Face à la fièvre du Congo, l'Irak cherche la petite bête

Un agent de santé désinfecte des veaux dans une ferme à Al-Bojari, en Irak (Photo, AFP).
Un agent de santé désinfecte des veaux dans une ferme à Al-Bojari, en Irak (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Lundi 30 mai 2022

Face à la fièvre du Congo, l'Irak cherche la petite bête

  • La fièvre sévit depuis des décennies dans les Balkans, en Iran et en Turquie
  • Les personnes les plus touchées sont les éleveurs de bétail et les employés des abattoirs

NASSIRIYA, Irak: Dans une étable de fortune, une équipe en tenue de protection asperge une vache et ses veaux d'un pesticide. Une scène désormais presque quotidienne dans les campagnes d'Irak, confrontées cette année à des records de contamination à la fièvre hémorragique du Congo.

"Le nombre de cas enregistrés est sans précédent", indique à l'AFP Haidar Hantouche, un responsable des autorités sanitaires de Dhi Qar, province pauvre et rurale du sud. "Il n'y a pas de comparaison possible" avec ces dernières années, où les contaminations se comptaient "sur les doigts de la main".

Depuis janvier, l'Irak a recensé parmi sa population 111 cas confirmés de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC), dont 19 décès, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

La moitié de ces contaminations se trouvent à Dhi Qar, où sont élevés des boeufs, des moutons et des buffles, autant d'hôtes intermédiaires potentiels du virus.

Au village d'Al-Boujari, une équipe du département sanitaire désinfecte les bêtes dans une maison où une femme a été contaminée.

Lunettes de protection sur les yeux et vêtus d'une combinaison blanche, les agents masqués aspergent la vache et ses deux veaux d'un acaricide qui tue les tiques porteuses de la maladie.

L'opération terminée, un des hommes exhibe dans un petit récipient des tiques brunâtres, pas plus grosses qu'un ongle, ramassées sur le bétail.

Selon l'OMS, la transmission à l'humain de la fièvre hémorragique se produit "soit par les piqûres de tiques, soit par contact avec du sang ou des tissus d'animaux infectés, pendant ou immédiatement après l'abattage".

«Animaux en liberté»

Documenté pour la première fois en Irak en 1979, le virus provoque la mort dans 10 à 40% des cas. Entre humains, la transmission "peut survenir à la suite d'un contact direct avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques de sujets infectés", selon l'OMS.

Cette année Dhi Qar a recensé 43 cas, dont huit décès, contre seulement 16 cas, dont sept décès l'an dernier, selon M. Hantouche.

Les personnes les plus touchées sont les éleveurs de bétail et les employés des abattoirs.

Derrière cette "flambée"? Le représentant de l'OMS en Irak Ahmed Zouiten avance plusieurs "hypothèses".

Il évoque l'absence, en 2020 et 2021, des campagnes de pulvérisation menées annuellement par les autorités sur les bêtes, en raison des restrictions imposées par le coronavirus. Par conséquent "la population des tiques a augmenté", dit-il.

Il y a aussi "la multiplication des puces" qui a débuté "environ deux à trois semaines plus tôt", souligne l'expert.

"Avec beaucoup de prudence, nous attribuons une partie de cette flambée au réchauffement climatique, qui a allongé la période de multiplication des tiques", explique-t-il.

Le médecin Azhar al-Assadi, spécialiste des maladies hématologiques dans un hôpital de Nassiriya, évoque lui le non-respect des normes d'hygiène dans les abattoirs et la présence "d'animaux en liberté" dans certaines régions.

Chez les patients contaminés, "la moyenne d'âge est d'environ 33 ans", même si la fourchette va de 12 à 75 ans, explique-t-il.

Les cas les plus graves souffrent de tout type d'hémorragie: de la bouche, du nez, mais aussi des hémorragies internes touchant le système gastro-intestinal et l'appareil urinaire.

"On craint une hausse des cas durant Aïd al-Adha en raison de l'augmentation des abattages et les contacts plus nombreux avec la viande", indique le médecin. Lors de cette grande fête musulmane, attendue en juillet, de nombreuses familles égorgent une bête pour le repas.

«Peur de la viande rouge»

La fièvre sévit depuis des décennies dans les Balkans, en Iran et en Turquie. Elle a aussi connu plusieurs pics en Afghanistan avec 583 cas en 2019 puis 184 cas, dont 15 décès, en 2020, selon l'OMS.

L'Irak, épaulé par l'ONU, a intensifié les pulvérisations et initié des campagnes de sensibilisation auprès des populations. Les hôpitaux ont adopté dans leur traitement un antiviral "qui donne de bons résultats", selon M. Zouiten. "La mortalité semble diminuer."

Près de Najaf, grande ville du sud, les abattoirs sont surveillés par les autorités locales. Ici, la maladie a affecté la consommation de viande.

"Avant, j'égorgeais 15 ou 16 bêtes par jour, maintenant c'est plutôt sept ou huit", reconnaît le boucher Hamid Mohsen.

"La quantité de bétail qui arrive quotidiennement a diminué d'environ 50%", confirme Fares Mansour, directeur de l'hôpital vétérinaire de Najaf qui supervise les abattoirs.

"Les gens ont peur de la viande rouge et pensent qu'elle peut transmettre l'infection."


Le Premier ministre du Qatar à Téhéran pour relancer la diplomatie

Le Premier ministre du Qatar, pays médiateur dans le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, a rencontré jeudi à Téhéran le chef de la diplomatie iranienne pour tenter de relancer la voie diplomatique, au point mort après six mois de guerre. (Reuters)
Le Premier ministre du Qatar, pays médiateur dans le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, a rencontré jeudi à Téhéran le chef de la diplomatie iranienne pour tenter de relancer la voie diplomatique, au point mort après six mois de guerre. (Reuters)
Short Url
  • Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre et chef de la diplomatie qatarie, s'est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi, a rapporté la télévision d'Etat iranienne
  • "Ils ont discuté des efforts déployés pour apaiser les tensions", ainsi que des échanges en cours entre l'Iran et Oman, pays qui bordent le détroit d'Ormuz, au sujet de "la mise en place d'un couloir maritime conjoint temporaire"

TEHERAN: Le Premier ministre du Qatar, pays médiateur dans le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, a rencontré jeudi à Téhéran le chef de la diplomatie iranienne pour tenter de relancer la voie diplomatique, au point mort après six mois de guerre.

Déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran qui a riposté en bombardant les pays du Golfe, dont le Qatar, le conflit a baissé en intensité ces derniers mois, se cristallisant autour du détroit stratégique d'Ormuz, verrouillé par Téhéran.

Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre et chef de la diplomatie qatarie, s'est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi, a rapporté la télévision d'Etat iranienne.

"Ils ont discuté des efforts déployés pour apaiser les tensions", ainsi que des échanges en cours entre l'Iran et Oman, pays qui bordent le détroit d'Ormuz, au sujet de "la mise en place d'un couloir maritime conjoint temporaire", a indiqué sur X le ministère qatari des Affaires étrangères.

Le Premier ministre qatari a "souligné la nécessité de respecter la souveraineté des pays voisins et la liberté de navigation", et insisté sur "l'importance de poursuivre les efforts diplomatiques pour résoudre les différends par le dialogue", indique le ministère.

Navire attaqué 

L'Iran exclut tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit, par lequel transitait avant fin février un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Une situation inacceptable pour Washington et plusieurs autres pays de la région, qui réclament la réouverture du passage.

En début de semaine, l'Iran et Oman avaient annoncé discuter d'un accord-cadre en vue d'établir un "couloir temporaire" et de déployer un projet conjoint de déminage.

Selon les discussions en cours, les navires entrant dans le Golfe emprunteraient les eaux iraniennes, et ceux en sortant passeraient par les eaux omanaises avant de poursuivre leur route dans les eaux iraniennes, a indiqué Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères.

Mi-août, le Qatar avait appelé Mascate et Téhéran à finaliser un accord, afin de "faciliter" la reprise des négociations visant à mettre fin à la guerre.

Toutefois, un navire a une nouvelle fois été touché par un projectile dans le détroit d'Ormuz dans la nuit de mercredi à jeudi, a annoncé l'agence maritime britannique UKMTO.

Les navires tentant de franchir le détroit sont régulièrement pris pour cible par l'Iran, qui conditionne la réouverture complète du détroit à une série de concessions de Washington et un arrêt de la guerre "sur tous les fronts".

Mais la visite du ministre qatari intervient aussi à un moment où les Etats-Unis, délaissant le volet militaire de la guerre, accentuent la pression économique sur l'Iran, déjà sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.

Lundi, le ministre des Finances américain Scott Bessent a annoncé un nouveau paquet de sanctions et menacé d'isolement économique tout pays qui continuerait de commercer avec Téhéran.

Bien que la République islamique ait assuré que les Etats-Unis n'obtiendront "rien" avec cette pression, le président iranien Massoud Pezeshkian a reconnu que son pays faisait face à "de nombreuses difficultés économiques".

Le blocus des ports iraniens, imposé par Washington en représailles au verrouillage d'Ormuz, empêche le pays d'importer de l'essence, alors que la production nationale ne suffit pas à couvrir les besoins, a admis mercredi soir un haut responsable iranien.

Réduction des quotas d'essence 

Après l'annonce des nouvelles sanctions, les files d'attente s'allongeaient devant les stations-service en Iran.

Les autorités ont annoncé une rare réduction des quotas d'essence en vigueur depuis des années, avec des prix majorés pour quiconque souhaiterait les dépasser.

Les prix des carburants en Iran, l'un des principaux producteurs de pétrole mondiaux, sont parmi les plus bas du monde.

En 2019, une hausse soudaine du prix de l'essence avait provoqué des manifestations qui s'étaient étendues à une centaine de villes, faisant des dizaines de morts.

Alors que les Etats-Unis veulent sanctionner les partenaires économiques de l'Iran, le ministre iranien du Pétrole, Mohsen Paknejad, a affirmé jeudi que les ventes de pétrole au-delà des eaux territoriales iraniennes se poursuivaient.

"Des livraisons sont effectuées aux clients. (...) Elles ont certes diminué, mais elles ont persisté", a-t-il assuré auprès de l'agence Isna.

Les cours du pétrole brut restent stables jeudi matin, le marché jugeant que les initiatives diplomatiques se poursuivent au Moyen-Orient, le baril de Brent s'échangeant à 88 dollars.


L'Iran annonce des «accords» avec Oman sur un partage des revenus du détroit d'Ormuz

Les Gardiens iraniens de la Révolution ont annoncé mercredi que "certains accords" avaient été conclus Oman sur la gestion du détroit d'Ormuz, prévoyant notamment un partage des revenus liés à la navigation dans ce passage maritime. (AFP)
Les Gardiens iraniens de la Révolution ont annoncé mercredi que "certains accords" avaient été conclus Oman sur la gestion du détroit d'Ormuz, prévoyant notamment un partage des revenus liés à la navigation dans ce passage maritime. (AFP)
Short Url
  • Mardi à Téhéran, selon un communiqué conjoint, les ministres des Affaires étrangères omanais et iranien avaient discuté d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz
  • Selon le communiqué, les négociations se poursuivaient   pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires"

TEHERAN: Les Gardiens iraniens de la Révolution ont annoncé mercredi que "certains accords" avaient été conclus Oman sur la gestion du détroit d'Ormuz, prévoyant notamment un partage des revenus liés à la navigation dans ce passage maritime.

"Au cours des négociations avec Oman, certains accords ont été conclus concernant la part de chaque pays dans les eaux du détroit et la part de l'Iran et d'Oman dans ses revenus", a déclaré le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Hossein Mohebi.

Il a accusé les Etats-Unis d'"entraver les travaux" visant à finaliser un accord.

Mardi à Téhéran, selon un communiqué conjoint, les ministres des Affaires étrangères omanais et iranien avaient discuté d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz et y prévoyant une opération de déminage.

Selon le communiqué, les négociations se poursuivaient   pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires".

Le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Etats-Unis mènent en retour un blocus des ports iraniens.

L'Iran discute depuis des semaines avec Oman, tout en affirmant que le détroit restera verrouillé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, prévoyant notamment la levée du blocus américain et des sanctions économiques contre Téhéran.

 


Le Premier ministre qatari à Téhéran jeudi

Short Url
  • Le Premier ministre qatari, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, se rend jeudi à Téhéran
  • Il rencontrera plusieurs responsables iraniens afin de discuter des moyens d'apaiser les tensions

DOHA: Le Premier ministre qatari, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, se rend jeudi à Téhéran, où il rencontrera plusieurs responsables iraniens afin de discuter des moyens d'apaiser les tensions, a déclaré mercredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, sur X.