Convoi Barkhane bloqué: Des tirs mortels «probablement» français, selon le Niger

Selon le ministère de l'Intérieur, «le Niger et la France ont décidé d'assurer ensemble le dédommagement des familles des victimes ainsi que des blessés» (Photo, AFP).
Selon le ministère de l'Intérieur, «le Niger et la France ont décidé d'assurer ensemble le dédommagement des familles des victimes ainsi que des blessés» (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 19 mai 2022

Convoi Barkhane bloqué: Des tirs mortels «probablement» français, selon le Niger

  • «L'exploitation des résultats de l'enquête de la gendarmerie du Niger et de l'armée française» n'a «pas permis de cerner le déroulement exact des évènements»
  • L'état-major des armées à Paris n'a pas démenti que les victimes aient pu être atteintes par des tirs de militaires français

NIAMEY: Les enquêtes menées par le Niger et la France n'ont pu établir qui a tué trois manifestants lors du blocage d'un convoi de la force Barkhane en novembre 2021, a annoncé Niamey, jugeant toutefois que les tirs de soldats français avaient "probablement" causé leur mort.

Les deux pays dédommageront les victimes ou leurs familles, a annoncé le ministère nigérien de l'Intérieur en publiant mardi soir les résultats de ces enquêtes, et saluant "leur collaboration dans ce dossier particulièrement sensible". 

"L'exploitation des résultats de l'enquête de la gendarmerie du Niger et de l'armée française" n'a "pas permis de cerner le déroulement exact des évènements qui ont provoqué la mort et les blessures des manifestants", a indiqué le ministère, rappelant que 17 civils, sept gendarmes nigériens et sept militaires français avaient également été blessés.

Mais dans un entretien aux journaux français La Croix et L'Obs publié mercredi, le président nigérien Mohamed Bazoum s'est démarqué de l'enquête française qui selon lui "a consisté à dire que l'armée française avait procédé à des sommations avec des armes létales" et "a conclu que ses militaires n'avaient pas tué".

Or, "ce sont probablement les moyens létaux utilisés par l'armée française, à des fins de sommation, qui ont eu pour effet d'atteindre un certain nombre de manifestants et tué trois d'entre eux, des enfants", a-t-il estimé.

Sollicité par l'AFP, l'état-major des armées à Paris n'a pas démenti que les victimes aient pu être atteintes par des tirs de militaires français, soulignant que ses hommes, confrontés ce jour-là à "une foule particulièrement violente" avaient "fait usage de la force de manière proportionnée et adaptée".

"A la suite de ces tirs de sommation au sol, ils ont observé une seule personne blessée prise en charge par les secours", a précisé l'état-major français, soulignant que "la situation confuse" n'avait pas permis de déterminer s'il existait un lien entre les tirs français et la mort de manifestants.

La manifestation contre le passage de ce convoi a été l'une des rares sources de tension entre Paris et Niamey, qui entretiennent des relations étroites, contrairement à celles, extrêmement tendues actuellement, entre la France et le Mali.

«Graves défaillances»

Fin novembre 2021, un convoi militaire de Barkhane, l'opération de l'armée française au Sahel, parti d'Abidjan (Côte d'Ivoire) pour rejoindre Gao (Mali) avait d'abord été bloqué et caillassé par des manifestants à Kaya, au Burkina Faso.

Il avait repris sa route avant d'être de nouveau interrompu par des manifestants en colère à Téra, dans l'ouest du Niger. Trois d'entre eux avaient été tués, dans des tirs imputés par le gouvernement nigérien à ses forces ou aux forces françaises.

En décembre, M. Bazoum avait "ordonné une enquête" et "exigé des autorités françaises" qu'elles fassent de même.

L'enquête conduite par la gendarmerie nigérienne "a mis en évidence de graves défaillances du dispositif de maintien de l'ordre prévu pour gérer cette situation" par le Niger, qui "ont amené l'armée française à recourir à la force pour s'extraire de la pression des manifestants", a souligné le ministère de l'Intérieur.

"L'enquête menée par l'armée française, quant à elle, tout en reconnaissant le recours par le convoi à la force pour s'extirper de la foule qui le menaçait, conclut que les faits se sont déroulés dans des conditions réglementaires au moyen de tirs de sommation", a-t-il indiqué.

"Si la France a une part de responsabilité, le Niger aussi", a reconnu M. Bazoum dans son interview. "Nous avions engagé des forces pour maintenir l'ordre et elles n'ont pas été efficaces. Les Français ont dû se dégager eux-mêmes, ils ont dû utiliser des moyens létaux qui ont pu provoquer la mort", a-t-il déploré.

"Les familles attendent d'être indemnisées. Nous allons le faire, c'est notre responsabilité", a-t-il ajouté.

Selon le ministère de l'Intérieur, "le Niger et la France ont décidé d'assurer ensemble le dédommagement des familles des victimes ainsi que des blessés", sans précision sur le montant, mais avec une répartition "à part égale" entre les deux pays, selon le communiqué.

La manifestation "était loin d'être un évènement spontané", a souligné le ministère.

A la suite de cet épisode, le président nigérien avait remplacé son ministre de l'Intérieur, Alkache Alhada, ainsi que le Haut commandant de la gendarmerie, le général Salifou Wakasso.

Le Niger subit les attaques régulières et meurtrières de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) dans l'ouest, et à celles de Boko Haram et de l'Etat islamique en Afrique de l'ouest (Iswap) dans le sud-est.


Traversées de la Manche: 39 arrestations font tomber un réseau de passeurs

Le gouvernement britannique espère pouvoir commencer à envoyer une partie des migrants illégaux sur son territoire vers le Rwanda (Photo, AFP).
Le gouvernement britannique espère pouvoir commencer à envoyer une partie des migrants illégaux sur son territoire vers le Rwanda (Photo, AFP).
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  • Il s'agit d'une grande organisation criminelle irako-kurde, structurée et de haut niveau
  • Le réseau est soupçonné d'avoir fait passer jusqu'à 10 000 migrants originaires du Moyen-Orient et d'Afrique de l'Est au cours des 12 à 18 derniers mois

LA HAYE: Un important réseau d'immigration clandestine, organisant des traversées de la Manche par bateaux, a été démantelé lors de la plus grande opération internationale de la sorte menant à 39 arrestations, a-t-on appris mercredi lors d'une conférence de presse à Eurojust.

Il s'agit d'une grande organisation criminelle irako-kurde, structurée et de haut niveau, qui avait la mainmise sur le passage de migrants de la France vers le Royaume-Uni par la traversée de la Manche, selon les enquêteurs.

Le réseau est soupçonné d'avoir fait passer jusqu'à 10.000 migrants originaires du Moyen-Orient et d'Afrique de l'Est de la France vers le Royaume-Uni au cours des 12 à 18 derniers mois avec de petites embarcations pneumatiques.

"Il s'agit de la plus grande opération internationale jamais menée contre les passeurs de petits bateaux", a déclaré Jean-Philippe Decouffe, directeur exécutif d'Europol, lors d'une conférence de presse à Eurojust.

Les 39 arrestations ont été effectuées lors d'une opération internationale menée conjointement par la France, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, coordonnée par Europol et Eurojust, toutes deux basées à La Haye.

Au cours de plus de 50 perquisitions, 1.200 gilets de sauvetages, près de 150 bateaux pneumatiques et 50 moteurs ont été saisis, tout comme plusieurs milliers d'euros en liquidités, des armes et de la drogue, ont précisé les agences.

Ces chiffres sont provisoires puisque des perquisitions sont encore en cours.

Les suspects facturaient en moyenne 2.500 à 3.500 euros par migrant, selon la nationalité, générant pas moins de 15 millions d'euros de chiffre d'affaires, selon les estimations d'Europol.

"L'organisation supervisait l'acheminement de personnes de toutes nationalités vers les plages et les traversées maritimes proprement dites", a déclaré lors de cette même conférence de presse Carole Etienne, procureure du tribunal de Lille, dans le nord de la France.

"L'opération a permis pour la première fois en France d'identifier" des "donneurs d'ordres" au sein des réseaux, a-t-elle soulevé.

Plusieurs cadres, des passeurs, des acteurs locaux et la tête du réseau, un homme de 26 ans d'origine irako-kurde, ont été mis en examen et placés en détention provisoire.

La tête du réseau "avait un rôle clé dans l'organisation et la logistique, il était très important", a souligné Matt Rivers, directeur régional des investigations de l'Agence nationale contre le crime (NCA) au Royaume-Uni, où l'homme a été arrêté.

En 2021, l'utilisation de petits bateaux est devenue le principal moyen de trafic de migrants de l'UE vers le Royaume-Uni, dépassant le trafic dans des camions, a indiqué Europol.

Près de 50.000 migrants en situation irrégulière ont tenté l'année dernière de traverser la Manche dans de petites embarcations, soit trois fois plus que l'année précédente.

Au cours des six premiers mois de 2022, plus de 11.500 migrants en situation irrégulière ont atteint le Royaume-Uni, générant près de 30 millions d'euros de chiffre d'affaires pour les organisations criminelles actives dans cette zone.


Suède: Un mort dans une attaque au couteau lors d'un événement politique

Un véhicule de police dans le nord-ouest de Stockholm (Photo, AFP).
Un véhicule de police dans le nord-ouest de Stockholm (Photo, AFP).
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  • Une femme d'une soixantaine d'années a été tuée dans une attaque au couteau en plein jour sur l'île de Gotland
  • La police a aussi indiqué qu'elle ne pensait pas que les événements étaient liés à la semaine d'Almedalen

STOCKHOLM: La police suédoise a annoncé mercredi qu'une femme d'une soixantaine d'années avait été tuée dans une attaque au couteau en plein jour sur l'île de Gotland, où les principaux responsables politiques du pays sont réunis pour un événement annuel.

"Malheureusement, je peux vous annoncer qu'une femme a succombé à ses blessures", a déclaré Fredrik Persson, chef de la police de Gotland, lors d'une conférence de presse où il a été précisé que l'agression s'est produite peu avant 14H00 (12H00 GMT) à Visby, la seule ville de l'île.

Il a annoncé qu'un homme de 33 ans avait été arrêté peu après les faits et qu'il était soupçonné de meurtre.

"Une enquête approfondie est en cours. Il s'agit notamment d'établir le mobile et les antécédents de la personne arrêtée", a poursuivi le chef de la police.

Il a ajouté que les enquêteurs se penchaient sur une série de questions "puisque cela s'est produit dans un lieu très public, où il y avait beaucoup de monde dans le centre de Visby en milieu de journée".La police n'a pas souhaité s'exprimer sur le mobile, bien que M. Persson ait admis qu'un motif politique ne pouvait être exclu à ce stade précoce de l'enquête.

La police a aussi indiqué qu'elle ne pensait pas que les événements étaient liés à la semaine d'Almedalen, un événement annuel rassemblant l'élite suédoise et où les partis politiques présentent souvent leur nouvelle politique et lancent leurs campagnes.

Le journal Expressen a rapporté que le suspect aurait des liens avec le groupe néo-nazi NMR, ce que la police n'a pas voulu le confirmer.


Otan: La Suède condamne l'action de députés posant avec le drapeau du PKK

Les trente pays membres de l'Otan lancent le processus d'adhésion de la Suède et de la Finlande (Photo, AFP).
Les trente pays membres de l'Otan lancent le processus d'adhésion de la Suède et de la Finlande (Photo, AFP).
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  • La Suède et la Finlande ont signé un accord avec la Turquie qui a levé dans l'immédiat le veto d'Ankara à l'entrée des deux pays dans l'Otan
  • La Suède et la Finlande s'engagent également à étudier promptement et minutieusement des demandes d'extradition turques

STOCKHOLM: La Première ministre suédoise a déploré mercredi l'action de députés d'un parti de gauche ayant posé avec le drapeau du PKK kurde, au moment où Stockholm s'efforce d'amadouer la Turquie pour entrer dans l'Otan.

"Le PKK est sur la liste des organisations terroristes, pas seulement en Suède mais ausis dans l'UE, et poser avec ce genre de drapeaux est extrêmement déplacé", a affirmé Magdalena Andersson dans une interview à l'agence TT.

La Suède et la Finlande ont signé un accord mardi dernier avec la Turquie qui a levé dans l'immédiat le veto d'Ankara à l'entrée des deux pays nordiques dans l'alliance.

Le texte confirme que Stockholm et Helsinki considèrent le PKK comme une organisation terroriste et que les deux capitales s'engagent à ne pas soutenir divers groupes honnis par Ankara, dont le mouvement armé kurde YPG en Syrie.

La Suède et la Finlande s'engagent également à étudier "promptement et minutieusement" des demandes d'extradition turques.

L'accord a suscité des inquiétudes dans l'importante communauté kurde de Suède et des critiques au sein de partis de gauche suédois, qui accusent le gouvernement d'avoir trop cédé au président turc Recep Tayyip Erdogan.

L'action de plusieurs parlementaires du parti de gauche a eu lieu mardi lors d'une semaine d'universités d'été des partis politiques suédois sur l'île du Gotland, où on les voit poser avec des drapeaux du PKK, mais aussi des YPG et du mouvement armé de femmes kurdes YPJ.

La députée Lorena Delgado Varas, l'une de ceux qui a posé avec les drapeaux, a déploré l'hypocrisie de Stockholm vis-à-vis des groupes kurdes en Syrie qui ont combattu l'organisation jihadiste de l'Etat islamique.

"Maintenant ils font volte-face, pour se rapprocher du dictateur Erdogan. Tout ça pour joindre l'Otan", a-t-elle écrit sur Twitter.

Hostile à l'adhésion à l'Otan, le parti de Gauche (ex-communiste) est un appui parlementaire de Magdalena Andersson, sans faire partie du gouvernement.

Si la Turquie a donné son feu vert à la première phase de la candidature d'adhésion de la Suède et de la Finlande, le Parlement turc doit encore ratifier cette entrée.

Ankara a prévenu que cette ratification serait conditionnée au respect des engagements pris par Stockholm et Helsinki.

Le président Erdogan avait affirmé la semaine dernière que la Suède avait "promis" d'extrader 73 "terroristes" vivant sur son sol et voulus par Ankara, même si aucun engagement de cette sorte ne figure dans l'accord signé en marge du sommet de l'Otan à Madrid.