En France, le séisme d'une extrême droite légitimée

Le Pen a annoncé, au passage, qu'elle ne «reprendrait pas la tête» de son parti, pour se consacrer à la présidence du futur groupe RN à l'Assemblée nationale. (AFP)
Le Pen a annoncé, au passage, qu'elle ne «reprendrait pas la tête» de son parti, pour se consacrer à la présidence du futur groupe RN à l'Assemblée nationale. (AFP)
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Publié le Lundi 20 juin 2022

En France, le séisme d'une extrême droite légitimée

  • Pour l'expert Pascal Perrineau, «le RN, peu à peu, devient un parti qui a des racines locales (...) Il est devenu le porte-parole incontesté des fractures sociales et territoriales»
  • «On voyait que, élection après élection, Marine Le Pen progressait au premier tour comme au deuxième tour. Mais à ce niveau-là, c'est du jamais vu», relève Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive

PARIS: Le parti d'extrême droite de Marine Le Pen a brisé le plafond de verre lors des élections législatives en France dimanche, devenant le premier parti d'opposition et acquérant une légitimité qui lui a toujours fait défaut.

"Il y a une modification profonde du rapport des Français à l'égard du Rassemblement national (RN)", le parti de Mme Le Pen, relève Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive.

"On voyait que, élection après élection, Marine Le Pen progressait au premier tour comme au deuxième tour. Mais à ce niveau-là, c'est du jamais vu", dit-il à l'AFPTV.

Démentant tous les sondages qui le créditaient de 20 à 50 sièges, le RN fait une entrée en force à l'Assemblée nationale, avec 89 députés contre 8 élus dans l'ancienne législature en 2017, devançant la France insoumise (LFI, opposition de gauche radicale) qui obtient 72 sièges.

Le RN revendique ainsi d'être le "premier parti d'opposition" à la chambre basse du Parlement et, pour un parti endetté, il pourra compter sur une nouvelle manne financière.

Les moments forts du FN, devenu RN, depuis l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête

En plus de dix ans à la tête du Front national (FN), puis du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen a conduit le parti d'extrême-droite à plusieurs succès électoraux, jusqu'à la percée historique des législatives.

2011-2014, les années fastes 

Marine Le Pen accède facilement le 16 janvier 2011 à la tête du parti cofondé par son père en 1972, face à Bruno Gollnisch.

A l'élection présidentielle de 2012, elle arrive en troisième position à 17,9%. Marion Maréchal, sa nièce, et l'avocat Gilbert Collard entrent au Palais Bourbon, mais Mme Le Pen est battue de peu à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).

Sur le front idéologique, Marine Le Pen tente sans relâche de polir l'image d'un parti secoué à répétition par les dérapages de son père Jean-Marie, joignant dans son discours des problématiques sociales aux thèmes habituels de l'immigration et de la sécurité.

Après les municipales de mars 2014, où le FN remporte onze mairies, le parti remporte une victoire historique - près de 25% des voix - aux élections européennes de mai, loin devant l'UMP et le PS.

2014: père et fille, rien ne va plus 

Quand Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du parti, s'en prend en juin 2014 à des artistes qui ont pris position contre le FN, Marine Le Pen condamne la "faute politique" de son père.

Aux cantonales de mars 2015, le FN arrive en tête dans 43 départements. Mais M. Le Pen contrarie encore la volonté de sa fille de "dédiaboliser" l'image du parti en répétant ses propos sur les chambres à gaz "détail" de l'Histoire ou en défendant le maréchal Pétain.

Le 20 août 2015, Jean-Marie Le Pen, 87 ans, est exclu du FN.

Père et fille finiront toutefois par éviter les éclats publics.

2017: Le FN au second tour 

En avril 2017, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l'élection présidentielle avec 21% des voix, puis s'incline - après un débat télévisé qu'elle reconnaîtra "raté" - avec un score de 33% face à Emmanuel Macron.

Fin juin, elle est mise en examen dans une enquête sur les assistants parlementaires d'eurodéputés de son parti.

Aux législatives, le FN envoie huit députés, dont Mme Le Pen, au Palais Bourbon.

En septembre, Florian Philippot, jusque là fidèle vice-président du FN, reproche au parti de ne plus faire de la sortie de l'euro sa priorité, et claque la porte.

Le FN progresse aux élections sénatoriales, mais ne compte que deux élus.

2018: le FN devient RN 

En janvier 2018, le bureau politique du FN acte la suppression du poste de président d'honneur encore occupé par Jean-Marie Le Pen.

Réélue pour un troisième mandat, sa fille veut symboliser la "mue" du FN en un "parti de gouvernement" susceptible de nouer des alliances : il devient le Rassemblement national (RN).

En juin, la justice européenne confirme que Marine Le Pen doit rembourser près de 300 000 euros au Parlement européen pour l'emploi douteux d'une assistante parlementaire et une subvention publique au FN est saisie. Mme Le Pen dénonce un "assassinat politique".

Sa mise en examen est requalifiée en octobre en "détournement de fonds publics", passible de dix ans de prison et d'un million d'euros d'amende.

2019: en tête aux européennes 

Le 26 mai 2019, le RN arrive en tête des élections européennes (23,31%), devant la liste soutenue par le président Macron. Renforcé dans ses terres de conquête, il attire des cadres LR, mais recule ensuite aux municipales et aux régionales.

En septembre 2021, Marine Le Pen cède les rênes du RN à Jordan Bardella pour se consacrer à la campagne présidentielle. Son rival à l'extrême-droite, Eric Zemmour, lui ravit des figures du parti, comme Stéphane Ravier, Gilbert Collard, Nicolas Bay et même sa nièce Marion Maréchal.

2022: record de 89 députés 

Le 10 avril 2022, Marine Le Pen se qualifie à nouveau pour le second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron avec 23,15% des votes, mais s'incline finalement avec 41,5% des suffrages. Jamais l'extrême droite ne s'est approchée à ce point du pouvoir sous la Ve République.

Au second tour des législatives le 19 juin, le RN réalise une percée historique et obtient 89 députés, surpassant le précédent record réalisé grâce à la proportionnelle en 1986 (35 députés) et devenant le premier parti d'opposition devant La France insoumise.

Sans scrutin proportionnel et sans alliances, le mouvement obtient un groupe trois fois plus nombreux que celui qu'avait présidé son père Jean-Marie Le Pen de 1986 à 1988 avec 35 députés.

"C'est une avancée fulgurante", résume le politologue Jean-Yves Camus, avec une implantation du RN "non seulement dans les régions traditionnellement bonnes" pour lui, comme dans le nord et le sud-est de la France, mais aussi dans "des zones de très grand péri-urbain de Paris" ou "des départements enclavés, désindustrialisés, oubliés".

Porte-parole des fractures 

Pour un autre expert, Pascal Perrineau, "le RN, peu à peu, devient un parti qui a des racines locales (...) Il est devenu le porte-parole incontesté des fractures sociales et territoriales", dit-il dans le journal Le Parisien.

La finaliste de la présidentielle en 2017 et en avril dernier (41,6% des suffrages), battue les deux fois par Emmanuel Macron, s'est dite lundi la première "surprise".

"C'est vrai qu'on a été surpris agréablement par la mobilisation de nos compatriotes et par ce souhait que l'immigration, que l'insécurité, que la lutte contre l'islamisme ne disparaissent pas de l'Assemblée nationale", a affirmé Mme Le Pen, elle-même largement réélue dimanche soir dans son fief du nord de la France, à Hénin-Beaumont.

Elle a annoncé, au passage, qu'elle ne "reprendrait pas la tête" de son parti, pour se consacrer à la présidence du futur groupe RN à l'Assemblée nationale.

Le mouvement n'a pas attendu longtemps pour afficher ses nouvelles ambitions, en revendiquant la présidence de la puissante commission des Finances de l'Assemblée. Le poste, revendiqué aussi par la gauche, revient traditionnellement depuis 2007 au groupe d'opposition le plus important.

Question symbole, c'est un élu du RN, José Gonzalez, 79 ans et doyen d'âge, qui ouvrira mardi 28 juin la nouvelle législature.

«Dédiabolisation»

Sur le front idéologique, Marine Le Pen s'est délestée des dérapages antisémites et de l'héritage de son père, Jean-Marie Le Pen, qui fête ses 94 ans lundi: elle a opéré la mue du mouvement, poli sans relâche l'image du parti y compris en changeant le nom, et joignant dans son discours des problématiques sociales aux thèmes habituels de l'immigration et de la sécurité.

Ce faisant, elle a brisé le "front républicain" qui avait permis pendant des décennies en France de faire barrage à l'extrême droite, désormais banalisée.

Pour Gilles Ivaldi, spécialiste du programme économique du RN au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) sur la radio franceinfo, il y a trois explications: une campagne du RN "discrète et furtive, mais sur une thématique qui était au cœur des préoccupations des Français: le pouvoir d'achat", une "stratégie de dédiabolisation du RN qui n'a jamais eu autant d'effet", et des cadres "qui sont parvenus à s'ancrer localement".

"C'est le résultat d'une très longue implantation, avec des élus de la génération Marine Le Pen, venus pour elle et par elle, mais aussi des gens qui battent la campagne depuis très longtemps", abonde Jean-Yves Camus.

Il note aussi que les catégories populaires voient en Emmanuel Macron le champion du "mondialisme", soit le "coupable de la mondialisation" dont elles s'estiment victimes.

Comme le souligne Steven Forti, dans la revue Le Grand Continent, ce phénomène de légitimisation de l'extrême droite est à mettre en relief sur le plan européen.

"Aujourd'hui, il est clair que l'extrême droite a atteint le premier objectif: elle s'est normalisée et démarginalisée, elle a au moins partiellement gagné la bataille culturelle et elle ultra-droitise le débat public. C'est déjà une réalité dans tous les pays occidentaux", écrit-il.


Villepin retourne dans l'arène, avec 2027 dans le viseur

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
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  • L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour
  • Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027

PARIS: Quand se lancera-t-il? L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin entretient un suspense savamment construit, bien que mince, sur sa candidature à l'élection présidentielle, et remet vendredi un pied dans l'arène avec une conférence sur "l'état de la France".

L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour.

Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027.

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier.

Une bonne cote de popularité aussi, même si, pour l'instant, elle ne se convertit pas en intentions de vote.

Pour changer cela, Dominique de Villepin veut accélérer le mouvement.

Première étape: une conférence à l'université parisienne de La Sorbonne vendredi à 20H, centrée sur la politique nationale. Ces derniers mois, il avait surtout commenté les questions internationales.

"Le but est de poser un constat sur l'état de la France" et du même coup "les jalons d'une ligne politique", dit son entourage à l'AFP. "C'est la pré-campagne présidentielle qui s'ouvre", ajoute-t-on.

Pour la vraie campagne, patience. Son entourage affirme que l'annonce de candidature pourrait arriver "dès avril comme en décembre".

Questionné sur LCP en janvier concernant son calendrier, Dominique de Villepin répond qu'il faut attendre que les Français soient "dans le temps de la présidentielle". Les élections municipales étant passées, la route est dégagée.

Dostoïevski 

Dominique de Villepin joue sa propre temporalité, volontiers à contre-courant.

Sur les réseaux sociaux, où les formats courts et survoltés règnent, ce passionné de poésie publie des vidéos dans lesquelles il analyse en détail les écrivains Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï ou Albert Camus - mais aussi l'Evangile selon Saint Jean.

Héraut d'un droit international piétiné, l'énarque au verbe flamboyant signe des messages fleuves disséquant l'actualité du monde, Iran, Gaza ou Venezuela.

Il s'exprime sur ces sujets avec sa légitimité de diplomate de carrière devenu ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac de 2002 à 2004. Et surtout, en tant que visage du "non" français à la guerre en Irak en 2003, son heure de gloire.

Sa position d'observateur, hors du jeu, lui permet pour l'instant de commenter ce qui lui plaît sans trop se mouiller.

Un retour réussi signerait une revanche de taille pour Dominique de Villepin, effacé par l'accession à l'Elysée de son rival Nicolas Sarkozy en 2007 puis la brumeuse affaire Cleastream, dans laquelle il a finalement été relaxé.

Sa tentative présidentielle, en 2012, s'était arrêtée dans la douleur quand il avait échoué à rassembler les parrainages d'élus locaux nécessaires pour candidater. Il dit en avoir tiré les leçons.

A droite, à gauche 

Mais qui constituerait son électorat? Si sa carrière politique s'est faite à droite, ses récentes prises de position tranchent avec cet héritage.

Il s'élève contre le "désastre humanitaire" à Gaza, critique l'impopulaire réforme des retraites, insiste sur le besoin de justice sociale et veut réinventer le monde du travail.

En février, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard l'a jugé "plus à gauche" que le Parti socialiste quand il a dénoncé la "diabolisation" de LFI dans l'affaire du meurtre de Quentin Deranque.

Dominique de Villepin, acclamé à la Fête de l'Humanité en 2024, chasse même sur les terres des Ecologistes en plaidant pour "mettre fin à l'exploitation aveugle des ressources".

Son créneau un peu à part lui vaut d'être isolé.

Il ne semble pas chercher à se faire des amis dans son ancienne famille politique, dont il dénonce "la course à l'échalote avec l'extrême droite" et la "tentation identitaire".

Pour le Dominique de Villepin version 2026, l'avenir est plutôt vers l'électorat centriste ou de gauche modérée. Mais son profil d'homme fortuné, nourri par ses activités de consultant, et son CV de chiraquien pourraient en irriter une partie.

Sur ce marché, il ne manque aussi pas de concurrents. Rien qu'au centre, deux autres anciens Premiers ministres, Edouard Philippe et Gabriel Attal, se disputent déjà la lumière. A plus d'un an de l'échéance, d'autres encore peuvent éclore.

 

 


Hommage national à Lionel Jospin aux Invalides

Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
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  • La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu
  • De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS

PARIS: Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002.

La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu, des membres du gouvernement, des présidents des deux Chambres et ceux des commissions et groupes parlementaires.

De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS Laurent Fabius, Édith Cresson ou encore Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls.

Mais sans Jean-Luc Mélenchon, qui s'est plaint jeudi de ne pas avoir été invité, ce que démentent l'Élysée et les proches de l'ancien Premier ministre. L'ancien ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) a ensuite assuré avoir été invité par sms jeudi "matin", un délai trop court pour "être présent à Paris".

Le cercueil fera son entrée à 11H05 dans la cour, sur une marche funèbre, au pas du tambour. Suivront l'éloge funèbre du chef de l'État, la sonnerie "Aux Morts", une minute de silence et la Marseillaise. La garde républicaine doit interpréter la chanson de Jacques Prévert et Vladimir Kosma, "Les Feuilles mortes", que Lionel Jospin avait lui-même interprétée dans une émission télévisée en 1984.

"Le souvenir d'un homme droit, construit, au service des autres (...) un homme comme il y en a peu aujourd'hui", a déclaré aux journalistes Dominique Strauss-Kahn, son ancien ministre des Finances en arrivant aux Invalides.

Les obsèques de Lionel Jospin, décédé à l'âge de 88 ans, se dérouleront à 14H30 au cimetière parisien du Montparnasse.

Plusieurs milliers de personnes sont attendues pour cet hommage plus personnel ouvert au public, durant lequel François Hollande, à la tête du PS quand Lionel Jospin était à Matignon, Martine Aubry, son emblématique ministre du Travail, Daniel Vaillant, ex-ministre de l'Intérieur ou encore Pierre Moscovici, à l'époque chargé des Affaires européennes, prendront la parole.

A cette occasion, le PS invite chaque militant à apporter une rose et des cahiers d'hommage seront ouverts dans l'ensemble des fédérations.


Le Louvre-Lens explore les orientalismes, des 1001 Nuits à l'art contemporain

Photo de l’exposition « Par-delà les Mille et une nuits » au Louvre-Lens (24 mars 2026). L’exposition réunit une remarquable collection du département des arts de l’islam du Musée du Louvre, avec près de 300 chefs-d’œuvre exposés ensemble pour la première fois. (AFP)
Photo de l’exposition « Par-delà les Mille et une nuits » au Louvre-Lens (24 mars 2026). L’exposition réunit une remarquable collection du département des arts de l’islam du Musée du Louvre, avec près de 300 chefs-d’œuvre exposés ensemble pour la première fois. (AFP)
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  • Au Louvre-Lens, une exposition explore les échanges entre Orient et Occident à travers des œuvres d’art islamique, des objets historiques et des créations contemporaines, en questionnant la frontière entre réalité et imaginaire
  • Elle déconstruit les stéréotypes hérités notamment des Les Mille et Une Nuits et de l’orientalisme, en offrant un contexte historique et un regard critique sur ces représentations

PARIS: Le Louvre-Lens présente jusqu'au 20 juillet plusieurs centaines d'objets et oeuvres d'art islamique ainsi que des créations contemporaines, racontant les échanges entre Orient et Occident avant et après l'orientalisme des Mille et Une Nuits, emmenant le spectateur "au-delà" des clichés.

L'exposition mêle de façon aussi ludique que savante des pièces maîtresses du département d'art islamique du Louvre aux costumes de scènes exubérants du Bourgeois gentilhomme de Molière, exagérant le stéréotype du sultan ottoman, en passant par d'émouvantes collections de céramiques ayant inspiré le peintre Eugène Delacroix.

A l'image des contes des Mille et Une Nuits, les juxtapositions posent la question de la frontière "entre récit historique et imaginaire, ce que nous savons et ce que nous avons construit, à partir de nos connaissances, mais qui dérive vers l'imaginaire", explique Gwenaëlle Fellinger, conservatrice en chef au département des arts de l'islam au Louvre.

Préjugés, stéréotypes: l'exposition "montre le contexte pour comprendre comment ils se construisent (...), voir ce qu'il y a derrière, aller au-delà". L'objectif: "approfondir la connaissance, donner le contexte historique", "à chacun ensuite de se faire son opinion", souligne la conservatrice, commissaire scientifique de l'exposition présentée au coeur du bassin minier du Pas-de-Calais.

On peut ainsi admirer des gemmes enchâssées ou des fioles en cristal de roche ramenées de la rive Est de la Méditerranée dès le Moyen-Âge, dont certains sont auréolés d'une légendaire origine diplomatique: ils sont présentés comme des cadeaux offerts par le calife Haroun al-Rachid à l'empereur Charlemagne.

Des tableaux du XIXe siècle et extraits de films du XXe siècle montrent à quel point le mythe des ambassades fastueuses entre les deux souverains a fasciné à travers les siècles.

Une magnifique cuve mamelouk en laiton martelé, ornée d'un foisonnement d'animaux et chasseurs ou soldats aux traits finement ciselés dans de l'argent incrusté, incarne l'évolution des regards sur le temps long.

D'une virtuosité exceptionnelle, ce chef-d'oeuvre a été nommé au XVIIIe siècle "baptistère de Saint-Louis" en référence à Louis IX. Réalisé en Syrie vers 1340, il est en réalité nettement postérieur au roi de France décédé en Tunisie en 1270 lors d'une croisade, mais la légende royale est si tenace que le bassin a servi pour le baptême de Louis XIII en 1606.

Exposés en écho d'oeuvres d'Ingres ou de Matisse, deux peintres contemporains, l'Iranienne Nazanin Pouyandeh, et le Franco-palestinien Rayan Yasmineh, détournent le motif de l'odalisque, cette femme lascive incarnant une vision exotique et déformée de l'Orient, pour interroger ces clichés associés au colonialisme.

L'exposition qui a ouvert au public mercredi s'achève sur une salle de lecture, comme une invitation à poursuivre ce regard critique et construire sa propre vision.