Thaïlande: le Premier ministre recule face au mouvement pro-démocratie

La police anti-émeute monte la garde derrière les barbelés alors que des manifestants pro-démocratie défilent lors d'un rassemblement anti-gouvernemental à Bangkok. (MladenANTONOV/AFP)
La police anti-émeute monte la garde derrière les barbelés alors que des manifestants pro-démocratie défilent lors d'un rassemblement anti-gouvernemental à Bangkok. (MladenANTONOV/AFP)
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Publié le Jeudi 22 octobre 2020

Thaïlande: le Premier ministre recule face au mouvement pro-démocratie

  • Le Premier ministre thaïlandais a levé l'état d'urgence et recule face aux milliers de manifestants qui veulent réformer la monarchie
  • «Le gouvernement fait volte-face car il s'aperçoit que les vieux rouages ne fonctionnent plus»

BANGKOK: Le Premier ministre thaïlandais a reculé jeudi face au mouvement pro-démocratie, qui réclame sa tête et une réforme de la puissante monarchie, en levant l'état d'urgence «renforcé», une «victoire» pour les milliers de manifestants dans la rue malgré l'interdiction de rassemblement.

Le chef du gouvernement, Prayut Chan-O-Cha, a décidé de lever le décret d'urgence à partir de jeudi midi (05h00 GMT), selon la Gazette royale, l'organe officiel du palais. 

La situation «s'est détendue (...) désormais les représentants du gouvernement et les agences de l'État peuvent appliquer les lois ordinaires», est-il indiqué. «Toutes les mesures exceptionnelles (...) sont levées». 

Outre l'interdiction des rassemblements de plus de quatre personnes, le texte donnait carte blanche à la police pour procéder à des arrestations et saisir toute publication électronique jugée «contraire à la sécurité nationale».

Il avait été imposé le 15 octobre au lendemain d'incidents à l'encontre du cortège de la reine Suthida, lorsque des activistes pro-démocratie avaient levé trois doigts devant sa voiture, un signe de défi inspiré du film «Hunger Games» et devenu un symbole de résistance dans le royaume.

Mais, depuis, des milliers de manifestants, des jeunes pour la plupart, ont bravé l'interdiction de rassemblement, organisant des manifestations quotidiennes et simultanées dans divers lieux de la capitale.

«Perdre la face»

«Le gouvernement fait volte-face car il s'aperçoit que les vieux rouages ne fonctionnent plus», estime Christine Cabasset, chercheuse pour l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine.

«Il ne pouvait pas perdre la face plus longtemps face à une jeunesse ultra-déterminée qui n'a pas cessé le combat malgré l'arrestation de la plupart de ses leaders. C'est une victoire pour le mouvement qui ne cesse de conforter son assise».

La contestation, qui défile depuis l'été, exige la démission du Premier ministre, un général porté au pouvoir par un coup d'Etat en 2014 et légitimé par des élections controversées l'année dernière. 

Il demande aussi une révision de la Constitution, jugée trop favorable à l'armée et ose réclamer une réforme de la puissante et richissime monarchie, un sujet tabou dans le pays il y a peu.

Le roi Maha Vajiralongkorn n'a pas directement commenté les évènements en cours et a simplement déclaré la semaine dernière que la Thaïlande a «besoin d'un peuple qui aime son pays». 

Prayut Chan-O-Cha avait annoncé mercredi soir dans un discours à la nation qu'il se préparait à lever le décret d'urgence.

Je fais «le premier pas pour désamorcer la situation», avait-il déclaré appelant les protestataires à résoudre leurs différends par la voie du Parlement qui se réunit en session extraordinaire à partir de lundi pour tenter de résoudre la crise.

Au même moment, quelque 7.000 manifestants pro-démocratie étaient rassemblés non loin de la Maison du Gouvernement, bravant le décret pour la septième journée consécutive.

Mesures d'urgence, utilisation de canons à eau pour disperser une manifestation, arrestation de dizaines de militants ces derniers jours, dont plusieurs têtes d'affiche de la contestation: rien ne semble pouvoir arrêter la vague de protestation qui secoue le pays.

Pour le moment, le gouvernement «cherche à gagner du temps» avec la levée de l'état d'urgence «renforcé». Mais, sur la durée, cela ne sera pas suffisant pour appaiser la contestation qui ne va certainement pas en rester là, ont relevé des observateurs à l'AFP.

Les manifestants ont lancé mercredi soir un ultimatum de trois jours à Prayut Chan-O-Cha pour qu'il démissionne, faute de quoi ils retourneront dans la rue.


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.


Double séisme au Venezuela: au moins 32 morts et plus de 700 blessés

Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
  • Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres
  • Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela

CARACAS: Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués.

Dans la capitale de ce pays d'Amérique latine de près de 30 millions d'habitants régulièrement frappé par des séismes, des photographes de l'AFP ont vu des secouristes et des habitants fouiller des immeubles réduits à des gravats. Des personnes étaient extirpées des décombres puis emmenées sur des brancards.

Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres. "Nous avons besoin de lampes torches !", lance l'un d'eux dans la nuit noire.

"A l'heure actuelle, nous avons reçu des informations faisant état de 32 morts" et "de plus de 700 blessés", a déclaré la présidente par intérim Delcy Rodriguez dans un message à la nation, après avoir déclaré l'état d'urgence.

Elle a précisé ne pas encore disposer de données concernant l'Etat de La Guaira, situé à proximité de la capitale et qui est selon elle la région la plus touchée. L'aéroport de Caracas, gravement endommagé selon elle, a été fermé.

Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela. "Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis", a assuré le président américain Donald Trump, tandis que Mme Rodriguez a indiqué s'être entretenue au téléphone avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé le président déchu Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.

La Chine et l'Inde ont elles aussi proposé leur aide, et plusieurs pays d'Amérique latine ont fait de même et exprimé leur solidarité, parfois au-delà de leurs divergences politiques. 


L'Iran accuse l'Otan de «complicité» dans la guerre menée contre lui

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
  • M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury"
  • "Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X

TEHERAN: Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury" lancée contre l'Iran le 28 février.

M. Rutte a également affirmé que l'aéroport de Bucarest avait réduit ses vols commerciaux pour laisser la place aux avions de ravitaillement utilisés dans le cadre de cette opération, et qu'entre 4.000 et 5.000 sorties d'avions américains avaient été effectuées depuis des bases européennes pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X.

"Le secrétaire général de l'Otan a explicitement désigné l'Italie et la Roumanie comme ayant participé à l'agression contre l'Iran", a souligné le porte-parole du ministère iranien.

"Ces pays, ainsi que tous les autres pays européens ayant apporté leur soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, doivent expliquer à leur propre population et au monde entier pourquoi ils ont choisi de se rendre complices de cet acte d'agression flagrant et de la perpétration d'atrocités de masse contre les populations iraniennes", a-t-il ajouté.

En Italie, le ministère de la Défense a condamné mercredi les propos de M. Rutte, estimant qu'ils avaient envoyé "un message complètement trompeur", Rome n'ayant permis aux Etats-Unis d'utiliser ses bases que pour des vols techniques et logistiques, et non des missions de combat.