, de nombreux partis ont ou sont en train de changer de position sur la question. Au Parlement finlandais, une très nette majorité en faveur de l'adhésion se dessine. En Suède, le parti social-démocrate, historiquement opposé à l'Otan, doit se prononcer entre le 15 et le 24 mai, tandis que l'opposition de droite pousse pour l'adhésion.

Neutralité et non-alignement

Cédée par la Suède à la Russie en 1809, la Finlande proclame son indépendance de la Russie à l'occasion de la révolution bolchévique de 1917.


Envahie par l'Union soviétique en 1939, le pays résiste vaillamment lors des trois mois de la Guerre d'Hiver. Après la reprise du conflit en 1941, la Finlande est contrainte à un armistice après trois ans de combats.


Au terme d'un traité "d'amitié" signé en 1948 sous la pression de Moscou, les dirigeants finlandais acceptent de rester en dehors de la coopération militaire occidentale dans une forme de neutralité forcée restée dans l'histoire sous le nom de "finlandisation".


Le pays échappe au rang d'Etat satellite de l'URSS, mais reste sous l'oeil de Moscou sur sa politique étrangère et militaire.


Après la chute de l'Union soviétique, la Finlande adhère à l'Union européenne (1995) et au Partenariat pour la paix de l'Otan, mais reste officiellement militairement non-alignée. 


La Suède, elle, a maintenu pendant près de deux siècles une politique officielle de neutralité héritée de la fin des guerres napoléoniennes, notamment durant les deux guerres mondiales.


Si elle a participé à des missions militaires en Afghanistan ou plus récemment au Mali, le pays n'a pas été en guerre depuis un conflit en 1814 avec la Norvège.


Dans les années 1990, sa politique de neutralité est amendée en un non-alignement militaire "visant à permettre" la neutralité en cas de guerre.


Tout en restant en dehors de l'Otan, les deux pays ont tissé des liens toujours plus étroits avec l'alliance, qui les considère désormais comme les deux Etats non-membres les plus proches.


Les deux pays ont ainsi participé à des missions menées par l'Otan dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak, ainsi qu'à de nombreux exercices conjoints.

Armée: réserves massives en Finlande, réinvestissement en Suède

Durant la Guerre froide, Suède et Finlande consacrent d'importants moyens (4 à 5% de leur PIB) à leurs armées, conséquence de leur absence d'alliés militaires.


Avec la disparition de la menace soviétique, toutes deux réduisent leurs crédits, mais la Finlande maintient un recours massif au service militaire et aux réservistes.


Avec ses 5,5 millions d'habitants, la Finlande peut ainsi compter sur une armée en temps de guerre de 280.000 soldats aptes au combat, plus 600.000 autres réservistes, une force exceptionnelle pour une nation européenne. 


L'armée professionnelle ne compte toutefois que 12.000 soldats, même si elle forme 21.000 conscrits chaque année.


La Suède a elle davantage désinvesti, passant de 2,6% du PIB en 1990 à 1,2% en 2020. Mais le pays a commencé à inverser la tendance après l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014.


Le service militaire obligatoire, supprimé en 2010 a été réintroduit en partie en 2017. Actuellement, l'armée suédoise compte quelque 50 000 soldats. 


Les deux pays ont annoncé d'importants investissements militaires depuis le début de la guerre en Ukraine. 

Selon un sondage lundi de la télévision publique Yle, 76% des Finlandais sont désormais favorables à rejoindre l'Otan - un record - contre à peine 20-30% ces dernières années.


Après des semaines d'intenses consultations intérieures et internationales, les signes d'une annonce imminente se sont multipliés ces derniers jours dans les deux pays.


En Suède, le parti social-démocrate au pouvoir, dont un feu vert assurerait une nette majorité au Parlement pour l'adhésion, a fait savoir qu'il ferait connaître sa décision dès ce dimanche. Soit une dizaine de jours plus tôt que prévu initialement.


Même si Stockholm se montre plus hésitant qu'Helsinki, pour Elisabeth Braw, experte de la défense des pays nordiques à l'American Enterprise Institute, la Suède va bien candidater et le fera "très probablement" conjointement avec son voisin.


Prise de court par la vitesse finlandaise, la Suède - habituée à longuement peser le pour le contre - a aussi intérêt à suivre le rythme, aussi parce que l'armée russe est à la peine sur le front ukrainien.

«Timing parfait»
"Avant, les sociaux-démocrates suédois disaient toujours: +on y pensera quand la Finlande adhèrera+. Mais parce qu'ils pensaient que la Finlande n'adhèrerait jamais", relève Mme Braw.


"Du point de vue des risques, le timing est parfait. La Russie est tellement occupée ailleurs (en Ukraine) qu'il sera très dur pour elle de répliquer ou de répondre militairement", souligne l'experte.


En Finlande, le président finlandais Sauli Niinistö doit rendre publique jeudi sa position "personnelle" sur la question. Et celle du parti social-démocrate de la Première ministre Sanna Marin est attendue d'ici samedi au plus tard.


Selon le quotidien Iltalehti, un comité clé réunissant les deux têtes de l'exécutif finlandais et des ministres doit se réunir dimanche pour prendre la décision.


Sollicité, le gouvernement finlandais n'a pas fait de commentaire, soulignant que les dates de réunion du comité étaient confidentielles.


Une guerre affichée par Vladimir Poutine comme une réponse à des velléités d'élargissement de l'Otan vers l'est aurait donc comme conséquence directe de pousser deux pays européens supplémentaires à se placer dans le giron de l'Otan.


L'adhésion de la Finlande doublerait aussi la frontière terrestre de l'Otan avec la Russie, la portant à environ 2 600 kilomètres.


Ces dernières semaines, les multiples avertissements de Moscou sur les conséquences "politiques et militaires" d'une adhésion, avec l'envoi possible de renforts y compris nucléaires aux abords de la mer Baltique ont plutôt eu pour effet de renforcer la détermination suédo-finlandaise.

Adhésion à l'Otan: un examen de passage codifié pour les pays candidats

L'adhésion à l'Otan impose au pays candidat un véritable examen d'entrée au cours duquel il doit convaincre chacun des trente membres de l'Alliance de son apport pour la sécurité collective et de sa capacité à répondre aux obligations imposées par le club.


Le processus est codifié: une fois la décision prise par un pays tiers d'adhérer, les membres de l'Otan doivent accepter à l'unanimité de l'inviter à les rejoindre.


Cette invitation lance les pourparlers d'adhésion: deux réunions ont lieu au siège de l'organisation à Bruxelles, où le postulant doit convaincre les représentants des pays membres et les experts de l'Alliance de sa capacité à accepter "les obligations et engagements politiques, juridiques et militaires découlant du Traité de Washington et de l'Etude (de 1995) sur l'élargissement de l'Otan".


Les entretiens au siège de l'Otan permettent de débattre des questions juridiques, des ressources, de la sécurité, de la protection des informations classifiées et de la contribution au budget commun, basée sur la taille de l'économie du pays par rapport à celle des autres membres de l'Alliance.

Le pays candidat doit s'engager à accomplir les réformes nécessaires et doit ensuite adresser "une lettre d'intention" au secrétaire général de l'Otan avec "un calendrier d'exécution des réformes".

L'étape finale est la ratification du protocole d'adhésion par chacun des États membres de l'Otan: ils transmettent leur acceptation du nouveau membre au gouvernement des Etats-Unis, dépositaire du Traité de l'Atlantique Nord.

Le "un pour tous, tous pour un" de l'article 5 (solidarité en cas d'agression) ne s'applique qu'une fois terminée la ratification par l'ensemble des Etats membres. Le processus à pris une année pour le 30e membre, la Macédoine du Nord.

Membres de l'Union européenne, la Suède et la Finlande bénéficient de la clause d'assistance mutuelle prévue par l'article 42-7 pour la période du processus de ratification de leur adhésion à l'Otan.

Le secrétaire général de l'Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, a assuré aux deux candidats qu'ils seront accueillis "les bras ouverts" s'ils décident de rejoindre l'Alliance dont ils sont déjà des "partenaires".

Il leur a promis un processus d'adhésion "rapide" et "des solutions" pour répondre à leurs préoccupations de sécurité entre l'acte de candidature et l'adhésion finalisée.

Si aucun pays tiers n'a un droit de veto sur les adhésions à l'Otan, lors de l'examen des candidatures de la Suède et de la Finlande "se posera la question de la réaction de la Russie", a souligné un diplomate de l'Alliance.

Moscou est opposé à l'adhésion de la Finlande, refusant l'installation de bases de l'Alliance sur le territoire d'un pays avec lequel la Russie partage une longue frontière commune.

Exercices 
Sur l'île suédoise du Gotland, au positionnement stratégique au milieu de la Baltique, des forces de réserve de la Garde nationale ont été activées pour un mois et la semaine prochaine coïncide avec d'importants exercices militaires annuels en Finlande et en Suède.


Avec 12 000 soldats professionnels mais 21 000 conscrits par an et une armée de temps de guerre de 280 000 soldats, ainsi qu'une très puissante artillerie et soixante avions de combat, la Finlande est une force massive pour un pays de seulement 5,5 millions d'habitants.


Même si l'après-guerre froide a été marquée par d'importants désinvestissements et coupe d'effectifs, la Suède dispose elle aussi d'une armée moderne répondant déjà aux standards exigés par l'Otan, et d'une industrie d'armement de pointe.


Sans être membres jusqu'ici, les deux pays ont déjà fait beaucoup de chemin pour quitter leur neutralité historique et se rapprocher de l'alliance, du moins militairement.


"On assiste à une bascule majeure dans l'opinion et d'un point de vue politique, mais militairement ce n'est pas le cas, tout simplement car ils sont déjà très proches de l'Otan", souligne Mme Shaw.


"Ils vont épouser l'Otan après avoir vécu en concubinage", note-t-elle.


Trump affirme qu'une autre « armada » fait actuellement route vers l'Iran

Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe. (AFP)
Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe. (AFP)
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  • Le président américain souffle le chaud et le froid: lundi, le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé dans le Golfe
  • Donald Trump a prévenu que les Etats-Unis avaient "une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", en référence à l'opération américaine de capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier

PARIS: Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe.

Dans le même temps, les arrestations continuent mardi en Iran, après les manifestations ayant défié la République islamique début janvier. Au moins 41.880 personnes ont été interpellées, et des milliers de protestataires tués, d'après les derniers chiffres de l'ONG basée aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA).

Cette ONG, et d'autres de défense des droits humains, poursuivent leur travail de documentation de la répression, entravé par la coupure générale d'internet imposée depuis le 8 janvier.

Le président américain lui souffle le chaud et le froid: lundi, le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé dans le Golfe.

Donald Trump a prévenu que les Etats-Unis avaient "une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", en référence à l'opération américaine de capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier.

Mais a-t-il ajouté, dans cet entretien avec le média américain Axios, "ils veulent passer un accord. Je le sais. Ils ont appelé à de nombreuses reprises. Ils veulent parler".

"S'ils veulent nous contacter, et ils connaissent les conditions, alors nous discuterons", a ensuite affirmé un haut responsable américain à des journalistes, selon Axios.

Les analystes estiment que les options envisagées - que Donald Trump n'a pas voulu détailler à Axios - incluent des bombardements de sites militaires, ou des frappes ciblées contre des dirigeants.

Risque "d'instabilité" 

Selon le New York Times, les renseignements américains ont assuré à Donald Trump que le pouvoir iranien "s'affaiblissait", voire était "au plus faible" depuis la fondation de la République islamique en 1979.

L'influent sénateur républicain, Lindsey Graham, a dit au quotidien américain avoir parlé au président ces derniers jours: "l'objectif est de mettre fin au régime", a-t-il assuré.

Côté iranien, Téhéran a déjà signalé qu'un canal de communication était ouvert avec Washington.

Mais dans un appel mardi avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, allié des Etats-Unis, le président Massoud Pezeshkian a averti que les "menaces des Américains (...)  n'aboutiraient à rien d'autre qu'à de l'instabilité pour eux".

Le prince héritier "a indiqué que le Royaume ne permettrait pas que son espace aérien ou son territoire soient utilisés pour des actions militaires contre l'Iran", a insisté le ministère saoudien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a menacé d'un blocage par l'Iran du stratégique détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et gaz naturel liquéfié.

L'Iran considérera les pays voisins comme "hostiles" si leur territoire est utilisé pour le frapper, a-t-il aussi averti, alors que Ryad et Abou Dhabi ont déjà assuré qu'ils n'autoriseraient pas un tel usage de leurs territoires.

Donald Trump "décidera ce qu'il décide" mais dans tous les cas "si l'Iran commet une erreur et nous attaque, il y aura une riposte qu'il ne peut même pas imaginer", a de son côté affirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

"Aveux" et chasse aux blessés 

Si le mouvement de contestation s'est essoufflé, le bilan de la répression lui n'est toujours pas connu.

HRANA a annoncé mardi avoir vérifié la mort de 6.126 personnes, dont 5.777 manifestants, mais enquête toujours sur quelque 17.000 autres décès potentiels. Et accuse à nouveau les autorités de pourchasser les blessés jusque dans les hôpitaux, malgré les dénégations du ministère de la Santé.

Le bilan total jusque là annoncé par les autorités iraniennes est de 3.117 morts, dont 2.427 sont, selon elles, des membres des forces de sécurité ou des passants.

La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, a recensé pour sa part plus de 36.500 personnes tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirme avoir vérifié la mort de 3.428 manifestants, mais dit craindre un bilan dépassant les 25.000 morts.

En France, le nom de domaine du site de l'association Iran Justice, qui documente l'état des droits humains en Iran, a été racheté et diffuse désormais du "contenu pro-régime" de Téhéran, a dénoncé mardi à l'AFP sa présidente Chirinne Ardakani.

Elle a pointé une opération de "propagande orchestrée selon toute vraisemblance par des agents iraniens".

 


Russes, Ukrainiens et Américains vont se réunir vendredi à Abou-Dhabi

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
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  • "Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi"
  • L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi"

MOSCOU: La Russie, l'Ukraine et les Etats-Unis vont tenir une réunion trilatérale vendredi à Abou-Dhabi, a annoncé dans la nuit le Kremlin après un entretien à Moscou entre le président Vladimir Poutine et l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi", a déclaré tôt vendredi à la presse le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov.

L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi", a-t-il dit.

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov.

M. Ouchakov a souligné que l'entretien jeudi entre MM. Poutine et Witkoff à Moscou, avait été "utile à tous points de vue", notamment pour permettre cette trilatérale.

"Les Américains ont beaucoup fait pour préparer cette réunion et ils espèrent qu'elle sera un succès et ouvrira des perspectives pour avancer sur l'ensemble de questions liées à la fin du conflit" en Ukraine, a souligné M. Ouchakov, évoquant des pourparlers de "très substantiels" avec M. Witkoff.

Une autre rencontre, consacrée aux questions économiques, aura lieu également vendredi à Abou-Dhabi entre M. Witkoff et l'émissaire du Kremlin aux questions économiques internationales, Kirill Dmitriev, a-t-il précisé.

"Nous sommes sincèrement intéressés par un réglement (du conflit) par les moyens politico-diplomatiques", a assuré M. Ouchakov. Mais "tant que ce n'est pas encore le cas, la Russie va continuer d'atteindre ses objectifs (...) sur le champ de bataille", a-t-il ajouté.

Garanties de sécurité 

Steve Witkoff, qui était accompagné par le gendre du président américain, Jared Kushner, s'est entretenu avec Vladimir Poutine pendant plus de trois heures et demie. L'émissaire a déjà rencontré le président russe à plusieurs reprises depuis un an, dans le cadre des efforts américains pour mettre fin à quatre ans de combats en Ukraine.

Depuis Davos, M. Witkoff avait auparavant vanté les progrès "significatifs" accomplis lors de sa rencontre, le week-end dernier à Miami, avec les négociateurs ukrainiens.

"Je pense que nous avons réduit le problème à un seul point", a-t-il déclaré.

A Davos, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est brièvement entretenu jeudi avec M. Trump, et a évoqué devant la presse une rencontre "positive" mais un dialogue "pas simple".

Il a toutefois assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les Etats-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit.

"Les garanties de sécurité, c'est prêt", a-t-il déclaré, indiquant que "le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite il ira aux parlements nationaux".

M. Zelensky a en revanche dit que l'épineuse question des territoires de l'est de l'Ukraine revendiqués par Moscou n'est "pas encore résolue".

"Sans règlement de la question territoriale (…) il ne faut pas compter obtenir un règlement à long terme", a répété vendredi le conseiller diplomatique du Kremlin après la réunion entre MM. Poutine et Witkoff.

"Kaléidoscope" 

Des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine avaient déjà eu lieu lors de la première année de la guerre, en 2022, et à plusieurs reprises en 2025, à Istanbul. Ces pourparlers n'avaient abouti qu'à des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats, sans régler le conflit.

La Russie exige un retrait des troupes ukrainiennes du Donbass, dans l'est industriel de l'Ukraine, et un engagement de Kiev à ne pas adhérer à l'Otan. Elle a multiplié ces derniers mois les frappes sur le réseau énergétique ukrainien, provoquant des coupures d'électricité et de chauffage massives notamment dans la capitale, par des températures glaciales.

De plus en plus critique envers les Européens ces dernières semaines, M. Zelensky a prononcé un discours particulièrement dur à Davos jeudi envers ses principaux soutiens, disant voir une Europe "fragmentée" et "perdue" lorsqu'il s'agit d'influer sur les positions de Donald Trump, et manquant de "volonté politique" face à Vladimir Poutine.

Il a également jugé, malgré les promesses européennes de déploiement de troupes en Ukraine après la guerre, "qu'aucune garantie de sécurité ne peut fonctionner sans les Etats-Unis".


«Promoteur dans l'âme», Trump révèle son projet immobilier de «Nouveau Gaza»

Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
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  • "Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé
  • "Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens"

DAVOS: Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans.

La guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël en octobre 2023, a ravagé le territoire et poussé la majorité des habitants à fuir. Un cessez-le-feu négocié par les Etats-Unis est entré en vigueur en octobre, mais la crise humanitaire perdure pour la plupart des Gazaouis.

"Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé, initialement conçu pour superviser la reconstruction du territoire palestinien.

"Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens", a-t-il dit au Forum économique mondial qui se tient dans la station de sports d'hiver suisse.

Son gendre Jared Kushner, qui n'a aucune fonction officielle mais fait office d'émissaire parmi d'autres pour le conflit à Gaza, a estimé que ce "maître projet" était voué à un "succès effrayant".

Exhibant une esquisse aux dizaines de tours d'appartements avec terrasse surplombant une allée ombragée, il a promis que ce paysage remplacerait les ruines laissées par la guerre.

"Au Moyen-Orient ils construisent des villes comme ça, pour deux ou trois millions de personnes, ils le font en trois ans", a-t-il dit. "C'est faisable en trois ans si nous voulons que ce le soit".

Il a estimé à 25 milliards de dollars les investissements nécessaires pour reconstruire les infrastructures et les services publics du territoire palestinien.

En 10 ans, le PIB de Gaza serait de 10 milliards de dollars, et le revenu moyen par foyer atteindrait 13.000 dollars, grâce "au plein emploi à 100% et aux possibilités offertes à tous".

Il a affirmé que le "Comité national pour l'administration de Gaza", censé travailler sous l'autorité du "Conseil de paix" de Donald Trump, avait reçu une proposition du promoteur immobilier israélien Yakir Gabay.

"Il s'est porté volontaire pas pour le profit, mais vraiment en écoutant son coeur", a assuré Jared Kushner. "Donc dans les 100 jours à venir nous allons continuer sans relâche à nous assurer que cela se réalise", a-t-il ajouté.

Il a estimé qu'un désarmement complet du Hamas, prévu par l'accord de cessez-le-feu conclu en octobre, convaincrait les investisseurs et les donateurs.

"Il va y avoir de fantastiques opportunités d'investissement", a conclu M. Kushner.

Sa présentation ne mentionnait pas le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays avait porté en 2025 un plan de reconstruction de Gaza soutenu par des pays arabes et accueilli favorablement par l'Union européenne.

Selon un communiqué de ses services, M. Sissi est rentré à l'aube jeudi, quelques heures après un tête-à-tête avec M. Trump au cours duquel les deux hommes ont échangé des compliments, le président américain le qualifiant de "grand leader" et de "type génial".