Pakistan: «Longue marche» d'Imran Khan et ses partisans sur Islamabad

Le Premier ministre pakistanais déchu Imran Khan lève le poing face à ses partisans à Swabi, au Pakistan, le mercredi 25 mai 2022 (Photo, AP).
Le Premier ministre pakistanais déchu Imran Khan lève le poing face à ses partisans à Swabi, au Pakistan, le mercredi 25 mai 2022 (Photo, AP).
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Publié le Jeudi 26 mai 2022

Pakistan: «Longue marche» d'Imran Khan et ses partisans sur Islamabad

  • Renversé le 10 avril par une motion de censure, M. Khan s'efforce depuis, avec son parti, de faire pression sur la fragile coalition au pouvoir
  • La police pakistanaise avait dès le début de la matinée verrouillé l'accès à la capitale, placée sous haute surveillance

ISLAMABAD: L'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan est arrivé mercredi à Islamabad à la tête d'un cortège de plusieurs milliers de ses partisans, après des échauffourées avec la police chargée par le gouvernement de les empêcher d'atteindre la capitale.

Renversé le 10 avril par une motion de censure, M. Khan s'efforce depuis, avec son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), de faire pression sur la fragile coalition au pouvoir, en organisant de vastes rassemblements dans tout le pays.

L'ancien joueur vedette de cricket avait appelé à une "longue marche" vers Islamabad à partir de mercredi, assurant que ses partisans ne quitteraient pas les rues tant que le nouveau gouvernement n'aurait pas accepté de convoquer immédiatement des élections législatives. La date limite pour la tenue de ce scrutin est fixée à octobre 2023.

"Aucun obstacle ne peut nous arrêter. Nous renverserons toutes les barrières et atteindrons (...) Islamabad", a déclaré M. Khan depuis le toit d'un camion, après avoir pris la tête du convoi principal qui comprenait plus de 20.000 personnes en fin de journée, selon une estimation de l'AFP.

Peu auparavant, il avait atterri dans son hélicoptère personnel sur une autoroute au milieu de ses partisans en voiture ou à pied agitant des drapeaux aux couleurs rouge et vert du PTI, près de Mardan, à une centaine de kilomètres au nord-ouest d'Islamabad.

Le convoi était parti de la province du Khyber Pakhtunkhwa, dirigée par le PTI.

La police pakistanaise avait dès le début de la matinée verrouillé l'accès à la capitale, placée sous haute surveillance. Elle avait aussi bloqué toutes les routes principales y menant, depuis les grandes villes les plus proches: Peshawar, Lahore, et Multan.

Gaz lacrymogènes

A Lahore et en divers autres endroits, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes pour repousser des manifestants qui tentaient d'enlever les barrages routiers afin de se joindre au mouvement.

La plupart des partisans du PTI ont été empêchés de quitter Lahore, où la situation est ensuite redevenue calme, selon un communiqué de la police.

En fin d'après-midi, la police a aussi utilisé des lacrymogènes pour disperser quelques 150 personnes rassemblées dans le centre de la capitale.

Mais cela n'a pas semblé entamer la détermination des militants du PTI. "Nous obéirons à Khan quoi qu'il dise. S'il nous demande de rester une nuit, nous resterons une nuit, s'il nous demande de rester un an, nous y sommes prêts", a déclaré Nasir Khan, un opticien, à Attock, où les manifestants sont parvenus à dégager un pont stratégique bloqué par des conteneurs après des heurts avec la police.

Le gouvernement de coalition du Premier ministre Shehbaz Sharif s'était dit mardi déterminé à empêcher la tenue d'un événement qui ne viserait qu'à "diviser la nation et propager le chaos".

"Personne ne devrait être autorisé à assiéger la capitale et dicter ses conditions", avait justifié le ministre de l'Intérieur, Rana Sanaullah.

Délabrement de l'économie

En début de soirée, la Cour suprême a ordonné la libération des personnes arrêtées les 24 dernières heures, et demandé au gouvernement et à l'opposition de négocier la tenue d'un rassemblement pacifique et sécurisé dans la capitale.

Au total, 1.700 personnes ont été arrêtées depuis que la police a commencé à perquisitionner des maisons de partisans du PTI dans la nuit de lundi à mardi, a précisé mercredi le ministre de l'Intérieur.

La Commission des droits de l'Homme du Pakistan s'est déclarée "très préoccupée par les méthodes autoritaires des forces de l'ordre". 

"La réaction excessive de l’Etat a déclenché, plus qu’elle n’a empêché, la violence dans les rues", a-t-elle affirmé dans un tweet. 

Imran Khan avait été élu en 2018 en dénonçant la corruption des élites symbolisée par la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) de M. Sharif et le Parti du peuple pakistanais (PPP) de la famille Bhutto, deux partis longtemps rivaux qui ont dominé la vie politique nationale pendant des décennies.

Mais le délabrement de l'économie, avec une croissance restée nulle depuis trois ans, une inflation élevée, une roupie faible et une dette qui s'est creusée, ainsi que la détérioration de la situation sécuritaire, ont fait éclater sa coalition.

M. Khan s'est accroché au pouvoir, au risque de polariser un peu plus la société pakistanaise. Engagé depuis plusieurs mois dans une surenchère rhétorique, il n'a pas hésité à prétendre que sa chute était le fruit d'une "conspiration" ourdie par les États-Unis.

Il a finalement dû se résoudre à voir la PML-N et le PPP revenir au pouvoir, cette fois-ci associés dans un gouvernement de coalition.

Il s'est aussi mis à dos la toute puissante armée, accusée d'avoir contribué à le porter au pouvoir en 2018.


Le chef de la diplomatie israélienne au Soudan, une première

Le chef de l'armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan a accueilli jeudi le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen à Khartoum, lors de la première visite officielle d'un haut diplomate israélien. (Photo, AFP)
Le chef de l'armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan a accueilli jeudi le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen à Khartoum, lors de la première visite officielle d'un haut diplomate israélien. (Photo, AFP)
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  • Le ministère israélien des Affaires étrangères a évoqué un «voyage politique historique» et annoncé que M. Cohen tiendrait en Israël une conférence de presse à 19H30 locales
  • En janvier 2021, alors que civils et militaires se partageaient le pouvoir au Soudan, Khartoum avait annoncé son adhésion aux accords d'Abraham

KHARTOUM: Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de facto du Soudan depuis son putsch en 2021, a reçu jeudi à Khartoum Eli Cohen pour la première visite officielle d'un chef de la diplomatie israélienne dans le pays.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a évoqué un "voyage politique historique" et annoncé que M. Cohen tiendrait en Israël une conférence de presse à 19H30 locales (17H30 GMT) à ce sujet.

Selon le Conseil souverain soudanais, que le général Burhane préside, les deux hommes ont discuté des "moyens d'établir des relations fructueuses" et des "projets possibles de coopération" dans des domaines aussi variés que la sécurité, l'agriculture, l'énergie, la santé, l'eau et l'éducation.

En janvier 2021, alors que civils et militaires se partageaient le pouvoir au Soudan, Khartoum avait annoncé son adhésion aux accords d'Abraham --par lesquels trois autres Etat arabes ont reconnu Israël.

Le pays rompait ainsi avec la position inflexible du dictateur Omar el-Béchir, déchu en 2019, grand ennemi de l'Etat hébreu et longtemps proche du mouvement palestinien Hamas.

Mais en signant les Accords d'Abraham, le Soudan, au ban de la communauté internationale durant un long embargo sous Béchir, avait obtenu une aide financière des Etats-Unis, quelques semaines après son retrait de la liste américaine des Etats accusés de financer le terrorisme.

Depuis, la communauté internationale a interrompu au lendemain du coup d'Etat son aide --deux milliards de dollars annuels--. Une manne précieuse pour le pays, l'un des plus pauvres au monde.

Normalisation, «trahison»

Régulièrement, la presse israélienne se fait l'écho de visites "secrètes" de responsables israéliens au Soudan, sans que les deux Etats n'infirment ou ne confirment ces rencontres.

Lors de son putsch du 25 octobre 2021, le général Burhane a limogé les civils et suspendu la transition vers la démocratie. Mais dès son tout premier discours, quelques heures après son coup d'Etat, il a assuré que son pays resterait lié par les accords internationaux qu'il avait signés.

En novembre, le général Burhane a envoyé un message de félicitations au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui venait de remporter les législatives israéliennes avec ses alliés d'extrême droite et ultra-orthodoxes.

Les Emirats arabes unis, Bahreïn, et le Maroc ont normalisé leurs relations avec l'Etat hébreu sous l'égide de Washington dans le cadre des accords d'Abraham.

Ces accords de normalisation, qui ont brisé le consensus arabe selon lequel aucune entente n'est possible avec l'Etat hébreu sans résolution du conflit israélo-palestinien, ont été dénoncés comme une "trahison" par les Palestiniens.

Contrairement aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Maroc, le Soudan n'a pas fait suivre l'accord de mesures concrètes pour approfondir les liens. Et la ratification formelle par des institutions élues n'a toujours pas eu lieu, le pays nageant en plein marasme politique avant même le putsch.

Autre pays africain, le Tchad a inauguré jeudi une ambassade en Israël, quatre ans après la reprise des relations diplomatiques entre les deux Etats.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a participé à l'inauguration de l'ambassade à Ramat Gan près de Tel-Aviv, avec le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, a salué "un moment historique", d'après son bureau.


Au Soudan, il faut faire rendre des comptes et réformer la sécurité

Le nouvel expert des droits de l'homme de l'ONU, Radhouane Nouicer, tient une conférence de presse lors de sa visite au Soudan, à Khartoum, le 2 février 2023. (Photo, AFP)
Le nouvel expert des droits de l'homme de l'ONU, Radhouane Nouicer, tient une conférence de presse lors de sa visite au Soudan, à Khartoum, le 2 février 2023. (Photo, AFP)
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  • Le diplomate tunisien a remplacé en décembre le Sénégalais Adama Dieng, démissionnaire après avoir plaidé lui aussi pour des procès et la fin de la répression
  • Lors d'une conférence de presse jeudi, le diplomate a dit leur avoir «recommandé» d'amener devant la justice «au plus vite» les membres des forces de sécurité responsables de la mort de manifestants

KHARTOUM: Le nouvel expert de l'ONU pour les droits humains Radhouane Nouicer a plaidé jeudi à Khartoum pour la levée de l'immunité des responsables de violences au Soudan, pays dans l'impasse politique plus d'un an après un putsch qui a interrompu la transition démocratique.

Le diplomate tunisien a remplacé en décembre le Sénégalais Adama Dieng, démissionnaire après avoir plaidé lui aussi pour des procès et la fin de la répression qui a tué plus de 120 militants opposés au coup d'Etat mené le 25 octobre 2021 par le général Abdel Fattah al-Burhane.

Depuis samedi, M. Nouicer a rencontré des représentants civils et militaires au Soudan, dont Abdel Fattah al-Burhane --devenu de facto le dirigeant du pays depuis son putsch-- et son adjoint le général Mohammed Hamdan Daglo, patron des très redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Lors d'une conférence de presse jeudi, le diplomate a dit leur avoir "recommandé" d'amener devant la justice "au plus vite" les membres des forces de sécurité responsables de la mort de manifestants.

Il a aussi plaidé pour que soit levée "l'immunité des forces de sécurité impliquées dans des violations des droits humains".

Et cela, a-t-il dit, passera "par une feuille de route claire pour la réforme du secteur de la sécurité", la principale pomme de discorde entre civils et militaires au Soudan.

Les représentants de la société civile, a-t-il ajouté, se sont plaints de "restrictions de plus en plus strictes" et, note-t-il, "le manque de confiance grandit".

En janvier, le dialogue politique au Soudan est entré dans sa deuxième phase sans qu'aucun calendrier ni ordre du jour formel ne soit donné pour la mise en oeuvre de l'accord qui l'encadre.


​​Le président tchèque élu appelle à une aide «sans limite» à l'Ukraine

Selon le président élu tchèque Petr Pavel, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN n'est qu'«une question de volonté politique» une fois la guerre terminée. (Photo, AFP)
Selon le président élu tchèque Petr Pavel, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN n'est qu'«une question de volonté politique» une fois la guerre terminée. (Photo, AFP)
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  • M. Pavel, qui a dirigé le comité militaire de l'OTAN de 2015 à 2018, a remporté l'élection présidentielle samedi et prêtera serment le 9 mars
  • Il a déclaré que l'Occident devrait fournir à l'Ukraine, qui lutte contre une invasion russe, tous les types d'armes, à l'exception du nucléaire

PRAGUE: Le président élu tchèque Petr Pavel, un ancien général de l'OTAN, a déclaré jeudi à l'AFP qu'il ne devrait y avoir "aucune limite" à l'aide militaire de l'Occident à l'Ukraine ravagée par la guerre, exhortant les alliés à faire preuve de plus de courage.

M. Pavel, qui a dirigé le comité militaire de l'OTAN de 2015 à 2018, a remporté l'élection présidentielle samedi et prêtera serment le 9 mars.

Dans un entretien accordé à l'AFP, M. Pavel, 61 ans, a déclaré que l'Occident devrait fournir à l'Ukraine, qui lutte contre une invasion russe, tous les types d'armes, à l'exception du nucléaire.

"En ce qui concerne les armes conventionnelles, je ne vois vraiment aucune raison de fixer des limites", a-t-il déclaré.

"L'Ukraine ne peut pas combattre un adversaire aussi dur sans des blindés, des drones, une artillerie et des missiles à plus longue portée, ni sans, peut-être, des avions supersoniques", a-t-il ajouté.

Les alliés occidentaux, dont la République tchèque, ont fourni à l'Ukraine une aide militaire substantielle depuis le début de l'invasion le 24 février 2022.

Selon M. Pavel il fallait faire preuve de plus de courage car "certains pays ont une position un peu réservée" sur les livraison d'armes modernes.

"Si nous voulons adopter une position unique, qui nous donne les meilleures chances de succès, nous devrions agir de manière unie sur ces questions", a-t-il déclaré à l'AFP, faisant écho à la proposition de la Pologne d'envoyer des avions de combat F-16 en Ukraine, si cette initiative était soutenue par l'ensemble de l'OTAN.

Tous les moyens

"Nous devrions fournir à l'Ukraine tous les moyens pour l'aider à repousser l'armée russe hors de son territoire par ses propres moyens", a dit M. Pavel.

Au lendemain du scrutin, le président élu s'est entretenu au téléphone avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour l'assurer du soutien de son pays.

Il a également déclaré qu'il prévoyait de se rendre en Ukraine avec son homologue slovaque Zuzana Caputova au printemps.

"Il est important de montrer un soutien continu à l'Ukraine, de souligner toutes les bonnes choses et la volonté de poursuivre notre initiative vis-à-vis de l'Ukraine. Je pense que c'est ce que l'Ukraine a besoin d'entendre", a déclaré M. Pavel.

La République tchèque, membre de l'UE et de l'OTAN de 10,5 millions d'habitants, a jusqu'à présent fourni à l'Ukraine une aide militaire d'une valeur de 217 millions de dollars, a indiqué jeudi à l'AFP le ministère de la Défense.

M. Pavel a également soutenu la candidature de l'Ukraine à l'UE et à l'OTAN une fois la guerre terminée.

"Si nous percevons l'OTAN et l'UE comme une zone de stabilité, de coopération, de bonnes relations, alors nous devrions permettre à un autre grand pays européen de nous rejoindre", a déclaré M. Pavel.

"Et ce n'est pas seulement qu'elle mérite d'y adhérer, mais nous en profiterons également, tout comme la Russie lorsqu'elle sera en mesure de rétablir à nouveau des relations normales avec l'Occident."

Volonté politique

Selon lui, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN n'est qu'"une question de volonté politique" une fois la guerre terminée.

"En termes d'accord sur les valeurs, d'intérêts stratégiques à long terme, d'interopérabilité technologique entre l'OTAN et l'armée ukrainienne, je pense que l'Ukraine a déjà rempli les conditions."

En outre, "en ce qui concerne le conflit qui s'éternise et la dernière phase de cette guerre vraiment chaude, l'Ukraine et son armée seront l'armée la plus expérimentée, la mieux préparée en Europe", a ajouté M. Pavel.

Selon lui, la guerre doit prendre fin avec le retrait de la Russie, des pourparlers de paix, la reconstruction de l'Ukraine et des enquêtes sur les crimes de guerre.

"Nous devrons amener la Russie à cela, non seulement en poursuivant le soutien à l'Ukraine, mais aussi en étant très strict dans la mise en oeuvre des sanctions contre la Russie", a-t-il indiqué.

"C'est le seul moyen de faire comprendre à la Russie qu'elle a agi à l'encontre des normes, et que dans le monde civilisé du 21e siècle, même un grand pays comme la Russie ne peut ignorer les normes de la communauté mondiale."