Au procès du 13-Novembre, un plaidoyer pour Paris et les «victimes oubliées»

La salle d'audience provisoire installée au Palais de Justice de Paris le 8 septembre 2021 (Photo, AFP).
La salle d'audience provisoire installée au Palais de Justice de Paris le 8 septembre 2021 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 03 juin 2022

Au procès du 13-Novembre, un plaidoyer pour Paris et les «victimes oubliées»

  • L'avocat a plaidé pour obtenir le statut de victimes aux habitants de l'immeuble de Saint-Denis où s'étaient réfugiés deux membres du commando
  • La cour devra dire, à l'issue de son délibéré, si la requête de la Ville de Paris mais aussi de la municipalité de Saint-Denis, du Bataclan

PARIS:Quel est le point commun entre la Ville de Paris et les humbles habitants de l'immeuble de Saint-Denis où s'étaient réfugiés deux membres du commando ? La voix de leur avocat a résonné jeudi pour leur obtenir le statut de victimes au procès du 13-Novembre.

"Le 13-Novembre n’est pas un attentat à Paris mais un attentat contre Paris", a plaidé l'avocat Patrick Klugman au nom de la Ville de Paris tandis que sa consœur Claudette Eleini a fait entendre la voix des "victimes contestées" de l'immeuble de Saint-Denis pris d'assaut par le Raid le 18 novembre 2015 et qui aimeraient obtenir le statut de "victimes du terrorisme".

En plus de se prononcer sur la culpabilité des 20 accusés du procès des attentats du 13-Novembre, la cour présidée par Jean-Louis Périès devra dire, à l'issue de son délibéré, si la requête de la Ville de Paris mais aussi de la municipalité de Saint-Denis, du Bataclan, du Carillon, du Petit Cambodge ou encore de La Belle Équipe de se constituer partie civile est recevable.

C'est également le souhait des habitants de l’immeuble de Saint-Denis où se situait "l'appartement conspiratif" d'Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, deux assaillants du commando des terrasses.

"Pour les victimes du 13-Novembre, des moyens furent immédiatement mis en place pour leur venir en aide. D'autres victimes, réduites au silence, souffrent depuis six ans : les victimes du 48 rue de la République à Saint-Denis où s'étaient réfugiés Abaaoud et Akrouh", a rappelé Me Eleini.

"Ces victimes n'ont nullement été aidées, elles n'ont bénéficié d'aucune aide matérielle, de réunion d'information, n'ont pas été contactées par l’État. Au contraire, ces victimes ont été humiliées, diffamées, traînées dans la boue, instrumentalisées, non-indemnisées et, maintenant, spoliées", a déploré l'avocate.

"Qu'on ne vienne pas nous dire que les préjudices des habitants (de l'immeuble de Saint-Denis) sont uniquement dus à l'opération de police judiciaire. Les dégâts sont dus également à l'explosion d'une violence terrifiante" de la ceinture explosive d'Akrouh, a-t-elle ajouté en faisant diffuser des images des dégâts dans l'appartement loué aux fugitifs par Jawad Bendaoud.

"Le parquet, en leur contestant leur qualité de parties civiles et de victimes du terrorisme, leur inflige de nouvelles souffrances", a dénoncé l'avocate avant de demander à la cour de leur reconnaître "le statut de victimes". "Redonnez-leur la dignité", a-t-elle insisté.

Paris est votre défaite

"Pour le monde entier qu’est-ce que Paris ? Mona Lisa, Le Louvre, la Tour Eiffel ? Paris c’est une terrasse de café où l’on rit, et une salle de concert bondée", avait plaidé avant elle Me Klugman.

"L’ennemi était nommé par le communiqué de revendication des attentats : +Paris la capitale des abominations et de la perversion+. Un clip vidéo diffusé peu après fixait le but militaire de cette entreprise de terreur avec précision : +Target Paris+ (Cibler Paris)", a rappelé l'avocat.

"Je plaide pour Paris (...) cette ville libre comme beaucoup d’autres mais finalement comme aucune autre", a-t-il ajouté.

"Je plaide pour une ville qui n’oublie pas" et "pour la maire de Paris (Anne Hidalgo) qui porte le 13-Novembre avec elle, qui n’en oublie ni les images, ni les visages, ni les corps vus ce soir-là", a insisté Me Klugman en rappelant l'engagement des services et agents municipaux pour aider les victimes notamment en ouvrant "ses mairies, ses gymnases, ses écoles pour accueillir les blessés ou entreposer les morts".

"Les New Yorkais ont le 11 septembre 2001. Nous avons le 13 novembre 2015", a-t-il affirmé avant de dire, en se tournant vers le box des accusés: "Paris est votre défaite".

Mes Eleini et Klugman seront-ils entendus ? "Certes, la ville de Paris est visée nommément, mais c’est la France tout entière qui est visée. Paris l’est en tant que capitale de la France, sur la base de considérations qui viennent des politiques françaises, en la personne de François Hollande et non d’Anne Hidalgo" avait relevé en octobre l’avocate générale Camille Hennetier.

Concernant les 80 personnes qui vivaient dans l'immeuble de Saint-Denis, "leur préjudice moral et matériel n'est pas rattachable à l'une des infractions poursuivies lors de ce procès", avait également estimé l'avocate générale.


Macron se rendra au Vatican les 9 et 10 avril pour rencontrer Léon XIV

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au palais d'Akasaka à Tokyo, le 1er avril 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au palais d'Akasaka à Tokyo, le 1er avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Les discussions porteront sur les défis liés à l’actualité internationale, en présence de Brigitte Macron

PARIS: Emmanuel Macron se rendra les 9 et 10 avril au Vatican où il rencontrera pour la première fois le pape Léon XIV, a annoncé mercredi la présidence française.

Le chef de l'Etat, accompagné de son épouse Brigitte, abordera notamment "les défis soulevés par l'actualité internationale", a souligné la présidence française.


Carburants: Lecornu veut utiliser le "surplus" de recettes fiscales pour décarboner l'économie

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Le gouvernement français privilégie une stratégie à long terme : utiliser les surplus fiscaux liés à la hausse des carburants pour accélérer l’électrification, plutôt que baisser immédiatement les taxes
  • La flambée des prix de l’énergie alimente un fort débat politique : l’opposition réclame baisses de taxes, plafonnement ou aides ciblées, tandis que l’exécutif maintient une ligne de rigueur budgétaire et d’aides limitées

PARIS: Les carburants sont le gros morceau d'une réunion mercredi du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui promet d'utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l'économie et maintient sa prudence sur des mesures massives d'allègement à court terme de la facture des usagers.

L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.

Avant cette réunion au parfum de Conseil des ministres qui a débuté à Matignon à 10H30, le chef du gouvernement a donné "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés. Il a suggéré de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure est ainsi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.

De son côté, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon s'est défendue de l'idée d'un Etat "profiteur" de crise, ce dont l'accuse le Rassemblement national.

"L'Etat ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise, parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez (...), vous n'êtes jamais gagnant" mais s'il existe des surplus ponctuels, "ils doivent aller sur ces réponses structurelles", a-t-elle expliqué sur TF1.

- "Long terme" -

Il s'agit d'une réponse de "long terme", a-t-elle assumé, en indiquant que "moins de 10%" des stations-service rencontraient actuellement des problèmes d'approvisionnement.

Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient se prolonge.

Il a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, mesure demandée par le RN.

A droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".

Marine Le Pen pour le RN a manié l'ironie sur X. "Je croyais qu’il n’y avait pas de +surplus+ fiscal ?" et "qu’il n’existait aucun risque de pénurie ?".

A gauche, La France insoumise réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel.

Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".

Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre.

- "Sur-profits" -

Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année, l'exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, une mesure réclamée par le RN jugée trop onéreuse.

Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels.

Sans pour autant calmer les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu, qui a promis de nouvelles aides si le conflit s'éternisait.

Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression mardi.

L'ONG Greepeace a accusé dans une étude publiée mercredi, les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "sur-profits" par jour, dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre, grâce à une augmentation de leurs marges.

Outre les carburants, les ministres discuteront du calendrier parlementaire, très restreint pour cause d'élections sénatoriales en septembre, et de mesures de simplification visant à rendre l'Etat plus efficace.

Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, à la sortie des municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice.


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Short Url
  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.