Législatives J-3: Macron à Kiev, flot d'invectives entre macronistes et mélenchonistes

Le président français Emmanuel Macron à Irpin, en Ukraine, le 16 juin 2022 (Photo, AFP)
Le président français Emmanuel Macron à Irpin, en Ukraine, le 16 juin 2022 (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 17 juin 2022

Législatives J-3: Macron à Kiev, flot d'invectives entre macronistes et mélenchonistes

Le président français Emmanuel Macron à Irpin, en Ukraine, le 16 juin 2022. (Photo, AFP)
  • Jean-Luc Mélenchon est «un funeste agitateur» qui porte «le projet de la ruine des classes moyennes» selon Gérald Darmanin
  • Le député LFI Alexis Corbière avait pointé du doigt un peu plus tôt une «opération de communication» du chef de l'Etat

PARIS: A trois jours du second tour des législatives, les critiques de l'opposition fusent contre Emmanuel Macron, en Ukraine jeudi, à plus de 2.000 km du sol français, dans une fin de campagne envenimée entre macronistes et mélenchonistes.

Le chef de l’État a annoncé que la France allait livrer à l'Ukraine "six Caesar additionnels", à Kiev où il s'est entretenu avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, en compagnie de l'Allemand Olaf Scholz, l'Italien Mario Draghi et le Roumain Klaus Iohannis. Ces dirigeants sont tous pour l'octroi "immédiat" à l'Ukraine du statut officiel de candidat à l'UE, a affirmé Emmanuel Macron.

Son absence dans l'entre-deux-tours est l'angle d'attaque de l'opposition dans sa guérilla face à la majorité présidentielle sortante.

Lors d'un débat jeudi soir sur BFMTV, la députée LFI Clémentine Autain s'est interrogée "sur le calendrier, à quelques jours du deuxième tour", tandis que le président par intérim du RN Jordan Bardella a estimé que c'était un "mauvais timing".

Jeudi sur France Bleu, le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon s'est toutefois "associ(é) à son message de solidarité avec l'Ukraine", proposant  "qu'on évite trop les polémiques", même si "on peut évidemment s'interroger sur le sens de ce voyage".

"Emmanuel Macron se sert de cette posture de chef de guerre pour tenter d’avoir une influence sur les élections législatives", a affirmé Marine Le Pen. Le chef de l’État va devoir "choisir" entre la diplomatie ou la guerre, a-t-elle estimé à Saint-Avold en Moselle où elle venait soutenir des candidats RN, car "s'il y a bien un domaine où on ne peut pas faire du +en même temps+ c’est celui-là".

Le président des Républicains Christian Jacob a lui estimé que "si on veut vraiment aboutir à un accord, à une médiation, ce n'est pas en se mettant en scène", tandis que l'ex-ministre LR Jean-François Copé fustigeait la "folie" de la "stratégie d'évitement" de M. Macron, qui "laisse monter extrême droite et extrême gauche".

Le ministre chargé de l'Europe Clément Beaune, lui-même candidat à Paris où il est en difficulté face à la candidate insoumise Caroline Mécary, a appelé à avoir de la "hauteur de vue et de la dignité", faisant valoir que M. Macron préside l'Union européenne jusqu'au 30 juin et "n'est pas candidat aux législatives".

Pouvoir d'achat et retraites au centre d'un débat entre Ensemble!, le RN et la Nupes

Gabriel Attal pour la majorité, Clémentine Autain pour la Nupes et Jordan Bardella pour le RN se sont affrontés jeudi soir sur le pouvoir d'achat et les retraites, lors de l'unique débat organisé par BFMTV entre les deux tours des législatives.

Abordant en début d'émission le déplacement d'Emmanuel Macron en Ukraine, la députée LFI Clémentine Autain s'est interrogée "sur le calendrier, à quelques jours du deuxième tour": "est-ce qu'Emmanuel Macron pensait que c'était une simple formalité ou est-ce qu'il souhaite esquiver le débat?"

Le président par intérim du RN Jordan Bardella a lui estimé que c'était un "mauvais timing". "On a un peu le sentiment que le président de la République n'aime pas les campagnes électorales", et "les Français se disent: ce président, est-ce qu'il s'intéresse à nous?" a-t-il lancé.

Agitateur

Gauche, droite et extrême droite avaient avant cela dénoncé la déclaration du président mardi sur le tarmac d'Orly juste avant son départ pour la Roumanie et la Moldavie, appelant les électeurs à lui donner une majorité "solide" et à opérer un "sursaut républicain" pour éviter le "désordre".

Jean-Luc Mélenchon est "un funeste agitateur" qui porte "le projet de la ruine des classes moyennes", a accusé dans le Parisien le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

"Les épouvantails, ça fait peur aux moineaux, pas aux citoyens éclairés", a estimé Alexis Corbière, jugeant que "le chaos, c'est eux".

Jean-Luc Mélenchon a de nouveau appelé les électeurs "fâchés pas fachos" à "voter utile" pour les candidats de la Nupes contre les macronistes, estimant qu'il ne "servait à rien" de voter pour les candidats RN quand ils étaient encore en lice.

Les deux camps s'accusent aussi mutuellement d'imiter l'ex-président américain Donald Trump, connu pour ses déclarations fracassantes.

Le gouvernement s'apprête à relever la prime d'activité

La prime d'activité, versée aux travailleurs modestes, devrait être revalorisée de 4% cet été, a-t-on appris jeudi de source gouvernementale, confirmant une information des Echos.

Selon le quotidien économique, cette prime, qui s'adresse aux salariés du public ou du privé, aux indépendants et aux agriculteurs, sera revalorisée par anticipation, à hauteur de l'inflation projetée sur 2022, soit 4%, tout comme les pensions et les minima sociaux. Cette hausse devrait intervenir "cet été avec effet rétroactif au 1er juillet".

"M. Mélenchon a un problème avec la vérité (...) Nous n'avons aucun plan caché", a réaffirmé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire jeudi sur France Bleu, alors que LFI l'accuse  de vouloir augmenter la TVA pour contenir le déficit.

"C'est lui qui a un problème avec la réalité", a rétorqué M. Mélenchon.

"Nous ne sommes pas condamnés à avoir 5 ans de plus d'Emmanuel Macron", a affirmé lors d'un débat sur France 2 jeudi la cheffe des députés LFI (Nupes) Mathilde Panot.

Il y a "le risque d'avoir un bazar universel pendant des mois et des années à ne pas pouvoir prendre une décision" en raison d'un parlement sans majorité, a répondu le chef du Modem François Bayrou (majorité présidentielle) visant la Nupes.

Selon Ifop-Fiducial pour LCI et Sud Radio, la coalition présidentielle Ensemble! obtiendrait entre 265 et 300 sièges dimanche, contre 180 à 210 pour la gauche unie, devant la droite LR et UDI (40 à 65 sièges) et le RN (20 à 40). La majorité absolue est de 289 sièges.


Carburants: Lecornu veut utiliser le "surplus" de recettes fiscales pour décarboner l'économie

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement français privilégie une stratégie à long terme : utiliser les surplus fiscaux liés à la hausse des carburants pour accélérer l’électrification, plutôt que baisser immédiatement les taxes
  • La flambée des prix de l’énergie alimente un fort débat politique : l’opposition réclame baisses de taxes, plafonnement ou aides ciblées, tandis que l’exécutif maintient une ligne de rigueur budgétaire et d’aides limitées

PARIS: Les carburants sont le gros morceau d'une réunion mercredi du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui promet d'utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l'économie et maintient sa prudence sur des mesures massives d'allègement à court terme de la facture des usagers.

L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.

Avant cette réunion au parfum de Conseil des ministres qui a débuté à Matignon à 10H30, le chef du gouvernement a donné "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés. Il a suggéré de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure est ainsi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.

De son côté, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon s'est défendue de l'idée d'un Etat "profiteur" de crise, ce dont l'accuse le Rassemblement national.

"L'Etat ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise, parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez (...), vous n'êtes jamais gagnant" mais s'il existe des surplus ponctuels, "ils doivent aller sur ces réponses structurelles", a-t-elle expliqué sur TF1.

- "Long terme" -

Il s'agit d'une réponse de "long terme", a-t-elle assumé, en indiquant que "moins de 10%" des stations-service rencontraient actuellement des problèmes d'approvisionnement.

Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient se prolonge.

Il a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, mesure demandée par le RN.

A droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".

Marine Le Pen pour le RN a manié l'ironie sur X. "Je croyais qu’il n’y avait pas de +surplus+ fiscal ?" et "qu’il n’existait aucun risque de pénurie ?".

A gauche, La France insoumise réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel.

Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".

Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre.

- "Sur-profits" -

Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année, l'exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, une mesure réclamée par le RN jugée trop onéreuse.

Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels.

Sans pour autant calmer les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu, qui a promis de nouvelles aides si le conflit s'éternisait.

Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression mardi.

L'ONG Greepeace a accusé dans une étude publiée mercredi, les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "sur-profits" par jour, dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre, grâce à une augmentation de leurs marges.

Outre les carburants, les ministres discuteront du calendrier parlementaire, très restreint pour cause d'élections sénatoriales en septembre, et de mesures de simplification visant à rendre l'Etat plus efficace.

Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, à la sortie des municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice.


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.

 


Moyen-Orient : la France «s'étonne» des reproches de Trump sur l'interdiction de survol de son territoire

La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
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  • "Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux.
  • "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française

PARIS: La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire".

"Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux. "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française.

"Nous nous étonnons de ce tweet" de Donald Trump, a-t-elle encore affirmé.

Paris n'avait pas annoncé officiellement ou publiquement d'interdiction de survol de son territoire pour les appareils américains impliqués dans le conflit, comme l'a en revanche fait l'Espagne.

La France avait autorisé les Etats-Unis à poser des avions ravitailleurs sur sa base méridionale d'Istres début mars après avoir obtenu la garantie qu'ils ne participaient aux opérations menées en Iran.

"La France n'a pas laissé des avions à destination d'Israël, chargés d'équipement militaire, survoler le territoire français. La France a été TRES PEU COOPERATIVE en ce qui concerne le +boucher iranien+ qui a été éliminé avec succès", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.