France: Macron consulte pour sortir de l'impasse

La coalition centriste libérale, qui s'est appuyée pendant le premier mandat de cinq ans de M. Macron sur une confortable majorité absolue (fixée à 289 députés), ne conserve que 245 sièges sur 577 à l'issue du scrutin. (Photo, AFP)
La coalition centriste libérale, qui s'est appuyée pendant le premier mandat de cinq ans de M. Macron sur une confortable majorité absolue (fixée à 289 députés), ne conserve que 245 sièges sur 577 à l'issue du scrutin. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mardi 21 juin 2022

France: Macron consulte pour sortir de l'impasse

  • Mardi matin, il a commencé par refuser la démission que lui avait présentée la Première ministre Elisabeth Borne, comme il est de tradition après les législatives
  • Borne a réuni l'ensemble du gouvernement depuis 14H30, y compris trois ministres battues dans les urnes et appelées de ce fait à démissionner. Tous sont arrivés sans dire un mot, souvent le visage fermé

PARIS : Le président français Emmanuel Macron multipliait mardi les consultations, tant auprès de la majorité que de l'opposition, afin de sortir de l'impasse dans laquelle l'ont placé les législatives, son camp ne disposant pas de la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Mardi matin, il a commencé par refuser la démission que lui avait présentée la Première ministre Elisabeth Borne, comme il est de tradition après les législatives. Cette démarche revient généralement à une nouvelle légitimation du Premier ministre, aussitôt renommé à son poste par le président.

Mme Borne demeurera au pouvoir "afin que le gouvernement puisse demeurer à la tâche et agir en ces jours", a annoncé la présidence.

La Première ministre a de fait réuni l'ensemble du gouvernement depuis 14H30 (12H30 GMT), y compris trois ministres battues dans les urnes et appelées de ce fait à démissionner. Tous sont arrivés sans dire un mot, souvent le visage fermé.

Les oppositions ont dénoncé le maintien à son poste de Mme Borne, preuve de "cécité" du président "à l'égard de la colère des Français, du désaveu qu'ils lui ont adressé", selon la députée LFI (gauche radicale) Clémentine Autain.

Alors que se profile pour Emmanuel Macron un tunnel d'obligations internationales (Conseil européen, G7, sommet de l'Otan) à partir de jeudi, le président français consulte de son côté mardi et mercredi les chefs des partis de la majorité et de l'opposition "afin d'identifier les solutions constructives", selon son service de communication.

Motion de censure en vue

Le patron des Républicains (LR, droite), Christian Jacob, a été son premier invité. Sa formation refuse d'entrer dans "toute logique de pacte" même s'il ne sera "jamais" dans "le blocage des institutions", a-t-il affirmé après une heure de discussion.

Le socialiste Olivier Faure a ensuite expliqué à Emmanuel Macron que les troupes étaient "disposées" à "avancer" si le gouvernement prenait des mesures sur le pouvoir d'achat, principale préoccupation des Français, notamment une hausse du salaire minimum.

Devaient lui succéder dans l'après-midi deux cadres de la majorité, ainsi que sa rivale au deuxième tour de la présidentielle Marine Le Pen, la cheffe du Rassemblement national (RN, extrême droite), et Fabien Roussel le patron du Parti communiste.

Mercredi, M. Macron doit s'entretenir avec l'écologiste Julien Bayou ainsi qu'avec deux ténors de La France insoumise (LFI, gauche radicale), parti leader de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), la coalition des partis de gauche classée deuxième aux législatives. LFI compte déposer une motion de censure contre le gouvernement le 5 juillet.

Si la majorité des députés la votait, ce qui nécessiterait les voix des députés de gauche, droite et extrême droite, le gouvernement tomberait.

Le secrétaire général de LR Aurélien Pradié a indiqué lundi qu'il n'était "pas question" pour lui de voter la motion de censure de LFI, faute de "valeurs républicaines" et d'un "projet" partagés "pour l'avenir de notre pays".

La droite en position d'arbitre

La France est entrée dans une période de grande instabilité politique.

La coalition centriste libérale, qui s'est appuyée pendant le premier mandat de cinq ans de M. Macron sur une confortable majorité absolue (fixée à 289 députés), ne conserve que 245 sièges sur 577 à l'issue du scrutin.

Le reste de l'hémicycle se répartit principalement entre la Nupes (au moins 150 sièges, selon un décompte de l'AFP), l'extrême droite (89) et la droite (61), qui semble se retrouver en position d'arbitre et à qui le camp présidentiel a immédiatement tendu la main.

La coalition présidentielle, dont le projet de retraite à 65 ans est rejeté tant à gauche qu'à l'extrême droite, doit conclure soit un accord de gouvernement avec d'autres partis, un scénario classique en Allemagne mais inusité en France, soit négocier ponctuellement sur chaque texte de loi.

Cette configuration replace le Parlement au centre du jeu politique, une première depuis 1958 et l'instauration de la Ve République, avec son régime présidentiel.

Après un premier quinquennat marqué par des épisodes clivants, comme le mouvement de révolte social et anti-fiscal des "gilets jaunes" en 2018-2019, et dans un contexte international tendu qui pèse sur la pouvoir d'achat, M. Macron - souvent qualifié de "président des riches" - ne bénéficie pas d'une cote de popularité très élevée: 56% des Français ne pensaient pas qu'il était un bon chef de l'Etat, selon un sondage Odoxa du 31 mai.


A huit mois de la présidentielle française, les ingérences russes se multiplient

Le fondateur et président du parti de droite Horizons, maire du Havre et candidat à l'élection présidentielle française de 2027, Édouard Philippe, prononce un discours lors d'un meeting de campagne à l'Adidas Arena, dans le nord de Paris, le 5 juillet 2026. (AFP)
Le fondateur et président du parti de droite Horizons, maire du Havre et candidat à l'élection présidentielle française de 2027, Édouard Philippe, prononce un discours lors d'un meeting de campagne à l'Adidas Arena, dans le nord de Paris, le 5 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Des campagnes de désinformation attribuées à des réseaux prorusses visent plusieurs candidats à la présidentielle française
  • Le gouvernement veut durcir les sanctions, tandis que la gauche demande aussi d'agir contre TikTok et X

PARIS: A huit mois de la présidentielle française, les ingérences russes visant des candidats s'intensifient en France même si elles restent peu visibles. Le gouvernement rappelle qu'il a récemment présenté un projet de loi, mais une partie de la gauche demande aussi de cibler les plateformes comme TikTok ou X.

"Si on ne fait rien pour se protéger, l'élection peut être faussée", s'est inquiété jeudi sur la radio RTL Gabriel Attal, ancien Premier ministre de la majorité du président Emmanuel Macron, directement visé, accusant "la Russie de vouloir voler" ce scrutin aux Français.

Une série d'opérations de déstabilisation, attribuées à des réseaux prorusses, ont ciblé en quelques jours trois candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle.

Le candidat de centre droit Edouard Philippe a été calomnié sur son état de santé, l'eurodéputé de gauche Raphaël Glucksmann à été visé à travers sa compagne, la journaliste Léa Salamé, accusée d'avoir soudoyé des médias pour favoriser la candidature de son mari. Quant à Gabriel Attal (centre droit), il a été présenté comme potentiellement atteint de la maladie de Parkinson.

Même si ces opérations sont restées peu visibles d'après une source sécuritaire, il s'agit des premières visant directement depuis le début de la campagne des prétendants à la présidence.

Mercredi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a réagi en rappelant que le gouvernement avait présenté fin juillet un projet de loi en Conseil des ministres.

Le texte prévoit un durcissement des peines pour les personnes ayant diffusé des fausses informations dans un contexte électoral: d'un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende, elles seront portées à trois ans et 45.000 euros. Et elles pourront aller jusqu'à six ans de détention lorsque l’altération du scrutin a été réalisée "pour servir les intérêts d’une puissance, d’une entreprise ou d’une organisation étrangères".

L'exécutif a aussi présenté un décret prévoyant la création d'une "commission d'information" qui aura pour mission d'informer le public et les candidats en cas d'ingérences.

Le Premier ministre avait reçu en juin les partis politiques, évoquant des "perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle".

Interpellé par le leader de La France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon, qui déplorait que son mouvement ait depuis envoyé des propositions au gouvernement sans recevoir "de nouvelles", Sébastien Lecornu a indiqué souhaiter poursuivre "à la rentrée" ce "travail en commun" avec les formations politiques.

Mais une partie de la gauche estime que le gouvernement ne va pas assez loin et souhaite aussi cibler les plateformes étrangères comme TikTok ou X.

- Silence à droite et à l'extrême droite -

Raphaël Glucksmann demande ainsi aux autorités françaises et européennes de ne pas avoir "la main qui tremble" s'il faut sanctionner ces réseaux.

Et de rappeler les soupçons entourant le candidat d'extrême droite Calin Georgescu lors de la présidentielle de 2024 en Roumanie. Arrivé à la surprise générale en tête du premier tour, il a été accusé par les autorités roumaines d'avoir bénéficié d'une campagne de soutien illicite orchestrée par Moscou, notamment sur TikTok. L'élection a été annulée et le pro-européen Nicusor Dan a finalement remporté le scrutin quelques mois plus tard.

"Il n'y a pas eu de sanctions prises contre TikTok", a déploré Raphaël Glucksmann.

La patronne des Ecologistes Marine Tondelier va encore plus loin proposant de suspendre en France des réseaux comme X le temps de la campagne "en cas d'ingérences constatées en amont".

Depuis qu’il a racheté Twitter devenu X, en 2022, le milliardaire américain Elon Musk multiplie les messages politiques sur sa plateforme. Début juillet, il a notamment qualifié la candidature de Marine Le Pen (Rassemblement national, extrême droite) de "dernier espoir pour la France".

Face aux opérations de déstabilisation des derniers jours, droite et extrême droite restent à ce stade silencieuses.

Politiquement, le sujet est sensible pour le Rassemblement national en raison des liens passés du parti avec la Russie à travers notamment un prêt contracté auprès d'une banque russe dans les années 2010.

En 2025, le président du parti, Jordan Bardella, avait toutefois durci son discours, qualifiant Moscou de "menace multidimensionnelle" pour la France et évoquant notamment les ingérences russes.

Pour Raphaël Glucksmann "la campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives".

Pourront-elles avoir des conséquences dans l'isoloir ? Leur impact demeure "difficile à déterminer", soulignait y a quelques mois Laurent Cordonier, directeur de la recherche de la Fondation Descartes, lors d'une table ronde au Sénat consacrée aux risques de manipulations numériques à l'approche des échéances électorales.


Ingérences étrangères: Matignon veut poursuivre à la rentrée "un travail commun" avec les formations politiques

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 21 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 21 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Sébastien Lecornu veut relancer à la rentrée un travail avec tous les partis contre les ingérences étrangères
  • Le gouvernement prévoit de renforcer la lutte contre la désinformation électorale avec des sanctions accrues et un protocole de signalement

PARIS: Sébastien Lecornu a dit mercredi soir qu'il souhaitait poursuivre, "à la rentrée", "un travail commun" avec l’ensemble des formations politiques pour lutter contre les ingérences étrangères, alors que trois candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle ont été visés ces derniers jours par des opérations de déstabilisation russes.

"Je partage l’idée que ce sujet mérite un travail commun. C’est précisément celui que nous avons engagé à Matignon et que nous poursuivrons à la rentrée avec l'ensemble des formations politiques", a écrit sur X le chef du gouvernement, interpellé sur le sujet par le tribun insoumis Jean-Luc Mélenchon.

En juin, le Premier ministre avait reçu à Matignon les partis politiques sur ce thème. Il avait alors évoqué des "perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle", soulignant que "l'ensemble de la classe politique" pouvait être concernée.

Depuis la fin juillet, trois prétendants déclarés ou pressentis à l'Elysée, le patron d'Horizons Edouard Philippe, celui de Renaissance Gabriel Attal et de Place Publique Raphaël Glucksmann ont été ciblés par la Russie à travers des campagnes de désinformation en ligne. Une première en France pour des candidats à la présidentielle, même si ces opérations sont restées peu visibles, d'après une source sécuritaire.

"Le dispositif de détection que nous avons mis en place fonctionne", s'est félicité mercredi soir Sébastien Lecornu.

Par ailleurs, "nous avons déjà présenté en Conseil des ministres un projet de loi pour renforcer encore notre arsenal, notamment en triplant les peines contre la production de faux contenus en période électorale".

"Un protocole de transmission automatique de tous les cas détectés sera également mis en place, en lien avec les formations politiques et les services compétents", a-t-il ajouté.

Depuis la réunion avec les partis en juin, il précise avoir reçu des propositions de la part de certaines formations politiques, mais que "toutes n'ont pas encore répondu".


L'ambassadeur d'Arabie saoudite en France reçoit la députée Amélia Lakrafi

L'ambassadeur d'Arabie saoudite en France, le Dr Faisal Al-Mejfel (à droite), reçoit Mme Amélia Lakrafi (à gauche), députée et vice-présidente du groupe d'amitié France–Arabie saoudite à l'Assemblée nationale. (Photo : compte X @KSAembassyFRA)
L'ambassadeur d'Arabie saoudite en France, le Dr Faisal Al-Mejfel (à droite), reçoit Mme Amélia Lakrafi (à gauche), députée et vice-présidente du groupe d'amitié France–Arabie saoudite à l'Assemblée nationale. (Photo : compte X @KSAembassyFRA)
Short Url
  • Les échanges ont porté sur plusieurs dossiers d'intérêt commun entre la France et l'Arabie saoudite

DUBAI: L'ambassadeur d'Arabie saoudite en France, le Dr Faisal Al-Mejfel, a reçu Mme Amélia Lakrafi, députée des Français établis hors de France et vice-présidente du groupe d'amitié France–Arabie saoudite à l'Assemblée nationale.

Au cours de cette rencontre, les deux responsables ont échangé sur plusieurs sujets d'intérêt commun, dans le cadre des relations bilatérales entre la France et l'Arabie saoudite. Les discussions ont porté sur des dossiers partagés, illustrant la poursuite du dialogue entre les deux pays. 

Cette rencontre s'inscrit dans le cadre des échanges entre les représentants français et saoudiens visant à renforcer la coopération sur des enjeux d'intérêt mutuel.